27 août 2024 2 27 /08 /août /2024 06:13

d'Akira Kurosawa (Japon 1952) version restaurée

 

avec Takashi Shimura (Kanji Watanabe) Minoru Chiaki (Noguchi ) Miki Odagiri (Toyo l’employée) Bokusen Hidari (Ohara)

 

 

Rétrospective Kurosawa Omnia  ( 21 août 3 septembre 2024)

séances jeudi 16h30, dimanche 19h30, mardi 13h40

Atteint d'un cancer, Watanabe chef de service du génie civil, décide de réaliser un projet qu'il avait d'abord repoussé, celui d'assainir un terrain vague, pour que les enfants puissent jouer dans un véritable jardin 

Vivre

Un homme  "déjà mort" - -à son insu et de par un métier où la " bureaucratie tue "  - mais qui "renaît " en apprenant qu’il est condamné ! Formulé ainsi ce constat aurait pu s’éployer en un pathétique larmoyant mais l’art de Kurosawa est précisément de le transformer en une œuvre d’art (à la portée universelle)

 

Qu’il est loin le temps où le jeune Luc Moullet alors critique aux Cahiers du Cinéma écrivait à propos de Vivre  (rétrospective Kurosawa 1957à la Cinémathèque) Vivre bat les records du ridicule. (...) la misanthropie de l'auteur devient d'une telle outrance qu'elle se retourne bien vite contre lui-même  A l’époque, semble-t-il,  il était de bon ton aux Cahiers du Cinéma de préférer Mizoguchi à Kurosawa……Depuis Luc Moullet s’est illustré comme réalisateur loufoque, à l’abondante filmographie et Vivre est salué comme « un chef d’œuvre »

Oui Vivre est un chef d'œuvre !   tant par sa structure, le mélange des « genres », la science des cadres des plans, leur diversité, le montage, que par l’exploitation de thèmes universels et le jeu de l’acteur principal Takashi Shimura

Dès le début, une voix off informe le spectateur que le personnage (dont on analyse la radiographie de l'estomac) est condamné. Or ce gratte-papier n’était-il pas déjà  un "cadavre ambulant" -ce qu'accentue le jeu de l'acteur ? Une  "momie" tel est  le sobriquet donné par l’employée…Et de fait dans l’exercice de son métier Watanabe fait corps avec l’entassement des dossiers (en écho au final Noguchi, le « rebelle», pliera lui aussi enfoui dans ces piles de paperasse). Mais quand la " mort" est annoncée  -tel un couperet- dans la salle d’attente de l'hôpital -à la fois par un autre patient à l’humour noir et par le personnel soignant-- il y a une urgence de Vivre! Et dans un premier temps, face à cet ultimatum, Watanabe  opte  pour une sorte de carpe diem ; aux nuits hallucinées, faussement enchanteresses. Puis  ce sera la révélation grâce à une employée --elle lui communique cet appétit de « vivre » en donnant un sens à l’existence. Déterminé, obstiné il frappe à toutes les portes et met tout en œuvre pour "réaliser" le fameux parc pour enfants   (être constamment ballotté d'un service à l'autre,  attendre le dos voûté, le regard implorant à peine larmoyant, qu'importe!!) 

Après une ellipse de 5 mois voici une soirée mortuaire bien arrosée où défilent face au portrait du défunt,  les trognes des « employés » à la posture codifiée, où le « peuple » -les mères-  s’invite pour un hommage ultime. Reconstitution de ce qui fut, a été, restera, sous forme d’un brillant kaléidoscope de points de vue et  de flashbacks 

Watanabe sur une balançoire dans le parc enneigé, chantonne …Puis...Seule, la balançoire poursuit sa chorégraphie dans l’espace; une vue en contre plongée isole un « regardeur » qui contemple (vue en plongée) l’animation, la Vie …des… enfants  ! 

Il y a des moments de pure contemplation, et/ou de pure émotion,  des plans à la beauté sidérante, une majesté dans l’humilité de Watanabe (quand bien même le contraste avec les visées électoralistes de l’échevin usurpateur ou avec le pragmatisme éhonté du fils ingrat et de la bru cupide est par trop criant) ce qui n’exclut pas l’humour pince-sans-rire

VIVRE un film à voir! ou revoir! 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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24 août 2024 6 24 /08 /août /2024 06:11

De Gilles MacKinnon (G-B 2023) 

 

avec Timothy  Spall, Phyllis Logan, Saskia Ashdown, Natalie Milson, 

Tom, un retraité dont la femme, Mary, vient de décéder, voyage du point le plus au nord de la Grande-Bretagne, John O'Groats, jusqu'à sa ville natale d'origine, située au point le plus au sud, Land's End,(soit 874 miles)  en utilisant sa carte de bus gratuite

Le dernier bus

Un film décevant. Pourquoi ?

 

 Tom a méticuleusement consigné les changements de bus, les étapes, les réservations ; sa valise dont le contenu précieux sera  "dévoilé"  à l’arrivée, est son "viatique"  , valise  métonymie de la vie, de Sa Vie.?  Le long voyage (exactement l’inverse de celui qu’il avait accompli des décennies plus tôt, avec l’être aimé) sera en fait le prétexte à faire défiler des clichés, en assemblant des vignettes -souvent mal raccordées d’ailleurs- où s’insèrent des flashbacks lourdement annoncés quand bien même de gros plans en surimpression laissent émerger les différentes temporalités. Flashbacks censés livrer par bribes les raisons du "voyage", Et/ou illustrer une permanence dans l'impermanence? .  Durant ce long périple, Tom va "rencontrer"  autant de gens bienveillants que de personnes acariâtres ou irascibles  -des ouvriers ukrainiens et leur sens de l’hospitalité ; une musulmane en burka vilipendée par un raciste, une junkie, une patronne de B&B excédée par les questions "qui fâchent" , un groupe de supporters etc etc. 

Certes le réalisateur a cherché tout au long à diversifier les angles de vue (Tom qui est de tous les plans est filmé  en très gros plan ou de face, de profil, seul, au milieu du groupe de voyageurs ; il en va de même pour les paysages (vastes panoramiques ou vues aériennes) Certes plusieurs arcs narratifs forment une sorte de voûte  où viennent s’arcbouter le présent (le voyage, les rencontres, les paysages), le passé (les souvenirs; la blondeur des cheveux et la couleur orangée des vêtements de Marie sont censées illuminer la grisaille) et la  "légende " qui sera colportée via les réseaux sociaux jusqu’à l’ovation finale…'

Mais tout cela ne saurait compenser la platitude et la mièvrerie, le faux suspense, ou la ridicule insistance (cf les deux mains qui se superposent telles les strates de la vie, ou la similarité de positions par-delà les ans)

 Timothy Spall ? Attendrissant en octogénaire guidé par un amour indéfectible, déterminé à respecter les dernières volontés de la femme aimée? . Las ! Souvent les très gros plans sur sa  lippe bougonne  ou sa démarche claudicante en font un personnage de BD ou un pantin désarticulé …

Dommage! 

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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13 août 2024 2 13 /08 /août /2024 07:42

Troisième volet d'une trilogie réalisée par Ti-West (USA 2023)

 

avec Mia Goth (Maxine Minx), Elizabeth Debicki, (Elizabeth Bender) Moses Sumney (Leon Green), Giancarlo Esposito (Teddy Knight) , Kevin Bacon (John Labat) Michelle Monaghan (Inspecteur Williams) Bobby Cannavele (Inspecteur Torres) Simon Prast (le père de Maxine)

Synopsis: À Los Angeles dans les années 80, Maxine Minx, une vedette de films pour adultes et aspirante actrice, obtient finalement le rôle tant espéré, mais lorsqu'un mystérieux tueur traque les starlettes d'Hollywood, des indices sanglants menacent de dévoiler le sombre passé de Maxine.

MaXXXine

Casser les stéréotypes et montrer les côtés obscurs du système hollywoodien,  tel est le pari de Ti-West. qui  va nous immerger dans l’envers infernal de ce qu’il faut bien nommer l’usine à rêve hollywoodien

Première séquence, voici Mia enfant dans un film de famille début années 60 ; elle récite la parole paternelle, tel un mantra (sur la réussite à tout prix…) qui sera repris à la fin de ce faux film d’horreur (troisième volet d’une trilogie) Ti-West y entremêle deux intrigues : ascension hollywoodienne de l’ex actrice du porno et présence d’un tueur en série (dont la première risque d’être victime…) Maxine vient de décrocher un rôle dans « la puritaine »(nous sommes en 1985 ère reaganienne du puritanisme réactionnaire) première marche vers… ; or elle est «prise en filature » par un détective privé assez louche…(Kevin Bacon) Bien vite on comprend que l’actrice incarnera la « monstruosité » en mettant sa  férocité au service de sa réussite (une entreprise de dévoration ! ), monstruosité que « fabrique » Hollywood précisément - ce qu’annonçait la citation de Bette Davis en exergue (dans ce métier tant qu’on n’est pas connu comme un monstre on n’est pas une star) Et la chanson de Kim Carnes qui clôt le film indique  que celui-ci aura été vu..... depuis...... « les yeux de Davis » (?) 

Maxxine ou la tension « monstre/star », une tension hyper référencée ?

Mais accumuler les références (Psychose Body Double Mulholland Drive Chinatown  ) jusqu’à la peinture de Magritte la mémoire (où le sang ne coule pas du visage mais du cou de….Maxine) est loin d’être une stratégie convaincante ; car il faut être un grand maître pour manier le pastiche (Brian de Palma !!) et que dire de  cette image silhouettée qui se découpe sur la fenêtre de la maison de psychose) ?  Le ad libitum devient ad nauseam quand la référence se limite à un clin d’œil, poli et policé, et n’est pas questionnement sur…

Et quand bien même l’ambiance des années 80 est restituée (lumières chansons BO couleurs) le spectateur reste sur une attente (le « film d’horreur » a cédé la place au « thriller » (parsemé ça et là de quelques touches horrifiques complaisantes et alors ???)

Impériale la performance tant vantée de Mia Goth ?? 

Impression plus que mitigée

mais peut-être faut-il avoir vu l’ensemble du triptyque pour émettre un avis plus éclairé 

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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11 août 2024 7 11 /08 /août /2024 06:16

de Sean Baker (2015 USA)

 

avec Kitana Kiki Rodriguez , Mya Taylor Karren Karagulian

 

Prix du jury festival Deauville 2015

 

Cycle rétrospective Sean Baker Omnia  - avant la projection de Anora (Palme d'or Cannes 2024)

Synopsis À la veille de Noël, à Los Angeles, Sin-Dee, une jeune prostituée transsexuelle, récemment sortie de prison après une peine de 28 jours, apprend par sa meilleure amie que son souteneur et amant lui a été infidèle. Réagissant vivement, Sin-Dee part sans hésiter à sa poursuite à travers la ville. Dans sa quête, l'exubérante Sin-Dee sera confrontée à des situations rocambolesques et à des marginaux qui composent la sous-culture urbaine.

Tangerine

Entièrement tourné à l’aide d’I Phones, (couleurs et tremblé de certains plans) accompagné d’une musique techno (tonitruante surdimensionnée parfois) le film ausculte la communauté des travestis en faisant de la ville Los Angeles un personnage à part entière. Unité de temps (24h) de lieu (los Angeles) et d’action (retrouver Chester)

 Tangerine  s’ouvre et se clôt sur le Donut Time. C’est Noël.

A sa sortie de prison, Sin Dee  y est attablée avec son amie Alexandra qui, malencontreusement lui apprend que Chester (le mec et mac ) l’a …trompée avec une Blanche « avec un vagin et tout ».C’en est fini de ces retrouvailles enchanteresses couleur mandarine; Sin Dee n’aura de cesse de rechercher cette femme, de se venger…et nous allons suivre la sémillante ingambe dans sa course effrénée vengeresse. nous emboîtons son pas alerte adoptons ses enjambées fougueuses, et voici que toute une vie interlope éclate dans les interstices les lueurs ou les recoins de Los Angeles   En montage parallèle nous suivons un chauffeur de taxi d’origine arménienne Razmik (chaque course est l’occasion d’un mini-sketch comique souvent savoureux, chaque client incarnant une classe une idéologie un travers une solitude..)

Or les deux parcours apparemment parallèles ne peuvent que se croiser : Razmik connaît très bien Alexandra ; il va s’adonner d’ailleurs aux plaisirs (monnayés) de la fellation le temps d’un lavage auto dans une station… avant de rejoindre sa famille pour le réveillon…Mais…

La dernière séquence où tous les protagonistes (famille arménienne incluse) se retrouvent au Donut  Time vaut son pesant de …donuts…

Un film énergique, fait de fureur et de furie, un film cocasse et tendre à la fois (cf la séquence où Alex chante dans une salle quasiment vide), un film à voir ou revoir

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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10 août 2024 6 10 /08 /août /2024 07:07

 d’Andrei Tanase (Grèce Roumanie 2023)

 

avec Catalina Moga, Paul Ipate, Alex Velea, Nicolae Cristache

Synopsis: Suite à un signalement, Véra, vétérinaire, accueille dans son zoo une femelle tigre à laquelle elle s’attache rapidement. Un soir, alors qu’elle vient de surprendre son mari en plein adultère, Vera, ivre de colère, omet de refermer la cage du fauve. Le lendemain, la tigresse est introuvable. La jeune femme et son mari prennent alors la tête d’une expédition improbable pour retrouver l’animal....

Tigresse

C’est un premier long métrage apparemment sans prétention mais dont l’objectif avoué était d’insuffler dans le  cinéma roumain une autre forme de réalisme…

Refusant les effets numériques, Andrei Tanase a travaillé avec de véritables animaux ! ..

De plus il fait coïncider (astucieusement ?malicieusement? ) deux intrigues -la traque du fauve et les déboires d’un couple (confronté à deux problèmes : adultère, inhumation de leur bébé mort non baptisé) MAIS en dehors de toute intention allégorisante (n’est-ce pas un peu facile, réducteur d’affirmer que la première symbolise la seconde ?)  les deux sont concomitantes : un couple est passé au scalpel lors d’une traque au fauve ;  les deux vont s’imbriquer, les deux présentent des similitudes (mais de là à faire de Vera une tigresse encagée dans des principes…non !) Certes le questionnement sur le couple sa fragilité sa genèse peut être perçu comme l'écho -lointain ou feutré- d'une "traque" ;et la trajectoire de la battue (zoo, forêt, ville) menée par des policiers et le personnel du zoo sera simultanément celle d’un autre itinéraire, cheminement mental de Vera « passant» d’un « état » à un autre  tout en sachant que le  temps de  la battue, avec ses aléas ne saurait coïncider avec celui d’une éventuelle réconciliation -quand bien même le couple, en première ligne, dialogue avec sarcasmes de la nature profonde de leurs sentiments, de leur passé …Une halte (pause ?) le mari tout ébranlé par une morsure de serpent appréhende une mort prochaine…, il gémit, terrassé alors que sa femme  agile fait corps avec un arbre ; à l’écoute du moindre bruit pour une localisation… dans l’espace… qui est aussi l’espace d’une re-connaissance intime (réconciliation espace/ temps ?)

Poreuse la frontière entre le monde animal et le monde des hommes. ?- le recours aux champs contre champs semble établir un dialogue à distance ou capter des regards, substituts du verbe ! Et si Vera « renifle » cette table d’opération (qui fut aussi l’autel des ébats amoureux entre son mari et une étudiante…) si elle décide de dormir à même le sol, tel un animal lové dans l’herbe, c’est que par son métier (vétérinaire) et son amour des bêtes, elle sait leur "parler"  les "apprivoiser"…

Certes il y a des intrigues parallèles ou du moins des thématiques à l’état d’ébauches à peine esquissées (le tatoué et sa bande de mafieux, la société roumaine et son arrière-fond de corruption, les pénuries de médocs au centre, le pouvoir éhonté de l’église orthodoxe, par exemple) mais cela n’est-il pas compensé par l’humour pince sans rire parfois ? (cf le rituel quasi religieux qui préside à l’enterrement du fauve et les visages confits d'émotion des humains...) et par le jeu discret, sans esbroufe, sur les changements d’échelles, de points de vue

Tigresse un premier film prometteur !

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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9 août 2024 5 09 /08 /août /2024 04:31

Documentaire réalisé par Bruce Weber sorti en 1988 . Version restaurée 2024

 

 

À partir de témoignages, d’extraits de films et de concerts, se dessine un portrait de Chet Baker, trompettiste de jazz et chanteur virtuose. Rongé par la drogue, le musicien, alors dans la dernière année de sa vie, raconte intimement son parcours.

Lest's get lost

Un documentaire aussi halluciné et hallucinant que le fut le trompettiste et chanteur Chet Baker  « ce grand brûlé de l’existence » ? Quelle débauche d’incongruités formelles, quelle inflation d’anecdotes, quel foisonnement d’archives (interviews témoignages extraits de films concerts photos etc..) archives que le réalisateur photographe Bruce Weber a insérées au montage après avoir interviewé l’artiste en 1986 1987

Un rythme souvent trépidant, des audaces au montage -coexistence de deux visages de l’artiste, l’un jeune et l’autre aux rides si marquées que c’en est devenu un monstre (d’addiction…), des contre-plongées au ras du sol, des plans à l’envers, un découpage qui fait fi de la chronologie passant allègrement d’une interview datée à des photos de l’enfance, ou des plans qui s’entrechoquent sans logique apparente (à l’instar de ces auto tamponneuses ?) intention ( délibérée?) de "proposer" une succession de clips ???

 

Nous entendons des témoignages contradictoires (sur le tabassage qui l’a contraint à porter un dentier par exemple) écoutons les versions différentes de deux femmes « aimées » (Ruth et Diana qui s’insultent par-delà les interviews la seconde n’hésitant pas à rendre la première responsable de la chute vertigineuse de l’artiste…) Mais aussi les témoignages bouleversants des membres de sa famille ou de ceux qui l’ont accompagné à ses débuts : le photographe William Claxton, le producteur Richard Bock ou le trompettiste Jack Sheldon,

Et voici qu’apparait un jeune chanteur au visage d’ange;  nous sommes en Californie années 1950.

Ressemblance troublante avec un de ses fils tel un sosie !!!

: Cannes mai 1987 (soirée exceptionnelle  pour les 40 ans du festival)  Chet Baker déteste le public des festivaliers (trop soucieux du paraître, ils sont incapables de recueillement). Avertissement : il "ordonne" le silence    A  bout de forces, comme l’ombre de lui-même, lèvres collées au micro voix chuintante dans son dentier, il  interprète un de ses standards ’Almost blue "l'inflexion des voix chères qui se sont tues" ?

 

Let's get lost: Un documentaire fulgurant sur une étoile filante …Suicidé ( ?) à 58 ans d’overdose…. Chet Baker à la silhouette si fragile, au visage anguleux émacié, à la voix enchanteresse (pour ses fans) Chat Baker le virtuose et reconnu comme tel dans le monde du jazz. Chet Baker l’ange… déchu ? l’homme blessé ?

On pourra  déplorer que l’anecdote - le spectaculaire- l’emporte sur la ….musique comme si le documentariste proposait  son "propre phantasme de l'artiste" 

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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8 août 2024 4 08 /08 /août /2024 06:35

de Juan Sebastiàn Torales   (Argentine 2023)

 

avec Nicolas Diaz, Martina Grimaldi, Maria Soldi, Cali Coronel, Luisa Lucia Paz,  Beto Frágola

 

Présenté en avant-première à Rouen Omnia (avril 2024 festival Ciné  Friendly 7ème édition )

 

festival du film et de la vidéo Inside Out 2023,  prix du jury du meilleur premier long métrage. 

 

 

Synopsis: Dans son quartier à Santiago del Estero, au nord de l'Argentine, le jeune Nino est régulièrement la victime d'actes homophobes parce qu'efféminé. Afin de le protéger, sa mère très croyante emmène toute la famille à la campagne pour les vacances d'été. La forêt près de la maison a la réputation d'être hantée par l'Almamula, un monstre qui, selon la légende, enlève tous ceux qui commettent des péchés charnels.

Almamula

Almamula' ne raconte pas l’histoire du monstre qui vit dans la forêt, mais le monstre que nous, en tant qu’êtres humains, avons créé autour de la sexualité, et comment tout cela nous fait parfois peur.

 

 

Le film s’ouvre sur une séquence de lynchage - des jeunes s'acharnent sur Nino accusé d'homosexualité ; la violence  perpétrée laisse induire un réquisitoire et/ou un plaidoyer : réquisitoire contre l’homophobie plaidoyer pour la liberté sexuelle Tout en bifurquant vers la fable, le film s'oriente  simultanément vers une autre critique virulente, celle de la religion catholique qui préside à l’éducation des enfants -incarnée par la mère bigote de Nino  et par l'adipeux curé  (Nino « victime » expiatoire ? Nino à la recherche de repères dans cette forêt « interdite » censée abriter un monstre dispensateur d’ordalie, l’Almamula,  qui selon la légende dévore châtie ceux qui commettent le péché de la chair)

 

Nino traverse les arcanes de la forêt (miroir du désir, lieu rêvé de l’inconscient) il se familiarise, seul, avec eux. Excité par une image du Christ le corps lacéré de plaies et le sexe à peine voilé, il se masturbe,  il se sait coupable il en souffre et il implore la présence de l’Almamula…Nous assistons à un long lent (presque hypnotique) « voyage initiatique » un voyage mental jusqu’à une forme d’acceptation (la notion même de culpabilité est démentie par Malevo (Beto Frágola)  dont la beauté sculpturale, celle des dieux antiques subjugue le jeune Nino cf le long travelling arrière sur le corps nu )

 

Le réalisateur a opté pour une approche très sensorielle : importance de la bande son, des bruissements, des bruitages fracassants, des stridulations d'insectes;  confusion paysage réel et fantasmé quand un tableau représentant l’Almamula faisant corps avec la forêt,  envahit tout l’écran. Approche sensorielle qui se double de la lutte (ou du moins d’une tension) entre la torpeur (renforcée par la torridité estivale) et la grâce sensuelle, entre la foi - empreinte de religiosité- et le désir, entre l’interdit religieux et un mysticisme très sexué :(alors que le curé commente le tableau où l’on voit des soldats romains déshabillant Jésus un camarade constate « il n’y a que des hommes » ; alors que la mère a fait ériger un Christ agonisant pour célébrer la Communion, Nino sans intention de profanation blasphématoire arrache avec douceur (fantasme assumé ?) le cache-sexe..) '

 

 

Certes les intentions du réalisateur sont parfois surlignées, le symbolisme souvent appuyé, (lourdingue diront certains) la réconciliation attendue,  trop ...prévisible (?) …

 

Variation sur le désir et la notion de péché Almamula n’en reste pas moins un film à la beauté solaire, convulsive et…subversive que je vous recommande

 

Colette Lallement-Duchoze

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5 août 2024 1 05 /08 /août /2024 09:29

de Carlos Vermut (Espagne 2022)

 

avec Nacho Sánchez (Julián, concepteur de jeux vidéo), Zoe Stein (Diana), Aitziber Garmendia (Sandra), Álvaro Sanz Rodríguez (Cristian), Ángela Boix (la mère de Cristian), Lara Tejela López (la réceptionniste aux urgences), Miquel Insua (le médecin aux urgences),

 

 

Feroz 2023 : meilleur acteur pour Nacho Sánchez et meilleure affiche

Festival du film espagnol Cinespaña de Toulouse 2023 : Violette d'or du meilleur film, prix de la meilleure interprétation masculine pour Nacho Sánchez et prix de la meilleure photographie pour Alana Mejía González

Synopsis: Julián est un jeune homme solitaire qui plonge dans les univers virtuels pour concevoir des jeux vidéo et notamment des monstres. Après avoir sauvé son jeune voisin d'un incendie, une étrange oppression semble le saisir. Jusqu’au jour où il se crée un avatar sexuel qui va peu à peu contaminer son monde réel.

Creaturas

Quand j’étais petit, je voulais être un tigre

Un film étrange !!: "lucide" et "dérangeant" à la fois ; un film où la lenteur du rythme,  la pénombre, le cheminement mental font coexister le réel et un imaginaire "monstrueux" (comme le dit explicitement le titre originel « manticora » ce monstre légendaire persan mi-lion mi-scorpion mais à visage humain). Certes un peu à la manière froide et implacable de Michael Haneke mais sans provoquer un insoutenable malaise… tout au plus un trouble qui ira s’épaississant ! Et le jeu prodigieux de l’acteur (dont le visage et le regard hébété rappellent Buster Keaton) y contribue tout autant que le montage et l’atmosphère. Carlos Vermut ausculte le monde du jeu vidéo en sa double composante, industrie et art (le 10ème  ?) à travers le parcours de Julián un talentueux concepteur. En nous faisant franchir la frontière entre sa  "vie"  (apparemment normale) et le monde de ses créatures, il dévoile les "monstres" - ces désirs inavoués car inavouables-  qui habiteraient chacun d’entre nous ???

Julián mal dans sa peau préfère la solitude qu’il peuple non de ses rêves mais de "créatures" phantasmatiques. Nous le voyons dès la séquence d’ouverture avec son casque VR -réalité virtuelle-, élaborer des « figures » dont nous ne pouvons imaginer que des contours ; dès le début aussi l’épisode de l’incendie peut être appréhendé comme la manifestation de dévorations intérieures , de leur lente combustion; et les non-dits à propos du gamin Cristian qu’il sauve des flammes sont en fait très "éloquents"  (le retour sur les lieux les prétextes invoqués pour pénétrer dans l’immeuble le confirmeront) Et d’ailleurs son appartement  encombré de peu d’objets (une table, des consoles…), ne serait-il pas comme le prolongement de son  "intériorité"? (Appréhension à formuler des désirs, que l’on va compenser par l’accès au monde virtuel ??? Un refuge cathartique ???) La séquence finale ne manquera pas de soulever des interrogations (mais ne pas spoiler)

Les références sont nombreuses -depuis le gros plan sur le visage de Saturne dévorant son fils (tableau de Goya) que Julian contemple en compagnie de Diana au Prado, jusqu’aux allusions à Cronenberg (vidéodrome), en passant par le dessin représentant Julián en manticore ou presque sur le mur de la chambre de Cristian- elles résonnent comme un « signal » :  la frontière entre réalité et univers télévisuel ou artistique est mince, la « folie » guette ..

En mêlant plusieurs « genres » (dont le thriller fantastique et psychologique et la comédie romantique) le réalisateur aura déstabilisé son public (par l’esquive délibérée des « attendus » et/ou par le « brouillage » des pistes) tout en lui faisant savourer des instants de « pur cinéma »

Un film que je vous recommande

 

 

Colette Lallement-Duchoze  

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4 août 2024 7 04 /08 /août /2024 11:19

de Maya Dreifuss (Israël 2024) 

 

avec Tali Sharon (Daphna) Idan Amedi (Matan) Anastasia Fein (Orly) Boaz Komforty (Cabri) Dikla, (Ahuva) Igal Naor (Nissan) 

 

Grand prix du jury du 4e Festival du film policier de Reims

 

 

Synopsis: Quelques mois après sa mutation forcée de Tel Aviv à la petite ville d'Afula, Daphna, brillante détective, découvre le téléphone abandonné d'Orly Elimelech. Connue pour ses liens avec la puissante famille Golan, cette ancienne reine de beauté est introuvable. Alors que personne ne semble s'inquiéter de cette disparition et malgré la défiance de la ville qui lui reproche avant tout d'être une femme célibataire et sans enfants, Daphna se lance à corps perdu à la recherche d'Orly

Highway 65

 Daphna (interprété par la talentueuse Tali Sharon ) néglige  son « paraître » (tenue souillonne, coiffure et lunettes) ; elle mange avec gloutonnerie maculant à chaque fois ses corsages …, boit des bières. Elle est célibataire, sans enfants! (un comble pour tous ceux qui sont inféodés aux préceptes de la bien-pensance !!) . Mais  elle refuse de pactiser avec les compromissions  (cause de son renvoi de Tel Aviv?)..……Parallèlement à ce "statut" détonnant et détonant elle est victime des propos machistes (lèche ma bite)  Se rebelle-t-elle? Apparemment non …Tenace, elle mène seule l’enquête, et assène  -impavide- -, des révélations (dont la maturation ou le cheminement logique restera hors champ avec toutefois le questionnement récurrent sur les clichés et sur  les messages enregistrés sur le portable d’Orly, - découvert…. dans le champ de maïs).. Le mode assertif  plutôt qu'’interrogatif  ?  C’est sa manière de faire advenir  la vérité….

La réalisatrice convoque parfois le fantastique Ce dont témoignent le cauchemar de Daphna à la poursuite d’Orly portant son enfant telle une jeune madone jusqu’au toit d’un immeuble…, ou l’exploitation thématique du « fantôme » de la disparue, Daphna revêt la robe pourpre, elle sera comme le « double » d’Orly (clin d’œil à  Persona ?),  Daphna les jambes maculées de sang tente de fuir dans le champ de maïs avec lequel elle se confond jusqu’à disparaître… comme …Orly ?  (cf les  deux scènes en écho)

Mais surtout c’est tout un pan de la société israélienne provinciale qui "serait"   mis à nu :  corruption, emprise d’un clan, d’une famille locale sur TOUT tels les anciens potentats, omnipotence de la mère…

Vilipendée, muselée, tabassée, Daphna se relève portant sur elle les stigmates de la violence masculine et sociale et c’est bien la place de la femme dans la société israélienne qu'est censée mettre en scène Maia Dreifuss

Et pourtant : il y a comme une paroi de verre entre l’écran et le spectateur…. Ce qui hélas ! empêche une réelle et authentique adhésion.

A voir sur écran tv un soir en …hiver (la  "prétendue"  torpeur du film ira s'amenuisant)

 

Colette Lallement-Duchoze

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4 août 2024 7 04 /08 /août /2024 06:24

de Zhang Yimou (Chine 2023) 

 

avec Teng Shen, Jackson Yee, Zhang Yi, Jiayin Lei

Synopsis. Chine XII° siècle. Une trêve intervient dans la longue guerre qui oppose l’armée intérieure des Song aux rebelles Jin du Nord avec la rencontre capitale entre Qin Hui, Premier ministre de la dynastie Song, et un représentant de l’état de Jin. Juste avant l’aube, l’ambassadeur est assassiné, et l’importante lettre qu’il amenait disparaît. Pour éviter d’être exécuté, un vieux caporal s’improvise détective pour l’état de Jin, tandis qu’un jeune officier le rejoint au nom de la dynastie Song. Et le duo a jusqu’au lever du soleil pour résoudre l’enquête, trouver le coupable,  et espérer s’en sortir ...

 

 

Full River red

Comme le précise le synopsis le film obéit à une unité de temps (ici celui du film presque 3h) unité d’action (retrouver la lettre volée) et de lieu (une forteresse tel un labyrinthe kafkaïen) Le réalisateur du « sorgho rouge » d’épouses et concubines » ou de la « cité interdite » manifeste un goût prononcé pour le tentaculaire, la musique tonitruante éclectique (le rap chinois côtoie des musiques traditionnelles) un rythme trépidant, la recherche du « gore » ( le sabre cliquète et rompt jugulaires avec fracas) du spectaculaire (qu’il s’agisse des scènes de torture,  des rassemblements au nombre impressionnant de figurants dans le dernier quart du film) et cette opposition « comique » entre les révélations dites sur un mode mineur  (voire chuchotées) et les gueulantes d’un hymne outrancièrement nationaliste outrageusement patriotique, pour un spectateur occidental (certains « vers » sont en résonance avec des réalités contemporaines --annexion de terres, ou  prétendue réappropriation selon la rhétorique bien rodée de l’hégémonie… La Chine doit être réunifiée ; chant (le fleuve rouge) élaboré dans la Chine du XII° et qui se perpétue.... comme le signale le générique de fin

Pas de temps mort -tant sont nombreux les rebondissements-, des acteurs principaux convaincants dans ce film qui mêle astucieusement la comédie (on rit beaucoup…malgré les tueries à répétition) et la tragédie -et l’on peut songer au théâtre shakespearien ou à Kurosawa. Un film qui cartonne au Box Office, Rien à voir avec des scènes de guerre d’autres blockbusters (hollywoodiens par exemple) car tout est dans un « jeu » de dupes qui se double du jeu de « coups de théâtre » (twists au cinéma) de plus en plus « improbables, voire absurdes 

Mais si l’on apprécie la  mise en scène fulgurante (et ce dans le gris foncé de la forteresse) on peut déplorer l’aspect par trop alambiqué de l’intrigue (n’en jetez plus…) qui s’épuise, le maniérisme ((hormis l’épisode de la cerise ) qui semble se suffire à lui-même (ah ces vues aériennes à répétition, ces contreplongées trop chargées de sens,) les complications frappées d’inanité -du moins pour un spectateur occidental …

Oui ce film qui narre une trahison militaire tout en évoquant une loyauté clandestine, est à coup sûr un divertissement (une farce médiévale ??) mais son  message (par trop évident) va à l’encontre de nos convictions profondes  !!!

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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