de Solveig Anspach
Avec Karin Viard, Bouli Lanners, Claude Gensac, Solène Rigot, Pascal Demolon
Compositeur Martin Wheeler (comme dans Queen of Montreuil)
"À la suite d’un entretien d’embauche qui se passe mal, Lulu décide de ne pas rentrer chez elle et part en laissant son mari et ses trois enfants. Elle n’a rien prémédité, ça se passe très simplement. Elle s’octroie quelques jours de liberté, seule, sur la côte, sans autre projet que d’en profiter pleinement et sans culpabilité. En chemin, elle va croiser des gens qui sont, eux aussi, au bord du monde : un drôle d’oiseau couvé par ses frères, une vieille qui s’ennuie à mourir et une employée harcelée par sa patronne… Trois rencontres décisives qui vont aider Lulu à retrouver une ancienne connaissance qu’elle a perdue de vue : elle-même."
C'est une fable qui doit être vue comme telle.
Si on cherche la vraisemblance ou une articulation rationnelle de l'histoire, on n'aime pas. Sinon, on sort du film avec le sourire (comme moi)
Isabelle Lepicard
De Guillaume Brac
Avec Vincent Macaigne, Bernard Menez, Solène Rigot
Un rockeur assez pataud (Vincent Macaigne) de retour à Tonnerre (et son linceul de neige), dans le giron de son daron (Bernard Ménez septuagénaire fantasque)
La suite? C'est dans votre pipotron de méli-mélo. Amour et Mélodie (la jeune journaliste); mélodie et chablis; vignes et vigneron (quel "foudroyant" récit!) foot et AJ Auxerre, etc. jusqu'à un faux virage!
Un film pour les fans de Rover (Timothée Régnier lui aussi rockeur trentenaire...)
J-M Denis
mercredi 12/02
Il y a d'abord le quotidien retrouvé (et exalté) dans cette ville provinciale; un quotidien fait de "petits riens enchanteurs" (grâce au jeu des deux acteurs Macaigne et Ménez); jusqu'à ce chien à l'écoute quasi extatique de poèmes de Musset !!... Il y a aussi l'analyse d'un processus amoureux (entre une jeune fille de 20 ans et un rockeur trentenaire désabusé). Mais quand le film bascule d'un naturalisme apparent vers le cauchemar, que l'atmosphère paisible d'une ville sans histoire se mue en violence, je suis d'accord avec vous: "virage manqué"; on a droit à tous les poncifs de la possession amoureuse là où on eût aimé un traitement plus "noir" et/ou plus "mental" d'autant qu'il s'agissait d'une parenthèse (au final en forme d'épilogue on retrouve le duo; le père et le fils exercent leurs mollets à bicyclette comme si rien ne s'était passé):
Colette
Film (2012) d'Antoine Barraud avec Mathieu Amalric et Nathalie Boutefeu
Un film étrange! Pourquoi? En déclinant trop tôt la polysémie du terme "gouffre" (multipliée en outre par l'emploi du pluriel), en filant trop allègrement la métaphore, le réalisateur aura raté son rendez-vous avec "l'étrangeté annoncée"
Les gouffres ce sont d'abord ces vastes cavités souterraines que l'on vient de découvrir et qu'une expédition menée par Georges Lebrun (Amalric) est chargée d'explorer. Nous ne les verrons pas. De Lebrun ne nous parviendra que la voix. Les gouffres ce sont aussi et surtout (et l'affiche est éloquente) ces descentes dans les profondeurs abyssales de l'inconscient (là où sont refoulées des pulsions secrètes, inavouées). Une expérience que va vivre France l'épouse de Lebrun en attendant son retour, seule, dans un hôtel minable et isolé.... Certes les différentes étapes qui conduisent à la "folie" sont nettement repérables: d'abord les signes avant-coureurs: ces séismes auxquels la région est sujette et qui font trembler la chambre (à mettre en parallèle avec ceux qui vont ébranler les certitudes et "fissurer" le personnage); la présence insolite d'une femme anglophone dont le regard noir sonde la conscience; puis les révélations: le passage sous le lit qui mène aux profondeurs de la terre; les "découvertes" d'hommes aux visages et aux corps burinés par la chaleur de la "vie" sous terre; enfin quand France émerge de ces "gouffres", la réalité qu'elle perçoit aura définitivement changé de visage (elle entend la voix de Georges Lebrun, le regarde effarée, il est "autre"...). Mais l'absence délibérée d'explications (couple apparemment uni mais ? fantasmes sexuels?) loin de participer d'une vision anxiogène susceptible d'entraîner l'adhésion du spectateur, tombe à faux ..En recourant trop souvent au flou et au floutage, en convoquant (de manière trop appuyée) des peintures rupestres ou des visages de Fayoum, en jouant (ad libitum) sur les couleurs verdâtres brunâtres ou chlorotiques, en insistant sur des "signaux" (l'oiseau mort qui vient percuter le mur en le maculant de sang par exemple) le réalisateur ne crée nullement la sensation de vertige que l'on attendait. (l'interprétation de Nathalie Boutefeu n'est pas en cause)
Un bémol toutefois. France est cantatrice, elle doit interpréter le rôle de l'esclave Liù dans l'opéra Turandot de Puccini (pour une adaptation cinématographique); ce personnage qui préfère se donner la mort plutôt que de révéler l'identité du prince, France non seulement le "travaille" avec assiduité mais au final se laissera "dévorer" par lui au point de devenir muette !
Colette Lallement-Duchoze
Film de Pier Paolo Pasolini avec Maria Callas, Massimo Girotti, Laurent Terzieff, Giuseppe Gentile, Margareth Clémenti, Paul Jabara, (1969) Version restaurée
Un choc visuel! Décors somptueux dans leur minéralité (Pasolini a tourné en Turquie, en Syrie entre autres); costumes aux couleurs variées; plans audacieux en plongée et contre plongée (palais du roi Créon/Crésus); "théories" de ces habitants qui arpentent les lacets processionnaires; gros plans sur le visage de la Callas (pendant assez longtemps elle restera muette -le réalisateur donnant à voir essentiellement en frontal ou de profil les expressions de son visage-); portraits représentés en icônes byzantines; peintures "vivantes" dans un environnement bucolique; valeurs symboliques du rouge flamboyant (le sang de la victime sacrifiée qui "alimentera" la terre; le feu rouge orangé à la fois purificateur et dévastateur; le rouge quasi organique des fruits et/ou du vin ) etc. Tout cela servi par un mélange de musiques liturgiques et profanes, avant que les timbres graves des trompettes n'annoncent l'imminence du sacrifice !
Dès la scène d'ouverture qui sert de prologue, le spectateur est prévenu. La leçon que dispense à Jason (d'abord enfant, puis adolescent plus mature) le Centaure Chiron (Laurent Terzieff si élégant dans l'interprétation de ce qui pourrait être pontifiant!) n'aura presque plus rien à voir avec Euripide. "il n'y a aucun dieu" exit donc le Sacré. Cette leçon repose sur une opposition Orient/Occident qui sera illustrée par la confrontation entre un monde archaïque (celui de Médée) et un monde plus "rationnel" (celui de Jason). Mais l'auteur n'exclut pas d'autres interprétations; il suffit de se référer à ses propos lus ou entendus à la Cinémathèque "Ce pourrait être aussi bien l'histoire d'un peuple du Tiers Monde, d'un peuple africain, par exemple, qui connaîtrait la même catastrophe au contact de la civilisation occidentale matérialiste". On peut aussi voir une opposition entre Italie du Nord industrielle, technique (Jason) et Italie du Sud agraire (Médée). Après le prologue, la longue séquence du rite sacrificiel sous l'égide de la prêtresse Médée en Colchide, où le sang et chaque partie du corps tranché et dépecé vont "nourrir" tout ce qui vit sur terre, renvoie à une croyance "archaïque" qui déifie le Soleil. Ce monde est voué à disparaître, d'autant que Médée hors de son "pays" d'origine sera ravalée, à Corinthe, au rang de "sorcière" Au final le sacrifice de ses enfants ne s'inscrirait-il pas dans une sorte de revanche?
Si le film "joue" constamment sur les antinomies, (et dans une perspective dialectique ne propose pas de "synthèse") il décline aussi la thématique du double. Les deux illustrations les plus patentes sont celle du Centaure à la fois homme et animal qui sera dupliqué par un autre Centaure-homme, et celle de l'offrande "empoisonnée" que fait Médée à la fiancée de Jason, (la fille du roi Créon/Crésus), qui se répète -avec une seule variante.
N'est-ce pas avant tout à un cérémonial, à une liturgie parfois hiératique que l'on vient de participer?
Colette Lallement-Duchoze
PS rappel succinct "Médée la magicienne, fille du roi de Colchide, voit arriver sur sa terre le prince Jason venu enlever la Toison d’Or, l’idole de son peuple. Tombée folle amoureuse du jeune Grec, elle trahit sa famille et son pays en dérobant pour lui la Toison d’Or et s’exile à ses côtés. Des années plus tard, alors qu’elle lui a donné deux enfants, l’homme pour qui elle a tout abandonné se détourne d’elle … "
De Martin Scorsese
Avec Leonardo DiCaprio, Jonah Hill, Margot Robbie
Un prologue prometteur! Voici une voiture qui épouse téméraire la "trame" d'une route de montagne enneigée avec pour seul éclairage celui de ses phares; on est subjugué et l'on se dit (naïvement) que les passages obscurité/lumière, les crevasses, les précipices évités de justesse, le rythme et la musique vont être exploités déployés comme des métaphores ou du moins comme éléments représentatifs....Et le film ainsi encodé peut commencer après cette mise en abyme !!!
Il n'en est rien. Tout est sur-joué ou mal interprété (Amalric a beau être l'acteur adulé des frères Larrieu, il ne convainc pas en prof à la mémoire trouée, à l'esprit et à la psychologie lacérés; pas plus d'ailleurs que Karin Viard en sœur incestueuse ou Maïwen en fausse belle-mère de Barbara, la victime disparue; ou encore Sara Forestier en étudiante nymphomane). Jamais n'affleure une once d'étrangeté (et quand un crime est censé avoir été commis, écran noir ou ellipse; au spectateur de combler cet interstice...). Certains "éléments" à valeur de symbole(s) ne sont pas utilisés à cette fin (l'architecture du campus si originale dans sa transparence par exemple; et puisqu'on cite Breton il eût été judicieux d'évoquer "la maison de verre" au début de Nadja) ou au contraire ils sont exploités de façon si appuyée qu'ils sont vidés de leur contenu (présence et croassement de corbeaux; paysage et état d'âme, et jusqu'au titre du film que griffonne in fine Marc sur du papier)
Certes la montagne est belle imposante, attirante et redoutable à la fois, certes les étudiantes de ce professeur (qui enseigne l'art d'écrire en citant à tout va Breton, en projetant des extraits de "l'âge d'or" de Bunuel) sont sculptées telles des figures de Vogue (Marc est un "séducteur"...névrotique et c'est à travers son regard que nous sommes censés voir les "autres"); certes les allers et retours chalet/université scandent en la ponctuant, la narration.
Mais à l'instar de Marc qui attend fébrile l'arrivée du printemps, nous (=Nicole et moi) avons attendu, déçues, la fin de la projection! Cette "beauté convulsive" qu'appelait de ses voeux fougueux André Breton ne nous est pas apparue...
Colette Lallement-Duchoze
Film danois de Tobias Lindholm et Michael Noer. Avec Pilou Asbæk (Rune) , Dulfi Al-Jabouri, Roland Møller, Jacob Gredsted, Omar Shargawi… -
R! Un étrange parcours! Voici un film tourné presque en même temps qu'Un prophète" de Jacques Audiard mais qui a sommeillé plus de 3 ans dans les "tiroirs" français. À cause d'une thématique presque similaire? (plongée dans l'univers carcéral avec ses codes, ses caïds, ses microcosmes, ses trafics de drogue, sa violence impitoyable, univers qui fabrique l'hyper-délinquance et la criminalité au lieu de les "corriger"); le spectateur ignore les arcanes de la distribution. Mais il a connu séparément les deux réalisateurs en 2013 (Highjacking de Tobias Lindholm et "Northwest"de Mchael Noer); il découvre en 2014 avec R leur premier film cosigné en 2009 !!!
Et c'est un peu KO qu'il sort de la projection. Le dernier plan: un long plan fixe sur la façade de la prison, -le bâtiment dans/et son environnement extérieur-, le fait accéder (enfin) à la Vie et à la Lumière après une immersion de plus de 1h30 dans l'enfer carcéral. Il aura été témoin de scènes d'une violence inouïe voire
insoutenable; il n'aura vu le sourire s'épanouir et le rire n'éclater qu'une seule fois sur les visages complices de Rune et Raschid. Le premier d'abord victime d'humiliations (c'est un euphémisme) va chercher à s'en affranchir par une trouvaille "géniale" (la "circulation" du shit...) mais il sera vite rattrapé..(malgré ses certitudes réitérées "je gère"); le second, du clan des "macaques" (bien séparés dans le dispositif ségrégationniste de la prison) pactise avec ce plan, "trahit" (selon la loi du clan) sera sauvagement "puni"
Une approche frontale. Parfois de gros plans sur une nuque ou des bras tatoués, sur un visage dévasté par l'effroi ou la colère. Peu de dialogues (dans ce film le regard se substitue souvent à la parole), des gueulantes parfois (celles des matons pour extorquer des aveux, celles des "taulards trahis" qui éructent leur soif de vengeance). Les rares visites ne sont pas perçues comme une intrusion de l'extérieur mais renforcent la sensation d'étouffement. Jeu de cartes, télé, films pornos, tabac, séances de musculation: tels sont les moments de "pause" dans ce cycle de la Violence toujours recommencée...
Les réalisateurs ont filmé dans une ex prison et la plupart des rôles de détenus sont joués par d'ex taulards; ceux-ci ont raconté aux réalisateurs des anecdotes, ont dit leur vécu. Là est la matière brute du film "Nous avons fait ce film dans un réalisme presque total. Nous n'avons pas ajouté d'idées"
Un film danois plus violent, plus sombre que celui d'Audiard...Un film qui s'inscrirait si bien dans la programmation du festival du cinéma nordique !!!
Colette Lallement-Duchoze
Film documentaire de Gilles Perret
Avec Raymond Aubrac (résistant mort en 2012) Léon Landini (résistant FTP MOI) Robert Chambeiron ( né en 1915 secrétaire général adjoint du CNR) Daniel Cordier (secrétaire de Jean Moulin) Stéphane Hessel (résistant déporté diplomate mort en 2013) Laurent Douzou (historien) Nicolas Offenstadt (historien) ; hommes politiques interviewés: Bayrou, Copé, Dupont-Aignan, Hollande, Mélenchon
Ce documentaire s'intéresse (dans une première partie) à la genèse : comment (et pourquoi) 16 hommes entre 1943 et 1944 vont rédiger un programme, celui du CN R (Conseil national de la résistance) intitulé "les jours heureux"
Un film complexe à voir plutôt deux fois qu' une !
Un film à conseiller vivement aux collégiens et lycéens, à leurs professeurs afin de comprendre et ne pas oublier d'où viennent la sécu, les lois sociales, la liberté, le non au fascisme
de Stephen Frears avec Judi Dench, Steve Coogan
N'hésitez pas!
Cette recherche de "l'enfant perdu" signée Stephen Frears est tout simplement époustouflante de justesse. Un film où le rire côtoie les larmes, soutenu par le jeu remarquable de Judi Dench (dans le rôle-titre) et de Steve Coogan (dans celui du journaliste). Mais tout en dénonçant l'emprise de l'Eglise catholique et de ses pratiques "douteuses" (nous sommes en Irlande...) le réalisateur ne s'attaque nullement à la "foi"...ni à la "religiosité" du personnage principal.
Une leçon de cinéma et de pardon
Elisabeth
Commentaire 12/01/2014
Hélas je ne partage pas l'enthousiasme de la quasi totalité des critiques et des spectateurs!
Hormis les scènes qui reconstituent le passé traumatisant de Philomena (rythme, gros plans sur le visage marqué par la Douleur) et le "film" dans le film (la vie du fils qui se déroule sous le regard d'une mère aimante devenue elle aussi spectatrice ) tout le reste m'a paru assez "convenu" (même le dosage humour tendresse drame; même l'exploitation par la presse à sensation des malheurs humains). Cela étant la prestation de Judi Dench est remarquable et certains paysages (en automne ou hiver) formidablement cadrés
Colette
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