10 juin 2018 7 10 /06 /juin /2018 16:42

de Jafar Panahi  Iran 

avec lui-même, Benhaz Jafari, Marziyeh Rezaei 

Prix du scénario Cannes 2018

Une célèbre actrice iranienne reçoit la troublante vidéo d’une jeune fille implorant son aide pour échapper à sa famille conservatrice... Elle demande alors à son ami, le réalisateur Jafar Panahi, de l’aider à comprendre s’il s’agit d’une manipulation. Ensemble, ils prennent la route en direction du village de la jeune fille, dans les montagnes reculées du Nord-Ouest où les traditions ancestrales continuent de dicter la vie locale.

Trois visages

Voyage dans le temps (des modes de vie archaïques jouant le rôle de contrepoint à l’utilisation des réseaux sociaux), voyage dans l’histoire du cinéma iranien (incarnée par trois actrices) et voyage dans l’espace (de Téhéran jusqu’à la province turcophone du nord-ouest) le film de Jafar Panahi frappe par une étonnante fluidité alors qu’il (se) déploie (en) différentes trajectoires  à l’instar de ces routes qui sinuent et de ces crêts à gravir

 

Trois visages : celui de Marziyeh -il ouvre le film ; dans une vidéo cette jeune femme se  filme "en train" de se suicider ; seule façon de protester contre une famille rétrograde qui l’empêche de faire du cinéma ; celui de Behnaz Jafari à qui est adressée cette vidéo ; actrice reconnue en Iran,  elle joue son propre rôle et celui de la poétesse recluse Shahrzad, icône d’un certain érotisme chanté et dansé, interdite de tournage depuis la révolution de 1979 ; nous ne la verrons pas mais entendrons sa voix au final récitant un poème. Et pourtant par le  "subterfuge" qui rend présente une absente, Jafar Panahi "réunit" les trois femmes dans un audacieux et symbolique plan à distance : éclairées de l’intérieur elles dansent ...telles des ombres chinoises….

 

Trois visages, trois époques : l’une interdite (le passé ; incarné par la poétesse Shahrzad) , l’autre empreinte de doute, (le présent qu’incarne Behnaz Jafari) la troisième, manipulée (cet avenir entravé que représente Marziyeh). L’essentiel du film (road movie et pause dans le village) dénonce avec une distance amère -parfois ironique – l’enracinement de traditions et croyances séculaires archaïques où le "mâle"  règne en despote ! (les deux anecdotes -taureau aux testicules en or et lambeau de prépuce sacralisé telle une relique – le confirment aisément). A cette domination, le réalisateur oppose avec "amour' les visages de femmes … de.. et du cinéma. Dans le dernier plan, Behnaz  et Marziyeh marchent côte à côte ; inspirées et inspirantes elles semblent tracer le chemin à ….suivre ! alors qu'en sens inverse défile le convoi vers la saillie!! 

 

Trois visages  est aussi un hommage vibrant à Abbas Kiarostami (décédé en 2016) : Jafar Panahi comme dans Taxi Téhéran  joue son propre rôle au volant d’une voiture devenue par nécessité et métaphore un studio d’enregistrement; il a  accepté d’accompagner Behnaz Jafari  "vérifier"  si la vidéo n’est pas une manipulation ; et dans le road movie qui les mène jusqu’au nord ouest de l’Iran, il filme les paysages et les routes sinueuses à la manière de celui qu’il vénère, (cf au travers des oliviers, le goût de la cerise Ne fut-il pas son assistant et coscénariste? )

 

Un film étonnant (à ne pas rater!)

Colette Lallement-Duchoze

 

 

PS  sur le parcours de Jafar Panahi et la chronologie d'une censure

http://www.cinema.arte.tv/fr/article/jafar-panahi-cineaste-resistant

https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-1ere-partie/jafar-panahi-un-visage-de-liran

 

 

 

 

 

Jafar PANAHI a bien mérité le prix du scénario au festival de Cannes 2018. Histoire simple réalisée dans la clandestinité. On ne peut oublier un seul instant en regardant son film qu'il lui est interdit de filmer ou de sortir de son pays et qu'il peut aller en prison à tout moment. Et pourtant, avec calme, détermination et habileté créatrice,le réalisateur iranien nous adresse un nouveau témoignage de son courage en toute modestie. Les scènes peuvent sembler un peu longuettes pour certaines mais le voyage nous happe dans un autre monde, et ouvre une fenêtre sur l'espoir, une fois de plus, à travers ses personnages féminins

Serge 10/06/2018.

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commentaires

Serge Diaz 10/06/2018 22:48

Jafar PANAHI a bien mérité le prix du scénario au festival de Cannes 2018. Histoire simple réalisée dans la clandestinité. On ne peut oublier un seul instant en regardant son film qu'il lui est interdit de filmer ou de sortir de son pays et qu'il peut aller en prison à tout moment. Et pourtant, avec calme, détermination et habileté créatrice,le réalisateur iranien nous adresse un nouveau témoignage de son courage en toute modestie. Les scènes peuvent sembler un peu longuettes pour certaines mais le voyage nous happe dans un autre monde, et ouvre une fenêtre sur l'espoir, une fois de plus, à travers ses personnages féminins.

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