25 septembre 2020 5 25 /09 /septembre /2020 05:56

de Christian Petzold (Allemagne )

avec Paula Beer , Franz Rogowski, Jacob Matschenz , Maryam Zaree

 

 

Berlinale 2020 : Prix FIPRESCI et Ours d'argent de la meilleure actrice pour Paula Beer 

Ondine vit à Berlin, elle est historienne et donne des conférences sur la ville. Quand l’homme qu’elle aime la quitte, le mythe ancien la rattrape : Ondine doit tuer celui qui la trahit et retourner sous les eaux…

Ondine

si tu me quittes je serai dans l’obligation de te tuer

Le film s’ouvre sur une scène de rupture qui- dans un autre contexte- serait tout à fait banale. Sauf qu’ici...le réalisateur renoue avec un mythe selon lequel une Ondine ne peut vivre sur terre qu’à travers l’amour d’un humain ; trahie elle doit tuer l’homme qui la délaisse avant de regagner les eaux…..

Filmée en gros plan sur les deux visages (Johannes Jacob Matschenz et Ondine Paula Beer ) cette séquence d’ouverture oppose aussi deux conceptions de l’amour.

Dualité qui va être déclinée sous d’autres formes dans tout le film : réalisme et fantastique, rêve et réalité, monde terrestre (la capitale, son présent et son passé revisité) et monde aquatique (lac piscine aquarium), ainsi que les connotations du miroitement, de l’enfouissement, et en faisant d’Ondine une conférencière historienne qui explique à partir de maquettes, le tissu urbain de Berlin - une ville construite sur des marécages -, le réalisateur va insister sur la succession des oblitérations autant mémorielles que physiques 

 

Ondine s’affranchira -dans un premier temps- de son destin en s’éprenant d’un autre homme (habile détournement du mythe). La fulgurance du coup de foudre ? Un regard qui fait exploser un aquarium ; tels deux naufragés rescapés d’un tsunami, les deux êtres se sourient le visage ruisselant  de perles de lumière. Une séquence qui relève du fantastique certes mais en faisant de Christoph un scaphandrier-soudeur, le film s’inscrit aussi dans la contemporanéité (ces scaphandriers qui lors de la réunification des deux Allemagnes ont sondé  " le monde souterrain"  de l’Alexander Platz !!! l’exploration d’une capitale en perpétuelle transformation !!)

Tout en renouant plus tard dans la narration avec des figures mythiques, dont celle du silure… ce poisson à  la fois commun et mystérieux. Ou avec le merveilleux ( au fond du lac, une pierre sur laquelle est gravé le prénom  Ondine; les   taches rouges indélébiles  dans l'appartement,  désormais occupé par un autre couple) -

Comme si la présence d’Ondine flottait encore et toujours par-delà l’Histoire et les histoires. C’est qu’il s’agit aussi d’une foi inébranlable en la puissance de l’amour. Thème majeur de cette dernière partie -annoncée par un encart temporel deux ans plus tard-  alors qu’elle est imprégnée par l’envoûtement troublant d’une présence-absente (ou absence-présente) hors du temps

 

 

Un film que je vous recommande

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

Partager cet article
Repost0
23 septembre 2020 3 23 /09 /septembre /2020 04:27

d'Emmanuel Mouret (France 2020)

avec Camélia Jordana (Daphné) , Niels Schneider (Maxime), Vincent Macaigne (François) Emilie Dequenne (Louise) Guillaume Gouix (Gaspard) Jenna Thiam (Sandra) 

 

 

Sélection officielle Cannes 2020

Daphné, enceinte de trois mois, est en vacances à la campagne avec son compagnon François. Il doit s’absenter pour son travail et elle se retrouve seule pour accueillir Maxime, son cousin qu’elle n’avait jamais rencontré. Pendant quatre jours, tandis qu'ils attendent le retour de François, Daphné et Maxime font petit à petit connaissance et se confient des récits de plus en plus intimes sur leurs histoires d'amour présentes et passées...

Les choses qu'on dit, les choses qu'on fait
Emmanuel Mouret est un réalisateur dont on aimerait être l’ami. Il sait peindre les choses graves de la vie avec légèreté. Ses dialogues sont un régal et le sujet passionnant puisqu’il s’agit d’amour, de désir, des chassés -croisés, sans oublier la morale.
Ces trentenaires séduisent à plein temps, se font et se défont, sans préjugés mais toujours avec la préoccupation de garder l’estime de soi en n’étant pas salaud, en évitant de faire du mal.  Aucun machisme, les femmes mènent la danse, elles sont libres et si charmantes. Niels Schneider est remarquable d’expressivité retenue.
Le marivaudage rappelle Eric Rohmer dont il est un digne descendant. On a le sentiment parfois que notre jeune réalisateur dépasse le maître car la forme, les prises de vue, le montage, la musique sont au cordeau. Dialogues intelligents brillants, alertes, questionnements : peut- il y avoir du désir sans amour et quelle est cette force irrépressible qui nous amène à désirer ? La jalousie est-elle dépassée de nos jours où nul ne doit être la propriété de quiconque, mais...
 
Bref on passe un moment délicieux, poétique, comme hors du temps mais paradoxe : la problématique est tellement actuelle.
Le scénario tient debout, est truffé de rebondissements, très surprenants même, avec de beaux personnages simples. Le personnage incarné par Emilie Dequenne est digne de Corneille.
Alors, aucune hésitation, allez voir ce film si vous aimez voir valser les mots et les sentiments.
 
 
Serge Diaz
Partager cet article
Repost0
21 septembre 2020 1 21 /09 /septembre /2020 05:15

de Caroline Vignal (2019)

avec Laure Calamy, Benjamin Lavernhe, Olivia Côte, Marc Fraize, Marie Rivière 

 

 

Sélection officielle Cannes 2020

Des mois qu’Antoinette attend l’été et la promesse d’une semaine en amoureux avec son amant, Vladimir. Alors quand celui-ci annule leurs vacances pour partir marcher dans les Cévennes avec sa femme et sa fille, Antoinette ne réfléchit pas longtemps : elle part sur ses traces ! Mais à son arrivée, point de Vladimir - seulement Patrick, un âne récalcitrant qui va l'accompagner dans son singulier périple…

Antoinette dans les Cévennes

Partir sur les traces de Stevenson (qui a donné son nom au GR70) pour (re)conquérir son amant ? Dresser un animal réputé pour son entêtement et progressivement en faire un confident ami ? Autant de défis pour cette jeune femme pétulante ! Mais ne nous ne méprenons pas. Si la relation Patrick (l’âne) Antoinette emprunte au Voyage avec un âne dans les Cévennes de Stevenson, si ce romancier écossais lui aussi avait entrepris ce périple de 195km suite à une « peine de coeur » (ce que rappelle l’hôte à Antoinette dont le visage et le regard s’éclairent d’empathie) la comparaison s’arrête là….

Le film débute comme un  vaudeville, (le fameux trio maîtresse mari femme) : Antoinette la maîtresse d’école parée d’un fourreau satiné fait interpréter- pour la fête de fin d’année-, un tube de Véronique Sanson Amoureuse sous l’oeil étonné, légèrement réprobateur de certains parents….dont le père d’une de ses élèves, Vladimir, qui ...précisément est son amant... un amant qui ne respecte pas sa promesse : partir avec elle une semaine (c’est le prologue)

 

Dès qu’elle sera « embarquée », dès qu’elle sera confrontée à l’improbable, dès qu’elle devra assumer seule (elle la néophyte en rando) des situations inédites, le film évolue tout comme évolue la relation entre elle et Patrick, Ses confidences - d’abord une voix intérieure- elle va les murmurer à l’oreille de l’équidé qui, miracle, en est tout stimulé : la parole amie qui dit la souffrance comme substitut du fouet ! Progressivement cette quadra se déleste d’un « amour encombrant » et sa quête est devenue celle du bonheur, tout simplement (loin des qu’en dira-t-on, des préjugés incarnés par quelques randonneurs attablés lors d’une pause).

 

Car cette aptitude à l’émerveillement qui habitait à n’en pas douter le personnage, s’incarne avec plus de densité, de consistance grâce à sa relation avec l’âne qui lui « apprend » à se libérer de tout ce qui « encombre » esprit et coeur (dont cette croyance en l’amour-passion contrarié comme l’expliquera Eléonore la femme de Vladimir dans un échange de propos inoubliable !!!) Après des chemins tortueux (à l’instar de cet égarement qui contraint le duo à dormir à la belle étoile..) Antoinette sera plus sereine : ce dont témoigne la scène où elle se promène altière buste droit tête haute dans un village….

 

Le film est porté par Laure Calamy dans le rôle-titre, une actrice étonnante de justesse à la fougue constructive et souvent irrésistible de drôlerie (on lui pardonnera ses bougonneries à la Karine Viard plus ou moins prononcées).

La réalisatrice crée un tempo en faisant alterner les séquences de duos Antoinette/âne (filmés en plans rapprochés ou de loin comme se détachant sur la ligne des crêtes) et les scènes en groupe, les plans panoramiques sur le paysage cévenol et les intérieurs du vivre ensemble. Un film au rythme fluide, aux dialogues à la fois sobres et percutants. Et petit clin d’oeil à Rohmer dans le choix de l’actrice Marie Rivière

 

Et l’on comprend aisément que la critique soit unanime dans l’éloge de cette comédie dont la ténuité scénaristique est largement compensée par tant d’autres qualités

Mais aller jusqu’au dithyrambe...Non !

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

Ne boudons pas notre plaisir. Un tel film fait du bien au moral. L'actrice principale est absolument charmante, le scenario est alerte et la fin est heureuse, enfin ! Il y a du François Truffaut dans ce film dans le sens où les personnages sont un peu décalés (le Noir qui tient avec son épouse le restaurant refuge dans les Cévennes) et au début de l'automne on a envie de repartir en vacances, saines de préférence.

 
Serge Diaz  27/09/2020
Partager cet article
Repost0
19 septembre 2020 6 19 /09 /septembre /2020 05:17

Documentaire réalisé par Richard Minier et Edouard Salier 2019

avec R Minier, Boncana Maïga 

 

 

Prix Sacem du meilleur documentaire musical de création en 2019

et Coup de cœur Festival du Film Francophone d'Angoulême en 2020.

C'est une histoire qui commence en pleine guerre froide, en 1964, quand dix musiciens maliens débarquent dans la Havane de Castro pour y étudier la musique. En brassant les sonorités ils deviennent le premier groupe afro-cubain de l'histoire : les Maravillas de Mali. Cinquante ans plus tard, entre Bamako et la Havane, nous partons à la recherche du maestro Boncana Maïga, son chef d'orchestre, avec le projet fou de reformer ce groupe de légende !

Africa mia

18 ans d’enquête, 18 ans de quête

tel est l'aveu de  Richard Minier (voix off) .

Compositeur et producteur de musique, il est à l’initiative du projet : reconstituer le groupe Las Maravillas de Mali. A partir de 200h de rushes, Edouard Salier a voulu dans  ce documentaire (outre le coup de projecteur sur un groupe de virtuoses oubliés..) mettre en évidence l’acharnement de cet homme à rechercher compiler interroger. Nous allons suivre Richard Minier de Bamako à La Havane en passant par Abdijan et Paris; et s’il ne parvient pas à reconstituer le groupe, au moins aura-t-il réussi à donner corps à une « odyssée », grâce à  sa collecte d’archives et de témoignages 

 

Après avoir rencontré le flûtiste Dramane Coulibaly il apprend que quelques musiciens maliens envoyés à Cuba en 1964 (le gouvernement malien est à l’époque socialiste) vont former un groupe Las Maravillas de Mali. En  fusionnant les apports de leurs origines  avec le « son » cubain ils sont devenus une référence de la salsa. Adorés puis vilipendés, ostracisés : un coup d'Etat au Mali qui renverse le président socialiste Modibo Keîta, va provoquer leur disgrâce...

Boncana Maïga -flûtiste, compositeur, chef d'orchestre- s'exile en Côte d'Ivoire; il sera de retour dans son pays en 2005. Ce septuagénaire (à ce jour seul survivant du groupe) auquel Africa mia fait la part belle va, plus de 50 ans après, "prendre sa revanche" en organisant un concert en 2018 à ...l'hôtel l'Amitié à Bamako

C'est sur ce lieu au nom mythique que s'ouvre et se clôt le documentaire . Circularité et pérennité

 

  Un documentaire au rythme souvent échevelé, à valeur d'épopée

Un documentaire à la « double résonance historique et musicale entre deux continents »

Un documentaire hymne à la musique (afro-cubaine : son âme)

et à l’amitié (des scènes de retrouvailles poignantes d'émotion)

 

à voir (Omnia aux Toiles) 

 

Colette Lallement-Duchoze  

 

 

Partager cet article
Repost0
18 septembre 2020 5 18 /09 /septembre /2020 04:34

de Sarah Gavron (Grande Bretagne)

avec Bukky Bakray, Kosar Ali, D'angelou Osei Kissiedu, Ruby Stokes 

Rocks, 15 ans, vit à Londres avec sa mère et son petit frère. Quand du jour au lendemain leur mère disparaît, une nouvelle vie s’organise avec l’aide de ses meilleures amies. Rocks va devoir tout mettre en oeuvre pour échapper aux services sociaux

Rocks

Rocks c'est le surnom de Shola Joy Omotoso d'origine nigériane -admirablement interprété par Bukky Bakray

Rocks c'est un film collaboratif (cf générique de fin) ; le travail collectif en amont -scénario, dialogues; ateliers avec des adolescentes, des travailleurs sociaux- lui confère une authenticité indéniable, et le jeu des actrices -non professionnelles- illustre leur naturel, leur spontanéité -comme si elles oubliaient la caméra...

Un clin d'oeil qui fleure le marketing accompagne l'affiche "Un Ken Loach au féminin" . Est-ce parce que le thème est éminemment social, que la réalisatrice est une femme, que l'équipe technique est féminine et que le groupe des six jeunes est féminin? Un peu facile et racoleur...Non?

 

Abandonnée par Funke, une mère dépressive, orpheline de père depuis l'âge de quatre ans, Rocks doit à 15 ans agir en "adulte responsable": prendre en charge son tout jeune frère Emmanuel. Pour échapper aux services sociaux elle ira coucher chez des copines ou à l'hôtel, jusqu'au jour où....  Mais dès que l'adolescente est avec ses amies -Agnès, Sabina, Sumaya, Yawa, Khadijah- elle retrouve l'insouciance la  légèreté, la joie de vivre tout simplement. Le prologue -auquel fera écho le plan final- met l'accent sur cet aspect;  alors que le  film épouse  le parcours entre ces deux pôles -avec variations de plans ambiances et musiques; une caméra souvent à hauteur de visages comme pour en calligraphier les émotions, très mobile aux moments de tension, plus fixe pendant les accalmies. Ombre et lumière!

D'abord réticente à toute forme de "confession" -Rocks garde secret le départ de sa mère et veut agir seule- elle comprendra que le "vivre ensemble" s'accomplit aussi dans le partage des tourments. Solidarité et sororité. Ode à l'amitié 

 

Et si à travers le personnage de cette jeune fille de 15 ans,  Sarah Gavron fait le portrait de l'adolescence dans sa complexité (dont le découpage de visages  comme support à la découverte de l'univers de Picasso, serait la métonymie) son film est aussi un hymne au multiculturalisme -les 6 amies n'incarnent-elles pas la diversité sociale, culturelle et religieuse dans la capitale britannique contemporaine?

 

à voir 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

Partager cet article
Repost0
16 septembre 2020 3 16 /09 /septembre /2020 12:51

De Sébastien Lifshitz  documentaire (France)

Amies inséparables, Anaïs et Emma ont pourtant des caractères opposés et appartiennent à des milieux très différents, conditionnant pour beaucoup ce qu’elle sont et traversent au cours de ces cinq ans. La part de liberté accordée à chacune n'est pas la même : l’une peut s'opposer avec une énergie farouche à ce que le destin semble lui réserver, l’autre mène mollement son existence et s’interroge vainement sur ses aspirations. Le film retrace leur évolution, de l'âge de 13 à 18 ans, où les transformations radicales et les premières fois ponctuent leurs vies quotidiennes. L'occasion également de voir une France qui change...

Adolescentes
Beaucoup de bien, à juste titre, a déjà été dit sur ce documentaire de 2 H 15 où l’attention du spectateur ne faiblit à aucun moment.
On suit deux adolescentes copines, de milieux sociaux différents, de la fin de la 4ème à la Terminale, avec authenticité et bienveillance.
 
Exploit du réalisateur qui réussit ce tour de force de la cohérence dans le changement sur une longue période, de cet âge dit difficile et d’avoir été toujours présent avec sa caméra aux moments cruciaux. Sébastien Lifshitz réussit à capter des dialogues plus vrais que vrais. Il nous offre un tableau très intéressant de cette jeunesse bien ancrée dans son temps (référence en passant aux attentats terroristes de 2015 et des élections présidentielles de 2017) mais aussi à l’orientation des jeunes vers la formation professionnelle pour l’une, de parcours sup. pour l’autre.
En résumé, on apprend, on s’étonne, on compare, on rit, on constate avec tristesse parfois.
 
Il en sort que la question du bonheur, ou plutôt de l’aptitude au bonheur et de ses origines reste posée. Laquelle des deux jeunes filles réussira le mieux sa vie ?...
La question reste ouverte et ce n’est pas la moindre richesse de cet excellent documentaire, qui fera date.
 
Serge Diaz

Partager cet article
Repost0
13 septembre 2020 7 13 /09 /septembre /2020 06:40

De Carlo Sironi (Italie Pologne 2019)

avec Sandra Drzymalska, Claudio Segaluscio,  Bruno Buzzi

Un jeune Italien Ermano est chargé d’accueillir une jeune polonaise et de prendre soin d‘elle le temps qu’elle donne naissance à un enfant dont elle devra se séparer au profit d’une famille adoptive (Fabio l’oncle d’Ermano, d’ailleurs rémunéré pour cela)

Sole

Le contournement de la loi (procédure d’adoption manigancée par le couple stérile Fabio et Bianca faisant du neveu le faux père …) sert de point de départ à ce film. Mais l’essentiel concerne la relation Ermano/Lena et plus précisément de l’avis même du réalisateur Sole raconte l’histoire d’un garçon qui parce qu’il doit faire semblant d’être père arrive à se sentir père 

Le film tel un sismographe va enregistrer (et le spectateur avec lui) la moindre pulsation, (à l’instar de celles que perçoit Lena enceinte), la plus imperceptible évolution d’un « couple » apparemment impassible indifférent ; Ermano (jusqu’à son contrat avec son oncle était voleur de scooters et accro aux machines à sous) Lena (vit depuis un an en Italie sans attache) sont comme des étrangers, ils sont aussi  absents à eux-mêmes ; mais sous le masque de la douceur mélancolique se lovent -peut-être - douleurs et rêves enfouis

 

Et le réalisateur a opté pour certains procédés (qui à n’en pas douter vont provoquer le rejet sinon le malaise chez certains spectateurs) Son approche sera clinique

D’abord le format 4.3 celui qui précisément « enferme » les personnages dans un cadre restreint (visage d’Ermano qui se détache telle une effigie, visage de Lena au regard éteint ou faussement scrutateur ; duo impassible et impavide regardant un lointain inaccessible ; ou alors le cadre s’élargit et le visage vu d’abord en gros plan se fond en se dissolvant dans un ensemble). Le choix des couleurs participe de la même volonté : océaniques (on est dans une  station balnéaire et la décoration de l’ascenseur abolit la frontière avec le réel) verdâtres ternes , lumière pastel .À cela s’ajoutent le laconisme des dialogues et cette succession de plans fixes (dont certains avouons-le...un peu longs...). Enfin absence de musique -hormis quelques morceaux d’électronique de Teonoki Rozynek

 

Mais...cynisme et insolence progressivement s’estompent : le regard d’Ermano aura l’éclat d’une épiphanie et l’indolence affichée de Lena (aux postures balthusiennes, parfois) va se transfigurer en son contraire dans un sursaut ...final.

Ainsi nous aurons assisté à une autre naissance que celle de Sole, celle des deux personnages à eux-mêmes

 

Un film de regard

Un « film sur la pudeur de l’amour »

Un film que je vous recommande (Omnia aux toiles) 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

Partager cet article
Repost0
12 septembre 2020 6 12 /09 /septembre /2020 06:10

De Sophie Deraspe (Canada Québec) 2019

avec Nahéma Ricci, Rachida Oussada, Nour Belkhirla 

 

 

Film couronné de 5 prix aux Oscars canadiens  dont ceux  du meilleur film et de la meilleure actrice

Antigone est une adolescente brillante au parcours sans accroc. En aidant son frère à s'évader de prison, elle agit au nom de sa propre justice, celle de l'amour et la solidarité.Désormais en marge de la loi des hommes, Antigone devient l'héroïne de toute une génération et pour les autorités, le symbole d'une rébellion à canaliser...

Antigone

mon coeur m’a dit de sauver mon frère

 

En s’emparant du « mythe » d’Antigone (Sophocle) -revisité d’ailleurs par Anouilh et Brecht (comme le signale le générique de fin) la réalisatrice québécoise en fait une œuvre très contemporaine en l'ancrant dans la réalité du XXI° siècle - excusez ce  truisme-- mais tout en perpétuant une tradition théâtrale, elle fait retentir un hymne dédié à la jeunesse, celle qui, toutes origines et classes sociales confondues (avenir du Canada), prône la supériorité de « la loi du coeur sur la loi des hommes » (portée universelle)

 

Une bavure policière (Etéocle  lâchement abattu et Polynice emprisonné)   sera l’élément déclencheur ; les réseaux sociaux vont jouer le rôle des choeurs de la tragédie antique, une psychiatre aveugle celui du devin Tirésias, l’autorité de Créon transformée en pouvoir répressif multiforme (police, justice, établissements correctionnels, prison);  la campagne initiée par Hémon  en faveur d’Antigone -où domine le rouge -évoque astucieusement l’Affiche rouge, et certains plans sur le visage de Nahéma Ricci rappellent de toute évidence la Falconetti de Dreyer, en Jeanne d'Arc!

 

Alors que le film aborde de nombreux problèmes dont certains brûlants d’actualité -intégrisme au Maghreb, décennie noire en Algérie, guerres des gangs à Québec, politique migratoire canadienne, violence policière, sort des immigrés en attente de citoyenneté...- Sophie Deraspe évite la surenchère ; ni volonté démonstrative trop appuyée ni impact émotionnel trop facile. C’est que dans le montage tout semble aller de soi : on passe d’instants dits tragiques à des écrans de portable d’où jaillit la parole des réseaux sociaux, des couleurs vives et chaudes (appartement de la famille, rassemblements des jeunes) aux couleurs froides (poste de police prison palais de justice) -ici l’opposition des couleurs, des ambiances évoque avec  sobriété  un contexte socio-politique- et d’un point de vue cinématographique assure le triomphe de la fonction sur la parole ; de même que la mise en scène suggère très souvent le cloisonnement de l’espace comme obstacle à un trop plein d’énergie et que les flash back sont moins l’illustration d’un pan du passé,  qu’une nouvelle prise de conscience de ce passé, dans un autre contexte (Nahéma enfant, dépouilles des parents jetées sans sépulture, frère footballeur et dealer par exemple)

Mais surtout l’interprétation de Nahéma Ricci en Antigone contemporaine habitée,  tragique et solaire, sensuelle et pudique,  force l’admiration tant elle est convaincante

 

Un film qui allie avec élégance  classicisme et  actualité,   à ne pas rater (Omnia aux Toiles) 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

ps en canadien on dit "déportation" (et non "expulsion") 

à méditer !!!! 

 

 

Partager cet article
Repost0
7 septembre 2020 1 07 /09 /septembre /2020 06:09

de David Zonana (Mexique) 

avec Luis Alberti, Hugo Mendoza,  Jonathan Sanchez

 

Francisco voit son frère mourir d’un accident sur le chantier où ils travaillaient ensemble. N‘obtenant aucun dédommagement du propriétaire, Francisco invente une façon inédite de se venger de lui.

 

Mano de obra

Non nous ne sommes pas dans un film à la Ken Loach (malgré la prégnance de la thématique « lutte de classes » ou du moins malgré la peinture des inégalités sociales éhontées) mais plutôt du côté de Parasite de Bong Joon-ho En mettant au premier plan la « main d’oeuvre », celle des ouvriers du bâtiment, en mêlant film social et thriller, David Zonana signe une œuvre étrange déconcertante, une fable au déterminisme implacable « personne n’est complètement bon ou mauvais » (avertissement) manipulation et corruption gangrènent les rapports humains, de classe et de travail

 

Après la mort accidentelle de son frère Claudio sur un chantier, (construction d’une luxueuse villa) Francisco n’a de cesse de faire triompher la justice ; face à l’incompréhension aux dénis aux refus (une pseudo enquête conclut à l’imprégnation alcoolique du travailleur au moment de la chute, alors qu’il a toujours été sobre, ce qui dispense de verser des indemnités à la veuve …) il met en œuvre progressivement et méthodiquement une « justice immanente ». S’approprier la luxueuse villa, en faire bénéficier tous ses compagnons d’infortune...avec leur famille. Mais la communauté sera confrontée à des dissensions, à une gestion plus ou moins mafieuse et à la guerre des égos jusque….

 

Pour illustrer ce cheminement David Zonana opte pour une caméra fixe, une succession de plans séquences comme autant de « saynètes » avec plans fixes, panoramiques ou lents zooms, et pour un traitement minimaliste (avec ellipses ou hors champ …Il appartiendra  au spectateur de reconstituer d'imaginer certains faits et gestes de Francisco par exemple! ).

Il fait de la luxueuse villa blanche le microcosme des confrontations. Au moment de sa construction, elle oppose le monde du travail à celui du capital. Occupée par les ouvriers, elle est d'abord espace d’une « réappropriation », avant de devenir celui  d’affrontements irréversibles.

Alors que simultanément nous aurons cheminé de l’extérieur (jardins murs, baies vitrées, terrasses) vers l’intérieur (chambres, immenses salles de bains, espaces de loisirs et de détente) et que nous aurons été témoins de drames  (la mort d’un ouvrier sur le chantier, le délitement de la communauté à l’intérieur )

 

Une démonstration fulgurante de justesse!

 

Un film original à voir assurément !

 

Colette Lallement-Duchoze

Partager cet article
Repost0
29 août 2020 6 29 /08 /août /2020 13:25

 De Gustave Kervern et Benoît Delépine (Belgique France) 

avec Blanche Gardin (Marie) Denis Podalydès (Bertrand) Corinne Masiero (Christine) Vincent Lacoste  (le sextapeur) Benoît Poelvoorde (le livreur Alimazone) Bouli Lanners (Dieu) Philippe Rebbot (le feignasse) Vincent Dedienne (le fermier bio) Michel Houellebecq (le client suicidaire) 

 

Ours d'Argent au festival de Berlin 2020

Dans un lotissement en province, trois voisins sont en prise avec les nouvelles technologies et les réseaux sociaux. Il y a Marie, victime de chantage avec une sextape, Bertrand, dont la fille est harcelée au lycée, et Christine, chauffeur VTC dépitée de voir que les notes de ses clients refusent de décoller.Ensemble, ils décident de partir en guerre contre les géants d’internet. Une bataille foutue d'avance, quoique...

Effacer l'historique

Vous vous souvenez sur ce rond-point on a découvert qu’’on était voisins et on le savait pas  (Marie)

Un rond-point qui jouera le rôle d’épicentre ; filmé à plusieurs reprises et sous des angle différents il symbolise la lutte des Gilets Jaunes, une lutte qui perdure : On est là on est là:  chantent les trois personnages de cette comédie à la fois absurde et fantasque, drôle et farfelue sur l’emprise aliénante des nouvelles technologies, emprise qui frise l’addiction (constat amer de Christine "c’est pire qu’un bracelet électronique")

Et par-delà ses revendications sociales et politiques, le mouvement n’avait-il pas fait émerger cet humanisme profond, celui que précisément le tandem Delépine/Kervern a toujours revendiqué, en dénonçant les dérives d’un système qui broie les faibles et les éclopés ?

Rond-point dont la courbe s’oppose à la verticalité des géants du Net que l’on va affronter jusqu’aux USA. Rond-point et ronde de la vie toujours recommencée ! Grands angles grands espaces vides comme pour accentuer la solitude de l’individu pris au piège (50km pour un service dit de proximité ; affaire du siècle "antivirus gratuit pour 14 euros par mois"; voix suave d’une Miranda sur laquelle on fantasme avant d’être confronté à son simulacre sur l’île Maurice…)

 

Comique de situation souvent hilarant, réflexions apparemment naïves, blagues potaches : on rit certes mais jamais aux dépens de Marie,  Christine et Bertrand : humains trop humains dans un monde de plus en plus connecté mais ….qui a détruit le vrai lien social (lien que précisément les Gilets Jaunes avaient magnifié)

 

Comment récupérer les données -ou du moins les maîtriser ? Facebook ne répond pas aux 42 lettres recommandées envoyées par Bertrand ; Marie rêve d’un centre de données où il suffirait de taper « Sextape Hauts de France ». Dieu serait-il sourd ? Certes il s’est réincarné en un geek perché dans une éolienne, mais il avouera son impuissance face à  l’Hydre planétaire des temps nouveaux (au moins Héraclès avait-il vaincu celle de Lerne!)

 

Mais que sont nos problèmes vus de la Lune? Se demande Marie (admirable Blanche Gardin) allongée sur un transat (la tête dans les étoiles??) 

Et voici que la caméra décolle de la planète Terre, s’envole, dépasse les « clouds »... jusque…

 

Colette Lallement-Duchoze

 

J'ai été très déçu car le film n'est pas drôle à de rares réparties près...(celles de Blanche Gardin).

Peinture bâclée de la misère, voire méprisante à l'égard des Gilets jaunes dépeints comme les nazes de chez naze, si fait que tous les phénomènes d'aliénation qui sont montrés (les jeux d'argent, le portable, etc...) ne mènent nulle part ailleurs qu'à un gros humour potache, une idéologie anar de droite à la Houellebecq.

Tristes clichés avec un scénario qui patauge vers la fin et renforce l'incohérence du film dans son ensemble.

Serge Diaz  3/09/20

Partager cet article
Repost0

Mode d'emploi

Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

Envoyez vos articles ou vos réactions à: artessai-rouen@orange.fr.

Retrouvez aussi Cinexpressions sur Facebook

 

 

Recherche