1 mai 2024 3 01 /05 /mai /2024 03:06

d'Olivier Casas (2024)

 

avec Mathieu Kassovitz, Yvan Attal.

 

Informé de la soudaine disparition de son frère, avec lequel il partage un incroyable secret, un quinquagénaire part à la recherche de ce dernier.

 

Frères

La survie de jeunes gamins (au départ 5 et 7 ans) dans la forêt de Charente Maritime, vivant d’expédients,  grelottant de froid etc. et ce, pendant 7 ans…enfants qui seront soudés à jamais, en une fusion incompressible …c'est "l'histoire vraie" dont s'est inspiré Olivier Casas

 

En la portant à l'écran, le cinéaste  a fait le choix de l’alternance -allers et retours entre le présent et le passé : Michel architecte quinquagénaire, père de famille, part -en abandonnant TOUT- à la recherche de son " frère" au Québec, frère porté disparu depuis quelques jours. I Sa voix off « raconte» (redondance avec l’image à l’écran souvent), interprète la teneur du lien qui l’unit à Patrice (on vous passe les pseudo réflexions existentielles ! et les commentaires « virilistes » !) Il est donc censé se revoir enfant, et ce, à plusieurs moments de leur survie, moments annoncés à chaque fois par des encarts en bas de l’écran. Or ce choix de l'alternance, par son systématisme devient vite procédé quand il ne se double pas d’une autre confrontation (en surimpression) dans une même temporalité ; avec des raccords artificiellement surlignés (le fusil en très gros plan qu’utilise Patrice au Canada, l’œil du chasseur adulte et celui de l’enfant armé de sa fronde visant un animal, l’étreinte des corps). De plus ce sont les mêmes images qui reviennent, dont ces plans prolongés sur les enlacements, au cœur de la forêt -ennemie et tutélaire- quand elles ne sont pas nimbées d’invraisemblances (en rappelant la froidure on voit les deux gamins cou, jambes et bras dénudé.e.s et on devine l’artificialité du prétendu grelottement)

 

L’épisode canadien est censé reproduire » (dupliquer) à des décennies d’intervalle celui de l’enfance (cabane au fond des bois, muette complicité, étreinte) auquel il est nécessaire d’ajouter ce jeu d’échecs -avec sa prétendue symbolique !!! Las ! non seulement Michel ne pourra « guérir » son frère aîné de son mal-être, mais le spectateur a droit à une longue séquence souvent soporifique (qu’agrémente parfois la singularité de l'accent canadien) 

 

Malgré les ellipses temporelles, malgré l’omerta sur le brillant cursus post universitaire des deux frères, fâcheuse et désagréable impression d’étirements et de longueurs inutiles et la captation de l’émotion (genre tire-larmes) est accentuée par une musique illustrative envahissante. …

La disparité flagrante entre les deux interprétations (Mathieu Kassovitz bien plus convaincant qu’Yvan Attal) nuit au propos (d’autant que Michel/Yvan Attal est le « narrateur » exégète ! celui qui  « dévoile » le secret  ) Quant aux personnages dits secondaires, ils sont réduits à de pures figurations (la petite fille du réalisateur Jodorowsky qui interprète Murielle de Robert, la mère, semble poser pour une revue de mannequinat, les propos comminatoires de la fille de Michel « je ne te parle plus si tu n’es pas présent pour mon anniversaire » sont d’une ringardise !!!  et j’en passe….)

 

Au final le film  pèche précisément par les choix narratifs et visuels que s’est imposés Olivier Casas et par cette injonction à l’adresse du public de se sentir en empathie avec la nostalgie d’une fratrie édénique d’avant (ou hors de) la civilisation…

 

Un film  décevant (et c’est un euphémisme)

Un film que je vous déconseille

 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

Ps  Au générique de fin apparaîtra le "vrai" Michel… 78 ans. De même on pourra lire des informations qui inscrivent l’histoire de Michel et Patrice dans la triste réalité des enfants abandonnés pendant la seconde guerre mondiale surtout quand ils ont été conçus hors mariage

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30 avril 2024 2 30 /04 /avril /2024 04:43

De Shane Atkinson  (USA 2023)

 

aves Kelly Reichardt, Steve Zahn, Megan Stevenson, Dylan Baker, Matthew Del Negro, Galadriel Stineman

 

Festival Deauville 2023  Grand Prix + Prix de la Critique + Prix du Public

Argument: Quand Ray découvre que sa femme le trompe, il décide de mettre fin à ses jours. Il se gare sur le parking d'un motel. Mais au moment de passer à l'acte, un inconnu fait irruption dans sa voiture, pensant avoir affaire au tueur qu'il a engagé. Décontenancé par ce quiproquo, Ray finit par accepter la mission, persuadé que les gens vont enfin le respecter. Le plan devait être simple. Or, Ray se retrouve pris dans un engrenage dont il va devoir se sortir avant qu'il ne soit trop tard.

LaRoy Texas

Si vous appréciez la mécanique « inéluctable de l’échec » les clins d’œil à Fargo (même si le cinéaste tord le cou à des évidences « attendues »), le choix de losers comme personnages principaux, les rebondissements (prévisibles ou non) qui imposent un certain tempo, l’humour (noir souvent)  alors ce film vous attend LaRoy ? ou  l’histoire d’un type lambda, trouvant sa vie minable (sa femme le trompe avec son frère, un con prétentieux avec qui il gère un magasin de bricolage) et que le désespoir et de très mauvaises décisions vont entraîner dans un engrenage meurtrier

 

Premier long métrage sous l’égide des frères Coen, ce film vous transporte dans une ville « fictive » LaRoy aux côtés de personnages assez truculents -l’atmosphère rappelle aussi celle des films noirs des années 40-, et le mélange de différentes époques (cf les accessoires inscrits dans une certaine temporalité) au sein même d’une séquence ne choque pas.

De plus le réalisateur semble mélanger plusieurs genres dont le western, (le détective en shérif ridicule mais pathétique) la satire de mœurs (les ploucs de cette petite ville américaine ciselés telles des eaux fortes pour mieux les clouer au pilori) le conte (une histoire improbable ( ?) d’amitié et de sacrifice entre Ray et Skip) le road movie (voyez défiler ces motels ces bars à filles, ces concessions automobiles ce magasin d’outillage Jepson) et toujours à côté de la « ligne scénaristique » (relation Skim/Ray) le choix de l’accumulation et des « coups de théâtre » extravagants (on ne convoque pas la  vraisemblance et c’est tant mieux) sur fond de cupidité véreuse et de « matérialisme » forcené

 

Tout cela a de quoi séduire. (surtout si l’on ajoute l’interprétation impeccable de plusieurs acteurs dont Dylan Baker/Harry qui rappelle Steve Buscemi…)

 

Et pourtant dans cette comédie qui s’ignore, dans cette histoire de chantage, de meurtre et de tromperie, dans cette histoire d’amitié (pour reprendre les propos du réalisateur), il manque ce « je ne sais quoi » susceptible d’entrainer l’adhésion

 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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22 avril 2024 1 22 /04 /avril /2024 07:32

documentaire réalisé par Sonia Kronlund ((France 2023)

Il s'appelle Alexandre, Ricardo ou Daniel. Il se dit chirurgien ou ingénieur, argentin ou brésilien. Il vit avec quatre femmes en même temps, adaptant à chacune son récit, et même ses traits de caractère. Enquête à la première personne, avec l'aide d'un détective privé, sur un imposteur aux mille vies imaginaires.

L'homme aux mille visages

Sonia Kronlund a découvert l’immense imposture de l’escroc en 2017 (par le témoignage de Marianne pour l’émission « les pieds sur terre ») ; témoignage qui est entré en résonance avec son propre vécu (lequel est d’ailleurs rappelé dès le prologue « les hommes que j’ai aimés étaient souvent menteurs ») et après avoir consacré un livre à "l'homme aux mille visages"  elle va se lancer à la recherche de cet escroc ce "serial lover" , aidée par un détecteur privé …c’est le sujet de ce documentaire !

 

D’abord volontairement brouillé le visage de cet homme va se « révéler » (suite à l’entrevue avec une juriste) et au final ce sera de pied en cap qu’il apparaîtra à l’écran en une sorte d’épilogue assez savoureux ; la réalisatrice usant elle-même de subterfuges, pour le « coincer ».

Son documentaire frappe  par un montage « musclé » qui épouse le labyrinthe en forme de kaléidoscope où les multiples identités du « serial lover » la mènent en des lieux très éloignés,(Brésil Pologne France)  aux côtés de ces femmes abusées

Récit composite qui joue autant avec les temporalités qu’avec les lieux,  qui multiplie les points de vue, qui fait la part belle aux « confessions » des femmes « victimes de l’imposture » (signalons que ce sont pour la plupart des actrices qui endossent en la racontant la douloureuse réalité),

Un récit où intervient la réalisatrice: elle se filme dans le cadre aux côtés de ces femmes interviewées (que ce soit au volant d’une voiture ou à l’intérieur d’appartements) ou en frontal;  et sa voix va rejoindre  tel un écho celle de toutes ces femmes (une chorale polyphonique)

Récit aux allures de thriller parfois (la planque du détective dans l’habitacle de sa voiture dans l’attente de l'instant propice à…, les rideaux de l’appartement qui s’écartent, les voix off etc.)

Un récit qui n’a nullement la prétention de faire œuvre de psy, sur la mythomanie par exemple

Un récit à la vertu cathartique ? vengeresse (comme le dit explicitement Sonia Kronlund dans la toute dernière séquence) ?

 

Les réponses seront multiples....

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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21 avril 2024 7 21 /04 /avril /2024 09:45

Documentaire réalisé par Nicolas Philibert (2023)

 

avec Muriel Thouron, Frédéric Prieur , Patrice d'Hont, 

Wallid Benziane, Jérôme Délia, Goulven Cancouët

 

 

Dernier volet du triptyque initié avec Sur l'Adamant puis Averroès & Rosa Parks, le film poursuit sa plongée au sein du pôle psychiatrique Paris centre. Ici, le cinéaste accompagne des soignants bricoleurs au domicile de quelques patients soudain démunis face à un problème domestique, un appareil en panne, etc.

 

La machine à écrire et autres sources de tracas

Ça frappe la tête, le silence. Quand tu es seule, tu penses à la mort. À la mort noire, pas à la blanche » (Muriel)

Ce troisième volet de la trilogie consacrée à la psychiatrie plonge le spectateur dans l’intimité de quatre patients. Nous pénétrons dans leur lieu d’habitation en dehors des structures hospitalières, dans ces résidences dites « inclusives » ou ces espaces minuscules et serons à leurs côtés le temps d’une « réparation » En effet suite à un dysfonctionnement technique (Patrice et le ruban défectueux de sa machine à écrire, panne de lecteur CD pour Muriel, défectuosité de l’imprimante pour les colocataires Yvan et Gad) ces êtres sont affolés ; démunis ils ne peuvent plus donner libre cours à leur créativité (poésie musique) ou bien  ils sont confrontés au vide abyssal du silence (Muriel). Yeux souvent hagards (témoins de la prise de médicaments ?) mais sourires enfantins. Et voici le duo de « réparateurs » ces « bricoleurs » qui après tâtonnements, analyse, questionnements vont redonner vie à ces objets momentanément hors d’usage et simultanément -et ce n’est pas simple métaphore- ils auront « réparé » angoisses et comblé la solitude quand ils ne contribuent pas à « déblayer » l’encombrement asphyxiant où est censé « vivre » Frédéric Prieur ce spécialiste de cinéma et de littérature, collectionneur compulsif.

D’ailleurs Walid Goulven, ou Jérôme sont des …..soignants…(membres de l’Orchestre en plus de leurs tâches médico psy ils aident à régler les problèmes matériels de patients) et ils savent que la souffrance mentale s’incarne dans ces objets

Nicolas Philibert hors champ est bien évidemment très présent (Muriel l’interpelle lui propose du café…) Il sait dans un espace très étroit varier plans et angles de vue (privilégiant solos duos ou trios au gré des interventions des uns et des autres) Donner à voir au spectateur l’âme spécifique du lieu en tant que reflet de celui qui l’habite ; aller à l’essentiel de ce que recouvre la maladie psychiatrique, « entre handicap invisible, désarroi, perte de repères et faillite pour une insertion professionnelle durable ».

Ce troisième regard porté sur la psychiatrie humaine, qui repose en grande partie encore, sur la parole" et "qui considère que les médicaments, ça ne suffit pas" est une leçon de Vie

Une leçon de cinéma aussi

Un documentaire que je vous recommande (quand bien même vous n’auriez pas vu les deux premiers volets du triptyque Sur l’Adamant et Averroès & Rosa Parks) 

 

Colette Lallement-Duchoze

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20 avril 2024 6 20 /04 /avril /2024 11:24

De Jalone Camborda (Espagne 2023)

 

avec Janet NovásSiobhan FernándesCarla RivasDaniela Hernán MarchaánMaría LadoJulia GómezJosé NavarroNuria LestegásDiego Anido

 

 

Coquille d'or au Festival de San Sebastián.

1971, Espagne franquiste. Dans la campagne galicienne, María assiste les femmes qui accouchent et plus occasionnellement celles qui ne veulent pas avoir d'enfant. Après avoir tenté d'aider une jeune femme, elle est contrainte de fuir le pays en laissant tout derrière elle. Au cours de son périlleux voyage au Portugal, María rencontre la solidarité féminine et se rend compte qu'elle n'est pas seule et qu'elle pourrait enfin retrouver sa liberté.

O Corno, une histoire de femmes

O Corno L’ergot de seigle en galicien, champignon vénéneux pour la céréale. Il favorise aussi les contractions lors d’accouchement et d’avortements, Et par deux fois dans le film nous verrons les doigts délicats de Maria l’extraire, avant concoction  « Une histoire de femmes » : la réalisatrice va mettre en scène tout un réseau féminin de solidarité (une voisine prévient Maria de quitter au plus vite l’île suite à un tragique avortement, Mebel l’héberge au poste frontière, la « prostituée » lui accordera  une aide précieuse  O corno est aussi un plaidoyer pour que les femmes puissent disposer d'elles-mêmes, de  leur corps - et si les faits sont censés se dérouler en 1971 -soit sous l’ère franquiste- il interroge aussi notre présent où l’avortement est remis en cause…

Le film s’ouvre sur le corps d’une parturiente : convulsions, spasmes, sueur, cris, visage taraudé par la douleur. Gros plans et plans serrés sur ce corps allongé debout assis accroupi ; et dans les ultimes contractions voici deux corps soudés : celui de Maria (aux mains agiles, à la voix de plus en plus ferme) enlaçant le corps de celle qui va accoucher …

En écho à cette séquence liminaire répondra la scène finale (bande-son coupée … ne pas spoiler !) et en écho inversé la scène de l’avortement…mais l’apparente discordance ou défiguration s’inscrit avec force dans ce poème toujours recommencé qui célèbre le(s) pouvoir(s) de la femme. A l’instar de cette barque qui glisse sur les interdits de la contrebande, de ces regards complices qui bravent les lois, de ces lumières qui clignotent, comme autant d’appels au secours pour « libérer » la voie qui rendra la vie sauve

 

Maria (interprétée par la danseuse Janet Novàs) est cette femme généreuse, Maria à la cicatrice au ventre que remarque l’enfant, Maria et ses secrets enfouis, Maria qui confrontée aux propos comminatoires de la jeune femme « si tu ne veux pas m’avorter je le ferai moi-même » sera expulsée de son pays (après le drame) Maria exilée survivant au Portugal entourée d’autres femmes. Maria allégorie de toutes ces femmes qui bravent ce qui entrave leurs libertés !!!. Le film semble structuré en deux mouvements distincts ?  aux scènes de la vie villageoise succéderait la fuite, la longue errance (avec ses embûches, ses pauses) jusqu’à la brisure définitive des chaînes. En fait l’enjeu de la première partie est de révéler le malaise social qui restreint les choix de vie de ces femmes, coupées en deux pour le spectacle d’hommes qui ne sont ni des génies ni des magiciens…

 

L’attention accordée aux détails aux atmosphères sera une constante dans le film , constante renforcée par la lenteur du rythme. Voici un gros plan sur l’ergot, sur les mains qui cueillent délicatement l’eau, sur les pieds meurtris par tant d’errances ; voici des ambiances feutrées, celles de la taverne aux couleurs ocres mordorées aux jeux de clair-obscur sur des visages avinés  et en vaste panoramique c’est la majesté stupéfiante des paysages de Galice, la blancheur moite ou opalescente des champs de blé.

Tout cela participe de(et à) de la même célébration d’une histoire de femmes

 

A ne pas rater !!!

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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18 avril 2024 4 18 /04 /avril /2024 11:14

Documentaire réalisé par Karim AÏnouz (2021 Brésil/France/Argentine) 

// Image : Juan Sarmiento G. // Son : Björn Wiese, Laure Arto // Montage : Ricardo Saraiva // Musique originale : Benedikt Schiefer

 

  • 2021 Festival de  Cannes  Sélection officielle - Séances spéciales
  • 2021 FIFAM festival international du film d'Amiens Grand prix catégorie long métrage documentaire & prix étudiant 

Janvier 2019. Le cinéaste Karim Aïnouz décide d'entreprendre son tout premier voyage en Algérie. Accompagné de sa caméra et du souvenir de sa mère Iracema, il livre ici un récit détaillé du voyage vers la terre natale de son père ; de la traversée de la mer à son arrivée dans les montagnes de l'Atlas en Kabylie jusqu'à son retour, entremêlant présent, passé et futur.

Marin des montagnes

La mer s’agite, un nouveau départ. Je voyage pour toi, je voyage pour finir ce que tu as commencé. Je pars aussi pour trouver enfin mon Ithaque, mes origines, un sens à mon existence. Pour trouver ce que tu n’as jamais pu avoir. La mer m’emporte, presque malgré moi.

 

Cartographie du souvenir, lettre d’amour à la mère Iracema Brésilienne qui aura élevé seule son fils, (récit intime à la première personne, en voix off, qui poursuit autant l’être aimé par-delà la mort que le spectateur et que l’auteur lui-même) interrogations sur l’identité (qu’illustre l’apparent oxymore du titre) mais aussi questionnement(s) sur deux cultures dont l’Histoire souvent chaotique a bafoué saccagé les règles de la démocratie

Oui Marin des montagnes (sorte de « retour aux sources ») est tout cela à la fois

Et d’un point de vue purement formel le cinéaste multiplie en les exploitant les spécificités du 7ème art : ralentis ou accélérés, enchâssement de récits ou légendes, insertion d’extraits de films ou de photos, vibrations colorées, incrustations, changements de perspective, profondeur de champ et arrêts sur images, surimpressions,

 

Déconstruction et reconstruction, deux forces animent ce « voyage » (le premier qu’il effectue en Algérie), un voyage essentiellement « poétique » : avoir préféré le bateau à l’avion c’est prendre le temps de construire les « ponts » entre les deux cultures, s’adresser à la mère défunte comme à l’aimée c’est entreprendre pour elle, avec elle, dans le sillage de son ombre tutélaire, un voyage qu’elle aurait dû( ?) ou pu ( ?) faire avec le fils

 

Rappelons que Brésilien par sa mère et Kabyle par son père Karim Aïnouz (dont nous avions tant apprécié La vie invisible d’Euridice Gusmao mais aussi plus récemment le (très) controversé Jeu de la reine) aura su mêler (souvent habilement) intimité et Histoire. Creuser les origines de deux cultures, n’est-ce pas creuser les siennes ?

Et loin de certains clichés -sur Alger la blanche par exemple- peut s’imposer le rouge de l’embrasement…

 

Ecoutons Karim Aïnouz

Pour Marin des Montagnes, j’ai voulu prendre les risques que la maturité et l’expérience m’autorisent - avant tout un risque artistique en me distançant de ce que je connais, en ouvrant le projet à l’inattendu, en laissant le hasard, qui est après tout mon droit de naissance, m’amener à découvrir des choses que je n’aurais pas pu savoir au début de mon voyage. Ce film nous invite à tendre la main, à croire en l’inattendu, à nous souvenir d’avoir l’espoir et la foi en nos compatriotes qui vivent sur la planète. Peu importe la distance ou la différence que nous pensons avoir, nous sommes tous, en fait, intimement liés.

 

A ne pas rater!

(attention horaires Omnia Rouen jeudi  18h10, vendredi 20h20, samedi 16h, dimanche 14h,  lundi 18h10, et  mardi   11h )

 

Colette Lallement-Duchoze

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17 avril 2024 3 17 /04 /avril /2024 07:14

De Ryüsuke  Hamaguchi  (Japon 2023)

 

Musique d'Eiko Ishibashi

avec Hitoshi Omika, Ryo Nishikawa, Ryüji Kosaka

 

 

Lion d'Argent Grand Prix du Jury Mostra de Venise 2023

 

 

Takumi et sa fille Hana vivent dans le village de Mizubiki, près de Tokyo. Comme leurs aînés avant eux, ils mènent une vie modeste en harmonie avec leur environnement. Le projet de construction d’un « camping glamour » dans le parc naturel voisin, offrant aux citadins une échappatoire tout confort vers la nature, va mettre en danger l’équilibre écologique du site et affecter profondément la vie de Takumi et des villageois…

 

Le mal n'existe pas

" Ne lâche pas la bûche des yeux"

 

Après les mégapoles, toiles de fond des précédents films de Ryusuke Hamaguchi, voici le village de Mizubiki perdu dans les montagnes de Nagano, et une immense forêt où l’on s’égare en même temps que l’intrigue gagne en consistance…; là où vivent Takumi, bûcheron père célibataire et homme à tout faire,  sa fille Hana ; là où une réunion oppose les « locaux » les villageois aux représentants de Playmode défendant le projet de « glamping » (glamour + camping). (Longue séquence traitée comme un film dans le film)

Non pas un film écologique (c’est ce qu’affirme le réalisateur) quand bien même le titre serait une antiphrase, quand bien même la récurrence de ce plan sur la carcasse d’un faon, la stridence de coups de feu et certaines scènes plus champêtres (couper le bois, s’approvisionner en eau) nous inciteraient à comparer ce film -aux allures de conte - à une « fable écologique »- Fable où la musique envoûtante d’Eiko Ishibashi -qui a préexisté - la fixité de certains plans, la lenteur de gestes presque séculaires célèbrent la connivence entre Takumi et une nature qu’il «vénère » apprivoise dans sa flore et  sa faune, tout en accomplissant les gestes de destruction -dont l'abattage d'arbres-,  mais une nature dont il a appris les « lois » fussent elles les plus mortifères, (l’épisode de la cognée, le discours sur les cerfs, la battue et la scène finale font de Takumi le dépositaire d’un savoir et d’une philosophie : accepter les équilibres entre les forces en présence  )

 

Tout ne serait-il pas « dit » ou du moins « encodé » dès le début ? Voici un très long et très lent travelling ascendant vers le gris du ciel, ciel que l’on devine à travers les branchages et les feuilles, feuilles de moins en moins drues branchages devenus stigmates de la mort, alors qu’un ample mouvement musical, épousant la majesté de la tristesse, accompagne cette contreplongée… Dès le plan suivant, l’œil de la gamine, Hana, s’est substitué à celui de la caméra. La musique s’est tue mais Hana est à l’écoute d’autres musiques celles que dispense cette forêt ….où elle va se perdre !

 

Le film est parcouru de « signaux » comme autant d’alertes, de balises traitées souvent avec la grâce de la pudeur ou de la poésie (ce que renforce le choix de plans-séquence qui étirent le temps); tout comme le réalisateur se plaît à multiplier les regards et les perspectives et en leur absence il fait la part belle à ce mariage entre bande-son et image dans la captation du vivant « l’eau coule toujours vers le bas » (dit le maire lors de la réunion) …Tout en nous incitant (sans injonction morale) à ne pas rompre  l'équilibre entre les forces (dont celles des humains) entre les "ordres" 

 

Un film qui se regarde comme on écoute de la musique. C’est-à-dire, plus que pour son sens, pour les remous qu’il produit à la surface de notre conscience. (tel est le vœu du cinéaste)

 

Un film à ne pas rater!

 

Colette Lallement-Duchoze

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16 avril 2024 2 16 /04 /avril /2024 08:49

 De Delphine Girard (Belgique 2023)

 

avec Selma Alaoui, Anne Dorval, Guillaume Duhesme Veerle Baetens

 

Prix du public à la Mostra de Venise 2023 dans la section parallèle Giornate degli autori, (équivalent de la Quinzaine des réalisateurs à Cannes)

Une nuit, une femme en danger appelle la police. Anna prend l’appel. Un homme est arrêté. Les semaines passent, la justice cherche des preuves, Aly, Anna et Dary font face aux échos de cette nuit qu’ils ne parviennent pas à quitter...

Quitter la nuit

La première séquence (qui joue le rôle de prologue) est à couper le souffle, tant le mystère et le suspense sont savamment entretenus. Nous sommes embarqués, -tel un passager clandestin- dans l’habitacle d’une voiture. C'est la nuit. La  route semble déserte!…La passagère (dont nous ne voyons que la nuque et la main) est censée appeler sa sœur, elle déguise son affolement par des détails plausibles (garde de l’enfant par exemple, retard) C’est en fait un appel au secours que captera – après hésitation- ….la policière du centre d’urgence à l’autre bout du fil , à ses questions précises (afin de localiser puis intervenir) la passagère répond par des monosyllabes (donner le change au conducteur qui maugrée, s’impatiente)

En parallèle, deux univers dans le bleu de la nuit :- un habitacle de voiture, un centre d’urgence open-space dans une tour , deux paroles, deux discours ; deux formes d’affolement, de terreur,! Mais  un lien qui se tisse entre les deux femmes, pour une séquence filmée en temps réel (temps minuté,  minutes d'éternité!  )

 

Mais que va-t-il se passer après  ? La mémoire de la nuit, de cette nuit entachera le quotidien des trois protagonistes .... Quitter la nuit, ​​​​​​ Est-ce  possible ?

 

Entrevues ressassements interrogatoires;  analepses aussi : ces retours en arrière qui permettent au spectateur de visualiser un avant de se familiariser avec lui,  Tout cela conjugué  frappe  moins par l’éclatement des  points de vue que par la tendance affichée (en écho au mode de pensée qui continue à sévir -même après #Me Too)- qui veut inscrire une histoire réelle de viol dans l’ambiguïté permanente (et si c’était consenti ?) et dans la minoration des faits (simple incident de parcours) et faire le procès de « deux discours » (parole contre parole) en évacuant la réalité (d’ailleurs à un moment Aly a l’intention de retirer sa plainte…) Aly ne serait pas la "bonne victime"? (elle a entre autres refusé l'examen médical complet)  Dary un violeur? (trop affable amène avec  les siens..) 

 

Un éclaircissement lent et douloureux ; au brouillage à la suspicion entretenue substituer la clarté de l’évidence, tel est bien l’intérêt majeur de ce film,  son enjeu :  "quitter la nuit"  (seconde acception de la formule  à valeur programmatique) 

Y contribuent l’éclatement de la chronologie, l’enchâssement et/ou le télescopage et la confrontation des récits, des différents points de vue, les tâtonnements réitérés. et bien sûr la prestation des trois acteurs

Une approche originale -surtout si on la compare aux propos édifiants de certaines productions…

Un film que je vous recommande, même s’il n’échappe pas à certains poncifs

Même si la lenteur ….calculée,.... peut parfois irriter

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

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15 avril 2024 1 15 /04 /avril /2024 07:19

de Nehir Tuna  (Turquie 2023)

 

avec Doğa Karakaş Can Bartu Aslan, Ozan Celik  Tansu Biçer Didem Elliath

 

 

Prix du scénario Mostra de Venise section  Orizzonti

Prix SFCC de la critique festival du premier film d’Annonay

Festival du film de Mararkech prix du meilleur acteur pour Doga Karakas

 

Argument: Turquie, 1996. Ahmet, 14 ans, est dévasté lorsque sa famille l'envoie dans un pensionnat religieux. Pour son père récemment converti, c'est un chemin vers la rédemption et la pureté. Pour lui, c'est un cauchemar. Le jour, il fréquente une école privée laïque et nationaliste ; le soir, il retrouve son dortoir surpeuplé, les longues heures d'études coraniques et les brimades. Mais grâce à son amitié avec un autre pensionnaire, Ahmet défie les règles strictes de ce système, qui ne vise qu’à embrigader la jeunesse...

Yurt

Dédié au père (cf générique de fin) ce premier long métrage largement inspiré de la vie de son auteur exploite en un premier temps les atouts du noir et blanc (deux univers, deux tendances, deux idéologies, laïcité le jour, islam la nuit, soit un lycée privé BCBG et un Yurt (dortoir) un internat géré par des religieux psychorigides la nuit) Il introduira la couleur dans le dernier quart consacré à l’escapade libertaire des deux pensionnaires Ahmet et Hakan

Turquie 1996 dit le prologue. Période qui oppose laïcité et islamisme. Fracture sociétale et politique que va incarner le personnage principal Ahmet ; mais ne nous leurrons pas le réalisateur souligne l’aspect très rigide des deux modes d’éducation et de pensée, de même qu’il évite le manichéisme en mêlant rigueur et bienveillance (portrait du père par exemple) alors que  les aveux de Hakan diront  la difficulté à (et de) faire voler en éclats les barrières sociales

Ballotté entre deux univers, ballotté entre les pressions sociales, entre l’affection d’une mère et les objurgations d’un père (récemment converti), entre les brimades et les attirances envers une jeune fille mais aussi envers Hakan,  l’ado parviendra-t-il  à se forger une personnalité ? en dehors de la "dissimulation" (cigarettes, cassette par exemple)?  En ce sens Yurt est un récit d’apprentissage à la force émotionnelle indéniable et la prestation de Doga Karakas, est  convaincante

Mais alors pourquoi cette tendance fâcheuse à tout surligner ?

Tant dans les enjeux narratifs que dans les éléments symboliques (avec force gros plans prolongés ou floutages excessifs)

Une surenchère qui, à mon humble avis, dessert le propos…

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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14 avril 2024 7 14 /04 /avril /2024 07:02

De Jawad  Rhalib   (Belgique 2023)

 

avec Lubna Azabal, Fabrizio Rongione, Catherine Salée, Kenza Benbouchta Ethelle Gonzales-Lardued, Johan Heldenberg, Babetida Sadjo, Mehdy Khachachi

 

 

Prix du Public, CitéCiné, le Festival International du Film Politique de Carcassonne –

Prix du Public, Festival Palm Springs - Best of Fest 2024

Présenté en avant-première à Rouen, lors du  festival Ciné Friendly  vendredi 11 avril en présence du réalisateur 

 

 

Sortie en salles mercredi 17

Argument: Amal, enseignante dans un lycée à Bruxelles, encourage ses élèves à s’exprimer librement. Avec ses méthodes pédagogiques audacieuses et son enthousiasme, elle va bouleverser leur vie. Jusqu’à en choquer certains. Peu à peu Amal va se sentir harcelée, menacée

Amal,  un esprit libre

Non ce film n’est pas une diatribe contre la communauté musulmane. Le titre n’est-il pas suffisamment éloquent ? Amal ou le portrait d’’une enseignante (admirablement interprétée par la talentueuse Lubna Azabal) qui contre vents et marées revendique sa passion pour la liberté d’expression,  milite pour la sauvegarder (le choix du poète musulman Abu Nuwàs-libertin et bi- du VIII° siècle n’est pas anodin). Oui , l’école est et doit rester ce lieu privilégié où s’épanouit l’esprit critique (et non de critique) loin des idéologies sectaires (dont le radicalisme musulman) Allah n’a pas sa place dans une salle de classe ; affirme péremptoire l’enseignante. OR quid de la laïcité dans les écoles belges ? (nous l’apprendrons par le générique de fin…)

Courageux le réalisateur Jawal Rhalib a su mettre les « mots »  sur les « maux » loin des stéréotypes (attendus et clivants)

La scène d’ouverture est à couper le souffle ; en écho lui répondra la toute dernière, dure acérée tel un couperet. Entre les deux le « parcours » de deux victimes « sacrificatoires ». (on a tous en mémoire la tragédie de Samuel Paty) Voici en plan très rapproché une jeune fille vue de profil qui vient d’être tabassée (meurtrissures bleutées arcades sourcilières sanguinolente) la cloison des toilettes encaisse ses cris, les frappements de ses mains comme une caisse de résonance ; puis un gros plan sur son tatouage « memento mori » (« souviens-toi que tu vas mourir » mais la traduction littérale souviens-toi que tu es en train de mourir serait-elle prélude à… ?). De quoi Monia est-elle le « nom » ou le « non », pour être ainsi harcelée jusqu’au « châtiment» par les « siens » ? (Modernité tenues vestimentaires tatouages, et surtout ... homosexualité ?)

Amal -esprit libre car libéré du carcan de l’intolérance- va s’employer à « gérer » la sauvagerie de la discorde, (par une méthode qui rappelle la maïeutique), évacuer coûte que coûte les effluves délétères voire morbides qui polluent l’ambiance où l’imam (interprété par Fabrizio Rongione) exerce une influence néfaste, insidieuse en dehors de tout contrôle, où certains parents s’immiscent dans la vie scolaire en exigeant le respect de leur loi dans le choix des auteurs inscrits au programme, où l’administration prône avant tout la sécurité » (argument qui sert à maquiller la lâcheté) ambiance où la puissance virale des réseaux sociaux et la haine diffusée (et diffuse) peuvent décider du sort d’une « victime » (justice immanente et charia). Amal est …. seule, dans ce parcours de combattant dont le film restitue les étapes, telle une tragédie à l'antique ( avec son chœur et son coryphée, avec sa structure  de l’exposition au dénouement-), étapes souvent lisibles sur le visage de Lubna Azabal, qui d’un regard d’un battement de cil d’un sourire, de lèvres closes comme suturées exprime  bienveillance ironie, détermination  ou au contraire exaspération, affolement

La bande-son coupée au plus fort d’une empoignade en classe et voici qu’à la violence verbale se substitue celle des gestes ou des grimaces de visages déformés, comme autant de stigmates de la haine ; avant que ne retentisse l’injonction « silence » proférée avec fermeté par l’enseignante, un moment décontenancée par l’explosion. C’était comme l’acmé de la « tragédie »

Le film tourné essentiellement à l’intérieur de l’établissement -salle de classe salle de réunion- ou dans l’appartement d’Amal- ,plonge le spectateur in situ, in media res (un seul plan en large panoramique sur la ville). La caméra immersive l’invite ainsi à n’être pas seulement « regardeur »

Un film coup de poing à ne pas rater ! 

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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