Alma
nya film allemand de Yasemin Samdereli, avec Vedat Erincin, Fahri Ogün Yardim, Lilay Huser
Le 10 septembre 1964, le millionième travailleur immigré est accueilli en RFA. Mais le film va raconter l'histoire du suivant, Hüseyin Yilmaz un Turc, et de sa famille. Pour restituer cette période de 45 ans (soit trois générations de 1964 à 2009), c'est une voix off qui prédominera. Au début commentaire des photos familiales. Puis ce sera celle de Canan petite-fille de Hüseyin Yilmaz, elle s'adresse à son cousin Cenk, 10 ans.(déboussolé il ne sait s'il est Turc ou Allemand quand il doit choisir son équipe de foot). Le récit, que des va-et-vient constants entre passé et moment présent structurent, se rapprochera ainsi plus du "conte" que du documentaire sociologique. L'esssentiel est ailleurs "avoir une famille c'est avoir une histoire"
Une histoire d'immigration et d'adaptation. Et pour mettre en évidence le choc des cultures, mais aussi la peur de l'Autre (l'étrange étranger), la réalisatrice a choisi le mode comique: clichés culturels appuyés, (les W-C, le port de la moustache) mimiques des visages accentuées, questionnements de ceux qui sont confrontés à un autre mode de vie et de pensée que les leurs forcément drôles (fête de Noêl, homme crucifié, coca-cola) etc. Et quand une information semble confuse, le petit Cenk imagine -et c'est un diaporama où défilent les "citoyens appelés" par une Voix qui semble venir d'un minaret planétaire. De même, quand les grands-parents reçoivent leur passeport allemand, Hüseyin voit sa femme en Bavaroise; le préposé ne leur a-t-il pas affirmé "désormais vous pourrez manger du porc et aller en vacances aux Baléares"?
Au va-et-vient dans le temps se superpose celui dans l'espace: de l'Anatolie natale vers l'Allemagne et de l'Allemagne vers la terre d'origine -pour un ultime voyage...Tout un cycle de vie (enterrement et quasi simultanément promesse d'une nouvelle naissance)
La nécessité de la transmission d’un héritage, le culte des ancêtres et des disparus toujours présents, le goût des scènes de table comme symboles du partage, et l’amour inconditionnel de la famille, (voir les réticences de l'ami anglais de Canan) tout cela est restitué sur un rythme soutenu; et l'on rit souvent de bon cœur.
Et pourtant ! Est-ce cette légèreté (volontairement gauche parfois dans le traitement) ou cette forme d'angélisme dans le discours latent? Est-ce la succession de faits comme "téléphonés"?
Une phrase prononcée pendant le générique de fin, est plus que choquante si elle est prise au sens littéral "si c'était à refaire, on n'aurait fait venir que des Turcs"...(quid des autres immigrés espagnols, grecs, italiens sinon le mépris?)
Colette Lallement-Duchoze
Prix spécial "Un certain regard" au festival de Cannes 2012, le dernier film du duo frapadingue n'a certes pas la veine surréaliste d'Avida (présenté à Cannes hors compétition en 2006). Mais quelques moments telles des fulgurances rappellent leur inventivité première (qu'on avait tant appréciée dans Aaltra): le pendu d'abord dépendu (son geste manquait de panache) et qui se repend ballotté ad infinitum dans la ronde des chaises d'un manège; la panne de Fenwick en pleine campagne; la scène d'immolation (Jean-Pierre le frère de Not est désespéré suite à son licenciement) à l'intérieur de Carrefour, dans l'indifférence générale; le gâteau anniversaire offert à la mère (interprétée par Brigitte Fontaine) qui chante avec un accent chinois "happy birthday" et les "bougies" soufflées avec un éventail; l'épluchage laborieux des patates (les Bonzini interprétés par Areski Belkacem et Brigitte Fontaine, tiennent un restaurant "la Pataterie" toujours désert); les leçons de "punkitude" que donne Not à son frère devenu Dead; la lecture de l'avenir que propose un Gérard Depardieu coiffé d'un bonnet péruvien; les rêves de Not en star adulée de la musique punk..

Avalanche de bonnes critiques, sélection au festival de Cannes, pub incroyable !....Comment oserai-je dire qu'après une heure de projection je suis sorti de la salle !?.... Autant "'le prophète" était une réussite, que"de rouille et d'os" est inintéressant. On a le droit d'être fasciné par la violence lorsqu'elle dit quelque chose. Dans le prophète elle servait quasi comme un documentaire à décrire l'enfer des prisons, le pouvoir de la mafia dans et hors des murs carcéraux, la plongée sans fin de ceux qui sont mal nés, pas élevés, le rapport de forces entre ceux qui ont le pouvoir et leurs exécutants, ce monde de non droit à l'intérieur d'une institution pourtant dépendante de l'Etat, etc...mais dans son dernier film la fascination pour une brute primaire qui tombe amoureux, ça ressemble plutôt à un gros cliché. On n'apprend rien sur le personnage d'Ali, on n'avance pas sur la connaissance du psyché. Violence gratuite pour grand public. Audiard raccole entre les dents de la mer et les intouchables. J'ai comme le sentiment que les critiques n'ont pas osé critiquer parce que personne n'a commencé, un peu comme ces journalistes serviles de la télé qui servent un maître parce qu'il est au pouvoir et du jour au lendemain servent avec le même zêle le nouvel entrant sans qu'on ne leur ait demandé quoi que ce soit...grégarisme quand tu nous tiens !
Un système concentrationnaire dissimulé sous les aspects riants d'une campagne accueillante, une suspicion généralisée due à la méfiance sournoise, telle est l'atmosphère de ce film dont l'intrigue a pour cadre l'ex RDA . L'affiche rend bien compte du dilemme auquel est confronté le personnage éponyme Barbara (admirablement interprété par Nina Hoss): deux univers: l'immensité bleue comme appel vers la liberté et au premier plan, le personnage de dos dans sa fixité et sa matérialité (tel un Mauer) Fuir ou rester ?…
Un homme se penche sur le corps d'une jeune femme au visage tuméfié, aux lèvres sèches "Anna, Anna où est Anders?" interroge-t-il. C'est la scène d'ouverture. Qui est Anna? qui est Anders? Le film évoquera en un long flash back le parcours de cette jeune femme qu'un trauma a fait sombrer dans la paranoïa….


