2 novembre 2023 4 02 /11 /novembre /2023 16:57

d'Anna Novion (2023)

 

avec Ella Rumpf (Marguerite) Jean-Pierre Darroussin (Laurent Werner) Clotilde Courau (Suzanne)  Julien Frison (Lucas) Sonia Bonny (Noa)

 

Sélection Officielle Festival de Cannes 2023

Argument: L'avenir de Marguerite, brillante élève en Mathématiques à l'ENS, semble tout tracé. Seule fille de sa promo, elle termine une thèse qu’elle doit exposer devant un parterre de chercheurs. Le jour J, une erreur bouscule toutes ses certitudes et l’édifice s’effondre. Marguerite décide de tout quitter pour tout recommencer.

Le théorème de Marguerite

Une trajectoire apparemment toute tracée,  qui déraille …Voilà une « inconnue » qui marquerait une fin ? Or, à travers des labyrinthes (dont les formules équations qui envahissent tout l’espace de l’appartement seraient l’illustration ou/et la métaphore) ce déraillement est la promesse d’une « ère » nouvelle !

Tel sera le parcours de Marguerite : « perdue » à cause des maths, elle va se (re)construire grâce …aux maths… après moult rebondissements - certains s’inscrivent dans la sérendipité (cf le schéma d’une pyramide inversée sur une feuille glissée à même le sol). Oui de rencontres apparemment dues au hasard, de mensonges -par omission volontaire- , en passant par des activités plus ou moins licites mais lucratives (le mah-jong par exemple) jusqu’à la découverte de l’amour, Marguerite (admirablement interprétée par Ella Rumpf) aura connu les affres de la recherche solitaire tout en s’ouvrant progressivement au monde des « vivants » . Un récit  "d'apprentissage" donc en forme d'énigme ! 

 

D’emblée lors d’un face à face Marguerite  nous apparaît comme « hors sol » ce qu’accentue le gros plan sur son visage et sur ses chaussons, puis dégingandée elle semble raser les murs avant de retrouver sa chambre de normalienne, elle la surdouée (HPI) fierté de sa mère et de son maître  (qui en fait exploite ses talents ; un rôle de félon qui sied à l’acteur JP Darroussin). Dès l’instant où se produit la « catastrophe » (un défaut de raisonnement signalé par le jeune opportuniste Lucas Savelli) c’est une faille sismale dans son univers. Or dans la phase d’adaptation à une « autre vie » (colocation, magasin, apprentissage, tissu relationnel) triomphe la dichotomie (l’orgasme avec le compagnon d’un soir, le pari avec les joueurs chevronnés de mah-jong, les sorties en boîte avec sa colocataire danseuse, tout cela n’influe pas encore sur son « être là » mais s’avère nécessaire pour la connaissance et la compréhension des « règles » qui régissent ce « monde nouveau ».. Après l'avoir appréhendé ce sera l'apprivoisement consenti, assumé. Un récit  "d'émancipation"  donc!

 

La réalisatrice a pris soin de marquer les étapes de cet itinéraire intérieur, intellectuel et amoureux, par des jeux de surimpressions, de très gros plans, une musique plus intense sans être trop illustrative. C’est d’abord un univers clos quasi géométrique (à l’instar de l’ordre qui régit l’Ecole Normale Supérieure) puis la caméra d’Anna Novion va évoluer au service d’une mise en scène plus riche en couleurs chaudes et plus « légère » aussi  (Marguerite danse avec son corps qui, lascif, caresse les rayons du magasin où elle est employée, tout comme elle danse avec ses craies de couleurs sur les murs qu’elle inonde de formules ésotériques (forcément ésotériques pour le profane !!) avant que les mêmes bras n’enserrent l’être aimé dans une étreinte à la fois énergique -tout comme le bouillonnement de son cerveau- et voluptueuse! 

 

Rébarbatives les mathématiques ? Que nenni…

On se laisse prendre au jeu des "inconnues", de leur multiplicité exponentielle et l'on oublie les clichés (même si certains frisent  la caricature!)

 

Colette Lallement-Duchoze

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2 novembre 2023 4 02 /11 /novembre /2023 05:29

de Kleber Mendonça Filho (Brésil 2023)

 

 

Séance Spéciale Festival de Cannes 2023

New Zealand International Film Festival 2023

Portraits fantômes est un voyage multidimensionnel dans la ville de Recife, capitale brésilienne de Pernambuco, à travers le temps, le cinéma, le son, l'architecture et l'urbanisme. Cette visite impressionniste qui associe l'archive, la fiction, l'extrait de film, les souvenirs personnels est à la fois une cartographie de la ville et un hommage à la salle de cinéma qui tout au long du vingtième siècle a été ce lieu de convivialité, réceptacle des rêves, des espoirs et des émotions.

Portraits fantômes

  Ce  film autobiographique est le fruit de 7 années de travail et de recherche 

 

Je me suis rappelé que quand on aime, il faut le dire 

 

Voici Monsieur Alexandre (Moura) ce projectionniste du cinéma Art Palacio qui a fermé son cinéma avec une clé de larmes,  mort en 2003 ; voici Joselice, la mère, morte prématurément, une historienne spécialiste de l’histoire orale ; voyez Janet Leigh et Tony Curtis main dans la main sur le pont au-dessus du fleuve Capibaribe ; voici Nico, ce chien mort depuis des années, mais dont les aboiements continuent à marquer quelques bandes son. Voici un docker qui vendait derrière le cinéma le Trianon affiches, photos et films jetés à la poubelle par les distributeurs. Voici un chauffeur de taxi Rubens Santos qui (re)joue l’homme invisible  dans la toute dernière séquence, laquelle  donne a posteriori tout son sens au film (la dialectique apparaître/disparaître ou l’inverse)

Si je fais du cinéma, c'est pour rendre visible ce que l'on ne voit plus 

 

Photos de famille (lui enfant adolescent, le frère Mucio) de lieux, (l’appartement labyrinthe de Setúbal qui a servi de décor à certains de ses films , le centre de Recife) des archives en noir et blanc ou couleur, des images animées, des extraits de films (les siens mais aussi d’autres cinéastes) , un tel support par la magie du montage ingénieux nous transporte à la fois dans un passé identifiable celui des années 60 par exemple et un présent barricadé face aux radicalismes, mais surtout nous fait vivre de l’intérieur (introspection) grâce à la voix off les soubresauts d’une histoire intime qui se confond avec l’Histoire

 

 Portraits fantômes  est structuré en trois parties distinctes mais malgré le titre qui singularise, des récurrences et des mouvements de va-et-vient tissent des liens de l’une à l’autre.

Portraits fantômes : une balade certes empreinte de nostalgie (dont témoignent des surimpressions et certains raccords) mais qui poétiquement est exhaussée en ballade

Portraits fantômes ou l’alchimie fiction/réalité car  "La vie vécue inspire les histoires racontées par les images, et les histoires servent d’appui pour imager les souvenirs"

 

A ne pas rater

 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

ps Bacurau - Le blog de cinexpressions

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31 octobre 2023 2 31 /10 /octobre /2023 05:30

Douzième édition du 11 au 19 novembre 2023.
 

au  KINEPOLIS et à l’OMNIA

Festival This is England   (11-19 novembre 2023)

Le festival de courts-métrages britanniques This is England a été initié il y a maintenant 12 ans par le comité de jumelage Rouen Norwich Club. À l'époque, un groupe de passionnés a souhaité créer un pont culturel entre les deux rives de la Manche par le biais du cinéma. D'une poignée de films montrés à des groupes scolaires au départ, l'événement s'est peu à peu installé dans le paysage culturel et éducatif rouennais, pour proposer aujourd'hui à plus de 20 000 spectateurs (publics et scolaires) une semaine entière de compétition à la mi novembre.

This is England en chiffres, c'est 6 programmes de 90', soit 50 courts-métrages en moyenne, dans des salles de cinéma des 2 rives.

Grâce aux retours toujours plus enthousiastes des invités et spectateurs, le festival accueillera cette année, du 11 au 19 novembre, une soixantaine de professionnels du cinéma venant présenter leurs films (réalisateur.trices, producteur.trices, scénaristes, comédien.nes). L'occasion rêvée d’échanger chaque soir avec des artistes autour de leurs films et de leur vision libre et audacieuse de la création cinématographique 

Festival This is England   (11-19 novembre 2023)

A Closer Look (animation 3,15')  réalisé par Elena Gamper, retrace un épisode de la vie d'Antonie van Leeuwenhoek, un des précurseurs de la biologie cellulaire et de la microbiologie.

Projeté le 17 novembre 20h

Festival This is England   (11-19 novembre 2023)

Beltane de  Helena Houghton. Une virée en forêt qui tourne au cauchemar pour Josh et Sarah lorsqu'ils attisent la colère d'Unseelie Fae.

Projeté le 15 novembre 20h

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29 octobre 2023 7 29 /10 /octobre /2023 11:30

de Ken Loach  (Grande-Bretagne 2023) 

avec Dave Turner, Ebla Mari, Claire Rodgerson

 

 

Présenté en Compétition au festival de Cannes 2023

TJ Ballantyne est le propriétaire du "Old Oak", un pub situé dans une petite bourgade du nord de l’Angleterre. Il y sert quotidiennement les mêmes habitués désœuvrés pour qui l’endroit est devenu le dernier lieu où se retrouver. L’arrivée de réfugiés syriens va créer des tensions dans le village. TJ va cependant se lier d’amitié avec Yara, une jeune migrante passionnée par la photographie. Ensemble, ils vont tenter de redonner vie à la communauté locale en développant une cantine pour les plus démunis, quelles que soient leurs origines...

The Old Oak

2016 : un village du nord-est de l’Angleterre, ex cité minière ( les photos qui tapissent un mur illustrent un passé de solidarité ouvrière, puis de douleurs consécutives à l'époque Thatcher ) cité désormais gangrenée par le "paupérisme dû au chômage", un terreau propice au repli sur soi, aux préjugés racistes.

Le tempo du film de Ken Loach sera  scandé par la confrontation entre réfugiés Syriens et locaux désabusés ;  entre les deux, TJ Ballantyne le  patron du " old oak gros bonhomme empli de bonhomie …

Old oak (vieux chêne). Osons la métaphore !

The old oak est certes le patronyme, l’appellation de ce "bar pub". Sur l'enseigne, la dernière lettre K est bancale, (cf l'affiche)  tant elle est  " usée"  et pas seulement par les ans. Les efforts du patron pour la recadrer ne présentent-ils pas  des similitudes avec le "recadrement"  des esprits enclins à ne pas accepter l’autre (au seul prétexte qu’il est l’étranger, l’intrus, et qui par déduction hâtive et simpliste devient le bouc-émissaire) ?

Old oak c’est aussi ce qui fait l’entité de ce même patron: robustesse solidité naturelles, certes mises à mal au cours de son existence (tentative de suicide, avortée grâce à la rencontre "épiphanique" avec la chienne Marra ; et le jeu de la balle -(balle envoyée sur les flots que la chienne rapporte fidèle et amusée)- semble reproduire -mutatis mutandis bien évidemment- le schéma d’un sauvetage. Or cette chienne sera la victime de deux « bâtards » assoiffés de ( ?) préfiguration d’un malheur ? chiens délibérément dé-laissés par leurs jeunes maîtres (les fils des « racistes » qui polluent l’atmosphère que le patron souhaiterait plus "saine" dans une solidarité retrouvée) Car malgré sa rage intérieure, TJ est comme   "enraciné"  dans ses convictions (celles du réalisateur ?)

Oak c’est sur les « gonfanons » les étendards, l’image d’un chêne plus que séculaire ! et dans la procession finale il est bien l’emblème de la « résistance » à tous les préjugés et le symbole d’une fierté retrouvée par-delà la « mort » du prolétariat britannique

Oui  malgré les orages dévastateurs le chêne n'a pas rompu

Et comme le fil directeur de ce film est la relation amicale entre Yara la réfugiée syrienne photographe et TJ Ballantyne, la courbe sinusoïdale -ou plutôt la dialectique bonheur/malheur-  est au service de ce credo que professe Ken Loach. :  Oui un monde apaisé est encore possible malgré tous les malgré. Oui il faut croire en l’humain malgré les "crises"  ravageuses.

Cette utopie pourrait paraître fabriquée et naïve. Ses contempteurs – ceux qui martèlent que l’Anglais fait des films de gauche pour des gens de droite – ne manqueront pas de l’éreinter à ce sujet. Mais chez Loach, du fait de tout son parcours d’homme et de cinéaste, cette utopie vous emporte par sa profonde sincérité Thierry Chèze (Première)

 

Une "fable" à voir de toute urgence (malgré certaines longueurs, des scènes capillotractées ou cousues de fil blanc  et quelques effets de grossissement)

 

Colette Lallement-Duchoze

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27 octobre 2023 5 27 /10 /octobre /2023 05:55

court métrage réalisé par Joachim Hérissé (2022 - 15’)

 

 

Prix Émile-Reynaud 2022

Prix du meilleur film d’animation au Festival de Clermont-Ferrand

Sélection pour les César 2023

Prix du jury jeune 2023 - Rencontres Cinéma Européen, Vannes

 

à voir sur Kub jusqu'au 30 octobre 2023

 

 

Écorchée - Joachim Hérissé - KuB (kubweb.media)

Dans une vieille bâtisse perdue au milieu des marécages vivent l’Écorchée et la Bouffie : deux étranges femmes, siamoises par une jambe. Résignée et soumise, l’Écorchée fait la nuit de terrifiants cauchemars où elle voit les chairs de sa sœur recouvrir son propre corps.

Ecorchée

NOTE D'INTENTION

« Écorchée est d'abord un film sur les corps ; les corps qui changent, qui enflent et s’émacient. Mon rapport au corps est particulier. Portant une malformation physique (pectus excavatus ou poitrine creuse), j’ai une perception de mon corps très changeante : tantôt, quand je parviens à relativiser cette disgrâce, je suis dans ma chair et mes os, plein et solide ; tantôt, quand elle se fait trop présente, je ressens ma chair comme creuse et écorchée, douloureuse.

Il semble réellement que ce creux se joue de moi : qu’il apparaît puis disparaît à l’envi et qu’il réapparaîtra et disparaîtra dans un éternel recommencement. Ce corps, je me suis rendu compte qu’il était également perçu très différemment par les autres. En général, les hommes s’étonnent de mon creux et le voient comme une malformation. Les femmes n’en sont pas étonnées, parfois même ne semblent pas le voir du tout. Je me suis donc naturellement ouvert de ce complexe à ma mère, ma sœur, mes amies, et j’ai découvert que mon rapport au corps faisait souvent écho au leur ; les chairs douloureuses et changeantes, soit trop pleines, soit trop maigres… Ces sensations, elles les comprenaient, et je comprenais les leurs qui pouvaient engendrer un mal-être : anorexie, boulimie.

C’est parce que mon rapport au corps m’est apparu comme féminin que mes personnages sont femmes. Encore que le corps féminin perde ses spécificités en s’émaciant : poitrine, fesses… le corps d’une femme écorchée ressemble à s’y méprendre à celui d’un homme écorché… L’Écorchée et la Bouffie sont jumelles : ce sont les états opposés d’un même corps. La gémellité siamoise m’est apparue comme le symbole idéal pour exprimer l’idée de nos corps contraires, qui révèlent notre dualité.

Mais que se passe-t-il si on arrive à se séparer de son corps douloureux ? Que se passe-t-il lorsqu’un·e adolescent·e se torture elle·lui-même pour ressembler aux canons des magazines ? Que se passe-t-il lorsqu’une personne d’âge mûr se mutile le visage pour paraître jeune ? Que se passerait-t-il si je comblais physiquement (par la chirurgie esthétique) mon pectus excavatum ? Il en résulterait une perte, insupportable.

De manière symbolique, le film expose la nécessité de trouver un équilibre entre nos deux corps, d’en réaliser la somme, de s’accepter tel que l’on est. En me posant la question de représenter physiquement mes personnages, de matérialiser leur réalité, je me suis naturellement tourné vers l’animation en volume, image par image.

Ecorchée

Voici un film d’une forte puissance visuelle, un récit incarné par des poupées en chiffon plus émouvantes que bien des humains en chair et en os. Des sœurs siamoises survivent dans un endroit coupé du monde, l’une est obèse et insatiable, l’autre maigrelette et frugale. Irréconciliables, mais de fait, inséparables.

Écorchée peut se lire de différentes manières, l’utilisation du stop motion favorisant une vision allégorique du récit et de fréquents allers-retours du rêve à la réalité menant à une interprétation psychanalytique. Joachim Hérissé, l’auteur de ce bijou, a voulu y raconter sa propre histoire, celle d’un dédoublement lié à une malformation physique qui l’a obligé à un travail thérapeutique. À chaque spectateur de se faire son chemin dans ces quinze minutes hors normes, une expérience qui remue profondément celui qui s’y aventure, du grand cinéma.

Édito : Serge Steyer

 

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26 octobre 2023 4 26 /10 /octobre /2023 06:29

De Shinji Sōmai, (japon 1993)

 

 

avec Tomoko Tabata, Junko Sakurada, Kiichi Nakai

La jeune Renko a onze ans lorsque le divorce de ses parents bouleverse son rêve d'une famille heureuse et révèle sa fragilité intérieure. Elle doit vivre éloignée de son père, qu'elle préfère, et supporte très difficilement le quotidien avec sa mère. Perdant peu à peu tous ses repères, la petite fille, révoltée contre le monde des adultes, qu'elle interroge avec une grande clairvoyance, plonge dans une spirale infernale.

Déménagement

Présenté au festival de Cannes en 1993 (Un certain regard) ce film de Shinji Sōmai, (mort en 2001) n’avait encore jamais été programmé en France. Restauré il sort en salles en 2023 « Enfin » (diront les spécialistes du cinéma japonais et de Shinji Sōmai, en particulier)

 

Ce film - au titre polysémique-, est dominé par le point de vue univoque de l’enfant : le spectateur pénètre sa "psyché" , l'accompagne dans  son périple scandé par des courses effrénées, des répliques qui "taclent"  la "lâcheté" ( ?) la pusillanimité ( ?) des parents apparemment désemparés par les prises de position de leur enfant (comme si les « rôles » étaient inversés tant à 11, 12 ans l'enfant fait preuve de "clairvoyance" !!)

 

Dès la scène d’ouverture la « répartition » tripartite  au moment du repas, suggérait une faille annonçant une « cassure. A partir de cette séquence inaugurale nombre de « lignes de fuite » (celles qu’emprunte malgré elle et comme déboussolée Renko), nombre de cloisons comme autant de séparations à l’intérieur d’un même cadre (comme la survivance impossible d’une unité originelle à jamais bafouée) et cette dialectique possession/dépossession font que le « parcours » de l’enfance vers l’âge adulte sera illustré en ses différentes étapes (rébellion, recherche d’un alter ego, d’une autre forme d’amour parental auprès de ce couple âgé.. avant l’acceptation d’une solitude assumée)

 

La mise en scène, qui fait la part belle aux plans séquences, fait alterner (environ pour les 2/3) scènes "familiales" , rencontres et courses solitaires d’une enfant traumatisée par le divorce de ses parents,  avant que vers la fin dans une atmosphère quasi onirique, seule dans des dédales vaporeux (végétation embuée, sentiers tourmentés) Renko se "libère" de l’emprise de son « trauma » dans un adieu définitif à l’enfance (que symbolise l’adieu à ce bateau, à tous les personnages à son bord ceux qui auront marqué sa vie, de la petite enfance à l’adolescence, jusqu’à l’étreinte bouleversante entre elle et elle-même)

 

Un film à ne pas rater ! 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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25 octobre 2023 3 25 /10 /octobre /2023 05:11

Documentaire réalisé par Claire Simon (2022) 

 

En 2021 la cinéaste s'est rendue à l'hôpital Tenon à Paris dans un service qui regroupe toutes les branches de la gynécologie : IVG, endométriose, PMA, maternité, transition de genre, cancer

"J’ai eu l’occasion de filmer à l’hôpital l’épopée des corps féminins, dans leur diversité, leur singularité, leur beauté tout au long des étapes sur le chemin de la vie. Un parcours de désirs, de peurs, de luttes et d’histoires uniques que chacune est seule à éprouver. Un jour j’ai dû passer devant la caméra." 

Notre corps

Qu'elles soient jeunes, trentenaires ou septuagénaires, françaises, d’origine espagnole ou sénégalaise, qu'elles soient en consultation ou au bloc opératoire, qu’elles accouchent,  souffrent d’endométriose,  subissent une ablation du sein ou de l’utérus, qu’elles soient en séance de chimiothérapie. Claire Simon les réunit en un seul grand Corps celui des désirs, des espoirs avortés, des peurs, des luttes car dans l’infinie variété des situations surgit une même souffrance ou une même joie, ce dont rend compte l’adjectif possessif « notre » (corps) adjectif qui les « réunit » dans la même « épopée des corps féminins »; épopée qui saura sinon décrire du moins évoquer la singularité de chaque histoire particulière ; épopée à laquelle participera d’ailleurs Claire Simon en tant que …. « patiente ». La construction « circulaire » en témoigne aisément : dès le prologue hors les murs voici la cinéaste qui chemine (en passant devant le Père Lachaise) avant de pénétrer dans l’immense bâtisse ; en écho à la fin la même -après mammectomie et chimio- quittera à vélo l’hôpital….

 

Spectateurs, nous aurons assisté tels des complices ou des confidents à leurs consultations, leurs interventions au bloc opératoire, leurs accouchements, à l’accueil d’embryons…Nous aurons « vécu » en empathie, tant le documentaire est à la fois réaliste et bouleversant !

 

Oui, la mise à nu dans cette révélation du plus intime, filmée au plus près par un mélange de pudeur (gros plans sur une perruque ou une main vigilante aimante qui suggèrent le drame ou la tragédie) et de réalisme cru (écrans grossissants sur des organes) la qualité d’écoute (du personnel soignant) d’une parole comme « libérée » (celle de la « patiente » « celle qui souffre » étymologie) , la parole « scientifique » toujours « vulgarisée », tout cela fait que le documentaire « notre corps » est une fresque à la fois somptueuse organique viscérale, qui célèbre la Vie, une Vie que des obstacles insurmontables peuvent ternir ou définitivement endeuiller….

 

Un médecin « guide » un confrère lors d’une opération : « ne dissèque pas coupe » : une méticulosité « analogue » ne préside-t-elle pas à l’art du « montage » au cinéma ?

 

 

Un documentaire à ne pas rater !!!

 

Colette Lallement-Duchoze

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22 octobre 2023 7 22 /10 /octobre /2023 09:45

court métrage de Gisela Carbajal Rodríguez (Argentine Allemagne 2018)

 

Alors que les Argentins sont appelés aux urnes ce dimanche, Mediapart diffuse « Oro blanco », documentaire sur la manière dont une entreprise d’extraction de lithium dérègle la vie d’une communauté, en plein milieu d’un désert de sel des Andes. En partenariat avec la plateforme Tënk.

 

« Oro blanco », les ravages du lithium en Argentine | Mediapart

Tous les matins, Flora parcourt les montagnes argentines avec ses lamas pour trouver des pâturages. Mais la terre devient de plus en plus stérile, et ses animaux doivent lutter pour trouver de quoi se nourrir. Une entreprise canado-américaine s'est installée dans la région de Salinas Grandes pour extraire du lithium. En puisant les dernières ressources en eau de l'Atacama et du Kolla, elle cherche à satisfaire la soif du monde pour les batteries rechargeables

Oro Blanco

MEDIAPART ET TËNK (21/10/2023)

"Oro blanco est un film documentaire bref, achevé en 2018, qui offre un douloureux contrepoint à cette course à l’or blanc dans les Andes. La cinéaste mexicaine Gisela Carbajal Rodríguez, formée à l’Université de télévision et de cinéma de Munich, structure qui a produit le film, donne la parole à quelques habitant·es de ce désert de sel dans les Andes. Le film passe peut-être un peu rapidement sur les rouages des luttes en cours, parmi les batailles les plus décisives du moment sur le continent, mais observe avec précision la manière dont ce territoire – dans un décor par ailleurs grandiose – se trouve profané.

On retiendra en particulier une phrase prononcée par l’un des militants, qui veut faire valoir ses droits : « On a demandé à l’État [argentin] de protéger nos droits constitutionnels [...] Aucune activité ne peut se faire sans le consentement des communautés. » Si la Constitution était encore perçue comme un rempart, à l’époque du tournage, le paysage s’est encore compliqué depuis.

Depuis juin dernier, une mobilisation intense secoue la province de Jujuy – un peu plus au nord de là où se déroule le film. Précisément parce que le gouverneur, le radical Gerardo Morales, a consenti une réforme de la Constitution régionale, pour octroyer davantage de pouvoir aux entreprises extractivistes, aux dépens des communautés autochtones. Mais c’est à peine si le sujet s’est imposé durant la campagne électorale, bousculée par le surgissement du candidat Javier Milei"

Les vastes étendues de marais salants du nord-ouest de l’Argentine abritent l’un des plus grands gisements de lithium au monde. Les multinationales extraient « l’or blanc » et volent les eaux souterraines précieuses aux populations locales, qui se nourrissent de l’élevage de lamas et de l’extraction traditionnelle du sel. Avec de superbes images et une approche narrative qui mêle poésie et agit-prop, « Oro Blanco » montre que la population indigène est depuis longtemps active contre la destruction de la « pacha mama ».Luc-Carolin Ziemann

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21 octobre 2023 6 21 /10 /octobre /2023 08:39

d'Eric  Toledano et Olivier  Nakache (2023)

 

avec Pio Marmaï, Jonathan Cohen, Noémie Merlant, Mathieu Amalric, Grégoire Leprince-Ringuet, Danièle Lebrun, Luana Bàjarami, Aïssatou Diallo Sagna

Albert et Bruno sont surendettés et en bout de course, c’est dans le chemin associatif qu’ils empruntent ensemble qu’ils croisent des jeunes militants écolos. Plus attirés par la bière et les chips gratuites que par leurs arguments, ils vont peu à peu intégrer le mouvement sans conviction…

Une année difficile

Mais de qui se moque-t-on ??

 

Une année difficile est une comédie qui se réclame de la comedia del arte, Tout au plus emprunte-t-elle au genre comique italien les zannis (et encore !!!) - -incarnés ici par le duo Albert dit Poussin et Bruno dit Lexo.

Le film serait la rencontre (fortuite ?) entre un phénomène bien réel qui affecte les classes pauvres et/ou paupérisées, le surendettement et l’engagement politique (ici un mouvement écologiste censé s’inspirer d’Extinction Rébellion) ; mais la mixture et la caricature sont telles que le rire (comique de mots, comique de situation, de gestes) est  "forcé " tant les "ficelles" sont "visibles",  que les amalgames faciles laissent perplexe, que les incohérences (certes délibérées) font florès et flop, que le  "récit" d’une romance vient se greffer puis  surplomber le tout à coup de clichés …et que…et que…on pourrait multiplier les raisons de notre déception

 

Le film débute par un montage d’archives: voici de très courts extraits de discours présidentiels, de Hollande à Pompidou, annonçant une  année difficile  (Macron ? ce sera pour plus tard à condition de ne pas quitter la salle dès le générique de fin …car il se passera encore des choses … dont l’avenir (ah ah ah) du chien empaillé, chien qui serait peut-être la clef de voûte d’une structure pour le moins bancale

Après ce « prologue », une séquence bien rythmée où un groupe d’activistes va débouler dans un centre commercial là où une foultitude de clients potentiels attendent la  "manne"  technologique à bas prix en ce  "black friday" . Ecolos, "rigolos"  prônant la « déconsommation » face à des gens au portemonnaie étréci ; parmi eux des " débrouillards"  certes, car surendettés ; et voici Albert (Pio Marmaï) qui tentera (en vain) de « revendre » un écran plat à Bruno (Jonathan Cohen) lui-même surendetté, pris en charge par un militant contre le surendettement (Mathieu Amalric) aux allures et méthodes de guru; Cactus (Noémie Merlant) la pasionaria du mouvement écolo, elle qui vit dans un 200m2 boulevard de Courcelles, est censée fédérer animer booster le groupe

 

Personnages aux motivations fort douteuses (les deux compères) -à l’instar de ces descentes à la Banque de France ou de cette action sur une piste de décollage - ou peu convaincantes (les prétendus militants tels des psittacidés répètent en les éructant, les slogans de leur égérie !!!! ou s’enorgueillissent d’avoir offert « bienveillance et estime » comme cadeaux de Noël à leurs bambins de neveux)

 

La valse à mille temps de Jacques Brel ouvre et ferme ce bal de pacotille (et la séquence finale où le « couple » Cactus/Poussin arpente la capitale, déserte à cause du confinement …et où à 20h précises les habitants manifestent de leurs fenêtres saluant avec leurs casseroles cette alliance, cette aube nouvelle, est d’un goût plus que douteux)

 

Cela étant rien à dire sur le casting (le duo roublard Pio Marmaï et Jonathan Cohen, Danièle Lebrun en vieille femme rouée se débarrassant de son chien …empaillé ; Mathieu Amalric en joueur compulsif interdit de casino, alors que ce rôle semble un ajout inutile sauf si l’on remet en cause l’(in)efficacité du mantra « j’en ai besoin… maintenant ») 

 

Colette Lallement-Duchoze

 


 

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19 octobre 2023 4 19 /10 /octobre /2023 06:19

documentaire réalisé par Wim Wenders (Allemagne 2023)

 

avec Anselm Kiefer (Lui-même)  Daniel Kiefer (Anselm Kiefer, jeune)  Anton Wenders (Anselm Kiefer, enfant)  Ingeborg Bachmann Elle-même (Images d'archives) Joseph Beuys  Lui-même (Images d'archives) Paul Celan Lui-même (Images d'archives)

 

présenté au festival de Cannes 2023  Séance spéciale

 

Une expérience cinématographique qui éclaire l’œuvre d’un artiste et révèle son parcours de vie, ses inspirations, son processus créatif, et sa fascination pour le mythe et l’histoire. Le passé et le présent s’entrelacent pour brouiller la frontière entre film et peinture, permettant de s’immerger complétement dans le monde de l’un des plus grands artistes contemporains, Anselm Kiefer...

Anselm - le bruit du temps
2007 Anselm Kiefer inaugure au Grand Palais l’exposition Monumenta. Une immense  chute d’étoiles  un titre qui comprend la naissance et la mort de l’univers
Exposition placée sous l’égide de Celan, d’Ingeborg Bachmann ceux-là mêmes que nous voyons et entendons réciter des extraits de poésie dans le documentaire que lui consacre Wim Wenders. Anselm le bruit du Temps,  en 2023  Un film d’une sidérante  richesse visuelle et musicale! 
Le cinéaste nous guide dans le "labyrinthe"  d’une œuvre géante -peintures architectures sculptures installations - œuvre qui reflète très souvent les traumatismes de l’histoire allemande (et particulièrement la Seconde Guerre Mondiale) en adoptant cette forme de lenteur que requiert toute contemplation quasi hypnotique; alors que les voix off entrelacées parfois presque murmurées "élaborent un récit parallèle"  (Musique originale composée par Leonard Küssner)
Voici le peintre pédalant dans son atelier  "monumental" (La Ribaute?) (en écho on verra Anselm enfant pédalant dans un  "autre"  univers) : regards et gestes de la main, ceux d’un puissant démiurge (constructeur, plasticien, peintre) ; la caméra le suit entraînant  le spectateur dans cet univers  dédaléen

Par un effet de circularité les sculptures de ces femmes/robes (mariées, martyres, fantômes)  dans des lieux naturels ou insolites nous accompagnent dans notre immersion, et le mouvement de va-et-vient constant entre l’enfance (Anselm Kiefer enfant interprété par Anton Wenders) et l’âge adulte se superpose au mouvement tourbillonnant de la caméra qui capte l’immobilité muette , jusqu’à cette conclusion proférée par Kiefer lui-même « l’enfance commencement du monde » Filmé de dos, il porte sur ses épaules l’enfant qu’il fut,  face à un plan d’eau qu’éclaire une lumière aurorale (ou crépusculaire ?)

 

Anselm Kiefer s’est toujours intéressé à la « position du regardeur » « je ne veux pas que l’on passe devant les tableaux je veux que l’on y entre » et de fait avec Wim Wenders nous plongeons dans les entrailles d’une œuvre (des encarts nous informent sur les différents lieux et ateliers, en Allemagne ou en France, à Barjac La Ribaute, à Croissy) comme nous plongeons simultanément dans les entrailles de l’histoire du monde (cf  les images d’archives) De même que l’artiste explore l’intérieur de la terre (cf les métaphores des galeries et tunnels) de même le cinéaste nous immerge dans le « rêve » d’intériorité que la matérialité même de l’œuvre « extériorise » (hélas il manque l’équipement 3D pour l’apprécier pleinement)

 

Si les deux   "œuvres"  (peinture cinéma) s’interpénètrent  en une osmose qui peut se révéler  parfois grandiloquente, c'est que les deux artistes se complètent : la peinture de l’un, exaltée par le talent  de l'autre , se prêtera aux abondantes mises en abyme .

Le film n’est-il pas autant un hommage à l’œuvre d’Anselm Kiefer qu’à celle du cinéaste ?

 

Colette Lallement-Duchoze 

 

NB La lenteur presque hypnotique a pu décontenancer certains spectateurs ….(bercement - ensommeillement)

 

 

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