film de Malgorzata Szumowska avec Juliette Binoche, Anaïs Demoustier
Dans ce film, on est face à un monde où le matériel prime, l'apparence, l'être et l'avoir. Dans les scènes avec étudiantes qui se prostituent, on se sent voyeur et gêné (caméra posée entre 2 vases) avec des scènes crues qui sont en opposition avec la légèreté de ton des filles abordant le sujet sans aucun tabou ("le plus dur ce n'est pas la fellation ce sont les pulls en acrylique, les meubles conforama, les immeubles HLM" ) déclare l'une d'elles pour se justifier. Les clients composent une galerie d'hommes très différents les uns des autres allant du mari pervers et mélomane, de l'employé de bureau déprimé, au client sado, et au jeune pdg hautain mais complice. Le personnage de J. Binoche découvre froidement (d'où beaucoup de gros plans de son visage ) cet univers qui lui semblait si lointain du sien et pourtant si proche en approfondissant son sujet (la domination masculine est omniprésente et écrasante dans son foyer trop propre et bourgeois). Elle est déstabilisée physiquement et mentalement puis redécouvre l'existence de son propre corps. Il y a aussi un jeu de miroir pour dévoiler une double vie de chacun (le mari, les clients, les filles). La scène finale (un long plan large de Anne, avec sa famille, à table isolée et muette) fait écho au cinéma de Michael Haneke, surtout "Caché".
A noter également la prestation d'Anais Demoustier qui est remarquable.
Le sujet peut paraître racoleur (certaines critiques parlaient de porno chic). J'ai pensé à "Shame" dans lequel le personnage principal est client régulier de prostituées chic. "Elles " pourrait être son pendant féminin. Ici, on explore le désir sexuel féminin refoulé ou non, sa découverte et ses revers. J'ai nettement préféré ce film à celui de Steve Mc Queen, où s'instaurait avec la froideur du personnage l'incompréhension et donc le malaise.
Béatrice Le Toulouse
Film japonais de Naomi Kawase avec Hako Oshima, Tetsuya Akikawa, Tohta Komizu
Le point de départ? un poème du recueil Manyoshu, le plus ancien de la littérature japonaise.. Un chant venu du fond des âges. Échos feutrés de mythes fondateurs, de contes ou de légendes. Voici deux montagnes (mâles) amoureuses d'une autre éminence; l'affrontement sera inévitable…Une voix off fait résonner ces vers d'Hanezu, tout au début du film puis à quelques intervalles réguliers. Car la cinéaste va tisser, dans une perspective animiste, l'interpénétration quasi fusionnelle des règnes et des espèces. Les forces vives de la nature – mugissement de la forêt, ciel lézardé, cascades ou eaux tourbillonnantes, pluies qui ravinent le sol ou le fertilisent, levers ou couchers de soleil- vont se confondre avec les spasmes d'une respiration. Aux très gros plans sur des insectes (devenus maîtres d'une alchimie végétale par leur mélopée et/ou leur calligraphie) font écho les gros plans sur les lèvres, épaules, bras, visages des trois protagonistes: Kayoko (Hako Oshima) son époux Tetsuya (Tetsuya Akikawa) et le sculpteur Takumi (Tohta Komizu).
La scène qui ouvre et clôt le film introduit une autre fusion. En effet, les fouilles sur le chantier archéologique –à la recherche de la Cité impériale engloutie- dont le mécanisme complexe est rendu dans la successivité des étapes (gros plans et bande son amplifiée) si elles sont censées faire surgir des strates, convoquent simultanément différentes temporalités. Instantanéité et simultanéité: les temps se confondent en un éternel présent. Ce soldat quasi muet et qui accompagne parfois Takumi serait-ce son grand-père mort lors de la Seconde Guerre? Le petit garçon qui ramasse des cailloux serait-ce l'archéologue? Ellipses dans la narration, raccords elliptiques aussi…
Au début, l'assemblée des vieillards exprimait la nostalgie d'une autre époque -celle où l'on voyait des carpes sur les toits des maisons-.
À la fin des perles de rosée suintent sur des tiges: c'est que le riz a levé…Une saison, une éternité (ou l'inverse?)
Un film qui invite, tout uniment, à se laisser porter....
Colette Lallement-Duchoze
Il y a des films qui semblent aller de soi pour que tout le monde les aime. En sortant de la projection d'Une bouteille à la mer, j'ai pensé que ce film en faisait partie, Erreur hélas ou.. tant mieux !?... le film de Thierry Binisti a eu un accueil controversé par la critique. C'est après avoir entendu une mauvaise critique sur France Inter et lu une autre mauvaise dans le journal Le Monde que je me suis décidé à monter au créneau pour le défendre. Le sujet est sensible car sur fond de conflit israêlo-palestinien...donc les avis ne peuvent être neutres, le film ne l'est pas d'ailleurs, mais trouve un équilibre tout en finesse dans ce monde de brutes.
Personnellement ce film m'a fait voir comment deux êtres que 73 kms (Gaza de Jérusalem) séparent peuvent se méconnaître, puis en se connaissant mieux commencer à s'aimer. On n'oublie jamais le contexte : Palestine - prison à ciel ouvert, violence extrême contre des innocents, et côté israeliens la peur d'attentats aveugles, réplique terrible à l'humiliation permanente.
Mais le film parle d'une volonté terrible de comprendre avec comme corollaire l'amour, et il nous aide très bien à le faire.
Allez voir ce film émouvant, vivant, si bien réussi à partir d'un échange de lettres, il nous aide à grandir.
Serge Diaz
" Une bouteille à la mer " aborde un sujet déjà vu au cinéma : le conflit israélo-palestinien. "Jaffa" en est l'exemple le plus récent. J'avais peur de revoir un Roméo et Juliette israélo-palestinien...Non, ce film est une très bonne surprise. Ces deux jeunes sont comme ces deux terres: perdus, pleins d'incompréhension, ils se cherchent et se déchirent mais recherchent le calme dans leur coeur. Leur longue relation épistolaire, qui reste secrète par peur de représailles, élargit leur horizon culturel et leur curiosité pour oublier le danger quotidien. Lui, Naim apprend le français (émeut sa mère en plein désarroi avec un poème de Prévert) et s'évade au sens propre comme au figuré. Le tout est traité avec beaucoup d'intelligence et de sensibilité puisque j'en suis ressortie la gorge serrée
Béatrice le Toulouse
A partir de ce soir: un programme alléchant à l'Ariel pour cette " semaine italienne" proposée par la ville et l'association Circolo italiano.
lien: http://www.montsaintaignan.fr/culture-et-loisirs/culture/740-la-semaine-de-litalie
Malgré des défauts inhérents, me semble-t-il, à un premier long métrage (scénario pas assez explicite, cadrages un peu désordonnés,éclairage -volontairement ?- sombre) ce film franco-marocain de Leila Kilani témoigne d'un dynamisme remarquable, non seulement dans la mise en scène et dans le rythme mais aussi dans le jeu des actrices, en particulier Soufia Issami (Badia) qui est en quelque sorte, la "force de frappe" du film. Dans ce dernier tourné à Tanger, pas d'exotisme, pas de misérabilisme tiers-mondiste, même si les conditions de travail et de logement laissent beaucoup à désirer. Certains critiques y voient un signe avant-coureur du "printemps arabe". Pourquoi pas, encore qu'il faille se garder de toute interprétation a posteriori du passé.
Film intéressant à plus d'un titre malgré les réserves formulées plus haut.
A voir donc (au risque ne se trouver que trois dans la salle comme ce fut mon cas jeudi soir à 21 hes 45).
Marcel Elkaim
on parlera sans doute de John Ford et de Jean Gabin,
Ce film de Clint Eastwood retrace la carrière (ou du moins ce que l'on en sait) de John Edgar Hoover, patron de la CIA sous 5 présidents des USA . C Eastwood s'est appuyé sur de nombreux documents et nous livre un panorama détaillé de ce qu'a dû être le pouvoir de cet homme, convaincu de lutter pour sa patrie en pourchassant tout autant les communistes que les maffieux ou que les partisans du black power; tous les moyens étaient bons dont la constitution de dossiers compromettants y compris contre les hommes politiques pour les tenir à sa main. c'est crédible et très intéressant. le film évoque aussi l'homosexualité supposée de Hoover plutôt gênante pour lui à cette époque. c'est un peu trop longuement traité, dommage. mais le film mérite d'être vu. Leonardo di Caprio est remarquable.
Isabelle Lepicard
Ce film est un enchantement, une vraie bouffée d'air poétique contrairement à ce qu'on pourrait penser à la vue de l'histoire. Anne vit en retrait de sa vie, elle en est juste la spectatrice. Dans son appartement, qui n'a aucune personnalité, avec un incroyable papier peint des années 70, le temps s'est arrêté. La caméra se balade avec un mouvement délicat et on l'accompagne en bus et à son travail où elle opère mécaniquement ses tâches et ne réagit pas à ce qui l'entoure (aux ébats sexuels de sa collègue extravertie, aux brusqueries aimables et au jeu de séduction de son collègue, joué par Clément Sibony).
On devine sans pathos le drame qui l'a touchée : la perte d'un enfant il y a quelques années maintenant. Son passé est entraperçu par une déambulation onirique de la jeune fille.Son ex compagnon nous donne un repère chronologique, il dit survivre mais a re-fait sa vie puisqu'il va bientôt devenir père.Anne sort quelquefois de sa retraite. Elle court sur les bords de la Garonne où le soleil inonde son visage et ses cheveux. Le personnage, magnifiquement incarné par Sandrine Kiberlain, est lumineux et ouvert. On est loin du personnage, tout aussi intense, mais sombre d'Anna dans "Bleu" de Kieslowski, femme également en plein deuil mais en pleine souffrance intérieure.Anne va au cinéma voir un film japonais (de Mizoguchi) qui la fait pleurer. Ses larmes, les seules du film, témoignent d'une sensibilité et d'une émotion bien cachée jusqu'alors qui se révélera avec l'arrivée de"l'oiseau", une tourterelle prisonnière de son mur.Cette cohabitation sera touchante et les éléments de la nature sont omniprésents pour l'accompagner vers une renaissance. On sent le bruissement délicat du vent dans les arbres et l'eau de la rivière où elle s'immerge pour mieux refaire surface. A noter que le peu de dialogues du film est décalé et drôle ( comme le "Merci" qu'Anne adresse à l'inconnu joué par, l'excellent, Serge Riaboukine) et s'intégre à la douce ambiance. Tout cela est réalisé par Yves Caumont, un homme qui a le regard sensible pour faire le portrait d'une femme.Béatrice Le Toulouse
J’ai vu hier Millénium et ai retrouvé sans déplaisir une histoire à rebondissements dont je connaissais déjà les ficelles ( puisque, comme tout le monde ou presque, j’ai lu la trilogie et ai aussi vu le film précédent de Niel Arden Oplev, c’est-à-dire d’un réalisateur danois, l’auteur des romans, Stig Larsson étant suédois).
Mais, contrairement à ce que j’ai entendu ou lu, j’ai préféré le 1er dont l’ambiance "nordique", surtout le rythme, m’a semblé davantage correspondre à celle que j’avais imaginée en le lisant.
Le second est plus "américain", plus accrocheur, les scènes se succèdent rapidement, alternant les histoires des deux principaux personnages (Mikael Blomkvist Lisbeth Salander) jusqu’à leur rencontre, traitant toujours sur un rythme endiablé leur travail de recherche, puis bâclant la fin au point que je ne sais pas ce qu’en comprend quelqu’un qui ne connaîtrait pas du tout l’histoire ...
Un film à voir pour se mettre au chaud 2 heures et demie ( on ne les voit quand même pas passer).
Jacqueline
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La sortie nationale de "Hasta la Vista" est prévue le 7 mars 2012. (sur Rouen ce sera au Melville)
Béatrice