11 août 2019
7
11
/08
/août
/2019
19:26
de Icíar Bollaín. (Espagne)
Scénario : Paul Laverty .
Avec Carlos Acosta; Edilson Manuel Olbera (Carlos Acosta enfant) ; Keyvin Martinez (Carlos Acosta jeune) ; Santiago Alfonso (Pedro père de Carlos).
L'incroyable destin de Carlos Acosta (né en 1973) célèbre danseur étoile, des rues de Cuba jusqu'au Royal Ballet de Londres!
S'inspirant du texte autobiographique de Carlos Acosta "No way home" la réalisatrice espagnole fait la part belle à la chorégraphie dans ce biopic où la danse est l'essence même du récit, où l'action progresse en fonction de sa symbolique; nous assistons en effet au ballet d'une vie.
Alors oui le déterminisme à tout prix peut paraître artificiel avec ses jeux d'échos amplifiés; citons par exemple le ceinturon du père et la flagellation, l'oculus et son aimantation vers la lumière ou encore la course-poursuite dans le dortoir après une tentative de vol; ces épisodes traumatisants ou solaires que l'enfant a vécus, seront le substrat des créations futures de l'artiste; bien plus les mouvements des corps, les déplacements dans l'espace frappent par leur mimétisme....comme si à des années de distance "tel qu'en lui-même l'éternité le change"
Le film s'ouvre sur une séquence de répétition. Carlos Acosta adulte (et il joue son propre rôle) a créé sa compagnie de danse. Sur sa table un livre il le feuillette et voici que ressuscite son passé de gamin; et plus particulièrement sa relation au père; un père autoritaire, un père fouettard mais si convaincu du talent de son fils qu'il mettra tout en oeuvre pour qu'il devienne danseur!! -et ce, malgré les réticences de l'enfant! L'ascension vertigineuse de Yuli est elle aussi vue de l'intérieur (famille scotchée devant la télévision; coupures de presse que le père collecte et lit quasi religieusement....)
Un biopic qui aborde, mais superficiellement, les problèmes inhérents à l'exil, les clivages sociaux, et qui se contente (avec images d'archives ...pourtant) de signaler les ravages de la Crise qu'a connue Cuba, sans en évoquer les raisons profondes (et la fausse joute verbale qui oppose un candidat au départ vers Miami, à Carlos momentanément de retour, le prouverait aisément!!!)
Dommage aussi que les vues aériennes sur La Havane rappellent les photos clichés des guides touristiques
Hommage à un garçon des rues (admirablement interprété d'ailleurs par Edilson Manuel Olbera) qui ne voulait pas danser mais qui sera le "premier Roméo Noir"? Hommage à l'école de danse de Cuba? Certes . Mais un hommage qui, pétri de bonnes intentions et d'émotions, flirte trop souvent avec le sentimentalisme !!!!
Colette Lallement-Duchoze
Published by cinexpressions
11 août 2019
7
11
/08
/août
/2019
05:59
d'Alain Raoust (France Portugal)
avec Salomé Richard (Salomé) Yoann Zimmer (Clément) , Estelle Meyer (Jessica)
Salomé revient dans le Sud, le village de son adolescence, pour y travailler le temps d'un été. Sous une chaleur accablante, elle se rend compte qu'elle n'aura aucun logement et décide d'établir un campement de secours dans la déchetterie où elle travaille. Elle va y croiser des êtres plus ou moins perdus, pleins de révoltes, de regrets et de rêves (Jessica rescapée d'une télé-réalité, Clément dont le frère Mathis ex de la sœur de Salomé a été tué dans une ZAD, un cycliste dépressif ....)
J’ai tenu 3/4 heure avant de quitter la salle de cinéma. Peut-on, ou a-t-on le droit de critiquer un film qu’on n’a vu qu’à la moitié ?
Je dirai simplement, pour ma défense, qu’il n’est pas nécessaire de voir un film en entier pour savoir qu’il est mauvais... C’est comme un plat de cuisine puant, il ne donne pas envie de le consommer. Trop d’indices suffisent à un cinéphile moyen pour juger de la suite quand un film part si mal.
L’ingénieur du son aux abonnés absents, les dialogues sont à peine audibles tant les acteurs bredouillent à toute vitesse dans un langage rudimentaire. La musique techno indispose dès le générique, et on se retrouve très vite dans une déchetterie dans une ambiance mi réaliste mi n’importe quoi, facile pour cacher les insuffisances de construction.
On sent l’absence de moyens mais aussi de profondeur du sujet, le ton est donné avec une fille pétée, perdue, au milieu d’un jeu de télé-réalité, son jeu pauvre ne sert qu’à créer une tension agressive permanente pour combler le vide de psychologie du personnage.
Parler du malaise de la jeunesse mériterait mieux qu’un scénario paresseux.
Enfin las d’avoir la tête dans la poubelle, je suis sorti respirer l’air du dehors !
Un film à éviter absolument.
Serge Diaz
Published by cinexpressions
10 août 2019
6
10
/08
/août
/2019
17:38
D'Ivan Kavanagh (Irlande) 2018
avec Emile Hirsch (Patrick Tate) John Cusack (Dutch Albert) Déborah François (Audrey Tate)
Un charpentier et entrepreneur de pompes funèbres irlandais Patrick Tate vit avec sa jeune famille à la périphérie d’une petite ville Garlow sur la route de la Californie pendant la ruée vers l’or de 1849. La vie y est dure mais paisible jusqu’à l’arrivée de Dutch Albert et sa bande de Hors-la-loi qui va tout faire basculer et l’obliger à protéger sa famille…
Certes -et c’est là son originalité- le "western" Never Grow Old, a été tourné dans le Connemara, et le personnage principal est un croque-mort d’origine irlandaise, un immigré -marié d’ailleurs à une Française- en butte à la communauté protestante que dirige d’une main de fer un pasteur intégriste et hystérique ... . Le réalisateur a situé l’action avant la guerre de Sécession et s’inspirant de photos prises dans les années 1850, il s’est interrogé sur l’expérience douloureuse des immigrés...qui ayant fui la grande famine, sont habités par les illusions du "rêve américain"
Mais quelle déception !!! Dans le combat du bien contre le mal, les péripéties sont assez prévisibles (une séquence au tout début reprise vers la fin joue le rôle appuyé de prolepse). Une volonté par trop démonstrative, une tendance prononcée à la caricature (cf les acolytes de Dutch Albert dont Dumb-Dumb). Et même dans les séquences traitées telles des liturgies (enterrements, pendaison) la bande-son hyper illustrative en altère la portée dramatique. Ambiance noire (dans tous les sens du terme ; on ne peut discerner les paysages du Connemara à cause de cette lumière opaque) ; gadoue et enlisement (là encore dans tous les sens du terme)
Un bémol : la prestation de John Cusack - presque méconnaissable en homme au rictus sardonique...tout de Noir vêtu ....!!
Colette Lallement-Duchoze
Published by cinexpressions
9 août 2019
5
09
/08
/août
/2019
06:40
de Kantemir Balagov (Russie)
avec Viktoria Miroshnichenko (Iya) , Vasilisa Perelygina (Masha) , Timofey Glazkov (Pashka) Andrey Bykov (Nikolay) Igor Shirokov (Sasha)
Prix de la mise en scène festival de Cannes (Un certain Regard)
1945. La Deuxième Guerre mondiale a ravagé Leningrad. Au sein de ces ruines, deux jeunes femmes, Iya et Masha, tentent de se reconstruire et de donner un sens à leur vie.
S’il s’est inspiré du livre de Svetlana Aleksievitch (prix Nobel de littérature en 2015) "La guerre n’a pas un visage de femme" (1985) Kantemir Balagov situe les faits rapportés dans « une grande fille » juste après 1945 dans la ville dévastée, comme le sont d’ailleurs Iya et Masha -ex soldates de l’Armée rouge. Les séquelles et la possibilité d’une reconstruction, voilà ce que privilégie le réalisateur.
Et si le rythme semble à certains trop lent n’épouse-t-il pas celui d’une longue et lente reconstruction ? De même que les silences ou les paralysies respiratoires sont en harmonie avec l’atmosphère asphyxiante de cette période qui a suivi le siège de Leningrad. À intervalles réguliers Iya a le souffle coupé – dès le générique la bande son alertait le spectateur- .
Et c’est presque tout au long du film que le spectateur est à la fois hébété et envoûté par un mélange de diaphanéité et de sourde opacité, de sensualité violente et de poésie éthérée, de réalisme cru et de délicatesse, par cette science du cadrage de la lumière et de la répartition des couleurs (ingénieuse étonnante Ksénia Sereda) qui rappelle la peinture mais aussi par les ellipses et les non-dits, les cris et les susurrements.
Chacun des trois mouvements qui structurent le film a une tonalité particulière; on pourra moins apprécier le troisième (qui coïncide avec l'entrée en scène de Sasha) car il est plus conventionnel et plus démonstratif -au sens de explicite. Le premier mouvement au contraire est tout en nuances suggestives; centré sur Iya, il joue sur les parallèles entre l’univers en ruines -tant à l’intérieur de l’hôpital qu’à l’extérieur – une dévastation amplifiée par la saison hivernale- et les psychés désaccordées ou en lambeaux (cf le tétraplégique) autant que sur les oppositions entre l’aspect quasi fantomatique de la Girafe (surnom d’Iya) et la rudesse du quotidien. Le deuxième mouvement qui coïncide avec la mort de l’enfant Pachka et le retour de Masha, a les allures d’un road movie à la fois féminin et féministe (dans un monde machiste s’affirme avec fierté l’amour au féminin et la GPA si problématique !!! semble résolue….) Le vert triomphe dans la séquence où Masha si fière de porter la robe verte tournoie jusqu’à l’étourdissement comme pour exorciser la douleur et le mal qui l’habitent !
N'est-ce pas elle qui incarne -par la flétrissure de ses entrailles, par sa maîtrise du langage et des situations, par son opposition aux privilégiés -le fussent-ils de naissance ou par allégeance servile au pouvoir- ce que fut la Vie des femmes de l'Armée rouge !!!!
Un film à ne pas rater
Colette Lallement-Duchoze
Bien vu Colette ! mais à une différence près : je ne trouve pas le personnage du médecin Sasha conventionnel du tout, L'acteur extraordinaire joue un homme fracassé par la guerre et la perte de sa famille mais qui reste humaniste, courageux, énigmatique.Un personnage secondaire d'une grande richesse, tout en finesse et tristesse. La scène de l"insémination forcée" est un grand moment de cinéma. Oui, effectivement, ce film russe est puissant à plusieurs points de vue.
Serge Diaz 9/08/2019
On s'est mal compris....et/ou je me suis mal exprimée....(ai un peu modifié la phrase que d'aucuns jugeraient sibylline !)
L'épithète "conventionnel" s'appliquait au 3ème mouvement, à la façon dont il est traité (cinématographiquement parlant ) et non au personnage - ce mouvement coïncide avec l'entrée en scène de Sasha
Sasha est le jeune infirmier apparemment simplet... (clan des "privilégiés")
Rien à voir avec Nikolay le médecin chef de l'hôpital militaire (interprété par Andrej Bykov) qui, bien évidemment, est paré de toutes les qualités que tu évoques, celles d'un humaniste bienveillant
Colette 9/08/2019
Published by cinexpressions
7 août 2019
3
07
/08
/août
/2019
03:13
Ils se sont rencontrés à une fête et se sont aimés tout de suite. C'est une belle et grande histoire d'amour, racontée à travers les souvenirs du jeune couple - des souvenirs altérés par le temps, leurs états d'âme, leurs différents points de vue. Des souvenirs qui finiront par influer sur leur relation.
Ce beau film italien nous promène dans le cheminement de pensée de deux jeunes êtres qui se rencontrent et s’aiment. Les souvenirs se mêlent au présent et se fondent si bien qu’on est entraîné imperceptiblement dans ce labyrinthe d’ images tantôt douloureuses tantôt oniriques.
Beauté de la photographie et surtout de l’actrice qui porte bien son prénom Linda Caridi (Linda signifie jolie en espagnol)
Elle a une aptitude innée au bonheur, lui, avec un passé difficile est happé par le morbide. Leur rencontre passionnelle se heurte à son incapacité à lui de vivre au présent les plaisirs simples de l’amour, au point que Roméo finit par décolorer sur le psychisme de sa Juliette.
Lumières vibrantes d’été, neige en contrepoint, le montage est d’une fluidité extraordinaire. Le spectateur glisse dans ce voyage de sensualité qu’un mal de vivre irrémédiable, une obsession de nostalgie, viennent déchirer par moments.
La musique est douce et le sourire de Linda Caridi est tel que lorsqu’il disparaît de son visage, la vie s’éteint.
Ce long métrage aurait gagné à être un peu plus court tant le film est dense mais il nous renvoie à notre manière de vivre le présent ou pas, à notre aptitude ou pas au bonheur, à notre construction mentale forgée pendant l’enfance et si difficile à modifier au cours de notre existence.
Ce film d’amour original au propos intéressant est à voir.
Serge Diaz
Published by cinexpressions
31 juillet 2019
3
31
/07
/juillet
/2019
06:14
De Youri Bykov (Russie)
avec Denis Shvedov, Vladislav Abashin , Andrey Smolyakov
festival de Beaune 2019
Réagissant à la vente frauduleuse de leur usine, plusieurs ouvriers décident d'enlever l'oligarque propriétaire des lieux. Ils sont menés par 'Le Gris', un ancien des forces armées. L'enlèvement tourne à la prise d'otage, et, rapidement, la garde personnelle du patron encercle les lieux.
Youri Bykov (Le major, l'Idiot) vilipende avec un certain brio la corruption qui gangrène la société russe, la répartition très inégalitaire des richesses, l'engluement dans le fatalisme. Thèmes qui sont au coeur de Factory, un film qui mêle polar et drame social, avec unité de lieu de temps et d'action
Le lieu c'est l'usine (factory). D'abord vue de loin fantomatique dans le brouillard glacial du matin alors qu'Alexeï dit Le Gris se rend à pied seul vers ce lieu de travail (en écho dans le dernier plan c'est le mercenaire Fog qui désabusé fera le chemin en sens inverse...). Puis avec Le Gris nous pénétrons dans le ventre de ce monstre métallique. Et le temps d'une nuit (après que la patron a décidé de la fermeture et que quelques ouvriers sous la houlette du Gris ont procédé à son enlèvement) l'usine devient le siège d'une bataille. Bataille autant idéologique qu'à balles réelles; c'est l'unité d'action: séquestration, demande de rançon, rebondissements avec changements de stratégie
C'est bien la rage qui habite le Gris (admirable Denis Shvedov dont nous avions apprécié le talent dans Le Major) avec cet oeil d'acier qui fixe la machine-outil, cette force herculéenne, une maîtrise des mécanismes retors de la pensée dominante qui l'empêche de tomber dans le piège, lui, Le Borgne, le rescapé de la guerre, porte avec sincérité tout le poids du malaise social dans le face-à-face l'opposant aux adversaires de "classe" (et à certains de son clan, les traîtres en puissance ou les "lâches").
La critique virulente de Bykov épouse son scénario (ou l'inverse) : qui a l'audace de remettre en cause le statut des possédants sera pris dans un étau mortifère!!
Hélas des moments inspirés et haletants côtoient trop de ressassements (dans les discours entre l'ouvrier qui cogite et l'oligarque ou le patron de la milice) un sur-jeu quasi permanent, de sorte que la "maîtrise formelle" incontestable se perd dans une forme de théâtralité (à un moment qui se veut suprême le décor de l'usine constellé de coups de feu se mue en un vaste écran "d'opéra"); et le discours politique (idéologique) trop appuyé a parfois des allures de "virilisme"
Cela étant, Factory n'en reste pas moins un film audacieux que je vous recommande
Colette Lallement-Duchoze
Published by cinexpressions
29 juillet 2019
1
29
/07
/juillet
/2019
06:06
de Phuttiphong Aroonpheng (Thaïlande 2018)
avec Wanlop Rungkumjad, Aphisit Hama, Rasmee Wayrana
Sacré meilleur film de la section Orizzonti à la Mostra 2018,
Près d’une côte où des réfugiés Rohingyas ont été retrouvés noyés, un jeune pêcheur thaïlandais trouve en pleine forêt un homme blessé et inconscient. Il lui porte secours et le soigne. L’étranger se révèle être muet. Il le nomme Thongchai et lui offre son amitié. Un jour, le pêcheur disparaît mystérieusement. Thongchai va peu à peu prendre sa place...
Fable politique ? (dès le générique on apprend que le film est dédié aux Rohingyas). Conte fantastique et poétique? (ne serait-ce que par la présence récurrente de ces fines pierres au scintillement magique, par la permanente ambiguïté des éléments -forêts, eau, pierres lumineuses- et des êtres -le pêcheur à la fois samaritain et braqueur encagoulé- et par l’intrigue délibérément sibylline) le film de Phuttiphong Aroonpheg est certes tout cela à la fois. Il intrigue il déroute il captive il envoûte !
Une explosion sensorielle qu’illustre la bande-son confiée aux Strasbourgeois de Snowdrops (ondes Martenot)
Dès la séquence d’ouverture on pénètre dans le labyrinthe d’une forêt qui n’est pas sans rappeler la jungle de Apichatpong Weerasethakul (rappelez-vous Tropical Malady et Oncle Boonmee la palme d’Or en 2010)
Et dès le début on devine à travers l’ombre et la lumière (le film joue constamment sur cette simultanéité discordante) la thématique de l’altérité que le cinéaste va transformer en identité acceptée par des glissements progressifs et la circularité de son propos (le rescapé prend la place du pêcheur quand ce dernier a disparu ; mais à son « retour » -réel?fantasmé ? ou antérieur au présent?- ce « sauveur » ressemblera étrangement à Thongchai…)
Abolition de la frontière ; acceptation de l’autre (le mutisme de Thongchai symbolise un état de fait : les Rohingyas n’ont pas le droit à la parole...Or, vers la fin du film le réalisateur fera entendre leur « chant parlé » alors que sous l’humus croupissent leurs cadavres….)
Et voici que danse légère et translucide une raie manta.
C’est le dernier plan de ce film hermétique certes mais ô combien envoûtant !
(Mais il pourra énerver certains spectateurs, agacés par trop de joliesse photographique et/ou par les guirlandes d’ampoules….)
Colette Lallement-Duchoze
Published by cinexpressions
28 juillet 2019
7
28
/07
/juillet
/2019
06:18
de Wang Xiaoshuai (Chine)
avec Jing-chun Wang, Mei Yong, Qi Xi
Au début des années 1980, Liyun et Yaojun forment un couple heureux. Tandis que le régime vient de mettre en place la politique de l’enfant unique, un évènement tragique va bouleverser leur vie. Pendant 40 ans, alors qu’ils tentent de se reconstruire, leur destin va s’entrelacer avec celui de la Chine contemporaine.
Superposition des temps narratifs, éclatement chronologique avec raccords (audacieux ou fluides), ellipses, changement de points de vue, telle est bien la structure complexe de cette fresque familiale sociale et politique, de ce puzzle qui vibre d’émotions contenues (la mort de l’enfant en ouverture…) qui mêle l’intime et le collectif, l'histoire individuelle et l'Histoire, le passé et le présent
Qui oserait encore prétendre que seule l’histoire prime dans l’appréciation d’une œuvre ?
Ici c’est bien plus la façon dont l’histoire est racontée...qui suscite l’intérêt et crée le suspense
Au montage vertigineux (où les changements d’époques épousent aussi les changements de lieux) s’ajoute l’interprétation des deux acteurs principaux (Wang Jing-chun dans le rôle de Liu Yaojun le père et Yong Mei dans celui de Wang Liyun la mère) récompensés d’ailleurs à Berlin (Ours d’argent) interprétation qui va de pair avec la direction d’acteurs. Ajoutons la maîtrise des cadrages et la science des lumières; ce tempo - qui fait alterner duos, et scènes de groupes ; intimité toujours pudique et collectif, colères vives et paroles apaisantes etc.- ; la récurrence d'un thème musical et la reprise de "ce n’est qu’un au revoir"
Le cinéaste illustre les conséquences de la politique mise en place par Deng Xiaoping (celle d’une démographie planifiée) sur la vie d’un couple pendant plus de 30 ans (de 1980 à 2015). Un couple qui à l’écran est bouleversant d’humanité et d’abnégation. Le mélo (et la tentation guette insidieuse…) est .à chaque fois évité …Et si la longue séquence finale éclate de ferveur oecuménique voire d’irénisme, elle s’inscrit dans un contexte qui échappe forcément à "notre" façon d’appréhender d’autres pratiques culturelles que les nôtres…Esprits chagrins évitez l’ethnocentrisme !
Un film à voir!
Absolument!!
Colette Lallement-Duchoze
Published by cinexpressions
26 juillet 2019
5
26
/07
/juillet
/2019
11:54
de Kirill Mikhanovsky
avec Chris Galust, Lauren "Lolo"Spencer, Maxim Stoyano
Présenté au festival de Cannes (Quinzaine des Réalisateurs)
Vic, malchanceux jeune Américain d'origine russe, conduit un minibus pour personnes handicapées à Milwaukee. Alors que des manifestations éclatent dans la ville, il est déjà très en retard et sur le point d'être licencié. A contrecoeur, il accepte cependant de conduire son grand-père sénile et ses vieux amis Russes à des funérailles. En chemin, Vic s'arrête dans un quartier afro-américain pour récupérer Tracy, une femme atteinte de la maladie de Lou Gehrig.
Un film pour le moins exubérant, parfois « confus » (raccords surimpressions cacophonie), au rythme effréné, une caméra virevoltante, et nous voici embarqués pour une journée dans un convoi de handicapés mentaux et moteurs et autres inadaptés (des obèses par exemple)…. Huis clos du bus, huis clos d’intérieurs détériorés qui sont comme les étapes qui jalonnent le parcours à travers la cité de Milwaukee (état du Wisconsin). Vic conduit chaque jour des personnes à mobilité réduite, qui à l’école, qui à un concert, qui...Mais ce jour-là il accepte (quitte à perdre son boulot s’il ne respecte pas les horaires imposés!) de conduire son grand-père (Alzheimer) et des femmes de la communauté russe à un enterrement ainsi qu’un certain Dima (Russe) -lequel se fait passer pour le neveu de la défunte !!!
Le film va se focaliser sur les trois personnages de Vic le chauffeur (Chris Galust) Dima l’intrus loufoque (Maxim Stoyanov) et Tracy munie de son épée et en fauteuil roulant à cause de la maladie de Lou Gehrig, (Lauren Lolo Spencer) dont Vic est amoureux (le tourne disque qu’ils ont bricolé semble sceller leur union…) La cité hétéroclite aux communautés cloisonnées -afro-américaine, russe entre autres - (cf l’épisode de la manif) devient elle aussi un personnage à part entière . (On sait que Kirill Mikhanovsky né à Moscou et installé aux Etats-Unis fin 1980 s’est inspiré de sa propre expérience d’ambulancier pour ce film)
Ce qui frappe c’est l'énergie enthousiaste et communicative qui habite chacun des éclopés ; la longue séquence d’ouverture en avait donné le ton : un tétraplégique allongé, la cigarette aux lèvres (qu’une main vigilante -celle de Vic le chauffeur- dégage pour chaque bouffée) clame avec sérénité son amour de la vie « elle doit être chérie » Ce personnage -que nous verrons et entendrons à intervalles réguliers -, est de l’aveu même du réalisateur la "conscience du film"
« Give me Liberty » Plus sournois que le handicap mental ou physique est celui de l’aliénation due à l’immigration .
Et si le "handibus" devenait la métaphore d’un melting pot assumé ??? la concrétisation du fameux rêve de Martin Luther King "nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots"
Colette Lallement-Duchoze
Published by cinexpressions
24 juillet 2019
3
24
/07
/juillet
/2019
08:02
de F Henckel von Donnersmarck (Allemagne)
avec Tom Schilling, Paula Beer, Sebastian Koch, Saskia Rosendahl
À Dresde en 1937, le tout jeune Kurt Barnet visite, grâce à sa tante Elisabeth, l’exposition sur "l’art dégénéré" organisée par le régime nazi. Il découvre alors sa vocation de peintre. Dix ans plus tard en RDA, étudiant aux Beaux-arts, Kurt peine à s'adapter aux diktats du « réalisme socialiste ». Tandis qu'il cherche sa voix et tente d’affirmer son style, il tombe amoureux d'Ellie. Mais Kurt ignore que le père de celle-ci, le professeur Seeband, médecin influent, est lié à lui par un terrible passé. Epris d’amour et de liberté, ils décident de passer à l’Ouest…
Ce film en deux parties s’inspire de la vie et l’oeuvre du peintre Gerhard Richter . Né en 1932 cet héritier de "la tradition académique enseignée à Dresde s’empare de la photographie dès les années 1960 pour construire une réflexion sur la peinture et la finalité de l’art" .(il est exposé d’ailleurs en ce moment avec d’autres artistes contemporains à la fondation Vuitton jusqu’au 26 août).
L'oeuvre sans auteur (qui certes n’est pas un biopic) a été mal accueilli par cet artiste qui l’a jugé « racoleur » (Et on peut aisément imaginer ce qu’il a pensé de la reconstitution de son fameux tableau Ema Auf einer Treppe .....!!!)
Et de fait que de clichés dans le traitement (très académique de surcroît), que de platitudes dans certains dialogues, que de mièvrerie dans le couple Kurt et Ellie, que de phrases sur la finalité de l’art qui semblent plaquées, que de difficultés à filmer l’artiste « au travail » face à son chevalet ou en mal d’inspiration -suite aux conseils du professeur en qui on aura reconnu ...Beuys! cf le flash back sur sa "résurrection" après un crash en Crimée grâce à des Tatares qui l’ont enduit de graisse et enroulé dans des couvertures de feutre!
Est-ce parce qu’il accorde trop d’importance au gynécologue (père d’Ellie d’ailleurs) interprété par Sebastian Koch, qui a oeuvré sans complexe avec les nazis (donnant son aval à la stérilisation et à la solution finale pour malades mentaux…) puis en RDA avec les Russes (pour avoir réussi un accouchement difficile – la parturiente étant la femme d‘un gradé) puis en RFA … sans oublier l’avortement pratiqué sur sa propre fille (le gendre n’étant pas digne de sa lignée!!!) ? Un individu qui incarne et symbolise le Mal, parasite le propos que sous-entendait le titre énigmatique et prometteur « l’oeuvre sans auteur »
Il y a certes des moments assez réussis (encore que...): la visite commentée de l’expo itinérante sur "l’art dégénéré" ; la belle folie de la jeune tante Elisabeth -Saskia Rosendahl (Partie I) mais la scène finale (Partie 2) qui lui fait écho en atténue la portée qui se voulait triomphale !!
Heureusement le film est proposé en deux séances distinctes (1h30 chacune) ennui et insipidité sont plus "supportables"
Colette Lallement-Duchoze
Published by cinexpressions