18 septembre 2016 7 18 /09 /septembre /2016 17:02

De Mohamed Diab (Egypte)

Avec Nelly Karim, Hani Adel, Tarek Abdel Aziz, Ahmed Malek

 

Film présenté à Cannes (section Un Certain Regard)

Le Caire, été 2013, deux ans après la révolution égyptienne. Au lendemain de la destitution du président islamiste Morsi, un jour de violentes émeutes, des dizaines de manifestants aux convictions politiques et religieuses divergentes sont embarqués dans un fourgon de police. Sauront-ils surmonter leurs différences pour s'en sortir ?

Clash

Titre détonant pour un  film percutant!

 

Intérieur d'un fourgon vide, c'est le premier plan de ce film. Cette apparente vacuité sert en fait de caisse de résonance aux violences extérieures. Et quand s'ouvre avec fracas la porte, sont projetés dans l'habitacle deux journalistes de l'AFP; ils auront beau se récrier rien n'y fait d'autant que l'ingérence des Occidentaux (et particulièrement des USA) est perçue comme une trahison. Suivront des pro et anti Frères Musulmans embarqués de force comme du bétail.

Début d'un Enfer. Enfermement claustral! Et ce durant presque 24h. 

 

La cohabitation forcée commence par de violentes invectives entre "frères ennemis". La caméra virevolte, s'arrête sur un visage, un geste (se dessine peu à peu la personnalité de chacun). Le recours aux plans serrés crée de toute évidence une sensation d'étouffement : le spectateur est lui aussi "embarqué"!

Le réalisateur fait alterner intérieur et extérieur. Un extérieur vu par les "prisonniers" qui s'adressent à d'autres "entassés" dans un autre fourgon (on s'inquiète du sort d'un proche) ou qui sollicitent une aide des forces de l'ordre alors qu'au loin on voit et entend la multitude des manifestants crier "l'islam vaincra". Le film conjugue  ainsi théâtralité (un peu appuyée) pour les protagonistes du huis clos et exercice "documentaire" -dans la  reconstitution des événements (affrontements émeutiers et police; bringuebalement dans les rues de la capitale)

 Il  obéit aussi à une double dynamique interne. D'une part les "embarqués" subissant les affres de la chaleur/fournaise  vont apprendre à s'apprivoiser mus par le même désir de survie; bien plus ils sauront faire abstraction de leurs "divergences" et s'entraider (cf. la scène où l'on boit chacun à son tour une gorgée d'eau; celle où Aicha donne les épingles qui agrafent son "foulard" pour suturer une plaie -même si le très gros plan sur la blessure a un côté racoleur...). D'autre part, Mohamed Diab a su créer une sorte de "tempo": à la violence succède l'accalmie (certes de courte durée); et la narration s'interrompt à plusieurs reprises par amenuisement de la bande-son avant le passage "écran noir" -qui joue le rôle de "balise" 

Si la séquence finale (où le fourgon est pris dans une manifestation si étrange que l'on ne sait plus qui est qui) est "ouverte" (en ce sens qu'elle laisse le spectateur décider du sort des "prisonniers") son traitement rappelle trop les écrans vidéo traversés de lumières et lasers verts alors que triomphait le bleu nuit stellaire (même si les manifestants utilisent ces lasers pour "brouiller" les pistes..)

Le  tohu-bohu du film est à l'image du chaos qui a suivi la destitution de Morsi. Mais on devine aisément que Mohamed Diab est surtout intéressé par l'humain (la séquence avec le sniper, le plan sur le corps gisant du père d'Aicha, le rôle de Nagwa l'infirmière sont significatifs). Sa vision n'est pas manichéenne! D'autant que l'on connaît ses convictions profondes : ni loi islamiste, ni loi martiale 

 

Colette Lallement-Duchoze

 
Clash

"j’ai été déçu car les gens ne retiennent que ce qui les met hors d’eux dans Clash. D’un côté ceux qui me reprochent d’être anti-gouvernemental, de l’autre ceux qui me reprochent d’humaniser des radicaux musulmans. Mais j’ai juste fait un film qui parle de la diversité égyptienne, qui se permet de critiquer la société dans son ensemble" Mohamed Diab

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12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 08:50

de Bertrand Bonello

Avec Finnegan Oldfield (David), Vincent Rottiers (Greg), Hamza Meziani (Yacine), Manal Issa (Sabrina), Martin Guyot (André), Jamil McCraven (Mika), Rabah Naït Oufella (Omar), Laure Valentinelli (Sarah), Ilias Le Doré (Samir), Fred (Robin Goldbronn), Luis Rego (Jean-Claude), Hermine Karagheuz (Patricia) Adèle Haenel (a jeune femme au vélo)

Nocturama

Certains spectateurs reprochent à Bonello d'être un "irresponsable" (avoir osé faire un film comme le sien sur le terrorisme) Faut-il rappeler que Nocturama a été tourné bien avant les attentats de 2015? Prescience donc plutôt que complaisance! D'autre part le mot "terrorisme" - galvaudé il est vrai depuis le 11/09/2001 et en France depuis janvier 2015- ne convient guère à propos de Nocturama. Préférons-lui celui d'insurrection. Certes Bonello ne mentionne pas les motivations de ces jeunes (il est intéressé plus par le "comment" que par le "pourquoi"), même si quelques flash-back illustrent brièvement leur "rencontre" -le seul discours est celui laconique et plein de sous-entendus de la jeune femme à bicyclette "ça devait arriver".  Les jeunes "terroristes" du film incarneraient plutôt la figure de la rébellion. Ce que "cachent" les reproches serait peut-être d'avoir amalgamé dans le groupe de "poseurs de bombes", des jeunes aux appartenances sociales religieuses et ethniques très diverses (juifs arabes fils de bonne famille...) alors que dans le contexte actuel  en France on ne parle  que de "musulmans radicalisés" 

 Au moins le film a le mérite d’interroger "politiquement" le spectateur....

 

D'un point purement formel Nocturama est d'une beauté rare où TOUT (cadres, plans, mouvements, angles de vue, jeux de travellings, flash-back, scène hors champ vécue sur le mode cauchemardesque, split-screen etc..) est travaillé comme au cordeau

 

Nocturama (ce mot désigne la partie d'un zoo où vivent des animaux nocturnes avec des installations d'éclairage spéciales) se présente sous la forme d'un diptyque: préparation et exécution d'attentats aux points stratégiques du "capitalisme" et du "pouvoir" , puis enfermement/réclusion dans un grand magasin de "luxe". Son épilogue reddition et mort rappelle la tragédie antique

Le film joue ainsi sur l'opposition extérieur/intérieur; jour/nuit, mutisme grave (en I) bande sonore surdimensionnée (en II) Mais l'essentiel est  de "montrer" que quelque chose gronde sous la surface qu'une menace existe réellement même et surtout si elle est "masquée": couloirs dédaléens du métro (en I) huis clos (en II) avec écrans de surveillance vite remplacés par les split-screen. Le grand magasin lui-même devient le lieu de tous les "fantasmes": les mannequins s'animent, on se travestit on porte des masques, on peut manger et boire à gogo alors que sur les écrans géants défilent les feux d'un embrasement qu'on croyait jusque-là "virtuel" ...

 

Colette Lallement-Duchoze

 

NB: la Samaritaine dégoulinante de luxe dans Nocturama - où les jeunes doivent "attendre 10h"- ne renvoie-t-elle pas à la cage dorée où sont enfermées les prostituées de l'Apollonide? De  même la Jeanne d'Arc en flammes n'est pas sans rappeler la juive balafrée! 

 

 

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10 septembre 2016 6 10 /09 /septembre /2016 07:07

De Jean-Christophe Meurisse

avec Céline Fuhrer, Thomas Scimeca, Maxence Tual,   

Et la participation de Claire Nadeau et Olivier Saladin

 

Film présenté à Cannes (Semaine de la Critique)

 

Argument: Céline, Thomas et Maxence vont toujours par trois. Ils veulent se marier, avoir une maison, un travail, des enfants sages et manger des huîtres tous les jours. Insoumis et inadaptés à une furieuse réalité économique et administrative, ils chevauchent leurs quads de feu et traversent une France accablée, en quête de nouveaux repères, de déserts jonchés de bipèdes et d’instants de bonheur éphémère. 

Apnée

Succession de saynètes, de sketchs ou tableautins, le film qui se veut "une sarabande libertaire et burlesque" s'ouvre sur la vaine tentative d'un mariage officiel à 3 où le maire d'abord compréhensif en vient à perdre sa contenance d'édile de la République, il se prolonge par une séance de patinage assez désopilante -trois corps nus avec des masques de catcheurs.

Tout serait-il à l'avenant?

On a vite l'impression que le film va manquer de souffle!

Certes çà et là le discours déjanté ou blasphématoire, la présence insolite d'une autruche dans une grande surface, celle de deux kukéris (était-ce la bébête show de la Croisette?), ponctuent un itinéraire globalement foutraque. Plusieurs sketchs sont assez cocasses en ce sens qu'avec un humour pince-sans-rire ils mettent à nu des maux de notre société: les règles du savoir-faire enseignées à Pôle Emploi, l'impossible communication entre clients et banquiers, les garanties exigées pour louer un taudis que le discours mensonger de l'agence présente comme "exceptionnel" , le rôle "éducateur" de la famille dans la longue et truculente séquence  avec Olivier Saladin

 Mais pour garder le "tempo", il eût convenu d'éviter des longueurs inutiles (quelques exemples: la séquence des chaussures collées au plafond, celle du Christ "décloué" qui ira laver son corps ensanglanté dans les eaux profondes sans les avoir apprivoisées, le bain dans une baignoire étriquée -pour un trio- d'un magasin de sanitaires avec vue sur une rue passante... et même dans le numéro de patinage artistique la longueur en atténue la grâce "aérienne"...

Cela étant, le talent de la troupe des "Chiens de Navarre" n'est nullement (re)mis en cause...

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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5 septembre 2016 1 05 /09 /septembre /2016 16:20

De François Ozon

Avec  Pierre Niney, Paula Beer, Ernst Stötzne

 

Librement adapté de Broken Lullaby  d'Ernst Lubitsch (1932), ce film est en compétition pour le prix du Lion d'Or à la Mostra de Venise 2016 (qui se terminera le 10 septembre)

 

Argument: Au lendemain de la guerre 14-18 dans une petite ville allemande Anna se rend tous les jours sur la tombe de son fiancé Frantz mort sur le front en France. Mais ce jour-là un jeune Français, Adrien, est venu se recueillir sur la tombe de son ami allemand. Cette présence à la suite de la défaite allemande va provoquer des réactions passionnelles dans la ville 

 

Frantz
Surtout ne pas résumer l’histoire à ceux qui ne l’ont pas encore vu,- un des grands plaisirs de ce film résidant dans l’excellence du scénario-, le tout s’écroulerait !
 
Difficile de ne pas sortir du cinéma les larmes aux yeux et pourtant FRANTZ n’a rien d’un mélo.
Un noir et blanc superbe, une musique douce et triste qui fait frissonner, des dialogues peu bavards mais dont chaque mot compte, un déroulé d’histoire inattendu, tout nous emporte dans cette atmosphère de 1919 tantôt en Allemagne tantôt en France.
 
Frantz nous fait   réfléchir à la nécessaire réconciliation  (?) franco allemande au lendemain de la Grande Boucherie. La séquence où trois officiers médaillés entrent dans un café parisien et les hommes attablés se lèvent pour entamer “La Marseillaise” nous glace tant ce chant d’origine révolutionnaire apparaît au gré des paroles “ils viennent jusque dans nos bras égorger nos femmes et nos compagnes, (...) qu’un sang impur abreuve nos sillons” comme un cri de guerre nationaliste, militariste, borné.
Jamais notre hymne bien aimé n’avait pris une si effroyable résonance.
 
Bravo François Ozon pour votre magnifique hommage à l’amour et à la paix.
 
Serge Diaz
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5 septembre 2016 1 05 /09 /septembre /2016 05:37

De Philippe Lioret

Avec Pierre Deladonchamps, Gabriel Arcand, Catherine de Léan

Argument: À trente-trois ans, Mathieu ne sait pas qui est son père. Un matin, un appel téléphonique lui apprend que celui-ci était canadien et qu’il vient de mourir. Découvrant aussi qu’il a deux frères, Mathieu décide d’aller à l’enterrement pour les rencontrer. Mais, à Montréal, personne n’a connaissance de son existence ni ne semble vouloir la connaître…

Le Fils de Jean

La famille -ses secrets, ses non-dits inavouables-, une enquête qui se mue très vite en quête identitaire, quoi de plus banal pour ne pas dire éculé! (ah ce marronnier de la littérature et du cinéma!).

Certes dans le film de Philippe Lioret, tous les acteurs tentent de jouer avec retenue (impliqués et comme à distance) la communication passe essentiellement par les regards  et le recours à l'ellipse évite certains pièges du pathos. 

Et pourtant! Quelle déception!

Un récit linéaire, des paroles lénifiantes (sur la Vie l'Existence) ou des propos stéréotypés  (sur la succession, ou le respect de rite religieux),  des scènes de bagarre avec les demi-frères de Mathieu presque inutiles et l'absence de raccord cut qui aurait imposé une autre forme de narration ou un autre rythme!!

Car hormis la prestation de Pierre Deladonchamps (meilleur espoir masculin pour l'inconnu du lac) et de Gabriel Arcand (acteur dans le film de son frère "le déclin de l'empire américain" et omniprésent en père Goriot dans "le démantèlement") le film patauge et s'englue à l'instar des eaux boueuses du lac sans nom où est censé avoir disparu le père "inconnu" (de Mathieu)

 

Non il n'y a pas de "twist final" !

car le retournement de situation qui est censé surprendre le spectateur à la fin d'une narration est ici assez "lourdement" annoncé....

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

Je vous trouve bien sévère
Ce film m'a beaucoup plu
On emboîte le pas de Mathieu dans ses doutes ses attentes de même qu'on découvre progressivement la personnalité complexe de Pierre (l'ami de Jean et l'hôte canadien de Mathieu)
Film de l'intime mais qui a une portée universelle

Elisabeth 5/09

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4 septembre 2016 7 04 /09 /septembre /2016 06:54

De Joachim Lafosse (Belgique France)

Avec Bérénice Béjo, Cédric Kahn, Marthe Keller

Présenté à Cannes (Quinzaine des réalisateurs)

Argument: Après plusieurs années de vie commune, Marie et Boris décident de se séparer. Fille de bonne famille, elle travaille et gagne bien sa vie, tandis que lui accumule les petits boulots périodiques. Elle a financé l'achat de la maison tandis que lui l'a rénovée, apportant ainsi une plus-value. Lorsqu'ils décident de vendre leur maison, la question est désormais pour eux de savoir quelle part chacun doit recevoir...

L'économie du couple

 

On m'avait dit beaucoup (trop) de bien de ce film "sur un sujet aussi rebattu, le réalisateur évite les clichés, il filme avec une grande justesse" , etc. etc.

 

Déception à la hauteur de mes attentes!

 

Faire cohabiter deux partenaires dans le huis clos du désamour pendant 100 minutes n'est-ce pas un peu longuet? (même si Bérénice Béjo est parfaite)

Alors que tout est "quasiment" révélé assez rapidement...

Alors recoller quelques lambeaux pour que le règlement de comptes soit définitif!

Et que la mère puisse proclamer cette vérité -qui hélas fait date!!- "autrefois on savait réparer les chaussettes, les frigos. Maintenant dès qu'il y a un problème on jette. Pareil dans le couple; plus de désir, on jette"

 

On a vu Joachim Lafosse plus convaincant (dans "à perdre la raison" ou "nue propriété")

 

Elisabeth

 

 

C'est vrai que le film a 15 minutes de trop mais il est néanmoins intéressant car rares sont les films où le problème de l'argent dans le couple est aussi central et pourtant !..Dans la vraie vie .le rapport de forces économiques à l'intérieur d'un couple existe et l'argent, on le sait, est tellement symbolique d'autres choses, de névroses aussi. On se demande bien pourquoi le personnage interprété par B. Béjo fait une telle fixation sur le principe de ne pas séparer en deux la vente de la maison...la paix n'a pas de prix, elle le comprend bien tard.

Ce film qui parle de l'ordinaire sort de l'ordinaire justement parce qu'il met bien l'accent sur les interrogations qu'on peut avoir sur la séparation d'un couple.

Au final j'ai bien aimé.

Serge 5/09/2016

 

 

 

 

 

Filmé en plans séquences ce "huis clos sur le désamour", est il est vrai un peu long ...

Avoir choisi avec Mazarine Pingeot le "prisme de l'argent" pour illustrer la défaite de l'amour était peut-être une gageure; les exigences répétées ad nauseam sur la répartition d'un tiers ou de la moitié de ce qui reviendra après la vente, ériger ce problème en dichotomie travail contre capital tout cela était audacieux; mais après tout "quantifier son apport au couple" n'est-ce pas précisément le début de la fin???
le cinéaste ne juge pas ses personnages ... même s'il donne une orientation politique à la "marchandisation" de l'intime-,  
il laisse au spectateur le soin de réagir selon son propre vécu

Colette 21/01/2017

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28 août 2016 7 28 /08 /août /2016 05:39

d'Olivier Laxe (France Maroc)

Avec Ahmed Hammoud, Mohamed Shakib, Ben Omar

Grand prix de la Semaine de la Critique Cannes 2016

 

Argument: Une caravane accompagne un cheikh mourant à travers le Haut Atlas marocain; sa dernière volonté est d'être enterré près des siens. Mais la mort n'attend pas. Craignant la montagne les caravaniers refusent de transporter le corps. Saïd et Ahmed deux vauriens voyageant avec la caravane promettent de porter la dépouille à destination...Mais connaissent-ils le chemin??

Mimosas

On sort comme envoûté par ce "western mystique"

où apparemment s'opposent deux univers

mais où Shakib très vite jouera le rôle d'intermédiaire!

Ne pourrait-on comparer la "quête" qui sous-tend ce film à celle du Graal? 

à condition de la débarrasser des oripeaux "occidentaux" ...

 

Elisabeth

 

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27 août 2016 6 27 /08 /août /2016 07:46

d'Alain Guiraudie

avec Damien Bonnard (Léo) India Hair (Marie) Laure Calany (Mirande) Christian Bouillette (Marcel) Raphaël Thiery (Jean-Louis) Basille Meilleurat (Yoan) Sébastien Novac (le producteur)

Film présenté à Cannes en Compétition Officielle

Argument: à la recherche du loup en Lozère, Léo rencontre Marie une bergère avec laquelle il noue une relation donnant naissance à un enfant. Mais en proie au baby-blues, lassée des hésitations de Léo, Marie l'abandonne avec le bébé et le laisse seul face à son rôle de père. Alors qu'il n'arrive pas à écrire son scénario Léo sombre peu à peu dans la précarité qui le ramène vers les causses de Lozère..

Rester Vertical

Après l'inconnu du lac et sa construction méticuleuse le cinéaste semble renouer avec "le roi de l'évasion" en s'affranchissant de toute règle narrative dite classique, avec ce mélange de rêve et de réalité, des jeux constants de bifurcations et des ellipses. Nous voici sans transition à Brest après avoir cheminé dans un causse en Lozère, du marais poitevin à la ferme de Jean-Louis (le père de Marie) Vallons languedociens filmés d'ailleurs en plans larges somptueux (d'où émerge Léo ou dans lesquels il se fond comme s'il était happé par une force invisible);et  la ville de Brest devient presque cinégénique dans son âpreté même ...

Ellipses temporelles aussi: le sexe de Marie filmé en très gros plan envahit l'écran telle l'origine du monde puis de ce même sexe surgira brutalement la tête de son nouveau-né dans la scène d'un accouchement filmé au plus près...

Mais après tout, ces "raccords" inattendus et déroutants ces "décrochages" et bifurcations ne sont-ils pas à l'image d'un parcours chaotique (que le prologue avait annoncé, quand Léo subitement faisait demi-tour )?  

En revanche les dépossessions successives dont est victime Léo ainsi que les étapes de la dégradation physique du vieux Marcel sont "précises" ou du moins tangibles. Point d'orgue pour Léo la scène sous le pont quand il est assailli par une meute de SDF en furie. Debout, assis puis allongé l'octogénaire Marcel est quant à lui devenu grabataire; sentant une fin prochaine il attend cette onction suprême celle d'une boisson létale et d'une sodomie quasi biblique - une des scènes les plus émouvantes et les plus tendres filmée avec le sens du cadre et un jeu de courbes dans l'entrelacs des deux corps...

Le spectateur déjà familiarisé avec l'œuvre de Guiraudie aura identifié ses thèmes de prédilection : misère sexuelle en milieu rural, homosexualité, refus de la notion clivante et anti-philosophique de "genre" (quoi qu'en aient pensé les manifestants hystérisés contre le mariage pour tous)

Ses interrogations (et le réalisateur n'a nullement la prétention d'y apporter des réponses définitives comme il l'affirmait hier soir lors de la rencontre) non seulement reflètent son époque (ce serait une banalité voire un truisme) mais il sait les transposer en une mosaïque de fragments, dignes d'une utopie à la fois politique et sexuelle

 

Un film à voir absolument

 

Colette Lallement-Duchoze

 

Rester Vertical

UN TRIO FORMIDABLE

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26 août 2016 5 26 /08 /août /2016 05:23

De Blanca Li

Avec Khaleb Abdulahi, Arnaud Bacharach, Mamadou Bathily

 

 

Formée à la danse contemporaine dans l’école de Martha Graham, la chorégraphe andalouse a découvert l’électro il y a quelques années en observant un groupe de jeunes danseurs dans un parc. En 2010, elle en a fait un spectacle : « Elektro kif ». Le succès de la tournée fut tel qu’elle a eu envie de l’adapter au cinéma. « Elektro Mathematrix » a été tourné au lycée régional des métiers Raspail, à Paris, pendant les vacances de Pâques. Là où son mari, Etienne Li, est professeur de maths. Il joue d’ailleurs son propre rôle dans le film.

Elektro Mathematrix

Entre l'ouverture des portes du lycée (premier plan) et leur fermeture (dernier plan) le spectateur aura suivi un groupe de lycéens peu "ordinaires"; soit 24h de la vie d'élèves/danseurs.

Le salut du matin? un geste chorégraphié. Et c'est sur une séquence de" battle" (deux jeunes filles y participeront d'ailleurs) que se clôt le film. Entre ces deux temps forts nous aurons pénétré dans les salles de classe, à l'atelier, au vestiaire, à la cantine, assisté à une partie de basket, etc.. .

Une journée peu ordinaire car c'est par le corps et le corps seul que s'expriment ces jeunes; sons et gestes ils les miment;( à l'atelier un concert de métal de marteaux de leviers et de bras qui semblent détachés en évoluant de façon autonome) . Corps ruisselants de sueur parfois; corps d'où surgit le Souffle primal..

Les voici en groupes ou en solos ou encore en duos. L'espace scolaire (dont la chorégraphe utilise d'ailleurs toutes les formes architecturales comme des décors) s'est mué en une scène théâtrale ou plutôt un espace de Vie, où se mêlent danse contemporaine, parodies de M Jackson, mimes, danses électro. La musique quasi omniprésente de Tao Guttierez fait vibrer la salle de cinéma d'électro et électro house, d'afrobeat et de musique classique aussi

Les rares paroles qui nous parviennent sont inaudibles (celles que profère le professeur de math quand il fait l'appel mais aussi quand il calligraphie d'équations le tableau noir, relèvent d'un galimatias très guttural). C'est que le geste est souverain...Il dit l'amour, le bien-être, mais aussi les conflits les rivalités et les "rêves" de ces jeunes aux allures déjantées, aux rires éclatants argentins, étouffés ou moqueurs, et au talent incontestable (surtout dans le popping)

Un film empreint d'humour aussi: pour exemple: lors d'une interrogation écrite les élèves vont rivaliser d'astuces avec les anti-sèches qu'ils arborent au prix d'impayables et incroyables contorsions -à l'insu du professeur qui "surveille" pourtant...

Un film qui exalte en le célébrant le plaisir inégalé de danser

 

Colette Lallement-Duchoze

 

Elektro Mathematrix
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21 août 2016 7 21 /08 /août /2016 06:35

Film d'animation réalisé par Michaël Dudok de Wit, (France, Belgique, Japon)

Prix spécial  "Un Certain Regard" Cannes 2016

A travers l'histoire d'un naufragé sur une île déserte tropicale peuplée d'animaux le film raconte les grandes étapes de la vie d'un être humain...

La tortue rouge

Un film sorti en juin 2016 et toujours à l'affiche serait-ce une gageure?

La coopération entre un Néerlandais, le studio Ghibli (Japon) le studio Prima Linea (France) et Pascale Ferran (adaptation du scénario) est à l'image de l'universalité du message délivré dans ce film qui n'est pas seulement "une ode à la nature" comme l'affirment certains!

Par son art de l'épure, l'absence de dialogues (silence et musique y suppléent aisément), le mélange de réalisme et d'onirisme, l'alternance de couleurs sépia ou ocres et d'aplats plus verts ou bleutés, les jeux des répétitions en harmonie avec les cycles de la Vie (dans tous ses règnes et ses éléments) , leur interpénétration (de la tortue d'abord refoulée naîtra la compagne adulée) ce film illustre avec poésie une philosophie de l'existence, celle du vivre ensemble avec les forces vives de la Nature. Dans une ode, la nature reste un thème poétique; dans ce conte elle sera l'épousée, après avoir été hostile à l'homme. Si le père accepte de demeurer sur l'île et y mourir, son fils rejoindra le monde des humains afin de transmettre le message dont il est la pure incarnation.

Le film débute comme une robinsonnade. Un prologue qui fait la part belle à une déferlante, cette force mortifère capable d'engloutir bateau et humain. Un homme qui tente d'échapper à sa solitude de naufragé en construisant un radeau de fortune; des efforts toujours recommencés qui en font un Sisyphe insulaire...Mais renonçant à la nostalgie (au sens étymologique de nostos, le retour et algos la souffrance) l'homme ne sera ni Ulysse ni Robinson quand la Nature se donne à lui (ou qu'il se donne à elle)

 

On se laisse emporter, voire habiter par ce conte où le temps est comme aboli malgré des stigmates bien lisibles; où le bonheur de respirer, d'aimer -très apollinien-  peut être perturbé par des forces chtoniennes; où des crabes dessinent une chorégraphie processionnaire sur la surface limoneuse; où l'oiseau prédateur, agile, engloutit sa proie.

Et  les scènes récurrentes ou répétitives , illustrant la "circularité" ne jouent-elles pas  le rôle de rimes dans un poème au rythme lent et hypnotique qui nous invite à écouter la musique  du silence...?

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

 

 

 

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Mode d'emploi

Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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