4 septembre 2016
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06:54
De Joachim Lafosse (Belgique France)
Avec Bérénice Béjo, Cédric Kahn, Marthe Keller
Présenté à Cannes (Quinzaine des réalisateurs)
Argument: Après plusieurs années de vie commune, Marie et Boris décident de se séparer. Fille de bonne famille, elle travaille et gagne bien sa vie, tandis que lui accumule les petits boulots périodiques. Elle a financé l'achat de la maison tandis que lui l'a rénovée, apportant ainsi une plus-value. Lorsqu'ils décident de vendre leur maison, la question est désormais pour eux de savoir quelle part chacun doit recevoir...
On m'avait dit beaucoup (trop) de bien de ce film "sur un sujet aussi rebattu, le réalisateur évite les clichés, il filme avec une grande justesse" , etc. etc.
Déception à la hauteur de mes attentes!
Faire cohabiter deux partenaires dans le huis clos du désamour pendant 100 minutes n'est-ce pas un peu longuet? (même si Bérénice Béjo est parfaite)
Alors que tout est "quasiment" révélé assez rapidement...
Alors recoller quelques lambeaux pour que le règlement de comptes soit définitif!
Et que la mère puisse proclamer cette vérité -qui hélas fait date!!- "autrefois on savait réparer les chaussettes, les frigos. Maintenant dès qu'il y a un problème on jette. Pareil dans le couple; plus de désir, on jette"
On a vu Joachim Lafosse plus convaincant (dans "à perdre la raison" ou "nue propriété")
Elisabeth
C'est vrai que le film a 15 minutes de trop mais il est néanmoins intéressant car rares sont les films où le problème de l'argent dans le couple est aussi central et pourtant !..Dans la vraie vie .le rapport de forces économiques à l'intérieur d'un couple existe et l'argent, on le sait, est tellement symbolique d'autres choses, de névroses aussi. On se demande bien pourquoi le personnage interprété par B. Béjo fait une telle fixation sur le principe de ne pas séparer en deux la vente de la maison...la paix n'a pas de prix, elle le comprend bien tard.
Ce film qui parle de l'ordinaire sort de l'ordinaire justement parce qu'il met bien l'accent sur les interrogations qu'on peut avoir sur la séparation d'un couple.
Au final j'ai bien aimé.
Serge 5/09/2016
Filmé en plans séquences ce "huis clos sur le désamour", est il est vrai un peu long ...
Avoir choisi avec Mazarine Pingeot le "prisme de l'argent" pour illustrer la défaite de l'amour était peut-être une gageure; les exigences répétées ad nauseam sur la répartition d'un tiers ou de la moitié de ce qui reviendra après la vente, ériger ce problème en dichotomie travail contre capital tout cela était audacieux; mais après tout "quantifier son apport au couple" n'est-ce pas précisément le début de la fin???
le cinéaste ne juge pas ses personnages ... même s'il donne une orientation politique à la "marchandisation" de l'intime-, il laisse au spectateur le soin de réagir selon son propre vécu
Colette 21/01/2017
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28 août 2016
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05:39
d'Olivier Laxe (France Maroc)
Avec Ahmed Hammoud, Mohamed Shakib, Ben Omar
Grand prix de la Semaine de la Critique Cannes 2016
Argument: Une caravane accompagne un cheikh mourant à travers le Haut Atlas marocain; sa dernière volonté est d'être enterré près des siens. Mais la mort n'attend pas. Craignant la montagne les caravaniers refusent de transporter le corps. Saïd et Ahmed deux vauriens voyageant avec la caravane promettent de porter la dépouille à destination...Mais connaissent-ils le chemin??
On sort comme envoûté par ce "western mystique"
où apparemment s'opposent deux univers
mais où Shakib très vite jouera le rôle d'intermédiaire!
Ne pourrait-on comparer la "quête" qui sous-tend ce film à celle du Graal?
à condition de la débarrasser des oripeaux "occidentaux" ...
Elisabeth
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27 août 2016
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07:46
d'Alain Guiraudie
avec Damien Bonnard (Léo) India Hair (Marie) Laure Calany (Mirande) Christian Bouillette (Marcel) Raphaël Thiery (Jean-Louis) Basille Meilleurat (Yoan) Sébastien Novac (le producteur)
Film présenté à Cannes en Compétition Officielle
Argument: à la recherche du loup en Lozère, Léo rencontre Marie une bergère avec laquelle il noue une relation donnant naissance à un enfant. Mais en proie au baby-blues, lassée des hésitations de Léo, Marie l'abandonne avec le bébé et le laisse seul face à son rôle de père. Alors qu'il n'arrive pas à écrire son scénario Léo sombre peu à peu dans la précarité qui le ramène vers les causses de Lozère...
Après l'inconnu du lac et sa construction méticuleuse le cinéaste semble renouer avec "le roi de l'évasion" en s'affranchissant de toute règle narrative dite classique, avec ce mélange de rêve et de réalité, des jeux constants de bifurcations et des ellipses. Nous voici sans transition à Brest après avoir cheminé dans un causse en Lozère, du marais poitevin à la ferme de Jean-Louis (le père de Marie) Vallons languedociens filmés d'ailleurs en plans larges somptueux (d'où émerge Léo ou dans lesquels il se fond comme s'il était happé par une force invisible);et la ville de Brest devient presque cinégénique dans son âpreté même ...
Ellipses temporelles aussi: le sexe de Marie filmé en très gros plan envahit l'écran telle l'origine du monde puis de ce même sexe surgira brutalement la tête de son nouveau-né dans la scène d'un accouchement filmé au plus près...
Mais après tout, ces "raccords" inattendus et déroutants ces "décrochages" et bifurcations ne sont-ils pas à l'image d'un parcours chaotique (que le prologue avait annoncé, quand Léo subitement faisait demi-tour )?
En revanche les dépossessions successives dont est victime Léo ainsi que les étapes de la dégradation physique du vieux Marcel sont "précises" ou du moins tangibles. Point d'orgue pour Léo la scène sous le pont quand il est assailli par une meute de SDF en furie. Debout, assis puis allongé l'octogénaire Marcel est quant à lui devenu grabataire; sentant une fin prochaine il attend cette onction suprême celle d'une boisson létale et d'une sodomie quasi biblique - une des scènes les plus émouvantes et les plus tendres filmée avec le sens du cadre et un jeu de courbes dans l'entrelacs des deux corps...
Le spectateur déjà familiarisé avec l'œuvre de Guiraudie aura identifié ses thèmes de prédilection : misère sexuelle en milieu rural, homosexualité, refus de la notion clivante et anti-philosophique de "genre" (quoi qu'en aient pensé les manifestants hystérisés contre le mariage pour tous)
Ses interrogations (et le réalisateur n'a nullement la prétention d'y apporter des réponses définitives comme il l'affirmait hier soir lors de la rencontre) non seulement reflètent son époque (ce serait une banalité voire un truisme) mais il sait les transposer en une mosaïque de fragments, dignes d'une utopie à la fois politique et sexuelle
Un film à voir absolument
Colette Lallement-Duchoze
Published by cinexpressions
26 août 2016
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05:23
De Blanca Li
Avec Khaleb Abdulahi, Arnaud Bacharach, Mamadou Bathily
Formée à la danse contemporaine dans l’école de Martha Graham, la chorégraphe andalouse a découvert l’électro il y a quelques années en observant un groupe de jeunes danseurs dans un parc. En 2010, elle en a fait un spectacle : « Elektro kif ». Le succès de la tournée fut tel qu’elle a eu envie de l’adapter au cinéma. « Elektro Mathematrix » a été tourné au lycée régional des métiers Raspail, à Paris, pendant les vacances de Pâques. Là où son mari, Etienne Li, est professeur de maths. Il joue d’ailleurs son propre rôle dans le film.
Entre l'ouverture des portes du lycée (premier plan) et leur fermeture (dernier plan) le spectateur aura suivi un groupe de lycéens peu "ordinaires"; soit 24h de la vie d'élèves/danseurs.
Le salut du matin? un geste chorégraphié. Et c'est sur une séquence de" battle" (deux jeunes filles y participeront d'ailleurs) que se clôt le film. Entre ces deux temps forts nous aurons pénétré dans les salles de classe, à l'atelier, au vestiaire, à la cantine, assisté à une partie de basket, etc.. .
Une journée peu ordinaire car c'est par le corps et le corps seul que s'expriment ces jeunes; sons et gestes ils les miment;( à l'atelier un concert de métal de marteaux de leviers et de bras qui semblent détachés en évoluant de façon autonome) . Corps ruisselants de sueur parfois; corps d'où surgit le Souffle primal..
Les voici en groupes ou en solos ou encore en duos. L'espace scolaire (dont la chorégraphe utilise d'ailleurs toutes les formes architecturales comme des décors) s'est mué en une scène théâtrale ou plutôt un espace de Vie, où se mêlent danse contemporaine, parodies de M Jackson, mimes, danses électro. La musique quasi omniprésente de Tao Guttierez fait vibrer la salle de cinéma d'électro et électro house, d'afrobeat et de musique classique aussi
Les rares paroles qui nous parviennent sont inaudibles (celles que profère le professeur de math quand il fait l'appel mais aussi quand il calligraphie d'équations le tableau noir, relèvent d'un galimatias très guttural). C'est que le geste est souverain...Il dit l'amour, le bien-être, mais aussi les conflits les rivalités et les "rêves" de ces jeunes aux allures déjantées, aux rires éclatants argentins, étouffés ou moqueurs, et au talent incontestable (surtout dans le popping)
Un film empreint d'humour aussi: pour exemple: lors d'une interrogation écrite les élèves vont rivaliser d'astuces avec les anti-sèches qu'ils arborent au prix d'impayables et incroyables contorsions -à l'insu du professeur qui "surveille" pourtant...
Un film qui exalte en le célébrant le plaisir inégalé de danser
Colette Lallement-Duchoze
Published by cinexpressions
21 août 2016
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06:35
Film d'animation réalisé par Michaël Dudok de Wit, (France, Belgique, Japon)
Prix spécial "Un Certain Regard" Cannes 2016
A travers l'histoire d'un naufragé sur une île déserte tropicale peuplée d'animaux le film raconte les grandes étapes de la vie d'un être humain...
Un film sorti en juin 2016 et toujours à l'affiche serait-ce une gageure?
La coopération entre un Néerlandais, le studio Ghibli (Japon) le studio Prima Linea (France) et Pascale Ferran (adaptation du scénario) est à l'image de l'universalité du message délivré dans ce film qui n'est pas seulement "une ode à la nature" comme l'affirment certains!
Par son art de l'épure, l'absence de dialogues (silence et musique y suppléent aisément), le mélange de réalisme et d'onirisme, l'alternance de couleurs sépia ou ocres et d'aplats plus verts ou bleutés, les jeux des répétitions en harmonie avec les cycles de la Vie (dans tous ses règnes et ses éléments) , leur interpénétration (de la tortue d'abord refoulée naîtra la compagne adulée) ce film illustre avec poésie une philosophie de l'existence, celle du vivre ensemble avec les forces vives de la Nature. Dans une ode, la nature reste un thème poétique; dans ce conte elle sera l'épousée, après avoir été hostile à l'homme. Si le père accepte de demeurer sur l'île et y mourir, son fils rejoindra le monde des humains afin de transmettre le message dont il est la pure incarnation.
Le film débute comme une robinsonnade. Un prologue qui fait la part belle à une déferlante, cette force mortifère capable d'engloutir bateau et humain. Un homme qui tente d'échapper à sa solitude de naufragé en construisant un radeau de fortune; des efforts toujours recommencés qui en font un Sisyphe insulaire...Mais renonçant à la nostalgie (au sens étymologique de nostos, le retour et algos la souffrance) l'homme ne sera ni Ulysse ni Robinson quand la Nature se donne à lui (ou qu'il se donne à elle)
On se laisse emporter, voire habiter par ce conte où le temps est comme aboli malgré des stigmates bien lisibles; où le bonheur de respirer, d'aimer -très apollinien- peut être perturbé par des forces chtoniennes; où des crabes dessinent une chorégraphie processionnaire sur la surface limoneuse; où l'oiseau prédateur, agile, engloutit sa proie.
Et les scènes récurrentes ou répétitives , illustrant la "circularité" ne jouent-elles pas le rôle de rimes dans un poème au rythme lent et hypnotique qui nous invite à écouter la musique du silence...?
Colette Lallement-Duchoze
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19 août 2016
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07:47
Film allemand de Maren Ade
avec Peter Simonischek, Sandra Hüller
Présenté au festival de Cannes 2016, boudé par le jury mais ovationné par la critique, ce film a reçu le Prix FIPRESCI, (fédération internationale de la presse cinématographique)
Argument: Quand Inès, femme d'affaires allemande mutée à Bucarest, voit son père débarquer sans prévenir, elle ne cache pas son exaspération. Sa vie parfaitement organisée ne souffre pas le désordre. Mais Inès ne semble pas vraiment heureuse. Alors son père encombrant et dont elle a honte fait tout pour l'aider à retrouver un sens à la vie en s'inventant un personnage, le facétieux Toni Erdmann...
Au tout début c'est Winfried le personnage principal: des saynètes d'inspiration réaliste insistent sur son goût un peu potache du déguisement (en Toni avec le facteur, en zombie avec sa mère qui reste impassible) et sur sa bonhomie profonde que tempère l'autodérision. Le plan prolongé sur la façade de sa petite maison de province préfigure en miroir inversé les intérieurs luxueux où vit sa fille
Dès que se met en place puis en scène la relation père/fille un glissement s'opère :conflit générationnel, opposition de deux modes de pensée et de vie, avec pour toile de fond économique une Europe ultra libérale. Le père ex soixante-huitard (?) a gardé intacts et comme inviolés un esprit de subversion et un idéal humaniste. Inès incarne l'executive woman avec ce sérieux aussi étriqué que ses tailleurs. Dans un univers dominé par les mâles, elle est une tâcheronne; son job? externaliser les activités d'une multinationale, en d'autres termes proposer des plans de licenciement afin de sous-traiter certains secteurs et surtout d'augmenter les profits). Or c'est précisément sur ses lieux de travail (en Roumanie) que le père désireux avant tout du bonheur de sa fille vient semer un trouble qui ne sera jamais tempête.
Il sera Toni Erdmann (soit un Winfried avec dentier et perruque), qui s'inventera et assumera différents "rôles" afin de pénétrer au plus près la sphère professionnelle de sa fille
En fait le comique naît moins de l'opposition entre bouffonnerie et sérieux (comique de situation) qu'entre dynamisme et statisme (comique de caractère et parfois d'inversion). Car la réalisatrice semble s'intéresser à la matérialité organique des rôles; ce qui passe par l'affect pour le ridicule et bouffon Toni, par l'inexpressif pour sa fille en représentation ou en mission, et c'est du craquèlement plus ou moins prononcé de ces apparences (chacun étant affublé de son "persona") que naîtra le comique; comique grinçant mais jamais hilarant (hormis peut-être dans la séquence où Inès a convié ses collègues à une soirée et que le père en "kukéri" impose sa masse "velue" aux protagonistes dévêtus; encore que.. avant d'opter pour la nudité Inès se démenant avec une robe moulante, gesticule à la façon des grands comiques traditionnels; une fourchette prolongeant la métaphore de la râpe...)
Si le film procède par étapes dans la "reconquête" ou la "remontée de l'enfance", elles se sabordent par des effets inattendus de basculemnts (autre force et originalité de Toni Erdmann) ce qui motive -paradoxalement- une forme d'étirement, que certains spectateurs assimileront à des longueurs...
On restera subjugué par le duo Peter Simonischek (ex prothésiste dentaire....si...si...) et Sandra Hüller
Colette Lallement-Duchoze
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11 août 2016
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04:07
De Maria Schrader (Allemagne/Autriche/France) -
Avec : Josef Hader, Barbara Sukowa, Aenne Schwarz -
Synopsis : En 1936, Stefan Zweig décide de quitter définitivement l'Europe. Le film raconte son exil, de Rio de Janeiro à Buenos Aires, De New York à Pétropolis.
On a toujours peur lorsqu’on aime un auteur de voir le cinéma s’en inspirer.
Moins risqué que l’adaptation d’un de ses ouvrages, il s’agit là d’un morceau de la biographie du grand écrivain juif autrichien, celui consacré à l’exil au Brésil en 1936 et à sa fin.
La réalisatrice allemande a choisi avec finesse et intelligence de ne pas signer une hagiographie à l’américaine, exhaustive, avec suspense et jeu appuyé.
L’acteur qui incarne Stefan Zweig est pourvu d’une intériorité hors du commun, il réussit parfaitement à traduire cet état de mélancolie et de paix partiellement retrouvée qu’est l’exil; les autres personnages, son ancienne épouse et la dernière de 30 ans sa cadette, qui se suicidera avec lui par amour, jouent magnifiquement bien , à la fois au centre et en retrait du grand homme.
On découvre aussi un homme, que le nazisme a fait fuir, soucieux de préserver égoïstement sa solitude et de garder ses distances malgré l’admiration de ses hôtes et les nombreux appels à l’aide des autres intellectuels en plein désarroi.
Le séquençage du film en plusieurs tableaux évite avec bonheur un crescendo dans le mélo-tragique.
La fin est discrète, lucide, à l’image du personnage, émouvante cependant et force notre admiration.
Oui, un beau film que tous les lecteurs de Zweig seront heureux d’approcher sous l’angle que Maria Shrader a subtilement choisi de nous donner à voir pour mieux réfléchir.
Serge Diaz
Je ne partage pas le fol enthousiasme de Serge...
Car il faut le reconnaître le traitement des différents "chapitres" est inégal (ex New York; alors que l'actrice Barbara Sukowa est formidable l'épisode est très bavard; en revanche le plan séquence de l'épilogue traité avec effet de miroir est à la fois surprenant et émouvant)
Si on prend le parti de ne pas montrer l'écrivain mais de donner corps à une pensée (aussi mouvante et subtile soit-elle) je pense qu'il y avait d'autres "moyens" que le discours les conversations appuyées ou la théâtralité
Colette
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9 août 2016
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18:27
De Sébastien Marnier
Avec Marina Foïs, Jérémie Elkaïm, Benjamin Biolay, Joséphine Japy
On croit un moment avoir affaire à un film "social", une chronique sur le chômage et la précarité. Voici Constance une jeune femme licenciée, elle quitte Paris, revient dans sa ville natale, persuadée de retrouver son emploi dans l'agence immobilière qu'elle avait quittée
Très vite pourtant le film bifurque vers le thriller dit intimiste. Constance ressent son éviction comme une usurpation, un "vol" humiliant; dès lors, les forces qui l'habitent vont éclater au grand jour. Manipulatrice, elle ment sans vergogne; bien plus elle est décidée à évincer la jeune femme récemment embauchée ; et ce, quels que soient les moyens
On pourrait s'imaginer être chez Chabrol; mais ici ni suspense ni étrangeté, tant sont criantes les allusions, tant sont éloquents les "non-dits". Duplicité du personnage à l'instar de sa chevelure blonde aux racines foncées; manipulation qu'illustre sa logorrhée de "mensonges". Et les scènes récurrentes du "parcours de santé" qui scandent le récit, ou celles des ébats sexuels débridés, si elles sont censées illustrer le dynamisme et l'hyperactivité de Constance, nous entraînent bien vite vers des chemins de traverse...
Cela étant, l'interprétation de Marina Foïs (qui est de tous les plans) est remarquable de justesse: sa "rage au ventre" est toujours palpable, à fleur de peau; les acteurs masculins en revanche sont un peu falots (surtout Benjamin Biolay assez gauche dans son "plan-cul" d'enfer)
Pour les amateurs de musique électro, la bande originale signée Zombie Zombie est étonnante (surtout dans la séquence finale)
Le titre? Une antiphrase, bien évidemment....
Colette Lallement-Duchoze
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9 août 2016
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05:42
De Cristi Puiu (Roumanie)
Avec Mimi Branescu, Judith State, Bogdan Dumitrache, Dana Dogaru, Sorin Medeleni
Compétition Officielle Festival de Cannes 2016
Quelque part à Bucarest, trois jours après l'attentat contre Charlie Hebdo et quarante jours après la mort de son père, Lary - 40 ans, docteur en médecine - va passer son samedi au sein de la famille réunie à l'occasion de la commémoration du défunt. L'évènement, pourtant, ne se déroule pas comme prévu. Les débats sont vifs, les avis divergent. Forcé à affronter ses peurs et son passé et contraint de reconsidérer la place qu'il occupe à l'intérieur de la famille, Lary sera conduit à dire sa part de vérité.
J’ai lu la critique de Pierre Murat dans Télérama : ça m’a donné envie de voir le film...et j’en suis sorti hérissé.
Le réalisateur a-t-il voulu figurer dans le livre Guiness des records sur le nombre de portes (et portières de 4/4) qui s’ouvrent et se referment pour montrer le cloisonnement de chaque personnage ?
Le critique Pierre Murat du très chrétien magazine Télérama a-t-il jubilé d’assister à une messe orthodoxe au chevet du défunt pendant une vingtaine de minutes ?
Ce film est tourné en temps réel et c’est long, long !...
Le propos est intéressant sur cette famille hystérique qu’aucune empathie les uns envers les autres ne touche, mais frôle seulement,
Alors fallait-il 2 H 53 de projection pour démontrer ce qui aurait pu l’être avec moins de lourdeur et d’ennui profond pour le spectateur en 1 H 20 seulement ?
La forme sert le fond quand elle est bien dosée mais le tue quand le cinéaste pèche par excès de zèle...
Christi Puiu ne nous convainc pas, il nous assomme.
Serge Diaz
Published by cinexpressions
28 juillet 2016
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07:19
De Roh Gyeong-Tae Corée Sud
avec Tae Hee Won, Hae Sung Lee, Hyun Joo Baek
Argument: Pendant que ses parents adoptifs se tuent à la tâche dans une usine agro-alimentaire de Séoul, Shon Sun est contraint d’effectuer son service militaire. Mais, victime de mauvais traitements, il est obligé de fuir l’armée. De retour à Séoul, il s’aperçoit que ses parents ont disparu. Bien décidé à les retrouver, il entame alors tout un périple à travers la jungle polluée, d’où est originaire son père
Le film s'ouvre et se clôt sur le plan prolongé d'une forêt frémissante de lumière. Mais s'agit-il de la même forêt? Car le cinéaste entraîne son spectateur de l'enfer social en Corée du sud à l'enfer d'une plage gangrenée par le mazout d'un village philippin...Ou cette forêt s'inscrit-elle dans la démonstration (assez douteuse et lourde de métaphores éculées) de la nécessaire préservation de la nature? Nous ne le saurons pas tant le réalisateur aime l'art de l'ellipse et des non-dits...
Son film (ou le voyage initiatique de Shon Sun) semble obéir à une forme de binarité: deux parties le structurent et dans la première effets de montage parallèle -le fils à la caserne soldat humilié (car il est métis) et même violé et les parents travailleurs exploités dans leur labeur- avec des raccords soit discrets soit au contraire très appuyés. Dans la seconde (après le retour du fils à la recherche du père) le cinéaste abandonne la veine hyperréaliste (hormis quelques plans sur la plage mazoutée) et bifurque vers un spiritualisme quasi psychédélique (au cas où le message ne serait pas suffisamment clair; voici des images symboliques contemplatives sur la pollution et la nostalgie)
Dialogues minimalistes, petites scènes récurrentes (la pause/repas pour les parents de Shon Sun; le face à face soldat/lieutenant ou employé/patron) recours aux très gros plans (la bouche vorace de la mère quand elle déjeune; le cafard dans un plat de riz; ou la chenille processionnaire de fourmis actives, seconde partie) ou gros plans (les dégueulis du fils et ceux de la mère, poissons dont on vide le plastic).
Certes le procédé "métonymique" qui privilégie des "fragments" s'inscrit dans la dénonciation de la déshumanisation; mais que dire de ces rituels (magie noire) propres à certaines cultures (celle du village philippin), de cette pierre qui n'en finit pas de rouler, de ces taches de peinture qui métamorphosent l'écran en tableau??? Etc.
On sort un peu pantois mais nullement hypnotisé; c'est pourquoi la comparaison avec Robert Bresson et Apichatpong Weerasethakul me semble abusive
Colette Lallement-Duchoze
Published by cinexpressions