26 février 2019 2 26 /02 /février /2019 06:59

d'Etienne Kallos (Afrique du Sud)

avec Brent VermeulenAlex van DykJuliana Venter

 

Présenté au festival de Cannes ( un Certain Regard)

Afrique du Sud, Free State, bastion d’une communauté blanche isolée, les Afrikaners. Dans ce monde rural et conservateur où la force et la masculinité sont les maîtres-mots, Janno est un garçon à part, frêle et réservé. Un jour, sa mère, fervente chrétienne, ramène chez eux Pieter, un orphelin des rues qu'elle a décidé de sauver, et demande à Janno de l'accepter comme un frère. Les deux garçons engagent une lutte pour le pouvoir, l'héritage et l'amour parental.

Les moissonneurs

Une voix off -celle de la mère- supplie Dieu de faire de son fils un être fort "faites que son sang soit fort; faites que sa semence soit forte" Entendons "afin que vive, survive notre propriété...

Après avoir entendu ces vœux , nous voyons Janno l'adolescent aider son père (sévère) dans l'accomplissement de tâches journalières (mener le troupeau au fouet entre autres); l'occasion pour le réalisateur de filmer en plans larges et/ou panoramiques les immenses champs, avec une lumière tamisée qui nimbe paysages et personnages d'une sorte de brume. Il en ira de même pour les intérieurs où dominent les contre-jours, comme dans les toiles flamandes. Ce parti pris de lumière, qui au début peut gêner, semble illustrer une atmosphère où se marient étrangeté et enfermement! 

 

Travaux des champs (magnifique gros plan sur les lames de moissonneuses batteuses, plan resserré sur le troupeau ou les oeufs qui vont éclore dans une couveuse), rites de la prière et des repas partagés. L'équilibre (apparent) est rompu avec l'arrivée de Pieter -un gars de la ville, un junkie- que la mère prend sous son aile protectrice décidée à le "sauver"; elle enjoint Janno de lui "ouvrir son coeur"

 

S'ensuivra une lutte fratricide -pour avoir la faveur des parents et ... la propriété en héritage. Cette lutte (on se méfie, on s'espionne, on se bat, on s'invective) est au coeur du film d'Etienne Kallos (Sud-Africain d'origine grecque) . C'est elle qui transforme une chronique en tragédie à l'antique (avec son acmé: l'embrasement!). C'est à travers elle que le réalisateur dénonce le caractère suranné d'une famille ultra conservatrice qui cultive avec la même "foi" ses terres immenses et son amour de Dieu!

 

On peut se poser la question: le système autarcique ancestral d'une communauté afrikaner a-t-il encore sa raison d'être? (cf la peur panique des assassinats de fermiers); la fameuse "terre de nos ancêtres"  à sauvegarder à tout prix,  n'a-t-elle pas été usurpée??

Or la construction circulaire du film (reprise de la séquence d'ouverture) laisse supposer que ce système va perdurer !!!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

Partager cet article
Repost0
25 février 2019 1 25 /02 /février /2019 12:01

de  Radu Jude (Roumanie) 

Avec  Ioana IacobAlexandru DabijaAlexandru Bogdan


 

En 1941, l’armée roumaine a massacré 20 000 Juifs à Odessa. De nos jours, une jeune metteuse en scène veut retranscrire cet épisode douloureux, par une reconstitution militaire, dans le cadre d’un évènement public. La mise en scène sera-t-elle possible ?

Peu m'importe si l'Histoire nous considère comme des barbares

Peu m'importe si l'histoire nous considère comme des barbares revient sur un fait peu connu et délibérément laissé dans l’oubli en Roumanie : le massacre de 20 000 juifs par l'armée roumaine. Mariana Marin, metteur en scène de théâtre, travaille à une reconstitution du massacre d'Odessa, en 1941, qui sera présentée sur une place publique.

 

Elle se heurte à l’opposition des acteurs amateurs qui ont leur propre lecture de cette période et la façon dont elle doit être montrée au peuple; à celle des représentants de la ville qui ne souhaitent pas voir exhumer cette période historique, et préféreraient que soient traitées les exactions de la période communiste et la souffrance du peuple roumain.

D’ailleurs le metteur en scène souligne dans son film que la posture de victime est plus confortable que celle de bourreau.

 

Parfois drôle, corrosif et moraliste, Radu Jude dresse un portrait peu flatteur de la Roumanie, qui apparaît comme désireuse d’oublier cet épisode abominable de son histoire et donc proche du négationnisme.

 

Ce film a une valeur pédagogique, il témoigne de l’ampleur de l’Holocauste roumain - 380 000 mille victimes dont de nombreux Roms - et dénonce le racisme et l’antisémitisme.

 

 

Claude Beuzelin

 

Partager cet article
Repost0
25 février 2019 1 25 /02 /février /2019 04:54

de Nathan Ambrosioni

avec Noémie Merlant, Guillaume Gouix, Jérôme Kircher

 

Prix du public Jean-Claude Brialy, longs métrages français, au festival Premiers plans d'Angers

Charlie, bientôt 24 ans, mène une vie sans excès : elle se rêve artiste et peine à joindre les deux bouts. Quand son frère vient la retrouver après douze ans d’absence, tout se bouscule. Vincent a 30 ans et sort tout juste de prison où il a purgé une longue peine. Il a tout à apprendre dans un monde qu’il ne connait plus. Charlie est prête à l’aider. C’est son frère après tout, son frère dont la colère peut devenir incontrôlable et tout détruire malgré lui.

Les drapeaux de papier

Il n’a pas 20 ans. Il a commencé le tournage à 18 ans. Son film a reçu le prix du public au festival d’Angers (premiers plans)

Nathan Ambrosioni signe un film au sujet grave : la difficile réinsertion d’un détenu non accompagné, après plus de 10 ans d’incarcération. Un thème - inspiré d'un fait réel-  qu’il traite de façon épurée (pour ne pas dire minimaliste) : absence de bavardage, de fioriture ; pas de flash-back pour évoquer le passé, ou expliquer les raisons de la détention ; celles-ci seront livrées au compte-gouttes.  Une question "pourquoi tu n’es plus venue me voir ?"  une information glissée subrepticement "maman m’envoyait des drapeaux de papier",  laconisme  et  sous-entendus…

 

Ce très jeune et talentueux réalisateur s’inspire (c’est une évidence) de Xavier Dolan pour les cadrages très serrés qui emprisonnent les personnages tout  en les exhaussant au rang de "héros". Visages qui disent les fêlures, mais visages magnifiés. Dès les premières images, de très gros plans sur le crâne la nuque d’un individu que l’on ne verra que de dos jusqu’à sa sortie de prison, suggèrent un malaise  tout en imposant une évidente matérialité.  Ambrosioni soigne aussi les effets de lumière, de même qu’il irrigue son film de couleurs expressives (certaines carrément flashy) 

 

Guillaume Gouix est habité par le personnage de Vincent : en témoigne ce mélange  de fougue quasi viscérale et de tendresse : traumatisé par ses années de rétention il n’est pas à l’abri de violentes colères qui font voler en éclats les objets à portée de main et qui tétanisent, par la fureur de la parole, la sœur chez qui il a trouvé refuge ; mais il sait aussi être délicat: un regard d’enfant, une étreinte qui réconcilie. Le jeu de Noémie Merlant (qui interprète Charlie, la sœur) est quant à lui tout en nuances, sa maîtrise (et  c’est le nec plus ultra) paraît naturelle, comme  allant de soi! 

 

Les drapeaux de papier c’est une chronique à la fois intimiste (relation frère et sœur) et sociale (l’abandon d’un ex prisonnier quand il recouvre la "liberté" ) servie par deux brillants acteurs et filmée par un "génie"  précoce (les petits ratés et autres imperfections sont vite oubliés!!! )

 

Colette Lallement-Duchoze

 

Partager cet article
Repost0
24 février 2019 7 24 /02 /février /2019 06:03

de François Ozon

avec Melvil Poupaud (Alexandre) Denis Ménochet (François) Swann Arlaud (Emmanuel) Josiane Balasko (mère d'Emmanuel)  Hélène Vincent (mère de François)  François Marthouret (Mgr Bernardin)  Bernard Verley (père Preynat) Frédéric Pierrot (le capitaine Courteau) Eric Caravaca (Gilles) 

 

Grand prix du jury Berlinale  2019

Alexandre vit à Lyon avec sa femme et ses enfants. Un jour, il découvre par hasard que le prêtre qui a abusé de lui aux scouts officie toujours auprès d’enfants. Il se lance alors dans un combat, très vite rejoint par François et Emmanuel, également victimes du prêtre, pour « libérer leur parole » sur ce qu’ils ont subi. Mais les répercussions et conséquences de ces aveux ne laisseront personne indemne.

Grâce à Dieu

"grâce à Dieu les faits sont prescrits" dit pince-sans-rire Mgr Barbarin (excellent François Marthouret) , lors d’une conférence de presse en 2016 ; un intervenant s’insurge contre l’incongruité de tels propos "oui c’est vrai je m’en excuse"  rétorque patelin l’archevêque de Lyon (ben voyons). Est-ce ce faux lapsus qui a dicté à Ozon le titre de son film ? Assurément ? Peut-être ? Un titre polysémique donc...et polémique ! Rappelons que le premier titre était « L’homme qui pleure » (accent mis sur la douleur des victimes et sur la dignité de leurs larmes)

 

Laissons de côté les démêlés avec la justice (les médias ont suffisamment pris le relais) passons outre la documentation qui a présidé à la genèse du film et osons faire entendre une voix légèrement dissonante dans le concert de louanges (elle concerne plus la forme que le fond)

 

Voici un homme d’Eglise (archevêque?) vu de dos, il avance lentement brandissant un immense ostensoir (?) (la caméra le suit  en travelling) puis il s’arrête, surplombant la ville, il semble être au-dessus de ...tout...soupçon.... Ce plan d’ouverture (que nous retrouverons une fois en écho) me semble trop appuyé (même et surtout s’il est censé opposer la superbe de l’Église, de ses représentants au désarroi de ceux qui furent victimes d’actes pédophiles jamais condamnés)

Et pour illustrer le parcours des trois victimes, le cinéaste opte pour une structure très classique : mettre au premier plan et successivement chacune des trois en accordant un soin très méticuleux à montrer ces adultes dans leur quotidien, leur intimité, trente ans après les faits. Par moments le passé resurgit sous forme de flash back (voici de très jeunes scouts sous l'égide du  père Preynat …la "relation"  restera pudiquement hors champ)

Une forme très convenue de "découpage"

A cela s’ajoute une  alliance "faussée" entre la véracité, (l'authenticité documentaire) celle des faits rapportés  (entretiens avec Régine Maire, avec le père Preynart, avec Mgr Barbarin, échange de courriels, dépôt de plainte en gendarmerie, création de l’association "parole libérée"), et le travestissement fictionnel ! Le film à trop vouloir "coller aux faits" se fait illustratif voire didactique : le moindre dialogue, le moindre geste, le moindre regard, tout n’existe que par rapport à la "mécanique"  du film ! avec parfois une impression désagréable de mauvaise théâtralisation (cf les réunions, la vie familiale d'Alexandre) 

 

Cela étant, les acteurs Melvil Poupaud Denis Ménochet et Swann Arlaud jouent à merveille leur partition d’ex scouts, traumatisés, Josiane Balasko et Hélène Vincent celle de mères aimantes !

 

«Sinite parvulos venire ad me» (évangile selon saint Luc) laissez venir à moi les petits enfants. C’est au nom de ce précepte que des représentants de l’Église auraient abusé de la crédulité de garçonnets (certains recevaient avec orgueil les faveurs de leur prêtre, car ils se croyaient des "élus") et de la confiance de leurs parents (même et surtout les plus catholiques, pratiquants de surcroît)

Le réalisateur s‘attaque moins à deux figures de l’Église (le Père coupable de pédophilie, l’archevêque coupable de complicité  pour l’avoir protégé) qu’à une Institution qui prône le silence, pratique l’omerta et bafoue ses règles fondamentales pour ne pas dire cardinales. (Question d'interprétation: les spectateurs ayant assisté à l'avant-première en janvier, en présence du réalisateur, pourront  infirmer ou corroborer ces propos ...)

 

Oui la parole doit être libérée, sans entrave !

 

Colette Lallement-Duchoze

Partager cet article
Repost0
23 février 2019 6 23 /02 /février /2019 08:46

Film de François Ruffin et Gilles Perret

 

A partir du 15 février et jusqu’à la sortie du film (le 3 avril) Gilles Perret et François Ruffin parcourent le pays.

Hier soir ils venaient présenter leur documentaire à l’Omnia (deux projections pour deux salles combles)

 

J'veux du soleil

À tous les députés de l’Assemblée Nationale, à toute l’équipe gouvernementale (Castaner au premier chef) à tous les éditocrates de service qui sévissent sur les plateaux dits d’information, aux lobbystes à la solde de.., aux distillateurs de haine, à Luc Ferry, Yves Calvi, Jean-Michel Apathie, Patrick Cohen, Alain Finkelkraut, Christophe Barbier, à tous ceux qui par leur discours -largement repris sur les ondes- cherchent depuis le début, à discréditer le mouvement des GJ, je formule un seul voeu: prenez le temps de vous "informer autrement"  en allant voir (ou en vous faisant projeter en privé…) le film documentaire de Gilles Perret et François Ruffin

Doux et cruel, émouvant et décapant, mais surtout profondément humain, il vous fera approcher au plus près la réalité des ronds-points (des havres patiemment "construits" puis diaboliquement démolis par les forces de l’ordre); il vous fera partager la réalité de ce que vivent au quotidien ces "invisibles" qui, grâce au mouvement des GJ, accèdent enfin à la  "lumière" et seront désormais immortalisés dans le film documentaire « j’veux du soleil ». Ne vous laissez pas intimider par les "débordements" lors de manifestations, que des chaînes de TV diffusent en boucle (à croire que des "infiltrés" sabotent le mouvement avec l'aval de...)

 

François Ruffin et Gilles Perret sont partis de la Somme, et nous les suivons lors de leur "périple"  (une forme de road movie) à différents ronds-points jusque Marseille.

Ce qui intéresse le député de la FI, c’est toujours et avant tout l’humain. Il sympathise, interroge, prend des notes, commente avec beaucoup d’humour et l’on reçoit en plein visage (pour ne pas dire en plein cœur) des témoignages dont certains arrachent les larmes : malgré des vies cabossées, la revendication de la dignité -par trop bafouée !

 

Ecoutez  la parole enfin libérée, celle de Corinne Carine Khaled Rémi Denis Cindy et de tant d’autres.

Regardez cet immense totem à l’effigie de Marcel ( Ruffin en expliquait la genèse et la portée métaphorique hier soir à l’Omnia)

 

Un film salutaire ! À ne pas rater !!

 

C’est un éclair, alors, qui déchire la nuit noire de l’histoire.  Un éclair, un éclair jaune, fluorescent même, qui ne dure qu’un instant, un instant seulement, mais se grave dans les mémoires. Derrière , le tonnerre fait résonner ce mot: espoir (cf le dépliant)

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

Tout à fait d'accord avec l'analyse de Colette ! ce film décrasse, émeut, et donne envie de se battre contre ce pouvoir méprisant, de classe. A voir absolument car il fera date, élément majeur dans cet épisode historique de l'Histoire contemporaine de notre pays.

En plus, les musiques qui accompagnent sont chouettes !

Serge Diaz 23/02

Partager cet article
Repost0
22 février 2019 5 22 /02 /février /2019 15:58

Début du XVIIIème siècle. L’Angleterre et la France sont en guerre. Toutefois, à la cour, la mode est aux courses de canards et à la dégustation d’ananas. La reine Anne, à la santé fragile et au caractère instable, occupe le trône tandis que son amie Lady Sarah gouverne le pays à sa place. Lorsqu’une nouvelle servante, Abigail Hill, arrive à la cour, Lady Sarah la prend sous son aile, pensant qu’elle pourrait être une alliée. Abigail va y voir l’opportunité de renouer avec ses racines aristocratiques. Alors que les enjeux politiques de la guerre absorbent Sarah, Abigail quant à elle parvient à gagner la confiance de la reine et devient sa nouvelle confidente. Cette amitié naissante donne à la jeune femme l’occasion de satisfaire ses ambitions, et elle ne laissera ni homme, ni femme, ni politique, ni même un lapin se mettre en travers de son chemin.

La favorite
En résumé : 2 femmes intrigantes et garces à souhait se font une guerre terrible pour séduire la reine Anne d’Angleterre. Cette dernière est une grosse imbécile souffrant de la goutte qui se joue de chacune d’elles tout en dirigeant son pays au gré des influences de ses servantes-maîtresses.
 
Le jeu est appuyé, la mise en scène est soignée mais que d’anachronismes de langage : “fuck” et “cunt” en anglais du 18ème siècle ?...
Le risque, comme disait Michel Onfray, quand on fait un film historique est de faire passer ce que l’on montre comme la réalité de l’époque surtout lorsque les décors, les costumes, le maquillage sont puisés fidèlement dans cette époque. Le spectateur a du mal à faire la part de la fiction débridée, américano-centrée, de celle de la vraie reconstitution. Finalement le réalisateur greco-américain réalise un film très américain, au sens où la problématique est simplissime : ah les méchantes courtisanes, oh ! la pauvre reine abusée mais pas facile quand même !.
 
On ne voit le peuple, surtout les femmes, qu’en cuisine du château ou au lupanar pour ces messieurs aristos. Les valets sont humiliés mais ridicules. L’intérêt du réalisateur ne porte que sur le match entre deux femmes comme on regarde une course de canards, pour s’amuser.
 
Ce film est un détournement à des fins commerciales d’une vraie réflexion sur ce qu’est le pouvoir. Le grand public américain aime le binaire, l’exotisme historique ramené à son époque tout comme le ketchup sur des tournedos de première qualité.
Il reste la photo, très belle, c’est du gâchis de moyens.
 
Il y avait là les prémices pour un bon film, dommage, seuls les amateurs de farces apprécieront.
 
 
Serge Diaz

Partager cet article
Repost0
18 février 2019 1 18 /02 /février /2019 18:33

de Félix Moati

avec Vincent Lacoste, Benoît Poelvoorde, Mathieu Capella, Anaïs Demoustier

Joseph et ses deux fils, Joachim et Ivan, formaient une famille très soudée. Mais Ivan, le plus jeune, collégien hors norme en pleine crise mystique, est en colère contre ses deux modèles qu’il voit s’effondrer. Car son grand frère Joachim ressasse inlassablement sa dernière rupture amoureuse, au prix de mettre en péril ses études de psychiatrie. Et son père a décidé de troquer sa carrière réussie de médecin pour celle d’écrivain raté. Pourtant, ces trois hommes ne cessent de veiller les uns sur les autres et de rechercher, non sans une certaine maladresse, de l’amour…

 

Deux fils

La séquence d’ouverture donne la tonalité et révèle une façon de filmer qui prévaudra dans ce premier long métrage de Félix Moati (connu jusqu’ici comme acteur). Joseph (Benoît Poelvoorde) filmé de dos encadré par deux garçons va choisir un cercueil pour feu son frère. Convaincu de l’étroitesse de cet habitacle de la mort, il le teste…Exit pathos ou larmes !!!

Mélange de légèreté et de gravité, d’ humour et de drame c’est bien ce qui va caractériser le parcours des trois personnages (on a parfois l’impression que c’est le même à trois moments d’une vie)

 

Un père médecin qui change brutalement de métier convaincu de ses talents d’écrivain (n’est pas Tolstoï qui veut) ; le fils aîné qui caresse le rêve d’être "le plus grand psychanalyste du monde" (mais il est englué dans le ressassement d’un échec amoureux) et le cadet accro de religiosité et d’alcool essaie de se frayer son propre chemin. Leurs parcours apparemment solitaires et douloureux vont en fait tisser une trajectoire, celle de la réconciliation -surtout entre les frères -même si le titre du film "Deux fils" induit la figure parentale  (ici le père fantasmé, le père réel, le père enfant que deux fils prennent en charge cf l'affiche signée Floc'h) ; fébrile et chaotique cette quête de soi mais  ô combien éminent le rôle positif des femmes !!

 

Filmés souvent de dos (seuls ou en duo) en plans rapprochés ou en très gros plans (visages) ils pourraient envahir l’écran -la fluidité du rythme le déleste de cette éventuelle lourdeur.

Musique jazzy, ambiances nocturnes parisiennes, acteurs formidables (mention toute spéciale à Mathieu Capella et Anaïs Demoustier),  tout concourt à faire de ce premier long métrage un film attachant.

Des esprits chagrins en mal de critique à tout prix souligneront  le côté anodin de l’histoire (parcours initiatique et  histoire d'une reconstruction)

 

Contentons-nous de saluer  un talent prometteur !!

 

Colette Lallement-Duchoze

Partager cet article
Repost0
15 février 2019 5 15 /02 /février /2019 06:29

Documentaire réalisé par Almudena Carracedo et Robert Bahar (Espagne) 

 

Goya espagnol du meilleur documentaire

1977. Deux ans après la mort de Franco, dans l’urgence de la transition démocratique, l’Espagne vote la loi d’amnistie générale qui libère les prisonniers politiques mais interdit également le jugement des crimes franquistes.
Les exactions commises sous la dictature et jusque dans les années 1980 (disparitions, exécutions sommaires, vols de bébés, torture) sont alors passées sous silence. Mais depuis quelques années, des citoyens espagnols, rescapés du franquisme, saisissent la justice à 10.000 kilomètres des crimes commis, en Argentine, pour rompre ce « pacte de l’oubli » et faire condamner les coupables.

Le silence des autres

De ses mains ridées par les ans elle lisse ses blancs cheveux en chignon ; sa voix nous parvient étouffée dans sa raucité ; elle avance avec son déambulateur à pas comptés jusqu’au lieu de son rendez-vous : le charnier désormais recouvert de bitume où sa mère accusée d’être une  "rouge" fut tuée avec trente autres personnes au tout début de la dictature de Franco. Elle y dépose régulièrement un bouquet, la mémoire contre l'oubli! 

C’est sur cette séquence à la douleur majestueuse que s’ouvre le documentaire d’Amuldena Carracedo et Robert Bahar….Cette femme c’est Maria Martin - 4 ans au moment de la tragédie. Ses vœux les plus chers ? Que sa mère soit enterrée au cimetière du village aux côtés de son mari. Cette octogénaire nous la verrons à intervalles réguliers dans le film -tant son destin est emblématique- ainsi que cette bande passante de bitume qui masque l’horreur...Maria  a consigné -et c'est son reliquaire- tous les courriers envoyés aux différents organismes pour avoir gain de cause. En vain (quand les poules auront des dents?)

 

Au tout début du film nous voyons aussi José dit Chato conduire l’équipe devant la maison où vit Billy el Nino ce tortionnaire qui a sévi pendant plus de 20 ans et jamais condamné..C’est que la loi d’amnistie promulguée en 1977 empêche(ait) tout recours de plaignants. A 22 ans, militant  non politisé, Chato a subi  des tortures dont le récit arrache les larmes !!

 

Les autres personnes interviewées dans ce documentaire sont des enfants de républicains tués par les miliciens de Franco, des victimes de la dictature, ou encore des filles mères auxquelles furent arrachés leurs bébés (années 1950) Tous écœurés par la loi du "silence"  tentent avec pugnacité de la briser afin que triomphe la justice (rien à voir avec la vengeance comme le clament ceux qui y sont hostiles pour discréditer la démarche). Et puisque les tribunaux espagnols rejettent leur requête ils iront plaider en Argentine (rôle efficace de la juge Maria Servini)

 

Vies saccagées, Bataille opiniâtre, Luttes individuelles ou collectives , voilà ce que montre le documentaire produit par Almodovar.

Des encarts situent l’époque et les lieux ; des images d’archives rappellent aux mémoires oublieuses la tragédie. Un montage alerte efficace ; des témoignages bouleversants. Une musique expressive sans être illustrative! 

 

Contre l'oubli! 

Un documentaire à ne pas rater!!

 

Colette Lallement-Duchoze

Le silence des autres

 

 

Oui, tout à fait d'accord avec la belle critique de Colette ci-dessus.

Documentaire indispensable pour comprendre la douleur que provoque l'omerta organisée par l'Etat espagnol depuis 1977, des atrocités du franquisme.

D'une façon un tout petit peu moindre, on ne peut s'empêcher de penser à la jeunesse Française et sa méconnaissance de la guerre d'Algérie, celle-ci n'étant pas inscrite aux programme scolaires d'Histoire.

Rappelons qu'un peuple sans mémoire est un peuple sans futur...

Serge Diaz 15/02

Partager cet article
Repost0
13 février 2019 3 13 /02 /février /2019 10:38
XIV° festival du Cinéma d'Europe centrale et orientale    A l'EST
du 26 février au 5 mars 2019
à Rouen à l'Omnia, au Kinepolis, au Musée des Beaux-Arts, au café de l’époque et au bar Mi Barrio
ainsi qu’à Fécamp, à Dieppe et au Havre. 


Plus de 40 films 
d’ Albanie, Bulgarie, Hongrie, Pologne, République Tchèque, Roumanie, Russie, Slovaquie et Slovénie.

Les films sont répartis dans plusieurs sections :


« A L’EST » 8 films en COMPÉTITION
« A L'EST DANS LE MONDE » films du Pérou, d‘Argentine, de Colombie et de France
« NOUVELLES DE L'EST » courts-métrages  
«  LAB’EST «  :  jeudi 28 février, vendredi 1er rmars et samedi 2 mars à 16h30, masterclass par des professionnels du cinéma au Musée des Beaux-Arts de Rouen
« KLUK » dédié aux jeunes
 
 Soirée d’ouverture

Mardi 26 février à 20h30 au Cinéma Omnia République à Rouen
projection du film slovaque Cellar en présence du comédien Jean-Marc Barr 

Soirée de clôture et palmarès

Mardi 5 mars février à 20h30 au Kinepolis à Rouen 

projection du film français Seuls, les pirates de Gaël Lépingle 

 

Venez rencontrer les nombreux invités et les membres du jury professionnel.                                                                                                                        

  Voir le programme ici                                                                                                                               
 Toutes les infos sur le site                                                                                                                                
 En vous souhaitant un très bon festival 
                                                                                                                             
  A l'Est                                                                                                                       
 Membre de Moteur,    
 Le Réseau des festivals de cinéma de Rouen

                                                                                                       

                                                                                                                                    
                                                                                                                                                                                               
Facebook : @alestfestival
 

Partager cet article
Repost0
12 février 2019 2 12 /02 /février /2019 07:18

d'Antoine Raimbault

avec Marina Foïs, Olivier Gourmet, Laurent Lucas 

Depuis que Nora a assisté au procès de Jacques Viguier, accusé du meurtre de sa femme, elle est persuadée de son innocence. Craignant une erreur judiciaire, elle convainc un ténor du barreau de le défendre pour son second procès, en appel. Ensemble, ils vont mener un combat acharné contre l'injustice. Mais alors que l’étau se resserre autour de celui que tous accusent, la quête de vérité de Nora vire à l’obsession.


 

Une intime conviction

La force et l’intérêt du film d'Antoine Raimbault, résident moins dans l'adaptation à l’écran du procès en appel où Jacques Viguier fut pour la seconde fois acquitté en 2010, que dans le "couple" que forment l’avocat de la défense Maître Dupond-Moretti (interprété par un Olivier Gourmet au top de sa forme) et une ex-jurée Nora (Marina Foïs excellente!) convaincue de l’innocence de l’accusé

Ce personnage inventé de toutes pièces, devient très vite l’allégorie de l’intime conviction. Sa quête frénétique de la (sa) " vérité" -dont rend compte la succession rapide de mini scènes sur son lieu de travail, chez elle entre lécoute de plus de 250h d’entretiens et l’éducation de son fils, sa présence au Palais de justice - en dit long sur une passion qui vire à l’obsession.

Face à elle un avocat imposant ; certes il décèle les vices de l’enquête MAIS surtout il va renvoyer dos à dos tous les accusateurs et tous les procureurs dont les intimes convictions ne reposent sur rien de concret (et les extraits de sa plaidoirie finale resteront dans les anthologiesEn réalité, ce dossier est devenu un concours Lépine de l’hypothèse Vous aurez jugé mais vous n’aurez pas rendu la justice).

Un "duo" qui oppose la passion presque viscérale et le respect de la déontologie (en l’occurrence puisqu’il n’y a pas de preuves, faire prévaloir le doute);  et entre les deux, un "accusé" mutique au regard sombre, qu'interprète le (toujours) inquiétant Laurent Lucas! 

 

Ainsi loin des séries télévisées, loin des films de procès -souvent contaminés par des clichés "à l’américaine"- le film de Raimbault en s’emparant de cet espace clos (dont la théâtralisation n’est plus à démontrer: "effets de manche",  diction et élocution, silences et vitupérations) le transforme  en creuset ; où s’opère de façon presque alchimique la transformation d’une "intime conviction" (article 353 du Code pénal) en "Vérité" !…

Mais face à notre propension à "interpréter"  en comblant les "trous d’un récit", la justice doit au contraire éviter de donner du sens à l’absence et de l’espace à l’imagination.

Une intime conviction ou le procès de la fiction ? traité sur le mode d'un thriller?

À vous de juger !!

Colette Lallement-Duchoze

PS Je vous invite à lire -ou relire-  le roman de Tanguy Viel Article 353 du code pénal  (il vient de paraître dans la collection "doubles" des Editions de Minuit)


 

Partager cet article
Repost0

Mode d'emploi

Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

Envoyez vos articles ou vos réactions à: artessai-rouen@orange.fr.

Retrouvez aussi Cinexpressions sur Facebook

 

 

Recherche