15 mars 2024 5 15 /03 /mars /2024 06:57

Documentaire réalisé par Laura Chiossone et Giulio Boato (Italie 2023)

 

avec Sara Lazzaro (voix narratrice ) Tommaso Amadio (Titien)  Leonardo Scarpa (Le Titien jeune ) Giovanni Tomassetti (Le Titien âgé)  Titian)  Diego Carli  (Pierre l'Arétin)   Alessia Di Fiore (Isabelle D'Este) Jessica Piccolo Valerani (comédienne) 

Duché de Venise, au début du XVIe siècle. Le jeune Tiziano Vecellio descend des montagnes pour rejoindre la ville dorée. De Ferrare à Urbino, de Mantoue à Rome en passant par l’Espagne de Charles Quint et de son fils Philippe II, Le Titien a traversé le siècle en l’éclairant de ses peintures. Extraordinaire maître de la couleur et brillant entrepreneur de lui-même, innovant tant dans la composition d'un tableau que dans la manière de le vendre, il devient en quelques années le peintre officiel de la Sérénissime, l'artiste le plus recherché par les cours les plus riches et les plus influentes d'Europe

Le Titien, l'empire des couleurs

Un titre prometteur.  Un synopsis alléchant.

Oui le "peintre phare" de la Renaissance italienne formé par les frères Bellini peaufinera sa vie durant les techniques du « chromatisme et du tonalisme » afin de donner l’impression que  "la lumière émane des corps représentés ou de la peau ". Oui Le Titien fut animé d’une ambition démesurée Oui Le Titien est dans les plus grandes collections muséales

Les poncifs "peintre de la couleur, peintre de l’invention, peintre de l’idéologie impériale " les deux cinéastes ont pour ambition de les décrypter : en analysant un itinéraire, en faisant appel à des experts internationaux et en choisissant les œuvres les plus emblématiques (profanes mythologiques ou religieuses) où la Madone les Nymphes les Venus font jaillir  la sensualité de la chair, où les portraits des puissants rivalisent d’ambition (dans l’auto célébration de leur pouvoir)

Dont acte.

 

Mais le choix des « reconstitutions » et leur traitement rappellent les insipides vulgarisations dans lesquelles se complaisent certains documentaires -sous couvert de « pédagogie » Que le peintre soit interprété par plusieurs acteurs correspondant aux différents âges de sa vie, à la limite pourquoi pas (encore qu’il ne s’agit pas de biopic ) Mais voici des comédiennes mimant, imitant les poses des toiles et dans le même plan/cadre voici une confrontation/miroir qui hélas ! vire au grotesque ! (le pire étant cette mini séquence où la comédienne Jessica Piccolo Valerani « double » de Cecilia Soldano, la femme aimée du peintre, agonise sur son lit de parturiente…)

Et que dire de la « reproduction du geste artistique » sinon qu’il s’inscrit dans une débilitante supercherie ? du recours aux fumigènes ?

 

Ce documentaire pèche en outre par excès de didactisme proche du bavardage pontifiant : historiens de l’art, conservateurs et directeurs de musées, universitaires et artistes se succèdent ; filmés assis ou debout, le débit assez rapide pour certains, ils évoquent qui la genèse d’un tableau, qui un contexte politique géographique ou social, qui la modernité du Titien « entrepreneur »

On retiendra les interventions de Jeff Koons, grand  "démystificateur" : évoquant le rôle du mécénat et  la vie d’atelier au XVI°, il les met en parallèle avec des situations "contemporaines" .Ironie ? Autodérision ?

 

Au final on a la fâcheuse impression que les deux réalisateurs ont concentré dans cette « célébration » tous les clichés (spécieux et décevants) du documentaire sur l’art

 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

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14 mars 2024 4 14 /03 /mars /2024 07:13

De Leonardo Barbuy La Torre (Pérou 2023)

 

avec  Gisela YupaCleiner YupaJorge Pomanchari

Langue:   quechua

 

Festival de Malaga:   le Biznaga d’argent du meilleur film ibéro-américain et le Biznaga d’argent du meilleur réalisateur pour Leonardo Barbuy 

 

Présenté à Rouen (18ème festival d'Europe centrale et orientale)  mercredi 13 mars 

Dans les Andes péruviennes, deux jeunes enfants sont élevés dans l’isolement par leur père, un peintre héritier d’une tradition ancestrale, les Tablas de Sarhua. Il troque son art au village en échange de produits de première nécessité, tandis que ses enfants l’attendent, surveillés par leurs chiens. Une série d’événements inattendus va transformer radicalement la seule réalité qu’ils connaissent et amener Sabina, la sœur aînée, à rencontrer son passé et sa culture.

Diógenes

Qu’il est malaisé d’écrire quelques mots sur un film quand ils risquent d’altérer ces moments de grâce suspendue, cette apesanteur et de rompre avec la liturgie de lumière et de lenteur.

 

 

La somptuosité du noir et blanc, l’enchevêtrement des voix « rares » (minimalisme des dialogues, voix d’un récitant qui psalmodie des croyances ancestrales, les cosmogonies d’antan, voix sépulcrale du père) la liturgie des gestes, leur lenteur (ces branchages disposés avec minutie pour un rite funéraire, gros plan sur une main bienveillante qui emplit une écuelle  lors de la scène du repas etc. ) contribuent à créer une atmosphère envoûtante.

L’éclatement de la chronologie – entremêlement présent, rêves souvenirs –loin de perturber, s’inscrit dans un flux mémoriel à la rassurante fluidité.

Ajoutons le rôle symbolique de certains cadrages et  gros plans -cette pomme qui dévale annonciatrice de malheurs( ?), ces gros plans sur le museau des chiens, témoins complices et protecteurs , ou encore l’alternance contrastée entre les mini séquences d'intérieur  où le noir absorbe le scintillement chétif d’une lumière dans un dénuement monacal, et celles en extérieur dans la forêt d’eucalyptus et de rocaille à la lumière diffractée, ou ces contre plongées (l’humain surplombant une vallée des larmes, ou guettant les esprits ? Amaru ?)   sans omettre le rôle  des éléments (eau feu vent)  mais aussi l’intrusion du malheur (coups de feu, corps blessé que l’on transporte, rappel du contexte sanguinaire que vit le Pérou), tout contribue à faire de Diogenes un film "hors du commun"; un  film tourné en langue quechua qui rend hommage à une tradition andine,  celle des tablas

 

Tablas de Sarhua (à base d’agave) : soit un ensemble de dessins peintures où défile une Vie celle d’une famille et de ses proches, telle une mémoire collective. Le père après les avoir peintes, les négociait en échange de produits de première nécessité. Sabina, assumant le relais, découvre  le village, par une vue en plongée sur les toits dans une surprenante planéité-; tel un héraut elle annonce aux habitants  "je viens troquer les  tablas"; et voici  dans le continuum un astucieux travelling latéral qui donnera à voir à lire au spectateur tout ce que le film avait  " montré"  ou simplement suggéré   (dont les scènes d’affrontements violents)

 

Un film sur la mort, le deuil

Un film envoûtant

 

A ne pas rater !

 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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13 mars 2024 3 13 /03 /mars /2024 08:48

D' İlker Çatak  (Allemagne 2023 )

 

avec Leonie Benesch (Carla Nowak), Michael Klammer (Thomas Liebenwerda), Rafael Stachoviak (Milosz Dudek), Anne-Kathrin Gummich (Dr. Bettina Böhm), Eva Löbau (Friederike Kuhn)...

Alors qu’une série de vols a lieu en salle des profs, Carla Nowak mène l’enquête dans le collège où elle enseigne. Très vite, tout l’établissement est ébranlé par ses découvertes

La salle des profs

En resserrant l’action dans le huis clos qu’est le gymnasium, en focalisant le propos sur une enseignante (professeure de math de sport et professeure principale), en faisant le distinguo entre « avoir raison » et « avoir ses raisons » le cinéaste cherche à enfermer le spectateur dans cette ère du soupçon …si contemporaine !!

L’enseignante aime son métier, ses élèves ; elle a choisi la « justice »-or les moyens sont contestables, voire illégaux- (la vidéo comme arme de révélation massive, ne serait-elle pas un clin d’œil à Haneke ? ) Admirablement interprétée par Léonie Benesch, Carla Nowak va se mettre à dos des parents indignés, forcément indignés, des collègues frustrés, des élèves désobéissants (ah la fronde du silence) une direction plutôt mollassonne et vers le dernier tiers du film elle sera la spectatrice de ses échecs et non plus sujet (le basculement est lisible dans cette scène où elle perd littéralement pied, s’immobilise seule dans une foule/marée qui, l’enveloppant, lui fait perdre l’équilibre tel un tsunami). L’ultime sursaut -défendre coûte que coûte Oskar le fils de la « prétendue » voleuse - sera un cuisant échec (ce dont témoigne le plan final, peu convaincant d’ailleurs, même s’il allie onirisme et dérision)

 

Echec d’une « méthode » pédagogique ? échec de tout un système ?

 

Inégalités de traitement, relents délétères de racisme, défaite de la sacro-sainte autorité, fabrique de l’opinion (avec la caricature des médias) ces problèmes reflets de la société, -dont certains abondamment illustrés- participent à une tension qui ira crescendo (d’ailleurs on compare ce film à un thriller). Et les différents « groupes » (élèves professeurs administration parents) peinent à « communiquer » tant chacun veut exercer le « pouvoir » qui lui est dévolu (la rencontre entre équipe pédagogique et représentants d’élèves ou celle entre professeurs et parents valent leur pesant d’hypocrisie…)

 

Le cinéaste a opté pour le format 1,33 ; souvent étouffant il est censé enfermer le(s) personnage(s) dans le cadre); or dans le contexte du huis clos n'y aurait-il  pas redondance? Ou du moins surlignage ? (Simple question). D’autant que la « topographie » interne à l’établissement scolaire, et sur laquelle enchérit le cinéaste dans la façon de la filmer, est précisément celle du cloisonnement et du labyrinthe (avec ses portes ses escaliers ses vitres et ses salles)

 

Prisonnière de ses idéaux, seule contre tous, Carla Nowak tâtonne, se rebelle, ose la contradiction qui la met en porte-à-faux, hébétée au regard hagard, (et le leitmotiv du compositeur Marvin Miller, accompagnera chaque retournement de situation de ses violons lancinants)

 

Se méfier du « genre hybride » -film de fiction aux allures de documentaire ! Quand bien même le spectateur serait le témoin privilégié d’une tranche de vie documentée à la matérialité réaliste ou naturaliste, il aura assisté à une une « parabole sociale » un « thriller pédagogique » au rythme soutenu grâce aux effets « boule de neige »

 

Un film qui « a secoué l’Allemagne » (clame l’accroche publicitaire)

 

Est-ce un « chef d’œuvre » ? on peut en douter…

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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12 mars 2024 2 12 /03 /mars /2024 13:14

Documentaire réalisé par Asmae El Moudir  (Maroc 2023)

 

avec Asmae El Moudir Elle-même Mohamed El Moudir Lui-même Zahra Jedat Elle-même Said Masrour Lui-même Ouarda Zorkani Elle-même Abdallah Ez Zouid Lui-même

 

Présenté au festival de Cannes 2023 • Œil d'or - Ex æquo & Prix de la mise en scène - Un Certain Regard

Casablanca. La jeune cinéaste Asmae El Moudir cherche à démêler les mensonges qui se transmettent dans sa famille. Grâce à une maquette du quartier de son enfance et à des figurines de chacun de ses proches, elle rejoue sa propre histoire. C’est alors que les blessures de tout un peuple émergent et que l’Histoire oubliée du Maroc se révèle...

La Mère de tous les mensonges

Comment rendre compte d’un événement sans image ? Sans commentaire ? (Quand l’Etat a imposé une loi du silence, qu’il a fait disparaître les corps, et toute la documentation, suite aux émeutes de juin 1981 )

Comment au sein de sa propre famille, faire advenir la parole, afin de sauvegarder une mémoire déjà brinquebalante, comment l’extraire hors de ces strates qui risquent d’enfouir à jamais tout un pan de l’existence ?

La jeune cinéaste opte pour une solution originale : le recours à des  figurines à l’effigie de tous les membres de sa famille et du voisinage (nous assistons à leur confection, leur manipulation) et au jeu constant sur les échelles (maisons de poupée miniatures où le doigt la main de l’adulte apparaissent dans leur gigantisme ou au contraire les mêmes agrandies par des effets de zoom  et la confrontation en miroir où le personnage réel semble se confondre avec son effigie). Un tel dispositif va lui permettre de réparer l’injonction d’oubli (celle formulée par Zahra, et par l’Etat) Or la scène d’ouverture semblait contrecarrer un tel projet : que de difficultés à appareiller la grand-mère ! Elle qui avait banni de ses murs toute intrusion de photos -hormis celle du roi- refuse de répondre à certaines questions, Déni et dénigrement. Matriarche despote ? la suite du film/documentaire nuancera cette impression par la révélation d'un douloureux secret !!!

Toute la famille participe : de la maquette du quartier à la création de figurines, de la peinture de volets miniature à la confection de costumes, alors que le spectateur entend tel un susurrement la voix off de la cinéaste. Couleurs, bande sonore (bruits et musique) lumières, zooms,  contreplongées surprenantes tout concourt à ce mouvement de va-et-vient constant entre deux univers (le milieu reconstruit et celui du présent) auquel se superpose l’alternance entre le « matériau documentaire » et la « fictionnalisation des souvenirs »

 En recourant à l’argile, au tissu, au carton, en  "interrogeant" ces figurines elle parvient à marier habilement la "petite histoire"  (celle d’une famille, celle d’un quartier :la Medina quand bien même la parole a parfois le parfum du mensonge…) à la " grande" (quand bien même cette dernière fut délibérément réécrite) et de ce fait restitue avant tout la "parole manquante"  (les réponses balbutiées ou plus substantielles vont révéler des secrets ….)

 

Certes on pourra déplorer que le prisme choisi (psychologique) son objectif sinon avoué du moins implicite : une forme de thérapie, excluent de facto une approche plus politique (quant à ces événements tragiques de 1981)

Mais on sera séduit par l’inventivité narrative - un passé revisité, un passé exhumé dans ce "nouveau"  théâtre de la vie -;  par la place accordée à la parole de la femme, par des révélations bouleversantes (même Zahra la mère-grand si acariâtre, murée dans une douleur indicible, ne pourra plus étouffer ses sanglots ….désespérés !)

 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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11 mars 2024 1 11 /03 /mars /2024 14:45

De Stéphane Brizé (2023)

 

avec Guillaume Canet,   Alba Rohrwacher 

 

Musique Vincent Delerm 

 

Présenté à Venise Compétition 2023

 

Avant-première Omnia lundi 4 mars 2024 en présence de Stéphane Brizé et de Vincent Delerm 

 

Sortie 20 mars 2024

Mathieu habite Paris, Alice vit dans une petite cité balnéaire dans l’ouest de la France. Il caresse la cinquantaine, c’est un acteur connu. Elle a dépassé la quarantaine, elle est professeure de piano. Ils se sont aimés il y a une quinzaine d’années. Puis séparés. Depuis, le temps est passé, chacun a suivi sa route et les plaies se sont refermées peu à peu. Quand Mathieu vient diluer sa mélancolie dans les bains à remous d’une thalasso, il retrouve Alice par hasard.

Hors-Saison

Après la trilogie sociale (​La  loi du marché 2015, ​En guerre 2018 et Un autre monde 2022, avec Vincent Lindon en « figure de proue ») voici un film plus intimiste : soit une énième « variation » sur le thème de l’amour. Mathieu  un  célèbre acteur  hyper nanti,  vient d’abandonner un rôle de théâtre …un mois avant la première...Hors saison dans une cité balnéaire de la côte bretonne, hors circuit médiatique (encore qu’il ne peut se soustraire aux demandes de selfies) assumera-t-il  sa "lâcheté"?

Une vue aérienne sur une route rectiligne à travers la lande ouvre et clôt le film (une seule voiture au tout début, à la fin deux voitures roulant en sens inverse ..) L’aspect «rectiligne » est-il censé contraster avec le prétendu « tourment  intérieur »? De même que les faux allers retours seraient-ils censés reproduire un itinéraire qui a eu lieu mais qui aura cessé d’être ? (Alice ne vient-elle pas poursuivre et clore ce qui avait été laissé en suspens 15 ans auparavant ?). Le film semble obéir à cette dialectique. Une première partie tel le réceptacle immobile d’états d’âme et dans une seconde un questionnement « à deux » sur les réminiscences sur un amour passé sur ses possibles « antérieurs » et « futurs » mais qui s’exprimera précisément par les « non-dits » Une caméra fixe -à l’instar de Guillaume Canet figé dans son mutisme et son immobilité-, avant la « rencontre » avec Alice. Soit la fixité dans un décor aseptisé blanc, celui de l’enfermement -choisi consenti et pourtant si mal assumé ; puis la présence « solaire » d’Alba Rohrwacher ainsi que son phrasé irrigueront le film. De même l’alternance plage, thalasso tout en créant un tempo participe à cette prétendue dichotomie Avoir opté pour la décorrélation (rupture entre le son et l’image) est en soi original mais trop récurrent ce choix vire au « procédé » . Il en va de même d’ailleurs pour l’humour : comique de situation ou absurde à la Tati (machine à café, porte de placard motorisée) mais sans l’effet gag si particulier (Mon Oncle).

Certes le paysage, est à la fois décor état d’âme et personnage (pour exemple ces blocs de froideur minérale qui simultanément servent d’assises récompenses aux pauses de silence méditatif que s’en vient – à peine ?-, perturber une rafale d’eau ou de vent ; ou encore la profondeur du bleu céruléen qui envahit les flots ou le ciel ; et ces embruns hors saison…. ) Mais que de longs plans trop appuyés  sur l’écume ! Que de silences  trop étirés !!

Est-ce dû à la première collaboration de Stéphane Brizé avec Gaumont ? Au scénario co-écrit avec Marie Drucker (dont nous entendrons la voix, car elle interprète l’épouse de Mathieu, une femme au ton ferme, donneuse d’ordres, sans état d’âme, soit l’opposée d’Alice) … ???

Quoi qu’il en soit voilà un film convenu avec un côté désuet et cette « petite musique » signée Vincent Delerm.

On retiendra toutefois le mini film dans le film : l’interview de Lucette filmée par Alice sur son portable ; le minuscule écran s’élargit ; nous voyons la septuagénaire de face, évoquer sans réticences son parcours d’amoureuse : elle a enfin trouvé l’âme sœur qu’elle épouse à 72 ans après une vie de femme fidèle, sans amour, et de mère pleine de sollicitude.

 

A vous de juger!!!

 

Colette Lallement-Duchoze

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7 mars 2024 4 07 /03 /mars /2024 06:32

De Maxime Rappaz (Suisse 2023)

 

Avec Jeanne Balibar (Claudine) Pierre Antoine Dubey (Baptiste) Thomas Sarbacher (Michaël)

 

festival de Cannes 2023 Acid (association du cinéma indépendant pour sa diffusion)

 

Sortie salle 20 mars 2023

Claudine consacre toute sa vie à son fils handicapé. Toutefois, chaque mardi, elle s’offre une plage de liberté et se rend dans un hôtel de montagne pour y fréquenter des hommes de passage. Lorsque l’un d’eux décide de prolonger son séjour pour elle, Claudine en voit son quotidien bouleversé et se surprend à rêver d'une autre vie.

Laissez-moi

Long travelling avant dans un train, un personnage féminin vu de dos, puis la femme de blanc vêtue emprunte un téléphérique avant de rejoindre un immense hôtel de montagne (la compacité de la façade emplit tout le cadre) C’est ainsi que le spectateur entre dans l’univers de Claudine avant de « partager » son intimité avec des hommes de passage.

L’étrangeté naît du décalage entre la tenue vestimentaire de cette élégante quinquagénaire (bottines à talons, trench serré, carré de soie autour du cou) et le décor qui serait plus adapté à des randonneurs aux chaussures adéquates…(Ce que lui fera remarquer Michaël)….

Nous sommes à 2500m d’altitude… C’est un mardi. Au retour dans la vallée c’est une autre Claudine que nous allons découvrir : cheveux lissés en chignon, tenue plus stricte ; l’amante des hauteurs, l’amoureuse d’aventures furtives, la femme qui libre -car libérée d’un carcan- décide de son destin, est la mère aimante de Baptiste, son fils handicapé moteur, une mère courage, couturière à domicile, une femme qui se mure et musèle ses pulsions.

La topographie (les hauteurs, le barrage, le tunnel, les monts enneigés contrastant avec la vallée dans sa quotidienneté, sa spécificité ) rend compte de la double vie menée par le personnage, et surtout de la cohabitation intérieure de deux «univers » Leur lien ? l’escapade hebdomadaire donne aussi la matière soutirée aux amants d’un jour, pour des lettres destinées à Baptiste, censées être écrites par le père ….absent ….et la voix de Claudine (ah le timbre de voix de Jeanne Balibar) suppléera celle des amants quand elle lit les missives décrivant Florence Hambourg, Baptiste exulte même si ce voyage risque d’être entaché par les dires de la voisine  dénonçant une « mascarade »…

Nous sommes en 1997 (on a le droit de fumer, Baptiste est fan de la princesse Diana, dont on annoncera la mort en juillet)

Si le rituel impose la répétition de gestes identiques, (réceptionniste,  chambre d’hôtel déshabillage, étreintes, préparation de patrons (couture) essayage, chambre réveil bain pour Baptiste, piano sonatines voisine, etc) la plupart ne seront pas filmés de la même façon…changement perceptible de lumière, d’angle de vue ou de cadrage. Mais l’essentiel est de montrer que le rituel millimétré va se fissurer, que la muraille intérieure - en harmonie d’ailleurs mutatis mutandis avec l’élément minéral du décor et l’immense sous-terrain de la Grande Dixence englouti dans les entrailles de la montagne -, cette muraille/carapace contrainte et acceptée va se craqueler et la voix suave de Jeanne Balibar elle aussi se met à trembler… C’est la dynamique interne du film - ayant rompu le pacte de ne voir qu’une seule fois l’homme de passage, Claudine accepte de « rencontrer » à nouveau Michaël ; ébranlement des sens, dans l’évidence de leur lascif abandon mais surtout déflagration intérieure (elle envisage de rompre avec le mode de vie qu’elle s’était jusque-là imposé…)  L’instant de bascule éventuel a précisément pour cadre le tunnel souterrain du barrage et pour accompagnement sonore la musique d’Antoine Bodson….

Peu importe après tout, la décision que prendra Claudine

Laissez-moi un film porté de bout en bout par une actrice au meilleur de sa forme

Laissez-moi un film aux ambiances à la Hopper (Excès de formalisme ? Ce reproche éventuel serait de facto frappé d’inanité…)

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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6 mars 2024 3 06 /03 /mars /2024 08:00

de Veerle Baetens (Belgique Pays-Bas 2023)

 

avec Rosa Marchant, Charlotte de Bruyne Amber Metdepenningen, Matthijs Meertens, Anthony Vyt, Sebastien Dewael

De nombreuses années après cet été où tout a basculé, Eva retourne pour la première fois dans son village natal avec un énorme bloc de glace dans son coffre, bien déterminée à affronter son passé...

Débâcle

Adapté du bestseller Het Smelt (ça fond ; en français « débâcle ») de Lize Spit, ce premier long métrage de Veerle Baetens est un film sur la non résilience. Deux temporalités -en miroir-, (faire progresser en parallèle deux moments de la vie d’Eva), un « fil rouge » : la devinette (d’abord « ludique » elle participera au « macabre ») deux façons de filmer

 

Mutique esseulée assez « gauche » telle apparait au tout début Eva assistante photographe à Bruxelles. Un gros plan sur un regard énigmatique (fuyant ?) un autre sur un paquet/cadeau qu’elle fait chuter de la table. Quel secret enfoui au profond ? Les infos sont livrées avec parcimonie et les gestes frappent par leur lenteur calculée. En acceptant l’invitation pour une soirée commémorative organisée dans le petit village des Flandres où elle passait ses vacances, Eva sait qu’elle trouvera tous les protagonistes de son enfance – ceux, notamment, d’un événement qui a bouleversé sa vie, l’été de ses 13 ans…. Mais elle ne sera pas animée par la vengeance. La cinéaste affirme d’ailleurs avoir réalisé Débâcle pour « tous ceux qui enfouissent leurs souffrances au plus profond d’eux-mêmes, à un endroit où personne ne pourra les deviner et d’où elles les dévorent peu à peu. ».

 

Veerle Baetens a de toute évidence travaillé les « raccords » entre les deux périodes : l’été des 13 ans (où tout a basculé) et le présent, jusqu’au plan final où les deux visages d’Eva vont se saluer, dans la simultanéité de leur apprivoisement réciproque …par-delà et à travers la vitre.

Faire dialoguer les temporalités en passant par exemple d’un plan d’Eva enfant regardant vers la gauche à un plan d’Eva adulte regardant vers la droite ; importance du regard tourné ou tendu vers…quand l’autre (famille ami) détourne le sien et accepte plus ou moins le climat de misogynie.  Ou au contraire en enfermant Eva adulte dans le cadre, afin de la rendre prisonnière alors que le cadre est le réceptacle de tous les possibles pour la période de l’enfance. Un contraste s’impose aussi dans la façon de filmer les deux temporalités. Ainsi l’été de l’enfance est dominé par le chatoiement de couleurs chaudes alors que le présent frappe par des teintes plus « glacées » -qu’accentuent le mutisme et certaines longueurs. Constat purement formel toutefois car le passé restitué à hauteur d’enfant sait mêler exubérance complexité et sadisme (la jeune Rosa Marchant a reçu le prix d’interprétation à Sundance tant son jeu est formidable); aucun temps mort, aucun détail superflu, aucune complaisance dans la « maltraitance ». Eva souffre de ne pas être reconnue par une mère alcoolique qui lui préfère la cadette ; Eva souffre de n'être que la « copine » de Tim dont elle est amoureuse, elle accepte pour lui plaire d’hameçonner de « belles » jeunes filles pour un quiz & strip.

Bourreau elle sera victime.

 

Et si la caméra est souvent virevoltante pour capter l’effervescence de l’adolescence, alors qu’elle est plus distante pour filmer Eva adulte, les deux Eva n’ont de cesse de « retrouver » -chacune à sa façon certes-, cette place confisquée, qui participe à l’identité…galvanise une personnalité

 

 

Eva ma sœur de quel amour blessé

Eva ton hurlement silencieux !

Un film à ne pas manquer

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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4 mars 2024 1 04 /03 /mars /2024 18:09

 

 

18ème édition du   Festival du film d'Europe Centrale et Orientale 

 du   12 au 17 mars 2024

 

 

à l'Omnia rue de la  République Rouen

 

et à l'Auditorium du Musée des Beaux-Arts  rue Jean Lecanuet  Rouen 

 

 

 

 

 

XVIII FESTIVAL DU FILM D'EUROPE CENTRALE ET ORIENTALE
XVIII FESTIVAL DU FILM D'EUROPE CENTRALE ET ORIENTALE
XVIII FESTIVAL DU FILM D'EUROPE CENTRALE ET ORIENTALE
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4 mars 2024 1 04 /03 /mars /2024 07:13

De Lisandro Alonso (Argentine France Mexique 2023)

 

avec Viggo Mortensen (Murphy) Chiara Mastroianni (Maya / Colonel) Alaina Clifford (Alaina) Sadie Lapointe (Sadie) Viilbjørk Malling Agger (Molly) Adanilo (L'indigène disparu) 

 

Festival de Cannes 2023 Hors compétition 

Alaina, accablée par son travail d'officier de police dans la Réserve de Pine  Ridge, décide de ne plus répondre à sa radio. Sans nouvelles, sa nièce  part en Amérique latine pour un voyage qui s'avère mystique

Eureka

Le temps est une fiction inventée par les hommes 

 

Le film s’ouvre sur un western (une parodie ?) en noir et blanc au format 1,33, puis le cadre s’élargit en même temps que s’étrécit la série…. Télévisée… avant les infos météo ; nous sommes (second mouvement) dans la réserve de Pine Ridge (Dakota) où nous allons suivre la « ronde de nuit » d’une policière ; elle disparaît de l’écran et de la fiction et c’est avec sa nièce Sadie que nous allons effectuer un voyage dans le temps et l’espace (années 1970 jungle amazonienne). Conquête de l’Ouest, politique d’oppression de l’Amérique actuelle, et politique capitaliste au Brésil -dernier quart du XX°- telles sont les trois séquences constitutives de ce film

 

Un « motif » imagé formel semble les relier celui de l’oiseau, (le jabiru d’Amérique ?) une plume que caresse et interroge Murphy dans le saloon (western) plumes sur le canapé où s’était assise Sadie (avant le « trip » concocté par le grand-père) et voici que (faussement) majestueux l’oiseau entre dans la chambre où « repose » le transfuge après avoir été soigné par la "guérisseuse" ; l’oiseau qui surplombait de ses ailes éployées la réserve, l’oiseau qui aura permis de passer d’une contrée à une autre, d’une temporalité à une autre. Mais ce lien narratif s’enrichit d’une critique suggérée ou explicite. Le réalisateur ne se contente pas de "montrer" les indiens Natifs déshumanisés réduits à des épaves et ce, avec  réalisme,  il s’insurge contre leur anéantissement programmé et la récurrence de l’effacement -voire de l’enfouissement-, d’une séquence à l’autre le prouverait aisément : les Amérindiens sont « effacés » du western (à la fois par Murphy et la femme shérif) ; la policière et sa nièce sont vouées à « disparaître » (mort symbolique) tant elles sont mésestimées et les autochtones en III sont « dépouillés » de leurs biens par les colons rapaces…

Un film exigeant, audacieux. (quand bien même on serait insensible à  l'animisme mystique qui préside à la troisième partie) Certains plans sont d’une sidérante beauté (quand le blanc envahit tout le cadre, quand la barque motorisée semble confondre l’élément liquide et l’imaginaire du blessé, quand une contre plongée magnifie le rôle du guide ou de l’oiseau, quand la policière impose sa corpulence placide au réel) et la bande son (due au percussionniste Domingo Cura) est parfois envoûtante

Mais en optant pour la complexité (et son inévitable artificialité, transformant le réalisateur en « chamane  de la condition indigène» suppléant les trois guides de sa fiction) en recourant aux très longs plans fixes (comme dans Jauja), aux contrastes appuyés (monde des vivants et  des morts, neige et jungle, réalisme et imaginaire, vie moderne tumultueuse et vie contemplative, mutisme et paranoïa, misère et chercheurs d’or) le cinéaste a pris le risque de décevoir:  la dynamique de la rupture  ne brouille -t-elle pas l’implicite de la « théorie » ? et on est acculé  à s’interroger au lieu de se laisser (trans)porter……

Certains spectateurs risquent de rester à quai…..

 

Colette Lallement-Duchoze

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26 février 2024 1 26 /02 /février /2024 07:02

d'Okivier Py (2023)

 

avec Laurent Lafitte, Stecy Martin, Bertrand de Roffignac , Jean-Damien Barbin, Judith Magre, Jeanna Balibar, Dominique Frot, Eva Rami ....

Paris, 17 février 1673. Comme tous les soirs, Molière monte sur la scène du théâtre du Palais-Royal pour jouer Le Malade imaginaire. Ce sera sa dernière représentation.

Le Molière imaginaire

Malade imaginaire ? Plutôt imaginaire malade

Ce sera le parti pris d’Olivier Py, dramaturge, metteur en scène, ex directeur du festival d’Avignon, actuellement directeur du Châtelet.

Univers mental et espace théâtral se superposent, se confondent dans cette exploration des derniers instants de l’auteur acteur artiste que fut Molière. Huis clos théâtral, huis clos mental. Fantômes fantasmes et vécu, souvenirs et moment présent sont traités dans le continuum du plan séquence (la supposée relation avec l’acteur Michel Baron, des bribes de la 4ème représentation du Malade imaginaire au Palais Royal, les intermèdes chorégraphiés, le refus de signer la « renonciation » pour avoir droit à une sépulture, le dialogue avec l’épouse Madeleine par-delà la mort, les griefs à l’encontre du pouvoir de la religion, etc..)

La caméra glisse de la scène aux coulisses, des loges latérales au sous-sol (authentique underground de toutes les permissivités) et à chaque fois nous sommes invités à être les complices/ témoins /spectateurs, en arpentant ainsi les « strates de ce qui fut toute une existence ». Et si certains spectateurs (dans le film) sont outrageusement poudrés grimés (les trois marquises par exemple) les intervenants/actants  dans l’imaginaire de Molière sont dénudés des oripeaux, des artifices, car la nudité des corps (masculins de préférence) doit illustrer la « mise à nu » d’un dérèglement des sens

 

Et voici que défilent -en accéléré ou ralenti-, travelling latéral ascendant ou descendant tous ceux qui participent à une danse de la mort (mort de l’artiste qui crache le sang, mort de l’aide si précieuse accordée par le roi,  absent, mort des illusions, mort du théâtre ?) dont l’espace clos du théâtre du Palais Royal (FabricA  Avignon) sera le réceptacle !

Un réceptacle baroque. Olivier Py emprunte au courant littéraire pictural et politique du XVII° ses singularités dont la vanité. Vanité des décors dans leur flamboiement ocre rouge (éclairage à la bougie) vanité d’un public (certains visages poudrés rappellent les vieilles de Goya les masques d’Ensor ; le prétendu vivant devenu figure morte malgré les piaillements venimeux). Vanité et exubérance, exubérance et grotesque (sens étymologique et sens élargi) Oui! on a parfois l’impression d’assister à des scènes du Satyricon -dont celle du bain- (avec l’extravagance de Petrone mais sans la transparence énigmatique dont se réclamait Fellini)

 

Des acteurs admirables, étonnants dans leur gestuelle et leur diction ; dont le duo Laurent Lafitte (Molière) Jean-Damien Barbin (Chapelle) 

 

Mais cette "chronique d’une mort annoncée" (pour plagier le titre d’un roman de Gabriel Garcia Marquez) aura ses détracteurs

On ne souscrira pas à leurs propos fielleux voire haineux

(même si le langage s'enhardit, ose  des calembours faciles ou des pseudo paillardises, même si l’on juge de « mauvais goût » l’extinction d’une bougie par des flatulences -pratique qui a longtemps survécu dans les bizutages,)  etc..

 

Vive Molière libéré de son carcan hagiographique !

Un Molière « dé-muséifié et réhumanisé (propos de Laurent Lafitte sur France Culture)

 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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