5 août 2024
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de Carlos Vermut (Espagne 2022)
avec Nacho Sánchez (Julián, concepteur de jeux vidéo), Zoe Stein (Diana), Aitziber Garmendia (Sandra), Álvaro Sanz Rodríguez (Cristian), Ángela Boix (la mère de Cristian), Lara Tejela López (la réceptionniste aux urgences), Miquel Insua (le médecin aux urgences),
Feroz 2023 : meilleur acteur pour Nacho Sánchez et meilleure affiche
Festival du film espagnol Cinespaña de Toulouse 2023 : Violette d'or du meilleur film, prix de la meilleure interprétation masculine pour Nacho Sánchez et prix de la meilleure photographie pour Alana Mejía González
Synopsis: Julián est un jeune homme solitaire qui plonge dans les univers virtuels pour concevoir des jeux vidéo et notamment des monstres. Après avoir sauvé son jeune voisin d'un incendie, une étrange oppression semble le saisir. Jusqu’au jour où il se crée un avatar sexuel qui va peu à peu contaminer son monde réel.
Quand j’étais petit, je voulais être un tigre…
Un film étrange !!: "lucide" et "dérangeant" à la fois ; un film où la lenteur du rythme, la pénombre, le cheminement mental font coexister le réel et un imaginaire "monstrueux" (comme le dit explicitement le titre originel « manticora » ce monstre légendaire persan mi-lion mi-scorpion mais à visage humain). Certes un peu à la manière froide et implacable de Michael Haneke mais sans provoquer un insoutenable malaise… tout au plus un trouble qui ira s’épaississant ! Et le jeu prodigieux de l’acteur (dont le visage et le regard hébété rappellent Buster Keaton) y contribue tout autant que le montage et l’atmosphère. Carlos Vermut ausculte le monde du jeu vidéo en sa double composante, industrie et art (le 10ème ?) à travers le parcours de Julián un talentueux concepteur. En nous faisant franchir la frontière entre sa "vie" (apparemment normale) et le monde de ses créatures, il dévoile les "monstres" - ces désirs inavoués car inavouables- qui habiteraient chacun d’entre nous ???
Julián mal dans sa peau préfère la solitude qu’il peuple non de ses rêves mais de "créatures" phantasmatiques. Nous le voyons dès la séquence d’ouverture avec son casque VR -réalité virtuelle-, élaborer des « figures » dont nous ne pouvons imaginer que des contours ; dès le début aussi l’épisode de l’incendie peut être appréhendé comme la manifestation de dévorations intérieures , de leur lente combustion; et les non-dits à propos du gamin Cristian qu’il sauve des flammes sont en fait très "éloquents" (le retour sur les lieux les prétextes invoqués pour pénétrer dans l’immeuble le confirmeront) Et d’ailleurs son appartement encombré de peu d’objets (une table, des consoles…), ne serait-il pas comme le prolongement de son "intériorité"? (Appréhension à formuler des désirs, que l’on va compenser par l’accès au monde virtuel ??? Un refuge cathartique ???) La séquence finale ne manquera pas de soulever des interrogations (mais ne pas spoiler)
Les références sont nombreuses -depuis le gros plan sur le visage de Saturne dévorant son fils (tableau de Goya) que Julian contemple en compagnie de Diana au Prado, jusqu’aux allusions à Cronenberg (vidéodrome), en passant par le dessin représentant Julián en manticore ou presque sur le mur de la chambre de Cristian- elles résonnent comme un « signal » : la frontière entre réalité et univers télévisuel ou artistique est mince, la « folie » guette ..
En mêlant plusieurs « genres » (dont le thriller fantastique et psychologique et la comédie romantique) le réalisateur aura déstabilisé son public (par l’esquive délibérée des « attendus » et/ou par le « brouillage » des pistes) tout en lui faisant savourer des instants de « pur cinéma »
Un film que je vous recommande
Colette Lallement-Duchoze
Published by cinexpressions
4 août 2024
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11:19
de Maya Dreifuss (Israël 2024)
avec Tali Sharon (Daphna) Idan Amedi (Matan) Anastasia Fein (Orly) Boaz Komforty (Cabri) Dikla, (Ahuva) Igal Naor (Nissan)
Grand prix du jury du 4e Festival du film policier de Reims
Synopsis: Quelques mois après sa mutation forcée de Tel Aviv à la petite ville d'Afula, Daphna, brillante détective, découvre le téléphone abandonné d'Orly Elimelech. Connue pour ses liens avec la puissante famille Golan, cette ancienne reine de beauté est introuvable. Alors que personne ne semble s'inquiéter de cette disparition et malgré la défiance de la ville qui lui reproche avant tout d'être une femme célibataire et sans enfants, Daphna se lance à corps perdu à la recherche d'Orly
Daphna (interprété par la talentueuse Tali Sharon ) néglige son « paraître » (tenue souillonne, coiffure et lunettes) ; elle mange avec gloutonnerie maculant à chaque fois ses corsages …, boit des bières. Elle est célibataire, sans enfants! (un comble pour tous ceux qui sont inféodés aux préceptes de la bien-pensance !!) . Mais elle refuse de pactiser avec les compromissions (cause de son renvoi de Tel Aviv?)..……Parallèlement à ce "statut" détonnant et détonant elle est victime des propos machistes (lèche ma bite) Se rebelle-t-elle? Apparemment non …Tenace, elle mène seule l’enquête, et assène -impavide- -, des révélations (dont la maturation ou le cheminement logique restera hors champ avec toutefois le questionnement récurrent sur les clichés et sur les messages enregistrés sur le portable d’Orly, - découvert…. dans le champ de maïs).. Le mode assertif plutôt qu'’interrogatif ? C’est sa manière de faire advenir la vérité….
La réalisatrice convoque parfois le fantastique Ce dont témoignent le cauchemar de Daphna à la poursuite d’Orly portant son enfant telle une jeune madone jusqu’au toit d’un immeuble…, ou l’exploitation thématique du « fantôme » de la disparue, Daphna revêt la robe pourpre, elle sera comme le « double » d’Orly (clin d’œil à Persona ?), Daphna les jambes maculées de sang tente de fuir dans le champ de maïs avec lequel elle se confond jusqu’à disparaître… comme …Orly ? (cf les deux scènes en écho)
Mais surtout c’est tout un pan de la société israélienne provinciale qui "serait" mis à nu : corruption, emprise d’un clan, d’une famille locale sur TOUT tels les anciens potentats, omnipotence de la mère…
Vilipendée, muselée, tabassée, Daphna se relève portant sur elle les stigmates de la violence masculine et sociale et c’est bien la place de la femme dans la société israélienne qu'est censée mettre en scène Maia Dreifuss
Et pourtant : il y a comme une paroi de verre entre l’écran et le spectateur…. Ce qui hélas ! empêche une réelle et authentique adhésion.
A voir sur écran tv un soir en …hiver (la "prétendue" torpeur du film ira s'amenuisant)
Colette Lallement-Duchoze
Published by cinexpressions
4 août 2024
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06:24
de Zhang Yimou (Chine 2023)
avec Teng Shen, Jackson Yee, Zhang Yi, Jiayin Lei
Synopsis. Chine XII° siècle. Une trêve intervient dans la longue guerre qui oppose l’armée intérieure des Song aux rebelles Jin du Nord avec la rencontre capitale entre Qin Hui, Premier ministre de la dynastie Song, et un représentant de l’état de Jin. Juste avant l’aube, l’ambassadeur est assassiné, et l’importante lettre qu’il amenait disparaît. Pour éviter d’être exécuté, un vieux caporal s’improvise détective pour l’état de Jin, tandis qu’un jeune officier le rejoint au nom de la dynastie Song. Et le duo a jusqu’au lever du soleil pour résoudre l’enquête, trouver le coupable, et espérer s’en sortir ...
Comme le précise le synopsis le film obéit à une unité de temps (ici celui du film presque 3h) unité d’action (retrouver la lettre volée) et de lieu (une forteresse tel un labyrinthe kafkaïen) Le réalisateur du « sorgho rouge » d’épouses et concubines » ou de la « cité interdite » manifeste un goût prononcé pour le tentaculaire, la musique tonitruante éclectique (le rap chinois côtoie des musiques traditionnelles) un rythme trépidant, la recherche du « gore » ( le sabre cliquète et rompt jugulaires avec fracas) du spectaculaire (qu’il s’agisse des scènes de torture, des rassemblements au nombre impressionnant de figurants dans le dernier quart du film) et cette opposition « comique » entre les révélations dites sur un mode mineur (voire chuchotées) et les gueulantes d’un hymne outrancièrement nationaliste outrageusement patriotique, pour un spectateur occidental (certains « vers » sont en résonance avec des réalités contemporaines --annexion de terres, ou prétendue réappropriation selon la rhétorique bien rodée de l’hégémonie… La Chine doit être réunifiée ; chant (le fleuve rouge) élaboré dans la Chine du XII° et qui se perpétue.... comme le signale le générique de fin
Pas de temps mort -tant sont nombreux les rebondissements-, des acteurs principaux convaincants dans ce film qui mêle astucieusement la comédie (on rit beaucoup…malgré les tueries à répétition) et la tragédie -et l’on peut songer au théâtre shakespearien ou à Kurosawa. Un film qui cartonne au Box Office, Rien à voir avec des scènes de guerre d’autres blockbusters (hollywoodiens par exemple) car tout est dans un « jeu » de dupes qui se double du jeu de « coups de théâtre » (twists au cinéma) de plus en plus « improbables, voire absurdes
Mais si l’on apprécie la mise en scène fulgurante (et ce dans le gris foncé de la forteresse) on peut déplorer l’aspect par trop alambiqué de l’intrigue (n’en jetez plus…) qui s’épuise, le maniérisme ((hormis l’épisode de la cerise ) qui semble se suffire à lui-même (ah ces vues aériennes à répétition, ces contreplongées trop chargées de sens,) les complications frappées d’inanité -du moins pour un spectateur occidental …
Oui ce film qui narre une trahison militaire tout en évoquant une loyauté clandestine, est à coup sûr un divertissement (une farce médiévale ??) mais son message (par trop évident) va à l’encontre de nos convictions profondes !!!
Colette Lallement-Duchoze
Published by cinexpressions
3 août 2024
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05:39
d'André Téchiné (2023)
avec Isabelle Huppert, Hafsia Herzi, Nahuel Pérez Biscayart
Synopsis Lucie spécialisée dans la police technique et scientifique, est proche de la retraite. Son quotidien solitaire est troublé par l'arrivée dans son lotissement d'un jeune couple, parents d'une petite fille. Alors qu'elle se prend d'affection pour ses nouveaux voisins, elle découvre que Yann, le père, est un activiste anti-police au lourd casier judiciaire. Le conflit moral de Lucie entre sa conscience professionnelle et son désir d'aider cette famille fait vaciller ses certitudes
Nul manichéisme dans le film de Téchiné.. Plutôt une confrontation entre ce qui est du domaine de l'intime des convictions personnelles et ce qui relève du code citoyen, une mise à mal de certains clichés …(mais dont le symbolisme "facile" pourra déplaire !!!)
Par petites bribes, on apprend le trauma dont souffre Lucie (force est de reconnaître ici que la récurrence de ses rendez-vous avec le fantôme de son compagnon suicidé, censée illustrer les séquelles de la perte, n’est pas toujours convaincante…). Un mal que le sport -ou du moins la pratique régulière de la marche ou le jogging doit partiellement guérir…. Là encore les mini séquences où la caméra filme de profil ou de face Isabelle Huppert en tenue de jogging, censées scander la narration (telle une ponctuation tel un souffle) mettre en évidence les étapes d’une évolution (confrontation avec des dilemmes, avant les "choix") sans verser dans le ridicule, mettent mal à l’aise (quand bien même la respiration syncopée aura transformé un appel au secours en combat contre la chute.)
Oui Lucie a trouvé dans "les gens d’à côté" une nouvelle famille, affective. Famille qu’elle "espionne" avec bienveillance (cf l'affiche) splitscreen ou travelling latéral sur les fenêtres, un clin d’œil à fenêtre sur cour et à sa mécanique qui transforme le voyeurisme en engagement ? Assurément. Les liens très forts qui se nouent entachent ceux tissés depuis longtemps avec sa « famille professionnelle » … Le dilemme -sauvegarder une amitié naissante ou dénoncer l’activisme délictueux de Yann (Nahuel Perez Biscayart) le mari de Julia (Hafsia Herzi au phrasé et à la pudeur toujours convaincant.es) participe du refus d’un manichéisme. Lucie à un moment a choisi, (à la scène où nous la voyions dans l’exercice de ses fonctions après une arrestation, répond celle où les mêmes gestes seront accomplis sur …elle…) D’ailleurs le cheminement de ce personnage (interprété par Isabelle Huppert, souveraine comme à l’accoutumée) n’est-il pas traité comme une " enquête" ? (romanesque bien évidemment !!)
Après l’amorce d’une "renaissance" (d’ailleurs les visites de feu son « compagnon » se raréfiaient), le dernier quart du film - voix off de Lucie, ellipse temporelle- célèbre une autre forme de "triomphe" : les vertus du « vivre ensemble » même dans un éloignement contraint : ce qu’illustre le dernier plan : la gamine est filmée de loin, mais sa présence et son geste vont illuminer le visage de Lucie filmé de près
Circularité dans la construction -le plan final est comme un écho à la scène de la première rencontre entre Lucie et les gens d’à côté grâce à l’enfant « égaré » sur le sable ? Certes mais avec un changement d’angle de vue (déjà amorcé dans la scène de patinage artistique) et surtout avec la perspective (suggérée) d’un futur qui n’est plus à « conquérir »
Un film à voir!
Colette Lallement-Duchoze
Published by cinexpressions
1 août 2024
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04:24
de Philippe Lesage (Canada 2023)
avec Noah Parker (Jeff) Arieh Worthalter (Blake) Aurelia Arandi Longpré (Aliocha) Paul Ahmarani (Albert) Sophie Desmarais (Millie) Irène Jacob (Hélène) Laurent Lucas (Eddy)
Synopsis: Jeff, 17 ans, est secrètement amoureux d’Aliocha. Tous deux admirent le mystérieux Blake, un vieil ami du père de la jeune fille, qui les invite à passer quelques jours dans son chalet de chasse au cœur du grand nord canadien. Là, en pleine nature, les deux adolescents se confrontent à un monde d’adultes puérils, prêt à s’embraser
Comme le feu ? celui d’une cheminée qui rougeoie, source de chaleur, mais aussi réceptacle (purificateur ?) de choses enfouies (et Jeff y jettera la photo dérobée… cause de ses tourments) Mais surtout des cendres à peine refroidies peut (re)naître un brasier dévastateur : ainsi de ces rancœurs et frustrations qui bondissent, d’abord en flammèches puis qui enflamment tout sur leur passage : la sérénité des rapports (incarnée par le couple Hélène -Irène Jacob- et Eddy -Laurent Lucas ?), la quête d’amour, l’amitié, le partage tout est contrarié, bafoué voire anéanti. Le monde des adultes est lamentable et malsain aux yeux de ces jeunes, eux-mêmes (surtout Jeff) en proie aux affres de la douleur.
Voici un chalet isolé (on ne peut y accéder qu’en hydravion) au milieu d’une nature « sauvage ». Le réalisateur va alterner scènes d’intérieur (dominante ocre rouge mordoré) et séquences en extérieur (forêts lacs montagnes). Il filme les agapes (du soir) en plans séquences ; bien vite l’émerveillement (quand le cuisinier/factotum apporte les mets) se transforme en joutes où les deux « amis » se battent à coup d’invectives reproches ressentiments, bien arrosé.es…et d’ailleurs l’ambiance musicale (harmonica et guitare) et chorégraphiée du premier soir ne se renouvellera pas…La nuit, mezza voce ou sous forme cauchemardesque, apportera à Jeff son lot de frustrations aimantées par la jalousie… Quant aux scènes en extérieurs, en principe dédiées à la chasse à la pêche, elles peuvent virer au cauchemar… L’affrontement Jeff/ Blake (pour la vie ou la mort ) dans ses non-dits mêmes en serait l’acmé
On retiendra ce long prologue (le traitement de la durée…avec faux (re)démarrages et faux (re)départs sera un des fils directeurs du film) où nous suivons en temps réel la voiture d’Albert dans le ruban sinueux, où la musique synthé a une puissance enveloppante ; et -quand la caméra a pénétré l’habitacle- ce gros plan prolongé sur les visages d’Aliocha et de Jeff, sur leurs mains -ô ce pudique effleurement ô force suggestive de l’amour ! le même plan au final (après 3 jours si éprouvants) mais seule la main d’Aliocha est dans le cadre… Aliocha qui vient de lire un extrait du poème d’Emily Dickinson… Aliocha le seul personnage lucide et libre ?
Oui ce que l’on peut appeler sans ambages un entre soi pourra paraître épuisant au spectateur -lequel peut déplorer aussi le manque d’humour …
Mais on sera très sensible au jeu des acteurs principaux (la palme revenant à Arieh Worthalter dont on avait admiré la prestation dans Le procès Goldman), sensible à ce montage qui fait fi de certaines attentes, dans le traitement du « temps » de la « durée », une façon de filmer qui fait la part belle aux « ruptures » entretenant une « lente combustion », avec des références à peine voilées à Délivrance à Sonate d’automne (clin d'œil un peu trop appuyé, le chien de Blake se prénomme Ingmar ; chien qu'il caresse et pleure…par trop d’amour... au moment où... )
A voir c’est une évidence !
Colette Lallement-Duchoze
Published by cinexpressions
31 juillet 2024
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de Jean-Marie et Arnaud Larrieu (2024)
avec Karim Leklou, Laetitia Dosch, Bertrand Belin, Sara Giraudeau, Eol Personne,
Film adapté du roman de Pierric Bailly (2021)
Festival de Cannes 2024 (catégorie Cannes Première)
Prix Ecoprod remis le 17 mai
Sortie le 14 août
Vu en avant-première en présence de Karim Leklou hier soir à l'Omnia
Synopsis : Aymeric, le beau-père de Jim, a rencontré Florence, sa mère, alors qu'elle était enceinte de six mois. Tous les trois mènent une vie heureuse dans le Jura jusqu'à ce que le père biologique, Christophe, revienne suite à une tragédie personnelle. Aymeric ne trouve plus sa place et, éloigné de l'enfant, il décide de partir faire sa vie ailleurs. Mais des années plus tard,....
Quand Jim est né, j’étais là. Et puis je suis resté. On a passé de belles années ensemble, et j’ai bien cru devenir son père
Un récit en voix off tel un long flash back ; une narration entrecoupée de clichés en négatifs (comme si le réel avait été suspendu dans les limbes ….avant que les 80000 photos numérisées n’apparaissent 25 ans plus tard sur l’écran de l’ordinateur telles de minuscules icônes ) ; le cheminement souvent douloureux d’un « père aimant » mais non géniteur (incarné par un Karim Leklou si émouvant dans son être là de délicatesse et de « fausse » placidité) Délicatesse et acceptation (résignée ?) de « passer en seconde division » quand le père géniteur Christophe reconquiert ses « droits » (avec la complicité de Florence, laquelle se révélera très machiavélique, mais ne pas spoiler)
Oui on comprend que ce film qui affiche un côté « mélo universel » - mais sans mièvrerie- ait « bouleversé » les festivaliers à Cannes et hier soir le public du cinéma Omnia (en la présence de Karim Lektou). A la question qu’est-ce qu’un père –le géniteur qui a planté sa petite graine ou celui qui vous prend par la main à la découverte du monde, le film aura répondu par de petites touches de justesse, par une captation des regards et des corps avec cette conviction nimbée de grâce (celle d’Olivia, clubbeuse fan d’électro et de danse !) qui entraînera …l’adhésion… D’autant que la « durée » de la fiction (qui s’étale sur plus de 25 ans) s’écoule sans redites inutiles grâce à de subtiles ellipses et que -comme l’affirmait Karim Leklou- l’amour -quelles que soient ses formes- est la thématique majeure du film (les habitués des frères Larrieu retrouveront leur goût pour une sexualité joyeuse, une masculinité nuancée, des personnages émotionnellement pudiques)
Très souvent (pour ne pas dire toujours) les paysages ne sont pas dans leurs films de simples décors, si majestueux soient-ils (Pyrénées Vercors Alpes) tout comme le Jura est chevillé au corps et à l’âme de Pierric Bailly (auteur du roman éponyme paru en 2021) La porte de la maison vient de s’ouvrir Jim enfant court dans la lumière qui inonde le vert alors que le « père » est censé contempler de l’intérieur l’escapade du « fils » (bel exemple d’une caméra subjective où l’œil du regardeur est hors champ ! Voici filmée de près la famille « recomposée », assis sur une petite butte le « trio » fait corps -tout en se détachant de lui- avec le paysage (les trois visages découpés évoquant les arêtes des montagnes qui se découpent au loin) ; main dans la main Aymeric et Jim arpentent dévalent se posent, s’immiscent dans les arcanes de la forêt, déguisés ils seront des aventuriers, on prend des risques.
A partir d’un « territoire » bien marqué, atteindre (sens propre et figuré) l’universel ?
Pari réussi
Certains affirment que Le roman de Jim est le plus personnel, le plus abouti, des films des frères Larrieu. (Rappelez-vous entre autres « voyage dans les Pyrénées » « peindre ou faire l’amour » « l’amour est un crime parfait » « tralala » )
Peut-être mais…on peut en douter
Colette Lallement-Duchoze
PS la chanson de Souchon? Une "exigence" de Karim Leklou
Published by cinexpressions
27 juillet 2024
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De Johanna Pyykkô (franco-norvégien 2024)
Avec Camilla Godo Krohn, Radoslav Vladimirov, Maya Amina Moustache Thuv
Festival Angers Premiers Plans 2024
Ebba, jeune femme solitaire de 18 ans, travaille dans le port d'Oslo. Un soir, elle découvre à terre un homme d'une grande beauté, blessé à la tête. Profitant de son amnésie, elle lui fait croire qu'ils sont amants et leur construit un univers bâti sur le mensonge. Mais progressivement, Ebba comprend que les pires tromperies ne viennent peut-être pas d'elle…
Ebba ou l’effacement ? C’est ce que révèlent les premiers plans (quand bien même se croyant regardée elle cache furtivement sa ….cleptomanie) .Ebba ou comment rêver une autre vie ? c’est ce à quoi est convié le spectateur quand la jeune fille tout sourire répond à des questions « virtuelles » de la terrasse de cette maison qu’elle doit garder en l’absence des propriétaires. Ebba la manipulatrice ? Quand (ah l’aubaine !) elle profite de l’amnésie de cet homme blessé rencontré par hasard pour lui inventer une histoire, qui sera aussi la sienne. Le spectateur est invité à pénétrer dans ce théâtre « d’ombres et de chimères » théâtre que renforce le huis clos de la maison.
Mensonge et fantasme, mensonge et paranoïa, mensonge et maladie mentale, mensonge et mythomanie, mensonge et monomanie la réalisatrice en décline toutes les formes, les met en situation tels des cas de figure, et la jeune actrice Camilla Godo Krohn (c’est son premier rôle) les incarne à la perfection (à tel point que par moments la frontière entre le réel et le fantasmé ou l’onirisme est aussi poreuse pour elle que pour le public; l’ambiguïté de la séquence finale le prouverait aisément (à quelques détails près….) et inciterait, à « revoir » a posteriori la totalité -sous un autre angle- depuis ses prémisses
Le mensonge comme seul moyen de survie ? Survivre à la honte de l’effacement, de l’invisibilité ? (et en ce cas uniquement le film aurait une connotation politique ce que révèle l’oxymore -ou presque- du titre)
La différence entre « rêver sa vie » et « vivre ses rêves » est parfois et délibérément ténue dans ce film présenté au festival d’Angers (Premiers plans janvier 2024) ; certes l’émergence du sous-sol (où Ebba est locataire) vers une appropriation des lieux est évidente (symbolique ascension?) : elle va de pair avec la main mise sur une psyché (celle d’un Bulgare qui ne serait pas exempt de tout soupçon, du moins si on se fie aux préjugés qui font florès sur la Bulgarie et ses habitants…ce dont Ebba semble persuadée !!), elle joue en outre le rôle de fil narratif, assure la « dramatisation »; en revanche il n’est pas sûr que le spectateur soit convaincu par tant de coups tordus déployés…
L’intérêt bien vite hélas ! se dissipe (et l’ennui guette !!)
Colette Lallement-Duchoze
Published by cinexpressions
24 juillet 2024
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De Sandhya Suri (Angleterre Inde 2024)
avec Shahana Goswami (Santosh) Sunita Rajwar (Sharma) Nawal Shukla (Inspecteur Thakur)
Festival de Cannes 2024 Un Certain Regard
Sypnosis: Une région rurale du nord de l’Inde. Après la mort de son mari, Santosh, une jeune femme, hérite de son poste et devient policière comme la loi le permet. Lorsqu’elle est appelée sur le lieu du meurtre d’une jeune fille de caste inférieure, Santosh se retrouve plongée dans une enquête tortueuse aux côtés de la charismatique inspectrice Sharma, qui la prend sous son aile.
Intouchables ? Il y a ceux que personne ne veut toucher et ceux que personne n’a le droit de toucher »(Sharma)
Santosh, premier long métrage de fiction de Sandhya Suri, illustre ce système de castes ses injustices sur fond de nationalisme hindou (et d’islamophobie) et de machisme forcené. La gamine violée, le suspect appartiennent aux classes inférieures lesquelles subissent les affronts et humiliations des riches propriétaires exempts de tout soupçon (le puits, et la découverte du corps violé, l’altération de son eau par la présence d’animaux morts en serait l’illustration ), Et si le film s’apparente à un thriller (plainte, enquête, découverte du « coupable » idéal, interrogatoire musclé et tortures) thriller non dénué de corruption…il vaut surtout par le traitement de la violence faite aux femmes ….à travers le regard et le « destin » de Santosh ; il se mue ainsi en film d’apprentissage.
Il s’ouvre sur une forme de violence inscrite dans la viduité même : être veuve en Inde est une « déchéance » (répudiée par la belle-famille, accablée de maux, Santosh dans ce plan d’ensemble consacré au conciliabule semble effacée en s’effaçant mais on peut lire dans son regard la force de la détermination). Alors qu’elle a revêtu l’uniforme de policière - ce que permet la loi (hériter d’un poste de la fonction publique après la mort du conjoint) uniforme censé conférer un semblant d’autorité, elle subit les sarcasmes des mâles majoritaires dans ce corps de métier. Isolement et humiliation est-ce le sort réservé aux femmes policières (ce dont se souvient la « cheffe » Sharma) ? Après avoir été félicitée pour sa traque (et des extraits de presse corroborent ses compétences) mais après avoir commis l’irréparable (ne pas spoiler) Santosh est envahie par le remords …La dernière séquence sur le quai de la gare (le choix mûrement réfléchi) frappe aussi par un bel hommage au cinéma : un couple sur l’autre côté du quai, Santosh le voit par intermittences lors du passage d’un train de marchandises, comme s’il y avait des sautes ….dans le plan ou des effets de flash à répétition !! Apparente circularité de la narration que la posture de témoin ? Mais à l’œil de la caméra du début s’est substitué à la fin celui de Santosh …
L’impression monochrone (le beige des uniformes et des bâtiments officiels) accentue un aspect naturel (recherché dans le documentaire) ; les gros plans sur le visage de Santosh, sur ses yeux scrutateurs hagards ou exorbités illustrent son émoi et ses questionnements ; l’alternance entre les travellings arrière (quand elle est vue de dos) et les prises en frontal, les effets de clair-obscur et la bande-son pour la marche solitaire dans des ruelles de nuit qui semblent métaphoriser l’aspect tortueux de l’enquête et de la …justice, les scènes de groupe où l’autre est bafoué, où triomphent hilares les sarcasmes, le duo incarnant deux approches (revendications progressistes / acceptation de la corruption) mais soudé ….comme les deux faces d’un même médaillon, tout cela participe d’une dramatisation bien scénarisée, que la réalisatrice met au service d’une vision de l’Inde moderne féminine et lucide dans laquelle nous sommes comme immergé Shahana Goswami (Santosh) Sunita Rajwar (Sharma) incarnent avec une puissance convaincante les dilemmes les choix le pacte avec la compromission ( insoutenable parfois) les refus et atermoiements ...
A ne pas manquer
Colette Lallement-Duchoze
Published by cinexpressions
23 juillet 2024
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argument: Hamid est membre d'une organisation secrète qui traque les criminels de guerre syriens cachés en Europe. Sa quête le mène à Strasbourg sur la piste de son ancien bourreau.
Corps entassés bringuebalés dans l'obscurité, musique surdimensionnée accompagnant les cahots du camion militaire ; arrêt ; ouverture de la bâche ; aveuglés par la lumière ces « prisonniers » titubant (tels des spectres) sont livrés à la solitude et à la chaleur du désert, alors que cinglent les ordres et que claquent les balles… C’est la scène d’ouverture, un prologue saisissant ! Parmi ces rescapés de la prison Saidnaya voici Hamid empêché de secourir un autre camarade, par le soldat qui le menace de son arme (était-ce son bourreau ?)
C’est le parcours d’Hamid que nous allons suivre désormais (à Strasbourg Berlin Beyrouth Paris) lui l’ex-prisonnier engagé dans une organisation à la recherche des tortionnaires ces "criminels de guerre syriens cachés en Europe"
Les fantômes : un film où le hors champ sur la terreur est aussi palpable que celle subie par Hamid -dont les cicatrices sur le dos, sont les stigmates. Terreur que ressuscitent ces voix enregistrées.... plus suggestives que des flash-backs Hamid en tant que père et époux est aussi en proie à la douleur , celle d'avoir perdu ces êtres chers à jamais disparus ....il les contemple tels des fantômes sur cette photo. si précieuse -avant son enfouissement définitif mais qui ne sera pas synonyme d’oubli !
Un film où s’opère la fusion par mimétisme du paysage intérieur et des lieux traversés ou approchés. Le choix de la bibliothèque pour traquer l’ennemi, l’ex bourreau, n’est pas anodin (moins par le fait qu’Hamid fut professeur de lettres que par la volonté implicite de tout répertorier tout consigner et la bibliothèque temple du souvenir , métaphorise cette volonté)
Un film qui renvoie aux films d’espionnage pour la thématique de la traque mais qui s’interroge sur le deuil la justice la vengeance., Le choix de cadres serrés ou de gros plans sur un visage un regard suspicieux exalté scrutateur, celui de la sobriété mais aussi celui de sons amplifiés voire déformés sont au service d’une tension qui jamais ne faiblit. Le jeu de l’acteur Adam Bessa -tout en intériorité nuances et magnétisme- emportera l’adhésion du spectateur -
La mission d’infiltration qui inévitablement passe par le mensonge va culminer dans cette rencontre, un face à face à la table du restaurant de l’université, où Hamid et son ex bourreau disent calmement les pires mensonges…Auparavant Hamid s’était fié à ses intuitions (les odeurs la voix la main portant les séquelles des atrocités commises sur lui lors des interrogatoires)
Eminemment sensoriel ce film met en exergue une urgence quasi organique
Un film à ne pas rater !
Colette Lallement-Duchoze
Published by cinexpressions
22 juillet 2024
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06:34
de Matt Winn (G-B 2023)
avec Shirley Henderson (Sarah), Alan Tudyk,(Tom) Rufus Sewell,(Richard) Olivia Williams (Beth) Indira Varma (Jessica)
présenté en compétition au festival du film britannique de Dinard 2023
Argument: Sarah et Tom sont en proie à de graves difficultés financières : leur seule solution est de vendre leur maison londonienne. Lorsque leurs amis débarquent pour un dernier dîner, Jessica, une vieille amie, s’invite et se joint à eux. Après une dispute à première vue sans importance, Jessica se pend dans le jardin. Tom s’apprête à appeler la police lorsque Sarah réalise que si l’acheteur l’apprend, la vente tombera à l’eau, ruinant ainsi leur couple. La seule façon de s’en sortir est de ramener le corps de Jessica dans son propre appartement. Après tout, qu’est-ce qui pourrait mal tourner...
On ne se suicide pas chez les autres
Un suicide juste avant de déguster le clafoutis ; un cadavre encombrant, -que l’on planquera un moment dans un placard-toilettes- des couples vacillant sous le poids du règlement de compte. N’est-ce pas un ressort de la comédie noire ? Le découpage en tableaux -annoncé par des intertitres « the trouble with… »- le huis clos dans la maison londonienne -dont le plan d’ouverture sur la façade illustre l’aspect carton-pâte, bien que géorgien- un huis clos -hormis l’escapade nocturne pour "conduire" le cadavre "chez lui" at home", , les visites intempestives (policiers, voisine, acquéreur) comme entrées et sorties de personnages secondaires,, les unités de temps de lieu et d’action, tout cela apparenterait "dîner à l’anglaise" à du théâtre filmé. Il est vrai aussi que le comique de répétition (clafoutis) et certains rebondissements et propos -que l’on éructe en bavant- sont typiques du théâtre de boulevard…
Certes par le rôle du hors champ, de quelques flash-backs, ainsi que par la bande son qu’il a lui-même composée Matt Winn tend à s’affranchir de ce dispositif préconçu. Son dîner à l’anglaise serait la satire (incisive parfois) de la misanthropie des bourgeois huppés de la middle class - l’individualisme forcené éclate dans ces volte-face (la femme humiliée a mis en quarantaine sa moralité, ses préceptes et ses larmes, son mari, l'avocat des violeurs… porte tout en bandoulière) Et le titre originel (et original) the trouble with Jessica serait plus convaincant (celle qui n’existe -dans le film- que par le regard des autres, jaloux ou libidineux est encore plus encombrante morte…. que vivante)
Ecriture ? interprétation ? redondances ? cabotinage ? manque de mordant ?
dîner à l’anglaise ne saurait convaincre…
on risque même de …s’ennuyer (un comble !! pour le « so british »)
Colette Lallement-Duchoze
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