28 avril 2016
4
28
/04
/avril
/2016
16:50
du 11 mai au 3 juin 2016 (Rouen et Mont Saint Aignan)
L’association rouennaise Courtivore vous invite à découvrir sa sélection annuelle de courts métrages.
Films d’animation, comédies, drames, thrillers…
Vous pourrez goûter à tous les genres cinématographiques, les seules contraintes imposées aux films étant de ne pas excéder une durée de 20 minutes.
Le Courtivore, c’est avant tout une histoire d’équipe : les membres de l’association ont retroussé leurs manches et visionné plus de 1160 films candidats (notre record, toutes éditions confondues !), pour n’en retenir que 24 en compétition générale et 6 en section Jeunesse.
Ces films sont répartis en trois actes,
organisés les mercredi 11, 18 et 25 mai 2016 à 20h au cinéma Ariel (Mont Saint Aignan).
Chaque séance est unique, avec une programmation et une saveur originales. Lors de chacun des actes, les spectateurs désigneront le film qu’ils auront préféré.
Les 6 courts métrages plébiscités à l’issue de ces 3 sessions sont ensuite sélectionnés pour la finale le vendredi 3 juin 20h au cinéma Omnia, la crème de la crème !
A noter que le programme s’élargit cette année avec deux nouvelles soirées thématiques consacrées aux clips, au Kalif 33 route de Darnétal le samedi 21 mai 20h
et à la peinture à l'auditorium du Musée des Beaux-Arts le mercredi 1 juin 20h
http://courtivore.com/agenda/
Published by cinexpressions
27 avril 2016
3
27
/04
/avril
/2016
07:33
De Phan Dang Di (Vietnam)
avec Do Thi Hai Yen, Le Cong Hoang, Truong The Vinh
titre original: Cha và con và "Père et fils et ... "
titre version anglaise: big father small father and other stories
titre version française : Mekong stories
Saïgon début des années 2000. Vu est apprenti photographe. Thang vit de petits trafics et Van rêve de devenir danseuse. Réunis par le tumulte de la ville, ils vont devoir affronter la réalité d'un pays en pleine mutation...
Après un vaste panoramique, voici un plan large sur l'une des rives du Mékong (à l'horizontalité des maisons répond en s'opposant la verticalité d'immenses buidings modernes en arrière-plan) puis un lent travelling avant jusqu'à une de ces maisons où Vu apprenti photographe va louer une chambre; dans cette demeure cohabitent Thang (serveur dans une boîte de nuit ) et Cuong chanteur de rue. Avec d'autres on les verra rassemblés pour un repas (quand le père offre à son fils Vu un appareil photo...)
Le film obéit à un rythme et invente un récit tels qu'ils bousculent les "attentes" du spectateur: sans raccord évident on passe d'une scène à une autre, d'un personnage à un autre, on quitte la fébrilité urbaine (discothèques; trafics; jeux d'argent) pour l'atmosphère fantasmagorique de la mangrove; on passe des lueurs feutrées ou phosphorescentes au limon boueux cendré dans lequel vont se lover des corps nus. La forme narrative choisie fait ainsi la part belle aux ellipses laissant le champ libre à l'interprétation du spectateur -les parcours fragmentés se poursuivraient hors champ?? Hormis l'intermède à la campagne chez le père de Vu, assez éloquent sur les comportements pulsionnels...
Un film où les regards -ceux du désir notamment-, où les corps emperlés de sueur, semblent chorégraphier des aspirations contraires (voici par exemple le cas de Van la petite amie de Thang: les ondulations lascives de son corps en discothèque s'opposent aux cours de danse classique qu'elle suit avec l'espoir de devenir "ballerine"; voici Thang qui va payer sa dette de jeu en "acceptant" un rapport sexuel avec son "créancier" et Vu qui voudrait "être Van pour pouvoir aimer normalement Thang" ; les photos qu'il fait de lui sont toujours "floues", elles accusent le tremblé de qui est amoureux).
C'est l'image d'une jeunesse qui est mise en exergue. Une jeunesse qui au seuil des années 2000 veut vivre la frénésie du renouveau économique de son pays (l'embargo américain a été levé en 1994) mais impécunieuse souvent, comment y parviendra-t-elle? Avec quel argent s'acheter une guitare? Offrir un portable à sa petite amie? ....Un arrière-plan économique et social vécu par certains dans une amère désolation !!
Dès la fin des années 80 l'Etat avait mis en place une politique de limitation de la fertilité mais comme "peu de personnes répondaient à l'appel -chaque quartier ayant son quota de stérilisations à respecter- on a attiré les candidats en les payant" À plusieurs reprises le réalisateur mentionne ce phénomène -vérifications du quota de stérilisations ; discours des jeunes encore dubitatifs avant de subir une vasectomie, quête de certificats de fausse parentalité, et vers la fin ce plan en plongée sur le corps de Vu que recouvrent en une sorte de suaire à la fois le vêtement blanc maculé de sang et la froideur de l' hôpital...
Défilent les photos en argentique que Vu est censé avoir prises; comme si au final le labyrinthe/ puzzle était reconstitué, l'œil du photographe se substituant à celui de la caméra....
Colette Lallement-Duchoze
Published by cinexpressions
24 avril 2016
7
24
/04
/avril
/2016
17:48
Film documentaire de Françoise Davisse
musique de Mouss et Hakim (du groupe Zebda),
Après le bain de jouvence “Merci Patron”... voici “Comme des Lions” qui éclaire nos consciences d’une autre manière.
Ce remarquable film documentaire sur la lutte des ouvriers de Peugeot à l’usine d’Aulnay -sous- Bois est le résultat d’un travail de Françoise Davisse, modeste et géniale, sur plusieurs années (2011/2014) jusqu’à sa fermeture définitive.
Le montage réussit à montrer, sans jamais lasser, tous les moments forts de cette grève, l’aspect collectif mais aussi l’élite qui se dégage de ce mouvement (issus de ces 400 personnes grévistes déterminées, attachantes, intelligentes).
On y voit Hollande puis Montebourg...les promesses pré-électorales et les trahisons post-électorales, une classe ouvrière capable d’analyser et contrer les pièges de la direction, garder son calme et sa dignité face aux CRS, aux huissiers mandatés, aux journalistes carpettes (Elkabach, Pujadas,) aux jaunes, aux provocations dans l’usine. Car nous voyons bien que les efforts pour se battre n’étaient pas partagés hélas par les 2800 salariés pourtant voués à une mort certaine.
La prise de son et les images captent des moments clés et c’est une chance d’assister, comme spectateur, au déroulement d’un mouvement avec les avancées et les reculs, les réflexions stratégiques et l’organisation des luttes – tel que ce moment où grâce à la solidarité financière un chèque est remis à chaque gréviste surpris de voir que la somme est supérieure à son salaire habituel.
Bref, film doc à voir et à faire voir car la réalisatrice donne une grande leçon de cinéma et témoigne ainsi pour l’Histoire sociale de notre pays.
Serge Diaz
"On est des ouvriers", credo écrit sur la buée de la vitre d'un car CRS, par des ouvriers embarqués …après l'occupation de la fédération de l'UIMM
Classe ouvrière enterrée? Cette profession de foi dit le contraire..
Ouvriers en grève avec bagarres= criminels; ronronnent la plupart des médias.
Où est la VRAIE violence? Plus sournoise ( les non grévistes ne la détectent pas...) et plus délictueuse: celle d'un système qui cloue au pilori, avec l'aval des "pouvoirs" en place....(cf les discussions en AG)
Toute cette complexité est filmée dans ce documentaire poignant qui plonge le spectateur au coeur d'une lutte,d'une aventure collective
Colette 25/04/2016
NB: il y a bien une écriture filmique dans "comme des lions" Est-ce pour autant une "leçon de cinéma" comme l'affirme Serge???
Published by cinexpressions
23 avril 2016
6
23
/04
/avril
/2016
09:57
De Eugène Green (France Belgique)
Avec Victor Ezenfis, Mathieu Amalric, Natacha Régnier,Fabrizio Rongione, Maria de Medeiros, Jacques Bonaffé, Christelle Prot
Vincent, un adolescent, a été élevé avec amour par sa mère, Marie, mais elle a toujours refusé de lui révéler le nom de son père. Vincent découvre qu’il s’agit d’un éditeur parisien égoïste et cynique, Oscar Pormenor. Le jeune homme met au point un projet de vengeance, mais sa rencontre avec Joseph va changer sa vie
L'univers cinématographique d'Eugène Green est très singulier: culte de la diction baroque qui sonorise les "e" muets et fait prononcer toutes les liaisons; respect méticuleux de la syntaxe; une façon de filmer en frontal qui rappelle Ozu ou de tracer comme au cordeau chaque plan (à la Bresson); les arts -musique baroque, architecture et peinture- comme révélateurs grâce à leur illumination presque épiphanique, sans oublier l'humour. Voilà tout ce que l'on retrouve dans "le fils de Joseph" (pour le plaisir de ses admirateurs mais au grand dam de ses détracteurs)
Dès le générique on est comme happé par ces mouvements de caméra qui font du trafic urbain (voitures) et de la suractivité humaine (piétons sans visage) une chorégraphie avec ses flux et contre-reflux, puis un panoramique ascendant sur Notre-Dame; un ballet qu'accompagnent une musique baroque italienne et le chant de Cavalieri. Avant même que ne débute l'histoire de Vincent (interprété par Victor Ezenfis) cet adolescent en quête de son père, on sait que le quotidien le plus banal est comme sublimé ou du moins qu'il porte l'empreinte du sacré.
Le récit -qui est aussi un parcours initiatique- est segmenté en cinq chapitres dont les titres renvoient à des épisodes bibliques; il s'agit non pas tant de les "mettre au goût du jour" en les revisitant que d'établir un sorte de continuum, animé par la dialectique de l'ombre et de la lumière. Dans un premier temps, Vincent hanté par le tableau du Caravage (Sacrifice d'Isaac) obnubilé par le couteau que brandit Abraham, est décidé, en inversant les rôles, à tuer ce père géniteur qu'il vient de "retrouver", un certain Oscar Pormenor, éditeur "respecté" dans le milieu germanopratin (milieu savoureusement ridiculisé dans "le veau d'or"), mais un homme abject; le geste parricide sera suspendu ....grâce à la rencontre de Joseph ("le charpentier").
Le film va célébrer les noces de l'art et de la paternité retrouvée (fût-elle de substitution). Vincent en compagnie de Joseph contemple le tableau de Georges de La Tour Saint Joseph charpentier au Louvre; c’est par son fils que Joseph devient père, affirme Joseph, (Fabrizio Rongione) et ce commentaire préfigure l'aveu final "je suis le père de Vincent" (or les destinataires de ce message sont les gendarmes et le père géniteur.!!!). La musique elle aussi éploie ses vertus bienfaitrices; même s'il ne comprend pas les paroles, Vincent est subjugué par la voix de Claire Lafilliâtre et le jeu du théorbiste Vincent Dumestre dans cette scène à l'église où le Poème Harmonique interprète un morceau de Domenico Mazzochi (la figure d’Euryale).
Fils de Joseph devenu mais d'abord et toujours fils de Marie; une mère (Natacha Régnier) que nous voyons tout d'abord dans l'embrasure de la porte, nimbée dans un halo de lumière. Mère aimante et mater dolorosa tout à la fois jusqu'à la "fuite en Egypte" à dos d'âne (il fallait le faire!!!) sur le sable face à une mer "toujours recommencée" dans ses tons bleu vert et sa frange d'écume
Un film complexe qui se prête à une lecture plurielle.
Un film à la beauté formelle indéniable, exigeante
Un film à ne pas manquer!
Colette Lallement-Duchoze
Published by cinexpressions
22 avril 2016
5
22
/04
/avril
/2016
07:47
De Lars Kraume
avec Burghart Klaussner, Ronald Zehrfeld, M. Schenk
Argument: en 1957 le juge Fritz Bauer apprend que le criminel de guerre nazi Adolf Eichmann se cache à Buenos Aires. Alors que les tribunaux allemands préfèrent tourner la page plutôt que le soutenir, Fritz Bauer décide de contacter le Mossad, les services secrets israéliens
"Louables" intentions!! .Mettre en évidence l'ambiguïté voire l'irresponsabilité de l'état fédéral allemand (RFA); juste après la fin de la Seconde guerre Mondiale, le chancelier Konrad Adenauer songe plus à la reconstruction économique de son pays, à "pactiser" avec Israël nouvellement créé, qu'à faire le procès des ex nazis – or certains occupent des postes ministériels, d'autres gangrènent le monde judiciaire, d'autres enfin se sont reconvertis dans l'industrie !!! Et le titre original "Der Staat gegen Fritz Bauer" (l'Etat contre Fritz Bauer) dit explicitement l'obstruction (à tous les niveaux) à laquelle ce procureur général dut faire face dans sa démarche de "justicier". Rectifier aussi une vision de l'histoire qui faisait la part belle au Mossad; les services israéliens ont certes capturé Eichmann en Argentine mais …ce fut grâce aux informations livrées par Bauer, lui le véritable initiateur du procès d'Auschwitz. ( la séquence, très courte, du kidnapping d'Eichmann rappelle étrangement celle du film Hannah Arendt...mais son traitement est nettement moins habile). Le film se concentre ainsi sur cet épisode (nous sommes en 1957) censé illustrer la personnalité, la pugnacité de ce personnage autoritaire et hargneux pour en faire "un héros"...(sens littéral du titre français). Son héroïsme? Outrepasser ses compétences ("pour sauver son pays il faut savoir le trahir") enfreindre les lois fédérales "ne pas poursuivre un individu pour les crimes commis en application d’ordres reçus". Seul sur l'échiquier politique et judiciaire, il a fait appel aux services du Mossad pour arrêter Eichmann. Mais son voeu d'une justice sans compromis Que les jeunes Allemands nés après la guerre aient le courage qui a manqué à leurs aînés afin d’arrêter et de condamner les criminels de guerre.(un extrait de l'entretien "authentique" ouvre d'ailleurs le film), ne se concrétisera pas...
Une histoire suffit-elle à "faire un film"? et c'est là où le bât blesse : dans la façon de filmer une reconstitution qui se veut "historique". Comme pour l'essentiel Fritz Bauer, un héros allemand, nous plonge dans des intérieurs (lieux par excellence des "discussions", des décisions, des manœuvres secrètes) les personnages évoluent dans des décors où suinte l'artifice; il en va de même pour les vêtements les coiffures (ah le postiche de Burghart Laussner !! acteur qu'on peine à reconnaître, même vieilli, lui l'interprète du pasteur dans le film de Hanecke "le ruban blanc"), des plans serrés trop insistants (surtout dans les duos Bauer et Angermann son procureur adjoint et seul complice), abus des champs/contrechamps; personnages secondaires (avec leurs rictus "nazis") à la limite de la caricature, les sonorités jazzy censées évoquer les films noirs des années 40 50 sont comme artificiellement plaquées.. etc.
Un bémol toutefois: il faut reconnaître une certaine audace dans le traitement de l'homosexualité quand on sait que dans les années 60 la répression policière sévissait en s'appuyant encore sur une législation nazie...non abolie... (Angermann pris en "flagrant" délit doit choisir entre la délation et la prison!)
Du cinéma? Non Un téléfilm? Peut-être
Colette Lallement-Duchoze
Published by cinexpressions
21 avril 2016
4
21
/04
/avril
/2016
07:43
Documentaire de Jean-Luc Léon
Un vrai faux? un faux vrai? Où est le vrai? Où se cache le faux ? Difficile à démêler !!! Car Guy Ribes a des "mains en or" et il ne se contente pas de "copier" comme un vulgaire imitateur, il lui faut s'imprégner de "l'âme du peintre" quitte à jeter 10 toiles qui ne le satisfont pas; il a en outre l'art de jongler avec toutes sortes d'astuces (contrefaire la signature du maître en commençant par la droite; jouer avec la poussière et les patines du temps).Trente ans durant il aura été Picasso, Léger, Dufy, Braque, Chagall, Degas, Dali, Bonnard, Modigliani, Renoir, Laurencin, Vlaminck, Matisse, Van Dongen ou Vuillard. Ce fut "un vrai faussaire"
Traversant le tunnel (premiers plans du film) il émerge de la clandestinité happé par la lumière. Accusé suite à une délation, jugé, condamné à 3 ans de prison dont 2 avec sursis, il est révélé au grand public. Voici son histoire (vraie?) racontée par lui-même face à la caméra de Jean-Luc Léon. Gouaille et faconde à la Audiard, chapeau et pipe à la Maigret, ventre proéminent à la Rebeyrolle, Guy Ribes (65 ans) est à n'en pas douter un "personnage". Enfance dans un hôtel de passe, mère médium, père dictateur (qui a plus que flirté avec le gang lyonnais), apprentissage aux Soieries (où il se plaît à peindre des motifs ) engagé dans la marine puis la légion; par "amitié " pour Weisbuch il se met à le "pasticher"...Sa carrière commencera en 1984 (en réponse à une commande)
Et ses "œuvres" sont si "crédibles" qu'elles leurrent aussi bien la fille de Chagall que les experts et les musées. Dans les réserves, dans les salles des ventes, sur les murs de collectionneurs combien encore de "vrais faux"? Compulsant un catalogue Drouot, Guy Ribes affirme en appuyant de son doigt "ça c'est moi; ça aussi c'est moi" mais le réalisateur ne dévoilera pas (recours à un cache) de même qu'il "censurera" certains noms" (remplacés par des cris d'oiseaux)...C'est qu'on ne peut TOUT DIRE. Si Guy Ribes, travaillant sur commande, s'est surtout "attaqué" à la peinture du XIX° et XX° siècle il laisse entendre dans ses (fausses?) confidences qu'il s'est inspiré aussi de "maîtres" plus anciens; mais chut! "il y a des choses que je ne peux dire" (il risquerait sa peau!!!) Sa parole dans le film est "confrontée" (au montage) à celles d'un procureur, d'un collectionneur floué (pour 500 000 euros) d'experts dont les analyses confirment le "talent" du vrai faussaire, du commissaire de police convaincu que la parole du " faussaire" n'est "vraie" qu'à 5% .Et le réalisateur (qui lui-même n'est pas dupe) termine son film en citant un proverbe chinois "Les récits des faussaires sont parfois aussi vrais que leurs œuvres".
On reprochera à ce documentaire son côté trop "statique" (certes largement compensé par les propos gouailleurs de G Ribes et ses "leçons" de peinture in situ). Hormis ces vues aériennes sur les toits de Paris (à des saisons différentes) et cette vue en plongée sur le métro aérien où deux rames se croisent en ondulations sinusoïdales (le même et son double côte à côte!!)
Colette Lallement-Duchoze
PS Guy Ribes -il avait purgé sa peine- fut sollicité par Gilles Bourdos pour son film "Renoir" en 2012 (son nom apparaît au générique); il a peint des toiles pour les besoins du film.... et il double les mains de Michel Bouquet, quand celui-ci est censé peindre...
Published by cinexpressions
18 avril 2016
1
18
/04
/avril
/2016
19:16
De Pablo Aguero Argentine
Avec Gael Garcia Bernal, Denis Lavant, Daniel Fanego
1952 Eva Peron vient de mourir à 33 ans. Elle est la figure politique la plus aimée et la plus haïe d'Argentine. On charge un spécialiste de l'embaumer. Mais les coups d'Etat se succèdent et certains dictateurs veulent détruire jusqu'au souvenir d'Evita dans la mémoire populaire
Eva ne dort pas n'est pas un film documentaire ni un "biopic" (tout au plus un nécropic); car ce qui intéresse le réalisateur est de montrer comment la figure emblématique d'Eva Perón continue à hanter les esprits bien après sa disparition (qu'il s'agisse de ses adulateurs ou de ses contempteurs).
Voici "l'histoire" de son corps; d'abord embaumé, il sera enlevé sous la dictature (inhumé en Italie avec l'accord du Vatican) et enfin restitué (mais pour être "définitivement" enterré dans le béton à 6 mètres sous terre); cette "histoire" (des années 1950 à 1970) sera interprétée selon les points de vue d'anti-péronistes et incarnée par trois figures représentatives; ce qu'illustre la segmentation en trois chapitres annoncés par des encarts,"l'embaumeur" "le transporteur" et "le dictateur"
Un parti pris de théâtralisation: trois huis clos (le funérarium, l'habitacle d'une camionnette, et une sorte de geôle où est séquestré le général Aramburu) chacun traité en plan-séquence; trois moments où domine une relation assez violente au corps (surtout en II, dans la bagarre qui oppose le lieutenant Koenig interprété par Denis Lavant au soldat qui l'accompagne dans le transfert du corps d'Eva). Les images d'archives qui parsèment le récit, vont comme arracher le spectateur de ces atmosphères glauques où le réalisateur l'enfermait: il voit une foule en liesse, ou en pleurs, il entend des extraits des discours anti-capitalistes d'Eva et ses propos comminatoires; il voit et entend aussi le bruit des bottes...
Mais le réalisateur va plus loin encore. Ces intérieurs d'enfermement -où la lumière et les clairs obscurs sont traités de façon magistrale, où les gestes sont surdimensionnés par une musique de plus en plus forte - deviennent par allégorie les images de forces chthoniennes, ces forces maléfiques de la dictature, de l'oppression; et correspondent ainsi à une figure de l'intériorité. Car il s'agit bien de traquer "l'ennemi intérieur" et pour l'amiral Massera (interprété par Gael Garcia Bernal) c'est forcément cette catin d'Eva Peron (qui en plus a eu l'outrecuidance de mourir à 33 ans comme le Christ). C'est sur lui que s' ouvre et se clôt le film. Fier de "posséder" enfin le corps dans les profondeurs abyssales du béton. Mais..... que peut le béton contre la force de l'esprit?. Dans la dernière image d'archives, nous entendons Eva Perón crier devant deux millions de manifestants Je reviendrai, morte ou vivante ! Massera, contre son gré, lui aura donc scellé un mausolée!
Pablo Aguero dit avoir voulu imiter Bonnard qui affirmait "il ne s'agit pas de peindre la vie, mais de rendre vivante la peinture" Pari réussi !!
Colette Lallement-Duchoze
Bien vu...
Mais pour qui ne connaît pas bien les années 50 à 70 en Argentine on est un peu largué. .. Même si ce n'est pas le propos du réalisateur
Un film qui frôle le fantastique dans le rendu des ambiances
Avez - vous vu d'autres films de cet auteur?
Ismael 18/04/2016
l'histoire de l'Argentine entre 1952 et 1976? elle est bien en filigrane dans le film (voir la séquence 3 où les Montoneros somment le général Aramburu de révéler l'endroit où se trouve le corps d'Eva; le général en quelques phrases évoque les "bienfaits" des forces au pouvoir tout en incriminant les groupes d'extrême gauche); elle est bien patente dans les images d'archives qui scandent le récit ; sinon il suffit de se "documenter " sur le docteur Ara l'embaumeur, le colonel Koenig, le général Aramburu et l'amiral Massera (bien présents dans le film) ainsi que sur l'histoire assez trouble et souvent féroce de ce pays durant ces deux décennies (le pire sera à venir....)
Colette 19/04/2016
Published by cinexpressions
12 avril 2016
2
12
/04
/avril
/2016
05:18
De Léa Pool Canada
Avec Céline Bonnier, Lysandre Ménard, Diane Lavallée, Marie Tifo
Directeur musical: François Dompierre
Récompenses:
Festival du film francophone d'Angoulême 2015: Valois du public
Gala du cinéma québécois 2016: 6 prix
Argument: Simone Beaulieu, devenue Mère Augustine, dirige un couvent au Québec. Passionnée, résiliente, Mère Augustine consacre son énergie et son talent de musicienne à ses élèves. Lors de son arrivée, elle prend sa nièce, Alice, une jeune pianiste prodige, sous son aile. L'école est un haut lieu musical qui rafle tous les grands prix de piano de la région. Il y résonne un flot de gammes, d'arpèges, de valses de Chopin et d'Inventions de Bach. Mais lorsque le gouvernement instaure un système d'éducation publique dans les années 60, l'avenir de Mère Augustine et de ses Soeurs est menacé.
Il y a de très belles images et bien entendu des musiques sublimes.
Ce film met en lumière la difficulté de promouvoir un enseignement atypique, les relations entre les soeurs, leur confrontation brutale, pour certaines, avec le monde extérieur après Vatican 2, (à cet égard la scène du dévoilement est émouvante) l'enthousiasme des élèves pour la musique mais aussi pour les évolutions en cours.
On suit cette histoire avec un intérêt non dénué d'émotion notamment pour ceux (et surtout celles) qui ont connu cette époque : box dans les dortoirs, vie de pensionnat de filles;
on sourit souvent, on a quelquefois du mal à saisir le parler québécois.
Les intermèdes musicaux sont un peu trop longs.
On pourrait aussi dire que c'est "gentillet" (le critique du Monde n'a pas aimé ! ) mais le sujet est très intelligemment traité.
Un film plaisant
Isabelle Lepicard
«on a quelquefois du mal à saisir le parler québécois.»
Pauv' chou. Par contre l'anglais, ça ce n'est pas un problème, hein ? (Voir les films avec des titres en anglais en France).
Je pense que les Français devraient s'ouvrir sur la francophonie...
et donc comprendre les légers accents d'outremer. (Dans la passion d'Augustine, les accents sont très légers, je vous l'assure)
Soeur Onésine 12/04/2016
Je ne m'attendais pas à susciter une telle agressivité (anonyme de surcroît) d'autant que vous avez mal compris mon propos.J'aime bien la sonorité du québécois; mais il fallait quelquefois tendre l'oreille.Entendre les sœurs changer de langue avait aussi un sens.
Par ailleurs : qu'avez vous pensé du film. c'est l'essentiel. non ?
Isabelle 19/04/2016
Published by cinexpressions
11 avril 2016
1
11
/04
/avril
/2016
14:51
Documentaire réalisé par Manoel de Oliveira (1908 - 2015) Portugal
en 1982 Manoel de Oliveira réalise, dans le plus grand secret, un film qui ne devait être visible qu'après sa mort
Doit-on pour autant considérer ce film autobiographique comme un testament?
« L’étoile rare de la maturation », dit un homme -voix off-.à propos d'une fleur de magnolia que la caméra était venue cueillir sur cet arbre surplombant tous les autres. Une femme -voix off- lui répond. Qui sont ces personnes? Nous ne les verrons pas. Des visiteurs? nous ne le saurons pas. Mais leur conversation (très écrite) accompagne presque tous les mouvements de la caméra qui nous invite à découvrir la maison de Manoel de Oliveira.. Extérieur d'abord en un mouvement panoramique; intérieur avec travellings et profondeurs de champ; la légèreté de ses mouvements rappelle la suavité d'une caresse Une maison, -voix off de l'homme-, est un objet qui permet que je m’entende avec une autre personne. Un objet qui dès le début de ce film autobiographique s'est métamorphosé en sujet. Cette demeure est filmée avec amour; elle respire de tous ces effluves qui circulent en son sein, elle s'offre pudique et voluptueuse aux regards des visiteurs(?) à ceux du spectateur; car les objets qui l'habitent "ont une âme" : les fauteuils disent le calme, les coquillages des étagères évoquent les voyages, les tableaux et sculptures le goût pour l'art; et les photos, légèrement patinées, témoignent du passage des êtres chers.
Elle n'est pas encore désertée même si elle n'est plus habitée. Or Manoel de Oliveira doit se séparer d'elle. Nous sommes en 1982 le réalisateur a 74 ans; à son actif 6 longs métrages, à son passif des dettes; il est contraint de vendre la maison de Porto qu'il habite avec sa femme Maria Isabel depuis quarante ans ( femme que nous voyons et entendons à un moment souriante et solaire). Une blessure, une rupture, une déchirure. Il nous invite à la visiter avec lui, et dans cette promenade, écouter ses "confidences" ses "confessions" - le titre du film est à prendre au sens littéral- promenade comme voyage au coeur de ses pensées, de son être dans son entièreté!
Mais quand l'auteur face à la caméra, ou de profil en train de taper (un scénario?) parle d'abondance (et tous les sujets sont abordés: politique, famille, amour, littérature, art etc.) la longueur insistante des plans fixes fait que l'on décrochera vite (hormis les cinéphiles admirateurs invétérés de cet auteur portugais et les exégètes qui décèleront et analyseront dans ce film de 1982 les promesses des œuvres à venir). Et ce, même si le traitement des images (avec ce mélange de diapos de photos de films) rappelle parfois la démarche cubiste; un espace démultiplié à partir de cet élément fixe et pourtant si vivant qu'était la Maison, SA MAISON!
Colette Lallement-Duchoze
Published by cinexpressions
8 avril 2016
5
08
/04
/avril
/2016
17:39
De John Crowley et Paul Tsan (GB, Irlande)
Avec Saoirse Ronan, Domhnall Gleeson
Récompenses:
Festival du film de Hollywood 2015 : Hollywood New Hollywood Award
New York Film Critics Circle Awards 2015 : Meilleure actrice
Boston Online Film Critics Association Awards 2015 : Meilleure actrice
Les années 50. Attirée par la promesse d'un avenir meilleur, une jeune Irlandaise quitte sa famille pour tenter sa chance en Amérique. A New York son passé vient troubler son nouveau bonheur...
Romance? Oui. Film ou fresque d'époque? On en doute...
Voici un film à la mise en scène très "académique"; hormis certains "décadrages" et quelques ralentis, encore qu'ils font l'effet de partis pris systématiques. De très gros plans sur le visage de Saoirse Ronan éplorée nous rappellent que le film nous immerge dans une romance style mélo où l'Amérique sert uniquement de "toile de fond" (voir les effets carte postale avec un chromatisme où le rose se marie à des gris; ou encore cet instant où Eilis après la douane, se dissout dans un infini d'aveuglante lumière)
La structure interne frappe par son aspect "mécanique": au prologue irlandais -trop long- va succéder la période d"'intégration" à Brooklyn; puis retour en Irlande et dénouement aux USA. Une structure purement formelle car la binarité - paradoxalement- n'a rien de dynamique; elle se contente de mettre en parallèle deux "mondes" avec des scènes récurrentes de repas; avec des figures qui s'appellent en s'opposant; -soit deux "amours"; deux figures maternelles: ou son avatar en Miss Kelly l'Irlandaise et son double bienveillant en la personne de la logeuse à Brooklyn; avec des lieux contrastés (plage grouillante à Coney Island, mais déserte et sauvage sur la côte irlandaise) etc.
Au lieu d'une plongée dans les années 50 avec en toile de fond les problèmes d'emploi d'émigration de douloureuse insertion, nous assistons à une historiette glamour avec pour unique constat "je suis entre deux rives" (lettre à la sœur Rose).
En aucun cas l'histoire d'Eilis et de sa famille ne saurait être une mise en abyme de l'Histoire; Eilis quitte son pays, habitée par des rêves; tâtonnements, désarroi, puis émancipation; elle connaîtra l'Amour en la personne d'un plombier italien "émigré" lui aussi.
La boucle est bouclée "home is home"
Même l'actrice -nominée pour les Oscars- a parfois (pour ne pas dire souvent) les allures d'une automate
Colette Lallement-Duchoze
Published by cinexpressions