2 septembre 2024 1 02 /09 /septembre /2024 04:54

de Jonas Trueba (Espagne 2024)

 

avec Itsaso Arana, Vito Ganz Fernando Trueba

Argument: Après 14 ans de vie commune, Ale et Alex ont une idée un peu folle: faire une fête pour célébrer leur séparation...Si cette  annonce laisse leurs proches perplexes  le couple semble certain de sa décision

Septembre sans attendre

Nous avions suivi Eva en août dans la torpeur madrilène (Eva en août (la virgen de agosto) - Le blog de cinexpressions) ; nous avons vu entendu de micro événements à la Rohmer (Venez voir - Le blog de cinexpressions) et nous voici à nouveau sollicité(s) pour une urgence :  célébrer la séparation entre Ale et Alex après 14 ans de vie commune…. On retrouve dans ce long métrage la même dilection pour les dialogues- qui enchevêtrent références philosophiques, quotidienneté, contemporanéité, commentaires de films-, le même goût prononcé pour les plans séquences et plans fixes. En outre et compte tenu des métiers exercés par Ale (réalisatrice) et Alex-(acteur)  voici enchâssé un film dans le film et débutera la  "valse des hésitations "  tant pour les personnages de la -(des deux)- fiction(s) que pour le spectateur …A celles formulées par Ale sur le choix du générique de fin pour le film qu’elle est en train de « monter » , voici en écho celles du spectateur (superposition de deux films ? dont l’un serait la mise en abyme de l’autre ? et où l’acteur Alex qui joue dans les deux prolongerait un "rôle" dans une vidéo, devenue « archive » ? ou s’agit-il plutôt d’un seul et même film que l’on pourra embobiner réembobiner à des vitesses différentes, un film où l’on peut couper au montage, tout comme Ale se plaît à faire des arrêts sur images, à accélérer, à retourner en arrière…illustrant en cela les propos du cinéaste « la vie est un film mal monté » D’emblée la séquence d’ouverture était sujette à caution (discussion sur l’oreiller : un rêve un cauchemar ou la réalité ?) Et la division en chapitres dont les titres empruntent au processus de création renforce cette impression

Ale et Alex vont annoncer à leurs amis leur  "séparation consentie"  et les convier à une fête célébrant cette rupture ; ce sera le 22 septembre soit la fin de l’été (une date géniale pour un nouveau départ ; un clin d’œil à la chanson de Brassens ?) Telle est l’intrigue…qui une fois de plus frappe par sa ténuité ! Qu'importe! 

Le cinéaste use -sans abuser- du comique de répétition : des propos identiques suivis du constat « nous allons bien » réitérés ad libitum mais  jamais ad nauseam –  souvent proférés avec une forme de moquerie celle de l’auto dérision-. Tout est dans la façon d’appréhender et de filmer l’annonce (diversité des réactions jusqu’à l‘aveu hypocrite du père… interprété par Fernando Trueba, le père du réalisateur…) et dans cette façon de rompre les questions des préparatifs (nombre d’invités lieu musique traiteur) par des commentaires plus techniques (sur le film en train de se faire et partant sur le septième art) plus philosophiques (sur l’amour la vie la mort) par ces « décloisonnements » (intérieur de l’appartement, la ville filmée en plans larges ou plus rapprochés, jusqu’aux travellings latéraux sur les visages en liesse des participants et ce kaléidoscope un peu kitsch sert de ….générique de fin !!! Il fallait l’oser !!

On a empaqueté livres bibelots disques cd avant le grand déménagement, tout comme on empaquette ses souvenirs. Un adieu ou un au revoir ?

Un film porté par la talentueuse actrice Itsaso Arana (compagne du cinéaste) et le non moins performant Vito Sanz

Ce film est un geste rebelle, provocant, on part d'une plaisanterie, pour faire une comédie romantique, universelle, entre un homme et une femme

A voir! 

 

Colette Lallement-Duchoze

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1 septembre 2024 7 01 /09 /septembre /2024 07:26

d'Astrid Rondero et Fernanda Valadez (Mexique, 2023)

 

avec  Juan Jesús Varela, Yadira Pérez, Karla Garrido Sandra Lorenzano

 

Prix Sundance 2024

Argument: Josué, sicario – tueur à gages – d’une petite ville mexicaine, est assassiné, payant ainsi de sa vie une dette contractée envers le cartel local. Son fils de quatre ans, Sujo – nommé ainsi en référence à un cheval – se retrouve orphelin et en péril. Contrainte de le recueillir, sa tante décide de l’élever à la campagne, à l’écart des dangers de la ville. Mais à chaque étape de sa vie, Sujo semble poursuivi par l'ombre de la violence, comme si le destin de son père devait se confondre avec le sien...

Hijo de Sicario

Le Mexique, ses cartels ses caïds la corruption la mort, un « contexte » qui s’apparenterait à celui d’Emilia Perez MAIS avec des dissemblances si évidentes qu’il y a comme un abyme entre les "fantasmes suscités par le narcotrafic"  et l’approche sociale et politique des deux femmes Astrid Rondero et Fernanda Valadez qui s’interrogent sur les victimes collatérales et particulièrement les enfants de sicaire…(homme de main chargé de tuer pour les cartels de la drogue) . A  travers le « portrait » de Sujo c’est celui de milliers d’enfants qui au Mexique perdent leurs parents à cause de la violence des cartels de la drogue

Structuré en 4 chapitres à l’instar des romans d’apprentissage le film nous invite à adopter le point de vue de Sujo depuis cet instant (il a 4 ans) où tapi dans la voiture il appelle en vain son père, un sicaire, tué par un gang jusque sur les bancs de l’Université de Mexico où sous l’égide de sa professeure il parviendra à se débarrasser ‘définitivement ( ?) d’un lourd héritage. Car il s’agit bien d’un questionnement sur le déterminisme, sur l’atavisme -si l’on se réfère au titre ; lui Sujo fils de Josué serait-il  " condamné"  à perpétuer la sauvagerie des sicaires ?

Ecartelé entre des forces contradictoires, victime  -malgré lui-  de résurgences du passé, Sujo part à la conquête de soi. Deux figures tutélaires féminines la tante Nemesia (Yadira Pérez) et la professeure d’université Susan (Sandra Lorenzano) vont l’aider dans son "apprentissage" cette "quête de soi"  …L’orphelin (mère morte en couches père tué) aura trouvé en elles des figures de substitution protectrices mais aussi une réponse à son tiraillement intérieur

Chaque étape (à l’instar des saisons) est illustrée par des changements d’atmosphère de lumière ; même si les réalisatrices privilégient les brumes et les ambiances nocturnes, qu’elles mêlent quelques éléments plus oniriques (récurrence de la figure du cheval) ou insistent par de gros plans (insectes araignées) sur l’opposition entre un tiraillement intérieur et la quiétude ou sur la notion de « captivité », que démultiplie le zoom.

Mutisme et provocations, vie et mort ! Ombre(s) et Lumière !

Il y a certes quelques longueurs (surtout dans la première partie qui se veut plus contemplative) quelques symboles trop appuyés (le redémarrage de la voiture jusque-là camouflée dans les broussailles par exemple) une légère tendance au didactisme démonstratif (cf le cours de Susan portant sur le conflit entre libre-arbitre et déterminisme),

Cela étant Hijo de sicario en évoluant de bout en bout comme sur un fil, en reléguant hors champ la crudité et l'âpreté de la violence  (ce qui la rend d’ailleurs plus suggestive), en renversant le « cliché» habituel de « la tension brutale » n’en reste pas moins un film essentiel à ne pas rater !

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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30 août 2024 5 30 /08 /août /2024 05:13

de Jacques Audiard (2023)

 

avec Zoe Saldana, Karla Sofia Gascon, Selena Gomez, Adriana Paz, Edgar Ramirez

 

 

Musique : Camille et Clément Ducol  Chorégraphie : Damien Jalet

 

 

Cannes 2024 :

Prix du jury

Prix d’interprétation féminine pour l’ensemble des actrices Zoe Saldana,  Karla Sofia Gascon, Selena Gomez et Adriana Piaz

14ème prix Cannes Soundrack attribué à Camille et Clément Ducol pour la BO et les chansons du film 

 

 

 

Argument: Au cours d'une carrière orientée sur la défense de criminels, l'avocate Rita Moro Castro est chargée par Manitas del Monte, un chef de cartel mexicain en fuite, d'organiser le simulacre de son décès, sa « chirurgie de réadaptation sexuelle » pour l'aider à vivre la vie dont il a toujours rêvé. Tournant le dos à son passé, la dorénavant Emilia pourra réparer le malheur que Manitas a causé.

Emilia Perez

Intrigué par le personnage d’une femme trans narcotrafiquante dans le roman Ecoute de Boris Razon, Jacques Audiard décide d’en faire le personnage principal d’un « opéra ». Ce sera Emilia Perez, thriller musical sur la « rédemption » et il tourne ce  dixième long métrage,  en langue espagnole, dans des studios d’Ile de France, avec au casting Zoé Saldana et Karla Sofia Gascon …

Magnifique, flamboyant. Un des sommets du festival de Cannes

Un concert de louanges.

Face à ces dithyrambes osons des bémols

 

On ne s’ennuie pas …encore que…Mais est-ce un critère suffisant d’appréciation ?

Le ton est donné dès les premières séquences dites d’exposition : marier en un rythme assez trépidant les milieux de la criminalité de la justice de la chirurgie ET l’euphorie de la « comédie musicale » Pari audacieux, insolite  (et à l'ode transgenre  ajouter les deux thèmes de prédilection du cinéaste, la paternité et la transmission de la violence). Certes il y a des moments d’indéniable inventivité (mécanique répétitive des fusils que l’on recharge qui s’apparente à une chorégraphie, par exemple) et la performance de Zoe Saldana (en tant qu’actrice chanteuse danseuse) ou de Karla Sofia Gascon est incontestable …

La séquence finale (la seule tournée au Mexique ? ) reprenant en fanfare Les passantes de Georges Brassens ose une majesté processionnaire mais elle n’est pas complètement débarrassée d’oripeaux ; la parole chantée répète en chœur la présence d’un mystère…une évanescence, alors que l’image exhibe une statue de …sainte ( ?) !  Cela ne résume-t-il pas l’ambiguïté du film ? et ses faux semblants…

La liste des bémols serait longue fastidieuse et risquerait de spoiler..

Contentons-nous de signaler que certaines parties chantées ou chorégraphiées semblent plaquées, que certaines chansons (sur la vaginoplastie par exemple) sont d’un goût douteux, que la séquence karaoké est franchement insipide voire inutile, que l’outrance l’excès -une constante chez Audiard- font que l’hybridation des genres - tragédie musicale, thriller, télénovela, chronique criminelle mexicaine, chronique familiale et les questionnements sur la transidentité, sur la féminité et le féminisme ne « prennent » pas toujours  (exception faite peut-être pour la séquence du banquet où l’hypocrisie des « bienfaiteurs » corrompus est astucieusement fustigée)

Cerise sur le gâteau : Emilia interrogeant Jessi sur ses relations amoureuses, sexuelles, va retrouver le « virilisme » de Manitas (voix et regards changent…) quand l’ex épouse a décidé de se remarier et de garder les enfants :

N’est-ce pas (re)tomber dans le piège de l’essentialisme?

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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29 août 2024 4 29 /08 /août /2024 04:21

d'Akira Kurosawa (1957 Japon) version restaurée 

 

avec Toshiro Mifune (le voleur) Kamatari Fujiwara (l'acteur de kabuki) Minoru Chiaki (le samouraï déchu) Bokuzen Hidari (le bonze)  Akemi Negish (la prostituée)   Isuzu Yamada (la propriétaire de l'asile) Ganjiro Nakamura (son mari ) Kyoko Kagawa (sa sœur)  

 

1957 : prix Kinema Junpō de la meilleure actrice pour Isuzu Yamada 

 

rétrospective Akira Kurosawa Omnia (du 21 août au 3 septembre) séances samedi 20h, lundi 16h45

Deuxième moitié du XVIIIème siècle. Dans un quartier insalubre d'Edo une auberge est tenue par Rokubei et Osugi  un couple cupide et malfaisant. Là survit tant bien que mal une poignée de laissés-pour-compte : Sutekichi le voleur, Tonosama le samouraï déchu , un ancien acteur de Kabuki devenu alcoolique , Osen la prostituée,   Unokichi le jeune chien fou, un joueur invétéré, Tomé un rétameur miséreux qui attend que sa femme mourante pousse son dernier soupir... Un jour débarque parmi cette humanité en déréliction Kahei , un vieil homme qui se dit bonze. Il va de locataire en locataire, écoutant leurs histoires et leurs peines, essayant de les soulager par des mots réconfortants.

Les bas-fonds

Tu finiras en enfer ! dit l'acteur, J'y suis déjà  lui répond le joueur 

Avec ses deux décors uniques: la chambre/dortoir et la cour , le film de Kurosawa (adaptation de la pièce de Gorki) s’apparente à du théâtre filmé ; impression que confirme un autre choix celui de limiter les mouvements de caméra -tout au plus léger zoom sur une « avant-scène », quelques gros plans, des entrées et sorties, à l’instar d’ailleurs d’une  scène de théâtre …A tel point que l’enfermement (seule une bande étroite en haut du cadre laisse deviner un semblant d’ailleurs, de même que la bande-son et les faux rideaux qui volètent sont les indices de conditions climatiques assez rudes) sera encore plus oppressant pour les personnages, spectateurs à l’intérieur du cadre, du théâtre intime de leurs compagnons d’infortune mais aussi pour le public qui  n’est pas toujours convaincu par « la théâtralité de la déclamation » son « artificialité » (chaque personnage à un moment joue sa partition en solo, une partition faite de déboires et de désenchantements)

Or précisément à travers l'évocation de ces déboires  se dessine en creux une société faite de misères difficiles à colmater et de rancœurs (ce milieu pouilleux dans sa diversité même, n’est-il pas comme le microcosme d’une société en crise -mauvaise gestion du shogunat. Rappelons qu’à la fin du XVIII° siècle la famine de Tenmei durera six ans, faisant des centaines de milliers de morts et provoquant des émeutes du riz à Edo) 

Dans ce « dortoir miteux» rôde la mort: grabataire l’épouse du rétameur, agonise ; après une altercation violente l’hôtelier expire sous nos yeux (sa femme accuse l’ex voleur dont elle est la maîtresse …) hors champ un suicide Plus symbolique la mort de tout espoir !  Le numéro de "music-hall" -chanté dansé  accompagné d'instruments de musique--   n’est festif qu’en apparence dans la concomitance voire la coalescence du désespoir et de la dérision …

Et si le mensonge était  le seul rempart contre la déliquescence ? 

Le voyageur philosophe en était persuadé lui qui a su dispenser à chacun ce que précisément il souhaitait entendre  !

Las ! il a plié bagage !!!

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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28 août 2024 3 28 /08 /août /2024 03:29

d'Akira Kurosawa (Japon 1963) version restaurée

 

avec Toshiro Mifune (Gondo) Tatsuya Nakadai (Tokura détective en chef) Masayuki Muri Tatsua Mihashi (le secrétaire de Gondo)  Tsutomu Yamasaki (le ravisseur)

 

Rétrospective A Kurosawa Omnia du 21 août au 3 septembre 2024

Séances jeudi 19h45, samedi 10h30, lundi 14h

. Actionnaire d’une grande fabrique de chaussures, Gondo décide de rassembler tous ses biens pour racheter les actions nécessaires lui permettant de devenir majoritaire. C’est alors qu’on lui apprend qu’on a enlevé son fils...

Entre le ciel et l'enfer

Multiplicité des genres -film noir, à suspense, polar thriller, drame social, -, inventivité de la mise en scène - d’abord un huis clos -qui devient le réceptacle d’une conscience confrontée à un dilemme, puis en extérieurs traque enquête d’indices et  plongée dans les bas-fonds pour une  chasse à l’homme, le ravisseur ; Oui le film de Kurosawa est tout cela à la fois. Si le ciel et l’enfer (du titre évocateur…) ne renvoient pas explicitement à « nos » catégories religieuses ils peuvent « signifier » en dénotation, le « haut » (soit la maison de Gondo "arrogante"  dans son luxe ostentatoire ) et les bas-fonds (où croupissent les mal- logés les drogués en manque de came)  le monde rutilant de la richesse opposé à celui de la crasse misérable et miséreuse  …Les concepts "bien et mal"  sont souvent imbriqués chez le cinéaste (ce dont témoignera le face à face final qui  "oppose"  Gondo au ravisseur lequel dévoile ses motivations profondes bien éloignées de l’appât du gain !)  Peu  (ou trop) de « distance » entre « le ciel et l’enfer » ? Et le personnage du chauffeur Anki (dont c’est bien le fils qui a été kidnappé...) ne représente-t-ll pas cet « entre deux » ???  

La dimension « sociale » du film est patente -encore plus dans  la troisième  partie où la caméra nous entraîne dans les bas-fonds de Yokohama (années 1960) - avec cette alternance de rythmes (soutenu ou plus posé le passage de l’un à l’autre marqué par la reprise d’un thème musical -qui d’ailleurs scande les différents « moments » de l’intrigue… Ecoutons les fracas de la ville, parcourons ses ruelles nauséabondes, pénétrons dans ses plis et replis, dans les bouges, dans l’univers des dealers de la drogue. A l’aspect dédaléen de l’enquête (2ème partie) où à  chaque réunion le chef résume avec méticulosité chaque avancée, chaque détail dont certains qui a priori semblent incongrus - les 7cm d’épaisseur de la sacoche par exemple -, alors que  l'on visualise   leur illustration sur l'écran , voici en écho l’intrusion dans le labyrinthe de la ville, cet « enfer » On retiendra la scène époustouflante où une jeune femme en manque d’héroïne, filmée de dos, titube accrochant ses mains ses ongles s’agrippant, tâtonnant,  à la recherche de …et plus encore  ce visage écumant d’une autre jeune femme sur laquelle le « ravisseur » a « testé les « effets » de la drogue…pure

Un film sous tension constante,

 un film « noir »,

un film à voir ou revoir

impérativement !

 

Colette Lallement-Duchoze

Entre le ciel et l'enfer

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27 août 2024 2 27 /08 /août /2024 06:13

d'Akira Kurosawa (Japon 1952) version restaurée

 

avec Takashi Shimura (Kanji Watanabe) Minoru Chiaki (Noguchi ) Miki Odagiri (Toyo l’employée) Bokusen Hidari (Ohara)

 

 

Rétrospective Kurosawa Omnia  ( 21 août 3 septembre 2024)

séances jeudi 16h30, dimanche 19h30, mardi 13h40

Atteint d'un cancer, Watanabe chef de service du génie civil, décide de réaliser un projet qu'il avait d'abord repoussé, celui d'assainir un terrain vague, pour que les enfants puissent jouer dans un véritable jardin 

Vivre

Un homme  "déjà mort" - -à son insu et de par un métier où la " bureaucratie tue "  - mais qui "renaît " en apprenant qu’il est condamné ! Formulé ainsi ce constat aurait pu s’éployer en un pathétique larmoyant mais l’art de Kurosawa est précisément de le transformer en une œuvre d’art (à la portée universelle)

 

Qu’il est loin le temps où le jeune Luc Moullet alors critique aux Cahiers du Cinéma écrivait à propos de Vivre  (rétrospective Kurosawa 1957à la Cinémathèque) Vivre bat les records du ridicule. (...) la misanthropie de l'auteur devient d'une telle outrance qu'elle se retourne bien vite contre lui-même  A l’époque, semble-t-il,  il était de bon ton aux Cahiers du Cinéma de préférer Mizoguchi à Kurosawa……Depuis Luc Moullet s’est illustré comme réalisateur loufoque, à l’abondante filmographie et Vivre est salué comme « un chef d’œuvre »

Oui Vivre est un chef d'œuvre !   tant par sa structure, le mélange des « genres », la science des cadres des plans, leur diversité, le montage, que par l’exploitation de thèmes universels et le jeu de l’acteur principal Takashi Shimura

Dès le début, une voix off informe le spectateur que le personnage (dont on analyse la radiographie de l'estomac) est condamné. Or ce gratte-papier n’était-il pas déjà  un "cadavre ambulant" -ce qu'accentue le jeu de l'acteur ? Une  "momie" tel est  le sobriquet donné par l’employée…Et de fait dans l’exercice de son métier Watanabe fait corps avec l’entassement des dossiers (en écho au final Noguchi, le « rebelle», pliera lui aussi enfoui dans ces piles de paperasse). Mais quand la " mort" est annoncée  -tel un couperet- dans la salle d’attente de l'hôpital -à la fois par un autre patient à l’humour noir et par le personnel soignant-- il y a une urgence de Vivre! Et dans un premier temps, face à cet ultimatum, Watanabe  opte  pour une sorte de carpe diem ; aux nuits hallucinées, faussement enchanteresses. Puis  ce sera la révélation grâce à une employée --elle lui communique cet appétit de « vivre » en donnant un sens à l’existence. Déterminé, obstiné il frappe à toutes les portes et met tout en œuvre pour "réaliser" le fameux parc pour enfants   (être constamment ballotté d'un service à l'autre,  attendre le dos voûté, le regard implorant à peine larmoyant, qu'importe!!) 

Après une ellipse de 5 mois voici une soirée mortuaire bien arrosée où défilent face au portrait du défunt,  les trognes des « employés » à la posture codifiée, où le « peuple » -les mères-  s’invite pour un hommage ultime. Reconstitution de ce qui fut, a été, restera, sous forme d’un brillant kaléidoscope de points de vue et  de flashbacks 

Watanabe sur une balançoire dans le parc enneigé, chantonne …Puis...Seule, la balançoire poursuit sa chorégraphie dans l’espace; une vue en contre plongée isole un « regardeur » qui contemple (vue en plongée) l’animation, la Vie …des… enfants  ! 

Il y a des moments de pure contemplation, et/ou de pure émotion,  des plans à la beauté sidérante, une majesté dans l’humilité de Watanabe (quand bien même le contraste avec les visées électoralistes de l’échevin usurpateur ou avec le pragmatisme éhonté du fils ingrat et de la bru cupide est par trop criant) ce qui n’exclut pas l’humour pince-sans-rire

VIVRE un film à voir! ou revoir! 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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24 août 2024 6 24 /08 /août /2024 06:11

De Gilles MacKinnon (G-B 2023) 

 

avec Timothy  Spall, Phyllis Logan, Saskia Ashdown, Natalie Milson, 

Tom, un retraité dont la femme, Mary, vient de décéder, voyage du point le plus au nord de la Grande-Bretagne, John O'Groats, jusqu'à sa ville natale d'origine, située au point le plus au sud, Land's End,(soit 874 miles)  en utilisant sa carte de bus gratuite

Le dernier bus

Un film décevant. Pourquoi ?

 

 Tom a méticuleusement consigné les changements de bus, les étapes, les réservations ; sa valise dont le contenu précieux sera  "dévoilé"  à l’arrivée, est son "viatique"  , valise  métonymie de la vie, de Sa Vie.?  Le long voyage (exactement l’inverse de celui qu’il avait accompli des décennies plus tôt, avec l’être aimé) sera en fait le prétexte à faire défiler des clichés, en assemblant des vignettes -souvent mal raccordées d’ailleurs- où s’insèrent des flashbacks lourdement annoncés quand bien même de gros plans en surimpression laissent émerger les différentes temporalités. Flashbacks censés livrer par bribes les raisons du "voyage", Et/ou illustrer une permanence dans l'impermanence? .  Durant ce long périple, Tom va "rencontrer"  autant de gens bienveillants que de personnes acariâtres ou irascibles  -des ouvriers ukrainiens et leur sens de l’hospitalité ; une musulmane en burka vilipendée par un raciste, une junkie, une patronne de B&B excédée par les questions "qui fâchent" , un groupe de supporters etc etc. 

Certes le réalisateur a cherché tout au long à diversifier les angles de vue (Tom qui est de tous les plans est filmé  en très gros plan ou de face, de profil, seul, au milieu du groupe de voyageurs ; il en va de même pour les paysages (vastes panoramiques ou vues aériennes) Certes plusieurs arcs narratifs forment une sorte de voûte  où viennent s’arcbouter le présent (le voyage, les rencontres, les paysages), le passé (les souvenirs; la blondeur des cheveux et la couleur orangée des vêtements de Marie sont censées illuminer la grisaille) et la  "légende " qui sera colportée via les réseaux sociaux jusqu’à l’ovation finale…'

Mais tout cela ne saurait compenser la platitude et la mièvrerie, le faux suspense, ou la ridicule insistance (cf les deux mains qui se superposent telles les strates de la vie, ou la similarité de positions par-delà les ans)

 Timothy Spall ? Attendrissant en octogénaire guidé par un amour indéfectible, déterminé à respecter les dernières volontés de la femme aimée? . Las ! Souvent les très gros plans sur sa  lippe bougonne  ou sa démarche claudicante en font un personnage de BD ou un pantin désarticulé …

Dommage! 

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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13 août 2024 2 13 /08 /août /2024 07:42

Troisième volet d'une trilogie réalisée par Ti-West (USA 2023)

 

avec Mia Goth (Maxine Minx), Elizabeth Debicki, (Elizabeth Bender) Moses Sumney (Leon Green), Giancarlo Esposito (Teddy Knight) , Kevin Bacon (John Labat) Michelle Monaghan (Inspecteur Williams) Bobby Cannavele (Inspecteur Torres) Simon Prast (le père de Maxine)

Synopsis: À Los Angeles dans les années 80, Maxine Minx, une vedette de films pour adultes et aspirante actrice, obtient finalement le rôle tant espéré, mais lorsqu'un mystérieux tueur traque les starlettes d'Hollywood, des indices sanglants menacent de dévoiler le sombre passé de Maxine.

MaXXXine

Casser les stéréotypes et montrer les côtés obscurs du système hollywoodien,  tel est le pari de Ti-West. qui  va nous immerger dans l’envers infernal de ce qu’il faut bien nommer l’usine à rêve hollywoodien

Première séquence, voici Mia enfant dans un film de famille début années 60 ; elle récite la parole paternelle, tel un mantra (sur la réussite à tout prix…) qui sera repris à la fin de ce faux film d’horreur (troisième volet d’une trilogie) Ti-West y entremêle deux intrigues : ascension hollywoodienne de l’ex actrice du porno et présence d’un tueur en série (dont la première risque d’être victime…) Maxine vient de décrocher un rôle dans « la puritaine »(nous sommes en 1985 ère reaganienne du puritanisme réactionnaire) première marche vers… ; or elle est «prise en filature » par un détective privé assez louche…(Kevin Bacon) Bien vite on comprend que l’actrice incarnera la « monstruosité » en mettant sa  férocité au service de sa réussite (une entreprise de dévoration ! ), monstruosité que « fabrique » Hollywood précisément - ce qu’annonçait la citation de Bette Davis en exergue (dans ce métier tant qu’on n’est pas connu comme un monstre on n’est pas une star) Et la chanson de Kim Carnes qui clôt le film indique  que celui-ci aura été vu..... depuis...... « les yeux de Davis » (?) 

Maxxine ou la tension « monstre/star », une tension hyper référencée ?

Mais accumuler les références (Psychose Body Double Mulholland Drive Chinatown  ) jusqu’à la peinture de Magritte la mémoire (où le sang ne coule pas du visage mais du cou de….Maxine) est loin d’être une stratégie convaincante ; car il faut être un grand maître pour manier le pastiche (Brian de Palma !!) et que dire de  cette image silhouettée qui se découpe sur la fenêtre de la maison de psychose) ?  Le ad libitum devient ad nauseam quand la référence se limite à un clin d’œil, poli et policé, et n’est pas questionnement sur…

Et quand bien même l’ambiance des années 80 est restituée (lumières chansons BO couleurs) le spectateur reste sur une attente (le « film d’horreur » a cédé la place au « thriller » (parsemé ça et là de quelques touches horrifiques complaisantes et alors ???)

Impériale la performance tant vantée de Mia Goth ?? 

Impression plus que mitigée

mais peut-être faut-il avoir vu l’ensemble du triptyque pour émettre un avis plus éclairé 

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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11 août 2024 7 11 /08 /août /2024 06:16

de Sean Baker (2015 USA)

 

avec Kitana Kiki Rodriguez , Mya Taylor Karren Karagulian

 

Prix du jury festival Deauville 2015

 

Cycle rétrospective Sean Baker Omnia  - avant la projection de Anora (Palme d'or Cannes 2024)

Synopsis À la veille de Noël, à Los Angeles, Sin-Dee, une jeune prostituée transsexuelle, récemment sortie de prison après une peine de 28 jours, apprend par sa meilleure amie que son souteneur et amant lui a été infidèle. Réagissant vivement, Sin-Dee part sans hésiter à sa poursuite à travers la ville. Dans sa quête, l'exubérante Sin-Dee sera confrontée à des situations rocambolesques et à des marginaux qui composent la sous-culture urbaine.

Tangerine

Entièrement tourné à l’aide d’I Phones, (couleurs et tremblé de certains plans) accompagné d’une musique techno (tonitruante surdimensionnée parfois) le film ausculte la communauté des travestis en faisant de la ville Los Angeles un personnage à part entière. Unité de temps (24h) de lieu (los Angeles) et d’action (retrouver Chester)

 Tangerine  s’ouvre et se clôt sur le Donut Time. C’est Noël.

A sa sortie de prison, Sin Dee  y est attablée avec son amie Alexandra qui, malencontreusement lui apprend que Chester (le mec et mac ) l’a …trompée avec une Blanche « avec un vagin et tout ».C’en est fini de ces retrouvailles enchanteresses couleur mandarine; Sin Dee n’aura de cesse de rechercher cette femme, de se venger…et nous allons suivre la sémillante ingambe dans sa course effrénée vengeresse. nous emboîtons son pas alerte adoptons ses enjambées fougueuses, et voici que toute une vie interlope éclate dans les interstices les lueurs ou les recoins de Los Angeles   En montage parallèle nous suivons un chauffeur de taxi d’origine arménienne Razmik (chaque course est l’occasion d’un mini-sketch comique souvent savoureux, chaque client incarnant une classe une idéologie un travers une solitude..)

Or les deux parcours apparemment parallèles ne peuvent que se croiser : Razmik connaît très bien Alexandra ; il va s’adonner d’ailleurs aux plaisirs (monnayés) de la fellation le temps d’un lavage auto dans une station… avant de rejoindre sa famille pour le réveillon…Mais…

La dernière séquence où tous les protagonistes (famille arménienne incluse) se retrouvent au Donut  Time vaut son pesant de …donuts…

Un film énergique, fait de fureur et de furie, un film cocasse et tendre à la fois (cf la séquence où Alex chante dans une salle quasiment vide), un film à voir ou revoir

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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10 août 2024 6 10 /08 /août /2024 07:07

 d’Andrei Tanase (Grèce Roumanie 2023)

 

avec Catalina Moga, Paul Ipate, Alex Velea, Nicolae Cristache

Synopsis: Suite à un signalement, Véra, vétérinaire, accueille dans son zoo une femelle tigre à laquelle elle s’attache rapidement. Un soir, alors qu’elle vient de surprendre son mari en plein adultère, Vera, ivre de colère, omet de refermer la cage du fauve. Le lendemain, la tigresse est introuvable. La jeune femme et son mari prennent alors la tête d’une expédition improbable pour retrouver l’animal....

Tigresse

C’est un premier long métrage apparemment sans prétention mais dont l’objectif avoué était d’insuffler dans le  cinéma roumain une autre forme de réalisme…

Refusant les effets numériques, Andrei Tanase a travaillé avec de véritables animaux ! ..

De plus il fait coïncider (astucieusement ?malicieusement? ) deux intrigues -la traque du fauve et les déboires d’un couple (confronté à deux problèmes : adultère, inhumation de leur bébé mort non baptisé) MAIS en dehors de toute intention allégorisante (n’est-ce pas un peu facile, réducteur d’affirmer que la première symbolise la seconde ?)  les deux sont concomitantes : un couple est passé au scalpel lors d’une traque au fauve ;  les deux vont s’imbriquer, les deux présentent des similitudes (mais de là à faire de Vera une tigresse encagée dans des principes…non !) Certes le questionnement sur le couple sa fragilité sa genèse peut être perçu comme l'écho -lointain ou feutré- d'une "traque" ;et la trajectoire de la battue (zoo, forêt, ville) menée par des policiers et le personnel du zoo sera simultanément celle d’un autre itinéraire, cheminement mental de Vera « passant» d’un « état » à un autre  tout en sachant que le  temps de  la battue, avec ses aléas ne saurait coïncider avec celui d’une éventuelle réconciliation -quand bien même le couple, en première ligne, dialogue avec sarcasmes de la nature profonde de leurs sentiments, de leur passé …Une halte (pause ?) le mari tout ébranlé par une morsure de serpent appréhende une mort prochaine…, il gémit, terrassé alors que sa femme  agile fait corps avec un arbre ; à l’écoute du moindre bruit pour une localisation… dans l’espace… qui est aussi l’espace d’une re-connaissance intime (réconciliation espace/ temps ?)

Poreuse la frontière entre le monde animal et le monde des hommes. ?- le recours aux champs contre champs semble établir un dialogue à distance ou capter des regards, substituts du verbe ! Et si Vera « renifle » cette table d’opération (qui fut aussi l’autel des ébats amoureux entre son mari et une étudiante…) si elle décide de dormir à même le sol, tel un animal lové dans l’herbe, c’est que par son métier (vétérinaire) et son amour des bêtes, elle sait leur "parler"  les "apprivoiser"…

Certes il y a des intrigues parallèles ou du moins des thématiques à l’état d’ébauches à peine esquissées (le tatoué et sa bande de mafieux, la société roumaine et son arrière-fond de corruption, les pénuries de médocs au centre, le pouvoir éhonté de l’église orthodoxe, par exemple) mais cela n’est-il pas compensé par l’humour pince sans rire parfois ? (cf le rituel quasi religieux qui préside à l’enterrement du fauve et les visages confits d'émotion des humains...) et par le jeu discret, sans esbroufe, sur les changements d’échelles, de points de vue

Tigresse un premier film prometteur !

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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