9 septembre 2026 3 09 /09 /septembre /2026 00:32

De Charline Bourgeois-Tacquet (2026)

 

Avec Léa Drucker (Gabrielle), Mélanie Thierry (Frida la romancière), Charles Berling (le mari de Gabrielle), Erri De Luca (lui-même), Marie Christine Barrault (la mère) Laurent Capelutto (Kamyar) Yumi Narrita (Setsuko)

 

Présenté en Compétition officielle au Festival de Cannes 2026

Vu en avant-première en présence de la réalisatrice, à l' Omnia mardi 1 septembre

Gabrielle, 55 ans, se consacre corps et âme à son métier. Chirurgienne et cheffe de service dans un hôpital public, elle court et se démultiplie, assaillie de responsabilités. Il lui reste peu de temps pour sa vie privée — un mari qui l’aime et une mère dont elle doit s’occuper. Lorsqu’une romancière vient passer quelques semaines dans son service pour les besoins d’un livre, son équilibre vacille. Dans le quotidien que Gabrielle s’est construit, y a-t-il de la place pour l’inattendu

La vie d'une femme

Cheveux emmêlés, musique à fleur de peau, de visage,  qui murmure le plaisir. Cette mini séquence liminaire met comme en exergue la délicatesse de la sensualité ! Avant que ne se déploie en 12 chapitres le portrait d’une femme. 12 mois de la vie de Gabrielle, chirurgienne et cheffe de service dans un hôpital, parisien, qui a fait le choix de se consacrer tout entière, par passion, à son métier (où le contact humain est imparable) un choix qui parfois contrarie son épanouissement sexuel

Les titres calligraphiés en rose, ne se réduisent pas à une fonction programmatique certains sont fortement individualisés, ou réduits à un terme (non), alors que d'autres  tels des clins d’œil ont  l’élégance d’une connivence, (colloque sentimental Verlaine; l’abandon) ironiques ils le sont parfois (fin d’un couple …)  On serait tenté de voir dans les longs plans séquences qui suivront, des fragments de  la vie d’une femme , celle de Gabrielle : dans l’exercice de ses fonctions -au bloc opératoire, en réunion, en consultation -, dans la gestion de sa vie de couple (Henri l'époux interprété par Charles Berling sobre et convaincant ) dans sa relation à la mère atteinte de la maladie d’Alzheimer (Arlette, épatante Marie-Christine Barrault) ; avec un changement de  perspective notoire‘ (échappée dans la montagne en compagnie de Frida, la romancière  venue  interviewer Erri De Luca -dont on retiendra le distinguo entre solitude et isolement!) . L’épisode alpin propose une autre respiration,  hors du cadre urbain « À ce moment-là de l'histoire, Gabrielle n'est plus du tout sur son terrain, elle est déplacée, et j'ai voulu traduire cela visuellement à travers les paysages »

Le cloisonnement que semblait induire la fragmentation chapitrée n'est qu'apparent.  Voici que prend corps la complexité d’un personnage dont la rigidité  contraste avec la fluidité dans les passages d’un chapitre à l’autre (pertinence de la musique choisie) avec  la sensualité de Frida (une Mélanie Thierry solaire) Et c'est bien une chorégraphie -dans le contexte d'Eros et Thanatos- qui préside  aux gestes tout autant qu'aux paroles  (rodomontades et silences,  précision du scalpel,  annonces de cancer à des patients déjà fragilisés, micro chirurgie faciale et ses déclinaisons technique, scientifique et symbolique,  mère à la recherche d'un moi dispersé,  corps caressés, désir exalté) 

Chorégraphie et mémoire du corps !

Et la séquence où l’on voit des danseuses et danseurs investir un espace clos avec ces effets de clair- obscur qui accentuent leur élan oblatif, alors que simultanément les mains de Gabrielle et Frida sont contraintes à se « désunir » (laisser le passage au cortège, à la danse) ne serait-elle pas comme l’acmé du film et du parcours de Gabrielle?.  La rencontre avec la romancière Frida d’abord purement professionnelle se pare d’une beauté épiphanique. Celle de toute révélation ! Sensuelle et presque  mystique à la fois. Gabrielle découvre au contact d’une autre peau, une autre forme de sensualité et de jouissance jusque là insoupçonnée - elle choisit de s’y abandonner 

Un long métrage à la densité romanesque évidente, à la sensualité dévorante, servi par la prestation exemplaire de Léa Drucker -mais aussi par celle de tous  les acteurs-  et qui insère dans le portrait d’une femme tant de problèmes très contemporains ( Alzheimer, familles recomposées, entre autres )

Un film à ne pas manquer - quand bien même  certains spectateurs déplorent  une forme de didactisme dans la mise en scène, des longueurs ou un épilogue déceptif  à Turin....

 

Colette Lallement-Duchoze

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