15 juin 2023 4 15 /06 /juin /2023 16:47

2 documentaires réalisés par  Jean Eustache    1968 et 1979

avec les habitants de Pessac, le(s) maire(s) et la(es) rosière(s)

Depuis 1876 à Pessac, la ville natale d'Eustache, le maire et un jury procèdent chaque année à l'élection d'une "Rosière"  une jeune fille choisie pour un an, pour ses qualités morales et sa vertu, qui recevra un prix honorant toute la communauté

Printemps 1968. Une vingtaine de notables se réunit autour du maire de Pessac pour comparer les situations de quelques jeunes filles triées sur le volet. La plus vertueuse est élue 72ème Rosière de Pessac. La cérémonie est organisée selon un protocole strict : la remise de la dot, le cortège mené par la fanfare, la messe, les discours, le banquet et ses chansons à boire.

10 ans après retour à Pessac avec l'idée de "refaire le même film" 

La Rosière de Pessac 1968 et 1979

" En 1968 quand j'ai tourné le film, j'ai regretté qu'il n'existe pas le même film tourné en 1896 l'année où cette tradition qui remonte au Moyen Age a été ranimée et instituée et qui correspond à peu près à l'invention du cinéma. J'ai rêvé à ce qu'auraient pu faire les frères Lumière en 1905, en muet, sur cet événement; j'ai rêvé qu'un autre opérateur aurait filmé la cérémonie pendant la guerre de 14-18, on aurait vu les poilus le village et les gens tels qu'ils étaient à l'époque; j'imaginais le même film en 1936, au moment du Front populaire , et puis il y aurait eu la Rosière sous l'Occupation, avec des Allemands regardant passer le défilé.

L'envie m'est venue de le refaire, exactement de la même façon, en filmant la même chose  avec cette idée donc que si on filme la même cérémonie , qui se déroule sous tous les régimes , sous toutes les Républiques , on peut filmer le temps qui passe, l'évolution et la transformation d'une société à l'intérieur d'une certaine permanence, celle d'un lieu et celle d'une tradition. C'est l'idée de temps qui m'intéresse" Jean Eustache 

Je voudrais que les deux films soient montrés ensemble : d'abord celui de 79, ensuite celui de 68. Une façon de dire aux gens : si vous avez envie de savoir comment ça se passait avant, restez, vous allez voir. » J. Eustache, «Cahiers du cinéma», n°306. décembre 1979

En voulant capter un rituel de fête, en respectant scrupuleusement la "matière" même du sujet -une sorte de   "cinéma vérité" avec un dispositif spécifique -place des lumières et des micros, déplacement de l'opérateur et de la caméra, absence de commentaire-,  afin de ne faire jaillir que "la réalité humaine" et surtout les rapports entre les individus (devenus acteurs de leur "destin" ), en jouant le rôle d'un témoin qui  filmerait à distance,  le réalisateur constate que la "reprise du même système de captation" à 11 ans d'intervalle offre une dimension tout autre du réel . Et ce ne sont pas seulement   la couleur (qui s'est substituée au noir et blanc)  les vues aériennes (plus abondantes) les  travellings ascendants sur des façades de buildings,  qui en "changeant la forme"  proposent une autre vision du réel.

Filmer la  mise en scène des autres  (ici une cérémonie avec son rituel immuable) dont on sera le témoin, fait que tôt ou tard elle va s'inscrire dans votre propre façon de "la mettre en scène". Le spectateur est convié à "voir" une double mise en scène celle d'un document ,celle d'un réalisateur qui aura "transformé"  cette matière première.  Dans la version de 1968 il y a comme un sous-texte (qui affleure dans le prêche du curé mais nullement dans le laïus "baveux" du maire au sourire mielleux) il  concerne la révolte de la jeunesse; dans la version de 1979 c'est le chômage qui habite tous les discours (celui du maire et  celui du curé) Si les critères d'exception morale semblent toujours prévaloir, (pour le choix de la Rosière)   le mérite dû au travail est plus prégnant en 1979. Cela étant , à 11 ans d'intervalle le propos antiféministe des "mâles" dominants n'est toujours pas "remis en cause" ( les clins d'oeil et remarques salaces font florès!!) 

 

Une belle leçon de cinéma!

et une belle définition du "réalisme" 

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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12 juin 2023 1 12 /06 /juin /2023 17:48

Court métrage de Jean Eustache (1980)

 

avec Alix Cléo-Roubaud, Boris Eustache 

 

Rétrospective Jean Eustache (même séance que Numéro Zéro: la grand-mère du cinéaste Odette Robert filmée en continu avec deux caméras fixes qui vont capter le  flux  et le reflux du Verbe  ) 

 

Les Photos d'Alix (Jean Eustache, 1980) (lefilm.co)

Une photographe (Alix Cléo-Roubaud) discute avec un jeune homme (le fils de Jean Eustache). Elle lui montre des photos qu’elle commente. Elle explique ses effets, ses intentions, explique le contexte, décrit les personnages. Tantôt on les voit parler, tantôt on voit les photos plein cadre. Peu à peu le commentaire s’écarte des images. D’abord un peu, puis de manière de plus en plus flagrante au point de ne plus correspondre du tout à ce qu’on voit.

Les photos d'Alix

César du meilleur court métrage de fiction 1982

Quand bien même ce serait un « essai en forme de canular » ce court métrage a l’immense mérite de « décloisonner désynchroniser » discours et image, et le décalage entre ce que nous voyons et ce que nous entendons est à la fois salutaire (c’est une mise en garde contre la « trahison des images » pour parodier  le titre d’une toile de Magritte) et ironique (cf le phrasé d’Alix sa diction ses afféteries assumées au service d’un exposé qui progressivement assure le triomphe de l’impudique;  après tout "une photo peut être personnellement pornographique tout en étant publiquement décente " .)

Et  simultanément le discours est hors champ quand l’image est présente (càd quand nous la voyons à l'écran)  et inversement l’image est  hors champ quand le discours est bien présent.

Réel et non-réel, réel et sur-réel (Alix dit clairement que la photo est trafiquée, elle en explicite le mécanisme mais in fine on ne sait plus si le « faux » émane de l’image ou du discours sur l’image ou des deux ! )

19’ de pur bonheur !!

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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10 juin 2023 6 10 /06 /juin /2023 11:38

d'Andrea Di Stefano (Italie 2022) 

 

avec Pierfrancesco Favino, Linda Caridi, Antonio Girardi, Katia Mironova

 Franco Amore porte bien son nom. Il dit de lui-même que, durant toute sa vie, il a toujours essayé d’être un honnête homme, un policier qui, en trente-cinq ans d’une honorable carrière, n’a jamais tiré sur personne. Ce sont en effet les mots qu’il écrit pour le discours qu’il tiendra au lendemain de sa dernière nuit de service. Mais cette dernière nuit sera plus longue et plus éprouvante qu’il ne l’imagine et mettra en danger tout ce qui compte à ses yeux : son travail au service de l’État, son amour pour sa femme Viviana, son amitié avec son collègue Dino, jusqu’à sa propre vie. Et c’est durant cette même nuit, dans les rues d’un Milan qui ne semble jamais voir le jour, que tout va s’enchaîner à un rythme effréné

Dernière nuit à Milan

Certes la structure en flash-back, la chronologie éclatée avec changements de point de vue, la présence et le pouvoir de policiers ripoux, les « corruptions familiales » doublées de « trahisons », n’ont rien d’original !! Le film d’Andrea Di Stefano n’en reste pas moins un polar bien ficelé, qui précisément  "revisite"  les poncifs du "genre" .Un polar au rythme effréné (quasiment pas de temps mort) servi par le jeu de l’époustouflant Pierfrancesco Favino.  On passera outre certaines dilatations du temps et de l’intrigue - encore que, analysées séparément, elles contribuent à  "humaniser"  ou  "suggérer"-, ainsi que ces clichés (faciles) sur la mafia chinoise !!!! –

La séquence autoroutière avec la fusillade est filmée de main de maître (circulation folle d’où s’échappera,  seul, les vêtements maculés de sang, Franco Amore courant vers son destin de flic ! irréprochable 35 ans durant ! MAIS 1 nuit de transgression malhonnête ! Et si  la disproportion n'était  que de façade? Tout l’art du cinéaste est d’entraîner le spectateur à la recherche de cette face cachée....que  le jeu et certaines "mimiques" de l'acteur font advenir!  

 

Dès le prologue le spectateur est comme happé par cette musique, partition de Santi Pulvirenti à laquelle se superpose -ou l’inverse- une respiration, un souffle, alors que le générique défile en gros caractères rouges : long plan séquence aérien sur Milan, avant que la caméra ne se pose dans cet appartement où une fête « surprise » attend l’intéressé Franco Amore pour son départ à la retraite….A peine arrivé, il est appelé d’urgence (son pote et collègue Dino a été retrouvé mort, criblé de balles) ; il quitte la « fête » -non sans avoir versé quelques larmes - leur interprétation (le bienfondé) sera dévoilée lors de la "seconde" version  … Et il se rend sur les lieux du « crime ».

Puis retour en arrière 10 jours auparavant.

Et seconde version des mêmes faits.

Avant que n’éclate en une série de « rebondissements » une autre Vérité (surtout ne pas spoiler !!)

 

Plus qu’une composante, Milan serait un personnage à part entière?  Cette ville immense avec ses monuments déserts dans leur  enténèbrement,   avec ses avenues ses échangeurs et ce tunnel – lieu d’action certes mais aussi empreint de ces connotations qui s’imposent aisément ! Son rôle ne serait-il pas (mutatis mutandis) similaire  à celui de Viviana, l'épouse aimée aimante complice dont la personnalité se révèlera progressivement avec ses parts d'ombre et de lumière?

 

Un film que je vous recommande 

 

 

Colette Lallement-Duchoze 

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9 juin 2023 5 09 /06 /juin /2023 05:38

d'Ulrich Seidl (Autriche Allemagne  2022)

 

avec Georg Friedrich, Florentina Elena Pop, Hans-Michael Rehberg

Ewald s'est installé en Roumanie il y a plusieurs années. La quarantaine passée, il cherche un nouveau départ. Il quitte alors sa petite amie et part vivre dans l'arrière-pays où il ouvre un centre de judo pour jeunes garçons. Si les enfants profitent d'une nouvelle existence insouciante, la méfiance des villageois, elle, s'éveille rapidement. Ewald est alors obligé d'affronter une vérité qu'il a longtemps refoulée

Sparta

Voici cadrée en frontal une chorale de vieux, pathétique sénilité !! Et voici le fils de l’un d’eux, -ce vieillard nostalgique du nazisme (dernier rôle de Hans-Michael Rehberg auquel ce film est dédié).  Un fils aimant aimable et pourtant quel mal-être transpire de cette stature virile et timide à la fois, de cette voix fluette claire et cassée, un mal-être qui traverse l’écran et provoque un malaise chez le spectateur. Malaise qui perdurera presque tout au long de ce film. (Qu’Ewald soit en Autriche auprès de son père (en toile de fond le cynisme des maisons de soins !!) qu’il soit en Roumanie (une Roumanie aux relents gris et glauques du post soviétisme) auprès de son amante (incapable de bander il la quitte!!) ) et plus tard installé dans la région roumaine  de Transylvanie auprès de ces gamins auxquels il apprend le judo (la pédophilie à fleur de …) .

Au début, la succession de « tableautins » (avec le père, chez la belle-mère, à l’usine, chez l’amante, dans des bars glauques) en insistant sur l’absence de relations humaines authentiques, saisissait un personnage engoncé dans un mal-être. A partir du moment où il joue avec des gamins à une bataille de boules de neige il semble ragaillardi !!

Ewald un homme taraudé, rongé  par un mal intérieur  ? Conscient de ses penchants pédophiles il tente de les maîtriser et tout l’art du cinéaste est de mettre en évidence cet instant où tout risque de basculer, où les regards -ceux d’Octavian, l’enfant maltraité par un père, ceux d’Ewald emplis de tendresse et de désir, ceux du spectateur voyeur malgré lui, vont se rencontrer !! Evitement permanent! Et pourtant les photos prises  -qu’il visualise agrandit sur écran ne sauraient tromper ! Simultanément le beau-père d’Octavian lui reprochera d’être une " mauviette", de ne pas initier les enfants à la brutalité à la méchanceté (cf la mini séquence avec le lapin qu'il faut égorger avec sang-froid!!)  Empathie pour l'un répulsion pour l'autre???

Des plans séquences et des plans fixes savamment composés,  des cadres millimétrés, d’abruptes ellipses, le refus d’une moralisation banale et convenue (on dit de ce cinéaste qu’il déshabille les corps, et met à nu les âmes et si on l’accuse d’être nauséabond, cynique il rétorque « je ne suis pas un photographe de mariage ») c’est la « marque » d’Ulrich Seidl.  (Ici il filme entre autres des individus comme régénérés qui par les slogans nazis qui par le contact fébrile avec des garçons ! notre « morale » bien pensante est inéluctablement mise à mal !)

 

Un film qui dérange ? C’est une évidence ! (Comme la plupart des films de Mikael Haneke d’ailleurs)

 

Mais un film à voir !

 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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6 juin 2023 2 06 /06 /juin /2023 05:29

d'Hadi Mohaghegh (Iran 2022)

 

avec lui-même (l'électricien) ,  Mohammed Eghbali, Hambdollah Azizi, Abdullah Nouri,  Godijan Fathi, Mohammad Alavi

 

 

 Grand Prix du Jury au Festival international de Busan,

 Montgolfière d'argent au Festival des trois Continents à Nantes

 

 

Dans une maison isolée au milieu d’une plaine d’Iran, un homme vit seul avec son fils alité. Un jour, le transformateur de la maison tombe en panne. Un électricien vient pour le réparer. Une pièce manque, il part à sa recherche qui sera semée de rencontres et d’obstacles…

L'odeur du vent

Le film s’ouvre sur une rencontre :  un homme, handicapé moteur,  ne peut avancer qu’à la force de ses bras ; il gratte le "sol dur" (titre originel du film) à la recherche de plantes ;  il concocte une boisson pour son jeune fils alité.

Au long plan fixe d'ouverture sur sa maison, fera écho au final le même long plan fixe.....mais dans un silence désormais sépulcral …Délicatesse du non-dit !

Entre ces deux plans,  que de   "contretemps"  ! et quelle lenteur  dans leur traitement !! quels silences hormis deux plages musicales et la seule respiration de l’alentour -bruissement du vent et de l’eau-

Il y a une panne de secteur, (transformateur) ,  un électricien (interprété par le cinéaste lui-même) est mandaté. Mais  il manque une pièce ; et ce sera ce  long "périple" semé d’embûches que filme le réalisateur ; rechercher la pièce et simultanément  accueillir ce souffle de générosité, qui, pour nous Occidentaux habitués au primat de l’avoir sur l’être, - nous sommes ce que nous avons et nous n’avons que ce que nous gagnons- ne peut qu’émouvoir. L’opposition entre ce qui se « monnaye » (location de voiture, achat d’un matelas électrique) et ce qui « n’a pas de prix » : une main tendue, le temps passé à contourner et surmonter les « obstacles », sans demander quelque gratitude, semble magnifier cette bonté à l’état pur,  laquelle va faire corps avec le paysage

Lenteur du rythme, plans fixes, minimalisme -ou rareté- des dialogues, loin de susciter l’ennui (certains spectateurs seront rebutés par ces choix) sont au service d’une aventure humaine, dans une zone quasi désertique de l’Iran. Une bipartition de l’espace entre le vert et l’ocre, entre les champs verdissants et les montagnes arides, et les méandres d'un  chemin, celui là-même qu’emprunte l’électricien,  l'agent 752, bipartition spatiale en harmonie d’ailleurs avec la coexistence de la vétusté archaïque (habitations modes de vie) et la contemporanéité « économique » (carte de crédit).

C’est le quotidien que filme Hadi Mohaghegh dans sa simplicité (on est en droit de penser à Abbas Kiarostami) et dans ses composantes vie et mort (dont celle de la gardienne qui s’éteint après avoir  "accompli son devoir"  en interdisant l’accès à un  "inconnu" -illettrée elle ne peut vérifier l’authenticité de la carte professionnelle de l’agent), un univers  où la cécité ne saurait entraver les puissances olfactives (cf l’épisode de l’aveugle).

On ne peut que souscrire aux propos du cinéaste « En faisant ce film, j’ai souhaité montrer la dignité des habitants de cette région, malgré tous les problèmes et les difficultés qu’ils affrontent. Ce qui m’intéressait c’était d’approcher ces gens simples, solidaires et qui vivent dans la simplicité de la nature. Ce film est pour moi le film le plus important que j’ai réalisé

Un film à ne pas rater !

 

Colette Lallement-Duchoze

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3 juin 2023 6 03 /06 /juin /2023 05:39

documentaire réalisé par :Volker SchlöndorffIdriss DiabatéAlassane DiagoLaurene Manaa Abdallah

écriture Volker Schlöndorff

En 1981, l’Australien Tony Rinaudo, jeune agronome, arrive au Niger pour lutter contre l’extension croissante du désert et la misère de la population et découvre les ravages d’une agriculture intensive héritée de l’époque coloniale. Il remarque alors sous ce sol considéré comme mort, un immense réseau de racines. Une découverte qui sera à l’origine d’une politique de reverdissement sans précédent, redonnant espoir à toute une population. Cette approche a eu un tel succès qu’elle a été appliquée dans au moins 24 pays africains, assurant la subsistance de milliers d’agriculteurs.

The forest maker

Lorsque les forêts disparaissent, les vieux fantômes reviennent : le déluge, la sécheresse, le feu, la famine et la peste » Richard St . Barbe Baker (1889-1982)

 

2018 retour triomphal de Tony Rinaudo auprès des populations locales, en  Afrique, au Niger notamment, où sa politique  de « régénération naturelle assistée » a porté ses fruits. C’est ce que " filme"  le réalisateur Volker Schlöndorff -dont c’est le premier documentaire (modeste ou conscient des difficultés du « genre » il le qualifie d’essai)

 

Une voix off souvent. Au présent des « retrouvailles » vont se mêler des documents et films d’archives (soit le parcours de l’agronome depuis son arrivée au Niger à 20 ans en compagnie de sa  jeune femme et de leur bébé de 6 mois en 1981; nous partageons ses tâtonnements et  les énormes difficultés rencontrées). Au montage sont insérés des extraits de films d’animation, alors que des photos (aériennes) et des infographies vont "aider"  à   "comprendre"  en l’illustrant, une méthode - celle qui, à rebours du modèle productiviste qui préconisait de déboiser, consiste à respecter le cycle de la nature, accompagner la croissance des arbres en limitant l’intervention humaine à de simples élagages. Voyez ces paysages qui reverdissent, ces sols qui se régénèrent et redeviennent fertiles, la faune qui se réinstalle, écoutez ces sources qui jaillissent…et ce dans 24 pays du continent !

 

Tony Rinaudo est quasiment de tous les plans ; il est salué comme un " sauveur"  un homme  "providentiel " (parfois on a la fâcheuse impression d’assister à une hagiographie tant  le réalisateur manifeste son empathie,  son enthousiasme – sens étymologique très fort--, tant il "montre"  des populations qui malgré la rudesse de leurs  conditions de vie et de « survie » font éclater leur liesse, expression du bonheur (même si à un moment les gamins interrogés sur leur avenir désirent avant tout ne pas « reproduire » le schéma de leurs aînés)

 

Faisons abstraction -quoi qu'il en coûte- de ces aspects « lisses » (gentils villageois attentifs, femmes résignées à leur sort, etc.) 

Et saluons l'efficacité d'une démarche bien plus convaincante  que celle qui engouffre des millions , se contente de slogans pour se donner bonne conscience! 

Alors oui l’hommage à cet agronome australien qui aura mené un combat toute sa vie  avec les populations locales, contre la sécheresse, la famine, contre l’avancée du désert, peut être entendu comme un  hymne, un "manifeste"  pour la préservation des forêts! 

 

A voir !

 

Colette Lallement-Duchoze

 

Nb : 70% de la population vit à la campagne, or en 40 ans pas un dollar n’est arrivé dans un petit village (sans électricité sans eau) . Les autorités se concentrent sur de grands projets afin de prendre leur part du gâteau ce qui a rendu difficile l’application de la méthode confiée aux paysans … Ils auraient besoin d’aides financières pour survivre pendant que le terrain désertifié se regénère et que les plantes grandissent, mais cela n’intéresse pas les administrations des capitales africaines, parce que les habitants des zones rurales ne vont pas voter lors des élections ! Les structures et autorités locales ne sont pas représentées au sein des institutions. (extrait d’un entretien avec le cinéaste)

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2 juin 2023 5 02 /06 /juin /2023 06:24

de Robin Campillo (Madagascar, Belgique, France)

avec Nadia TereszkiewiczQuim GutiérrezSophie GuilleminCharlie Vauselle

Début des années 1970, sur une base de l’armée française à Madagascar, les militaires et leurs familles vivent les dernières illusions du colonialisme.

L'île rouge

« Vous venez d’atterrir dans le plus bel endroit du monde, la base 181, le lieu de tous les plaisirs, un vrai petit village gaulois, une famille ».

Une famille en effet!

Voici  l’adjudant Robert Lopez (l’Espagnol Quim Gutiérrez), sa femme Colette (étonnante Nadia Tereszkiewicz) et leurs amis les Guedj (Sophie Guillemin et David Serero), ils ont  préparé un déjeuner au soleil pour accueillir Bernard (Hugues Delamarlière) qui vient d’être muté depuis la France. On s'invite , on boit , on danse!

Oui un paradis terrestre que cette base avec sa piscine, son mess, le centre médico-légal , l’église,  l’école,   et surtout l’environnement !!! Une vie de « garnison » -il s’agit d’une base de l’aviation française- qui semble s’épanouir dans la dolce vita (sensualité à fleur de peau , corps filmés dans leur immédiateté sensorielle)

Mais vont apparaître, d'abord impalpables, des fêlures !!!

 

Et ce n’est pas pur hasard si le film s’ouvre sur Fantômette (personnage romanesque créé par G Chaulet,  une gamine portant loup et cape noire doublée de rouge) cette justicière dont le fils de Robert et Colette, Thomas, lit (et simultanément « visualise ») les exploits. Le réalisateur a choisi comme principal angle de vue,  celui de ce gamin (son double?)  ; nous verrons les adultes à travers son regard, regard qui lui-même s’introduit subrepticement à travers des interstices de planches, derrière des vitres (jeu fantastique d’images déformées et d’ombres suspectes). Les parents (couple bancal devenu) l’autoritarisme et le virilisme du père, les relents de racisme, l’impossible relation entre la jeune ouvrière malgache et un lieutenant, tout cela se mêlerait-il (consciemment ou non) à la culpabilité du cinéaste d’avoir été fils de colon ?? (culpabilité qui éclate d’ailleurs en des formules percutantes dignes d’un philosophe).

Hélas ! certaines « scènes » sont comme surjouées visuellement (concomitance à l’écran de paroles ancrées dans le présent, de leur visualisation immédiate qui donne corps au récit, et abondance de flash-backs justificatifs) leur itération frôle le « procédé » et en voici  d'autres beaucoup trop explicatives (soit une table en aragonite ; gros plan sur le plateau, la mère explique qu'il représente le paysage malgache.... dès lors vont se  succéder des images aériennes sur la « géographie physique » de l’île !!!)

 

L’île a connu l’indépendance en 1960 (ce qui est rappelé dans le film) ; nous sommes en 1970 la France a perpétué 10 ans durant son emprise coloniale, à travers ces « expatriés » militaires, des « usurpateurs ». Le dernier tiers du film est le chant de la victoire. Les « autochtones » jusque-là invisibles ou relégués au rang de subalternes vont occuper le « devant » de la scène ; libération des manifestants, force du collectif, prises de paroles de leaders militants, tout est mis en œuvre pour célébrer la reconquête.

L’île rouge enfin débarrassée de ses « envahisseurs » ?

 

Foisonnant (abondance de détails suggestifs, festival de couleurs, rythme) audacieux (suggérer l’imperceptible, mêler ambiance crépusculaire celle de la nostalgie du never more côté colons et épiphanies solaires côté enfants), L’île rouge est un film que je vous recommande, malgré tous les malgré…!!

 

Colette Lallement-Duchoze

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1 juin 2023 4 01 /06 /juin /2023 04:04

documentaire réalisé par Anne Richard (2021)

 

à voir sur KUB

 

Droit au coeur - KuB (kubweb.media)

Synopsis "Cela fait dix ans qu’Irène Frachon attend ce moment où, face à la mer, elle pourrait se satisfaire du délibéré des juges dans le procès hors-norme dit du Mediator. Le Dr Irène Frachon, pneumologue à l’hôpital de Brest, est celle par qui le scandale est arrivé. Celle qui a lancé l’alerte de ce médicament nocif devant les autorités pour le faire interdire, l’a relayée dans les médias pour en faire une affaire, puis portée jusque devant les tribunaux. Cela fait dix ans qu’elle l’attend".

Droit au cœur

Début 2023, l'affaire du Médiator rebondit devant la cour d'appel de Paris où Irène Frachon doit une fois encore revenir à la barre pour témoigner de ses effets létaux. Au même moment sort une bd qui revient sur cette épuisante lutte contre Servier, le géant de l'industrie pharmaceutique.

Pour mieux comprendre le combat de cette femme, voici Irène FrachonDroit au cœur, une mise en perspective sur plus de dix ans, signé par la documentariste Anne Richard. Le film s’appuie sur la machinerie médiatique et juridique mise en branle par le procès pour reparcourir les méandres de cette histoire-fleuve.
Devenue proche d’Irène Frachon, la réalisatrice la filme au plus près, apparemment apaisée mais toujours folle de rage à l’intérieur au moment où s’ouvre le procès. Cette femme remarquable par son éthique, sa ténacité à toute épreuve, a su garder intacte sa révolte malgré une longue guerre d'usure.

Irène FrachonDroit au cœur revient ainsi sur la solitude des lanceurs d’alertes dont se désolidarisent ceux qui ne souhaitent pas compromettre leur carrière que ce soit dans le milieu hospitalier, industriel, médiatique ou politique. Brimades, pressions, intimidations… voilà les signes qui sont adressés aux alliés de celle qui ose s’attaquer aux intérêts d'un géant.

Édito : Serge Steyer
Droit au cœur

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31 mai 2023 3 31 /05 /mai /2023 06:30

de Joe Lawlor et Christine  Molloy (Irlande 2021)

avec  Ann Skelly, Aidan Gillen, Orla Brady

Rose, étudiante en médecine vétérinaire, décide de contacter Ellen, sa mère biologique qu’elle n’a pas connue. C’est une actrice à succès qui ne veut pas développer de relation avec Rose. Cette dernière se montre très tenace et Ellen finira par révéler un secret qu'elle a caché pendant plus de 20 ans. À la suite de cette découverte, Rose va se rapprocher de son père biologique…

Faces cachées

Construit comme une tragédie à l’antique ( dans laquelle les deux femmes victimes du diabolique prédateur se vengeront telles les Erinyes ou les Euménides), théâtralisé à l’extrême (jeu des espaces clos, des cadrages, plans fixes prolongés,  et plans séquences) ce film a hélas!  le revers de ses qualités.

Cette quête des origines avec suspense, ce drame de l’identité qui s'opère en deux temps et qui est vécu sur le mode majeur-, cet entremêlement de réalisme cru et d’images mentales (par moments en effet la frontière est ténue entre ce qui s’impose à l’écran et ce qu’imagine, anticipe Rose/Julie dont la pugnacité est sans pareil et l’actrice Ann Skelly brille sans conteste dans son interprétation) , auraient pu entraîner l’adhésion du spectateur.

Hélas ! la musique stridente et envahissante, l’artificialité de la mise en scène, le parallélisme trop appuyé entre le « métier » du père biologique, archéologue, et la volonté d’exhumer les strates du passé, le dénouement attendu, les dialogues qui trop souvent donnent la fâcheuse impression d’être récités, sans conviction, tout cela et bien d’autres choses encore, fait que l’on « décroche » assez vite (alors que le tout début était prometteur ) déçu de s’être allé, presque malgré soi, à sélectionner un tel film.

Attention: La forme peut tuer le fond

 

Colette Lallement-Duchoze

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26 mai 2023 5 26 /05 /mai /2023 20:46

d'Elias Belkeddar (France, Algérie 2022)

 

avec Reda Kateb, Benoît Magimel, Zina Bouzid

 

festival Cannes 2023 hors compétition

Omar, plus connu sous le nom d'Omar la Fraise, est un bandit à l'ancienne. Contraint à la cavale en Algérie, il vit de petites magouilles, accompagné de son illustre acolyte Roger. Après avoir régné sur le milieu du banditisme français durant des décennies, ils doivent ensemble accepter leur nouvelle vie alors qu'ils n'ont vécu jusqu'à présent que dans la débauche et la violence...

Omar la fraise

 

Moins une histoire de gangsters que d’amitié indéfectible (celle qui lie Omar et Roger), moins une façon de filmer à la Tarentino -même si ici et là de grands mouvements frénétiques de caméra font gicler le sang - que le portrait d’une ville d’un pays loin des clichés dont nous les étrangers sommes imprégnés. Et pourtant en voulant mélanger différents « genres » - romance amoureuse, comédie, drame, thriller- le réalisateur (dont c’est le premier long  métrage) peine à convaincre. Après un prologue fulgurant (opposition entre l’immensité ocre d’un paysage inviolé et les ruelles grouillantes de la ville) et détonant (rythme rapide et chorégraphié dans la passation de la came qu’accompagne une musique presque sur dimensionnée) le manque de fluidité, les clichés capillotractés sur l’amour, le récit assez bancal, les vociférations oiseuses, tout cela fait que l’on « décroche » facilement – ce qui ne remet pas en cause  la « prestation » des deux acteurs, qui, on le devine ont dû beaucoup s’amuser….

 

Certes, Elias Belkeddar se plaît à tordre le cou aux « clichés » attendus sur les « mafieux ». Voici une immense villa sans meuble, une piscine sans eau, des soirées en boîte bien arrosées, de la cocaïne, des fringues d’un autre âge, une mini séance de sport matinale : que sont devenus les gangsters parisiens ? leur quotidien de l’autre côté de la Méditerranée semble presque « ennuyeux » !!!

Et voici que se profile, avant d’être incarnée l’existence de ces mômes des rues habiles à la lame acérée, des enfants contraints de « tuer » pour survivre ?  Aptes à écouter et à faire leurs, les préceptes d’Omar qui leur enseigne l’art de truander « Je voulais raconter l’envers du décor de la figure du gangster. J’aimais l’idée de prendre des figures de psychopathes et d’enfants des rues qui sont vraiment dans l’ultra-violence et arriver à susciter de la tendresse pour eux »

 

Cela étant - et quand bien même le film distille une forme de « tendresse » au plus fort de la violence et de ses morts inutiles- Omar la fraise reste dans un entre deux (l'errance des deux compères puis  le traitement de la « conquête amoureuse » et au final  l’histoire de vengeance  en témoignent  aisément!)

 

Dommage !

 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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