27 avril 2013 6 27 /04 /avril /2013 07:01

Film colombien de William Vega. Avec Joghis Seudin Arias, David Fernando Guacas, Julio Cesar Roble, Heraldo Romeo, Floralba Achicanoy

 

 

Film présenté au festival de Cannes 2012 dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs

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Un homme empalé sur un mât, une jeune fille qui patauge péniblement dans l'eau, une motte de terre herbue qui flotte énigmatique tel un monstre aquatique, des joncs hostiles, un temps humide et venteux, tout dans cette scène d'ouverture dit à la fois le commencement et la fin; ou du moins joue le rôle de métaphore (une lagune primitive comme image en creux d'un pays?). Nous sommes dans la lagune de la Cocha (au Nord-Ouest de la Colombie) et la jeune Alicia fuyant les désastres de la guerre (son village a été brûlé, les siens ont été massacrés) cherche refuge chez son oncle Oscar. "Mais ici tout va mal" Réapprendre à vivre malgré tout? Alicia s'y emploie en aidant à la "reconstruction" de l'auberge dans l'attente d'improbables touristes...

 

Peu de personnages, peu de paroles échangées (mais la question récurrente "ceux qui ont tué viendront-ils ici?) pas de musique parasite -seule une bande-son qui amplifie le bruissement du vent, le claquement de la tôle qui se désosse, le clapotis de l'eau qui craquelle, le grincement de portes qui s’ouvrent et se ferment-; la brume et son ambiance parfois fantomatique, la lumière des bougies et leurs effets de clair-obscur, tout concourt à créer une atmosphère étrange où la violence, pourtant hors champ, est palpable à fleur de peau, se love dans un regard interrogateur ou concupiscent, dans une menace diffuse, altérant la beauté primitive de ces lieux... Le réalisateur n'explique pas, il suggère; c'est le triomphe de l'implicite, du non-dit et l'art de l'ellipse (des questions semblent être posées mais elles resteront sans réponse..) .

 

Mais quelle maîtrise dans l'art des cadrages, des travellings latéraux, des angles de vue; et la beauté des plans ne rappelle-t-elle pas "Hors Satan" de B Dumont, "the house" de   Bartas  ou "le miroir" de Tarkovski ?

Quelle science du"minimalisme"!

Bref une écriture belle dans son exigence et sa plasticité!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 11:27

Documentaire réalisé par Shola Lynch 2011

 

 

A ceux qui  déplorent l'absence d'ancrage biographique (ce que fut Angela  jeune par exemple). je leur répondrai que ce documentaire n'est pas un biopic. Il s'ouvre sur la "condamnation" d'Angela Davis en août 1970 (on avait  soi-disant toutes les raisons de la désigner complice de meurtres...); puis en un long flash back la réalisatrice met en évidence tout ce qui a précédé cette accusation, soit les "raisons inavouées" -l'ostracisme dont fut victime la jeune professeur militante, son renvoi de San Diego par le gouverneur Reagan "une Noire communiste" quelle horreur! entre autres-, avant de s'intéresser à la captivité puis au procès. En outre le titre "free Angela"20487456_jpg-r_160_240-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg renvoie aux slogans scandés par les manifestants défilant aux USA mais aussi en Europe réclamant la libération de celle qui était devenue une icône. Enfin le choix de la date n'est pas anodin: le documentaire salue, en le fêtant, l'anniversaire de l'acquittement (soit 40 ans).  

Ces réponses valent aussi pour ceux qui reprochent à la réalisatrice d'avoir privilégié l'aspect iconique d'Angela, au détriment du politique (prétendu "parent pauvre" de son film)

 

Sur un rythme soutenu parfois "échevelé", le documentaire  mêle  interviews récentes d'Angela et des acteurs témoins (sa soeur, des ami(e)s, avocats) et  images d'archives (la jeune Angela haranguant des foules enthousiastes, Hoover du contre-espionnage au FBI -qui avait participé aussi au meurtre de Martin Luther King-, Nixon, un  Kennedy, Marcuse, Genet, etc.); de gros plans sur le visage d'Angela  (avec ou sans son "casque" africain), sur celui de George Jackson, sur des phrases extraites de documents d'époque...

Les paroles récentes d'Angela jouent ainsi le rôle de commentaires ou de "contrepoint" (et l'Histoire tordra le cou aux propos comminatoires de  Nixon); à (presque) 70 ans Angela poursuit le combat!!

 

Un film à ne pas rater!

 

Colette Lallement-Duchoze

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18 avril 2013 4 18 /04 /avril /2013 13:35

Film de Merzak Allouache

Avec Nabi Asli, Adila Bendimerad, Khaled Benaissa

 

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Malgré quelques défauts de scénario, par exemple la part trop grande faite au couple par rapport à l'attention apportée au "repenti", 
 c'est un film à voir :
pour sa description des années 1990, "années de plomb" en Algrérie,
pour le tableau sans concessions des modes de vie,
le tout servi par une mise en scène très rigoureuse (sèche ont dit certains critiques)
et des acteurs remarquables.
C'est une production franco-algérienne mais c'est un cinéma d'outre Méditerranée qu'il faudrait soutenir. ( J'étais l'unique spectateur il y a trois jours...)
Marcel Elkaim
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29 mars 2013 5 29 /03 /mars /2013 11:41

Film de Pedro Almodovar

Avec Javier Camara, Carlos Areces, Raul Arevalo, Cecilia Roth

 

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Vu le dernier film d’Almadovar où je me suis ennuyé ferme et pas rigolé une seule fois.
Almodovar est à bout de souffle et ses folles commencent à lasser. Pipes à répétition, jeu caricatural, pas beaucoup d’imagination !..
Son allusion à la situation politico-économique espagnole est bien faible, tout comme le scénario sorti d’un plateau-repas d’avion qui tourne en rond.
Bref, il y a mieux à voir ailleurs.
Serge Diaz
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28 mars 2013 4 28 /03 /mars /2013 14:37

Film de Yorgos Lanthimos (Grèce) avec Aggeloki Papoulia, Ariane Labed...

 

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Scène d'ouverture: une gymnaste/danseuse répète sur la musique des "Carmina Burana"; mécontente de sa prestation, elle réclame une musique "pop"; le coach la lui refuse. Plan final: dans le même décor, elle (ou une autre devenue?) évolue, lumineuse, sur une musique pop et en vient à "remercier"le coach en l'enlaçant. Que s'est-il passé entre ces deux plans? Évolution "positive"? Le film va le prouver, en suivant un parcours opposé, celui de Monta Rosa, une infirmière de trente ans,  -qui n'aura pas respecté la "règle du jeu"... 

Ces deux femmes appartiennent au groupe "Alps" - le but ce cette association/secte est mis en exergue sur l'affiche du film "Nous vous accompagnons dans l'épreuve; nous remplaçons vos chers disparus; nous sommes Alps" secte à but lucratif, cela va de soi... et aux codes rigides: gare aux transgressions!...gare au free lance! Ce peut être fatal!

Apprendre un rôle, (paroles et gestes) le jouer face aux personnes éplorées par la perte d'un être cher ou une mésentente conjugale (lesquelles personnes sont rarement filmées en frontal et semblent plutôt "passives"), telle est la mission des quatre membres du groupe. Très vite le spectateur en vient à oublier le "deuil", car tout -de l'importance des cadrages qui jouent sur le premier et l'arrière-plan, des raccords cut, jusqu'au va-et-vient entre lieu de travail et lieu des "performances théâtrales" etc.- contribue à le déboussoler dans de vaines attentes...Monta Rosa va "incarner" tour à tour une femme mal mariée, une jeune joueuse de tennis, l'amie d'une septuagénaire aveugle; déboussolée (elle aussi) elle en vient à perdre son identité en confondant sa vie et celles qu'elle est censée (ré)"incarner"...

De la psychologie? Que nenni. Les causes ou la genèse de la formation du groupe? Rien. Telle est la volonté du réalisateur qui donne à voir uniquement le "comment"...

 

On sort de la salle un peu "sonné"; mais on était prévenu! Le film à en croire l'affiche n'est-il pas "une version postmoderne du cinéma de Cronenberg"?

Cela étant, j'ai préféré le précédent film  de Lanthimos, "Canine", parabole (allégorie ?) de la famille comme espace totalitaire, mélange tragique de tendresse et d'horreur... 

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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25 mars 2013 1 25 /03 /mars /2013 15:20

de Solveig Anspach. 

Avec Didda Jonsdottir, Florence Loiret-Caille20461188.jpg-r_160_240-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg

 

 

Un film qui fait du bien.

Une comédie loufoque, poétique et romantique  .

Une bal(l)ade, un vagabondage  sur une musique  cool comme  l'herbe de Jamaïque fumée en haut des grues, d'où l' on découvre tout Paris .

 

 

A voir absolument

 

Nicole Rousselet

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18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 11:30

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"Elles font leur cinéma" Relaient l’initiative du manifeste des 313 femmes, « Je déclare avoir été violée »

Samedi 6 avril 2013 à l'Omnia 

14h

Viol, elles se manifestent, d’Andrea Rawlins, Coréalisateur : Stéphane Carrel, Scénario : Andréa Rawlins sur une idée originale de Pascal Manoukian. Produit par CAPA avec la participation  de France 2 et Planète Justice. Durée 1h10.  Le documentaire est un manifeste contre le viol. En partenariat avec le Nouvel Observateur qui a publié en novembre 2012 « le Manifeste des 313 », 313 femmes ont décidé de briser le silence sur le viol qu’elles ont vécu, parmi ces femmes, six témoignent. « Je déclare avoir été violée. Le dire ensemble, publiquement est  un acte politique ». Extrait du manifeste

15 h

Table Ronde - Isabelle Demongeot, signataire du manifeste, auteure : Service volé, une championne de tennis rompt le silence (2007), Olivier Jan, psychothérapeute, psychologue  expert expert auprès de la Cour d’appel de Rouen, Dominique Vallès, avocate au barreau de Rouen.

17h

Invisible, de Michal Aviad- Israël/Allemagne –fiction 2010 – 1h30, sortie nationale 2013.

Ce film, premier long métrage de fiction de la documentariste Michal Aviad a été primé au festival de Berlin et au Festival International de films de femmes de Créteil, sélectionné au festival de films de femmes de Marseille.

«Les conséquences du viol sur les victimes sont habituellement passées sous silence. Dans ce film, je voulais montrer les blessures invisibles. » Michal Aviad

De 13h à 19h

Dans le hall de l’Omnia République, ROUEN,

Une exposition de portraits de femmes palestiniennes réalisés par la photographe Isabelle Lebon

Une table de lecture

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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 08:21

film de  Bruno DUMONT avec Juliette Binoche, Jean-Luc Vincent, Emmanuelle Kauffman

 

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Le titre lui-même a valeur programmatique. À l'inverse de Nuytten, ce qui intéresse B Dumont ce sont uniquement ces 3 jours d'attente en l'an 1915 (le frère de Camille a annoncé sa visite) dans une atmosphère délétère, c'est la solitude fondamentale, existentielle; c'est le silence térébrant de l'asile de Montdevergues -que vient déchirer parfois le cri de la Douleur. Attente et enfermement asilaire, telle est la dynamique interne du film (du moins dans sa première partie), illustrée par tout un jeu d'alternances. Alternance de plans où Camille la recluse (bouleversante Juliette Binoche qui en l'absence de maquillage métaphorise le dénuement même) est vue seule en gros plans -visage de glaise- travelling -une silhouette qui va se confondre avec le néant- en frontal, de dos ou encore cadrée nue dans le bain à la manière de Degas, et ceux où elle "accompagne" les aliénées (plans rapprochés sur deux femmes dont Camille ou plus larges sur la micro communauté, gros plans sur des bouches édentées). À cette alternance qui en fait crée un effet spéculaire -les autres comme miroir de soi- s'ajoute le va-et-vient intérieur/extérieur; mais les "échappées" hors les murs loin d'être la respiration vivifiante, semblent enfermer encore plus Camille. Perdue elle l'est assurément dans cette nature qui fleure si bon le Sud-Est; son regard parfois hébété semble capter un par-delà inaccessible. Comme dans "Hors Satan" Dumont excelle dans les cadrages et la bande son...

Attente du frère, attente d'une libération?. Quand Paul, l'homme de théâtre grandiloquent (Jean-Luc Vincent) "rencontre" sa sœur -après avoir confié à son "journal" (?) réflexions et impressions empreintes de mysticisme -, le spectateur sait qu'il assistera à "une mise au tombeau" (dès les premiers instants, la fougue de Camille qui se blottit contre la poitrine de son frère, ne contraste-t-elle pas avec la froideur distante de Paul?...)

 

 

"Dans mon cinéma, le moins fait le plus. Souvent, les petits sujets font les grands tableaux" Bruno Dumont

 

 

Colette Lallement-Duchoze

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8 mars 2013 5 08 /03 /mars /2013 19:01

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Film de Pablo Larrain

Avec Gael Garcia Bernal, Antonia Zegers, Alfredo Castro

 

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"No" : Si ! Si !
Marcel Elkaim
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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 11:50

Un film d'Atiq Rahimi avec Golshifteh FarahaniHamidreza Javdan,Massi MrowatHassina Burgan ..

.

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Adapter son propre roman, Atiq Rahimi l'avait fait avec "Terre et cendres"; il s'attaque une nouvelle fois à ce qu'il considère "un vrai casse-tête" en portant à l'écran son  roman "Syngué sabour pierre de patience" (prix Goncourt 2008)

Les lecteurs avaient été sensibles à son écriture "durassienne": prose ciselée jusqu'à l'épure, rythme lancinant incantatoire, abondance de phrases nominales, morcellement en fragments, et avec une "grammaire" qui rappelle celle du théâtre et du cinéma. Ainsi la page liminaire consacrée au descriptif de la pièce/huis clos, procèdait par touches successives comme autant de travellings lents: latéral et ascendant, avec gros plans sur le portrait et le poignard, les oiseaux du rideau, sur le corps allongé du mari, sur les cheveux de la femme; une répartition "savante" des couleurs dans l'espace; et c'est précisément ce que donne à "voir" la scène inaugurale du film

Le roman est un long monologue. Les souvenirs enfouis se libèrent par la parole jusque-là muselée, celle-ci est entrecoupée de gestes, d'attentes, de silences (telles des didascalies). Reproches, aveux, remémorations traumatisantes, culpabilités, mensonges, désir charnel enfin assouvi avec le jeune soldat, tout cela la femme le confie à son mari -comateux et comme décérébré- qui devient sa "pierre de patience".

Pour éviter la théâtralisation, - piège de ce huis clos qui par métaphore devient le réceptacle d'une conscience-, et la redondance d'un simple copier/coller, le réalisateur (aidé par J-C Carrière) donne à "voir" et "entendre" la guerre (bombardements qui terrorisent, massacres, lutte fratricide). S'ajoute un va-et-vient récurrent entre la maison et l'extérieur (les rues où la femme est vue en plongée ou de dos, réduite à la masse de sa burka; vue panoramique sur la ville (Kaboul ?), plans rapprochés dans la maison "close" de la tante); présence prégnante du mollah (même si le voile de la fenêtre semble établir une distance entre lui et la femme). Sans oublier les lumières, les clairs-obscurs, la couleur ocre et cendrée des habitations qui portent, tels des stigmates, les meurtrissures de la guerre..

 

Certes le film perd de l'érotisme, si puissant dans le roman (et "montrer" les gestes du désir, affaiblit le pouvoir "suggestif" du texte);  mais il transcende l'écrit par le jeu de l'actrice iranienne Golshifteh Farahani (que l'on avait vue dans "à propos d'Elly"). Car elle irradie de sa présence solaire une atmosphère torpide et un monde crépusculaire...

 

 

Colette Lallement-Duchoze



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