Mont-Saint-Aignan, cinéma Ariel
Mont-Saint-Aignan, cinéma Ariel
De Naomi Kawase
Avec Nijiro Murakami, Jun Yoshinaga, Miyuki Matsauda
Film japonais présenté au festival de Cannes en CO
De Thomas Lilti
Avec Vincent Lacoste, Reda Kateb, Jacques Gamblin, Marianne Denicourt....
C'est le film d'un médecin-cinéaste,Thomas Lilti, sur les débuts d'un interne dans un hôpital. Sur un monde traité dans de nombreuses séries télévisées il nous donne à voir une image "équilibrée" du milieu hospitalier : pas de clinquant ripoliné mais pas non plus d'hygiène douteuse, pas de pathos lors de la mort de malades, peu de scènes de "carabins" en séance de défoulement...
Mais il soulève des problèmes essentiels : le manque de moyens, le sort fait aux médecins étrangers, une dose de népotisme et bien sûr le problème de conscience fondamental en face de la souffrance et de la mort.
On peut faire quelques réserves mineures,
Mais ne serait-ce que pour l'honnêteté de son aspect documentaire, ce film mérite d'être vu par le plus grand nombre.
ME
De Christophe Honoré
Avec (entre autres) Amira Akili, Sébastien Hirel, Mélodie Richard
Film construit à la manière d'un potache; film prétentieux de surcroît !
Un livre maculé de sang que le frère d'Europe sort de son sac, attention symbole? Message?
Un arbre peint en rouge Non non mon Philémon! et Baucis ?
Un camion (conduit par Jupiter) s'en vient ravir notre lycéenne/Europe. Attention Honoré revisite Duras?
Hormis la belle stature d'une génisse, hormis les pores douillets de quelques jeunes corps éclos au plaisir, quel gâchis dans cette pseudo actualisation des Métamorphoses d'Ovide!!
JM Denis
de Thomas Cailley
Avec Adèle Haenel (Madeleine) Kevin Azaïs (Arnaud)
Présenté à Cannes Quinzaine des Réalisateurs: Prix FRIPESCI et SACD; Label Europa Cinémas
Survivalisme et comédie, stage d'entraînement et romance, mélange des genres et des tonalités : un pari assez fou, mais Thomas Cailley l'a gagné! Ajoutons le travail très élaboré sur les couleurs, fondamentales ou complémentaires : bleu jaune mordoré vert -entre autres-, le charme fou de l'actrice Adèle Haenel, sans oublier la musique de Hit'N'Run -Benoît et Lionel Rault- (électro mais pas trop). Un film à ne pas manquer!
Elisabeth
de Olivier Assayas
avec Juliette Binoche, Kristen Stewart, Chloë Grace Moretz
Musique (entre autres le Canon de Pachelbel)
Présenté en compétition officielle au festival de Cannes, Sils Maria aurait été "victime (d'après la rédaction de Positif n°641/642) de l'abondance de films de qualité" et reparti bredouille. Et pourtant quelle richesse dans les thèmes abordés avec humour satire ou gravité! Quelle maîtrise dans la façon de filmer! Et quelle interprétation! (tant Juliette Binoche en Maria Enders, actrice au sommet de sa gloire et qui appréhende, anxieuse, les affres du temps, avant de les apprivoiser; que Kristen Stewart en assistante dévouée, lucide et "amoureuse"; courte apparition d'Angela Winkler dans le rôle de la veuve de Melchior).
C'est à Sils Maria une localité des Alpes (Grisons) à 1800m d'altitude que Nietzsche lors de son premier séjour eut, dit-on, l'illumination de "l'éternel retour". C'est dans Sils Maria que vont se télescoper en un jeu de miroirs réalité et fiction, présent et passé: la relation Maria/Valentine dans la "réalité" du film, semble reproduire la "réalité fictionnelle" de la pièce de théâtre Le serpent de Maloja, (20 ans auparavant Maria interprétait le rôle de la pétulante Sigrid capable de terrasser Helena une femme plus "âgée"; aujourd'hui Maria va jouer Helena et Valentine, lors des répétitions, "joue" Sigrid); duplication inversée toutefois: Val l'amoureuse est toujours en retrait jusqu'à sa "disparition"(de l'écran? de la Vie?)... Autre jeu de miroir: cinéma et théâtre, ou comment le premier peut magnifier le second; les superbes plans à la fin de l'épilogue enferment par leur cloisonnement -fût-il transparent- et simultanément ouvrent sur un devenir: voici Maria en Héléna dans la mise en scène assez futuriste de Klaus, une Juliette/Maria/Helena sereine radieuse, car elle a vaincu les angoisses du nevermore. Les chemins de la création (du dramaturge récemment décédé Wilhelm Melchior, et qui fit la carrière de Maria, aux plus jeunes metteurs en scène dont Klaus) croisent ceux de la vie. Chemins que les panoramiques sur les montagnes à la beauté somptueuse et redoutable à la fois mettent en exergue. Les concrétions de nuages -le fameux serpent (et d'ailleurs Olivier Assayas insère dans son film des extraits d'un documentaire des années 1920) annonciateur de "mauvais" temps -, métaphorisent la douleur très organique que peut éprouver une actrice quand, vieillissante, elle prend conscience que le passé ne sera pas devant soi...Nature et Culture qui d'un point de vue purement formel semblaient alterner (fondu au noir, plan sur l'environnement majestueux, puis séquence narrative, laquelle pouvait correspondre à un acte de la pièce de théâtre) vont "fusionner" grâce à cette alchimie dont certains cinéastes ont le secret....
CLD
PS Certains spectateurs et critiques ont vu d'évidentes "analogies" entre Sils Maria et Maps to the stars de Cronenberg (interrogation sur la carrière de stars vieillissantes?) il y en aurait sûrement plus avec le film de Téchiné "Rendez-vous"....
lundi 1/09 Un gros bémol à l'enthousiasme de CLD : de très beaux paysages, d'accord, un thème (viellissement d'une actrice) un peu rebattu , pourquoi pas, mais des dialogues finalement assez creux... Marcel Elkaim
d'Amos Gitaï
Sélection compétition officielle Mostra de Venise septembre 2013
Avec Yuval Scharf (Yael) Yussuf Abu-Warda (Yussuf) Sarah Adler (Miriam) Assi Levy (Sarah) Uri Gavriel (Hassan) Norman Issa (Norman)
Inspiré de l'histoire de Leïla Djebarine, femme polonaise rescapée d'Auschwitz convertie à l'Islam pour épouser un Arabe, le film Ana Arabia ( je suis Arabe) a été tourné dans un bidonville de Jaffa (banlieue de Tel Aviv), plus précisément une enclave où (sur)vivent Arabes et juifs
Tour de force: un seul plan-séquence de 81 minutes.
Les raisons? Adopter le point de vue d'un tiers invisible qui suit le personnage principal, une journaliste israélienne venue interroger famille et entourage d'un couple mixte dont l'épouse Siam Hassan vient de mourir? Certes mais surtout éviter coupures et raccords afin que "continuité et rythme englobent les fragments et les personnages" (propos du réalisateur).
Ainsi Yael, la journaliste qui "enquête" sur Siam Hassan pour un reportage, déambule dans les ruelles, passe de la rue à un salon, s'assoit, sort son calepin, téléphone, passe d'un interlocuteur à l'autre; les témoignages sont la preuve vivante de la possibilité d'une coexistence pacifique entre personnes de confession différente...L'espace arpenté par Yael (une topographie et une géographie réelles, avec des citronniers, des pièces de mécanique, des verres de thé, du linge et les décorations intérieures) dans cette enclave de "paix", est à mettre en parallèle avec le labyrinthe d'histoires racontées par le vieillard et les trois femmes (des évocations parfois douloureuses). Le dernier plan après un travelling ascendant met en évidence l'unité retrouvée: l'infini du ciel envahit l'écran !!!
Immerger la caméra dans une communauté où juifs et Arabes cohabitent sans difficulté majeure, rattacher ce modus vivendi au passé, et ce faisant proposer un contre exemple à la réalité sauvage, (les massacres le carnage le pouvoir de l'extrémisme religieux et politique ) est certes très louable mais ne convainc pas vraiment. Pourquoi? L'interprétation de Yuval Scharf (la journaliste) sonne faux: autant son allure de star hollywoodienne que la larme qui à un moment perle sur sa joue! (et du coup jette le discrédit sur les histoires assez "édifiantes" entendues auparavant). Cabotinage? fausse candeur? Le contraste, certes recherché par le réalisateur, entre la "bourgeoise ashkénaze" de Tel-Aviv et la "famille d'Ana Arabia", est si prononcé qu'il frise la caricature. De plus le choix d'un seul plan séquence loin de "fluidifier" la narration la transforme en une pièce de théâtre - où d'ailleurs entrées et sorties des personnages annoncées par une musique, seraient comme des pauses entre deux actes....
CLD
de Richard Ayoade
Grand prix long métrage au festival des Hallucinations collectives 2014.
Avec Jesse Eisenberg (Simon James/James Simon) Mia Wasikowska (Hannah) Wallace Shawn (M. Papadopoulos) Yasmin Palge (Mélanie)
On peut toujours gloser sur le thème du double: sosie réel ou fantasmé, frustration et paranoïa, quête d'identite, et le vertige qui en découle. Le film de Richard Ayoade, adaptation du roman de Dostoïesvski se prête en effet à une lecture plurielle! D'un point de vue formel, le film joue avec les "duplications" créant ainsi des effets spéculaires. Voici Simon James, timide voire timoré, et son double James Simon, extraverti flagorneur et cynique; voici les textes/dessins qu'Hannah jette régulièrement chaque soir, et que Simon récupère dans le vide-ordures pour les "reconstituer"; le rôle de la photocopie(use); celui des carreaux des vitres des miroirs où se reflètent des visages ou des corps; l'œil du voyeur (Simon scrute de sa longue vue, à la manière de James Stewart, la fenêtre d'en face -pénétrer l'intimité d'Hannah!). Les exemples abondent! Et quand Simon quitte son minuscule bureau, le couloir qu'il arpente seul en profondeur de champ, ne ressemble-t-il pas à un tunnel maléfique (dans toutes les acceptions de ce terme)?
Mais ce qui frappe d'emblée, c'est le décor: délibérément le réalisateur mêle ambiance futuriste et objets surannés (une photocopieuse à l'allure de tank, des ustensiles de cuisine et des lampes d'un autre âge, par exemple). Il brouille aussi les repères en introduisant des chansons japonaises des années 60...Les lumières et les couleurs (vitreuses chlorotiques ou verdâtres) l'absence de ciel et de verdure, créent un univers kafkaïen (le Procès d'Orson Wells avec ses cauchemars et son humour noir n'est pas loin) La scène d'ouverture pourrait être cocasse: dans le métro (?), quasiment vide, un passager -dont on ne verra pas le visage- fait comprendre à Simon qu'il a pris sa place; en fait cette scène met en évidence tel un message subliminal le premier "déraillement" (auquel assiste le spectateur) et le regard hébété du personnage en dit long sur une forme d'autisme. À l'entreprise où il travaille on lui demande de décliner son identité "mais je travaille ici depuis 7 ans". Serait-il à ce point transparent? Et quand apparaîtra son "double"un nouvel employé (mais personne hormis Simon ne prend conscience de cette ressemblance plus que troublante), il le sera encore plus (jusqu'à être "radié"de l'entreprise).
Il faut saluer la prestation de Jesse Eisenberg (vu récemment dans Night Moves) qui excelle autant à interpréter le caractère halluciné (et pourtant statique) de Simon un anti-héros solitaire, que la jovialité charismatique de James
Une firme qui traite des données pour ses clients, son PDG qui se fait appeler "colonel", un employé (James) qui usurpe le travail d'autrui (Simon) en exploitant ses talents, des suicides: caricature ou miroir à peine déformé de notre monde??
Colette Lallement-Duchoze
Festival Les Filmeurs
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