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15 décembre 2016 4 15 /12 /décembre /2016 16:58

La Sociale

Documentaire réalisé par Gilles Perret

Il y a 70 ans, les ordonnances promulguant les champs d’application de la sécurité sociale étaient votées par le Gouvernement provisoire de la République. Un vieux rêve séculaire émanant des peuples à vouloir vivre sans l’angoisse du lendemain voyait enfin le jour. Le principal bâtisseur de cet édifice des plus humanistes qui soit se nommait Ambroise Croizat. Qui le connaît aujourd’hui ? 70 ans plus tard, il est temps de raconter cette belle histoire de « la sécu ». D’où elle vient, comment elle a pu devenir possible, quels sont ses principes de base, qui en sont ses bâtisseurs et qu’est-elle devenue au fil des décennies ?

La Sociale

C'est Jolfred Frégonara, un des "derniers poilus" de l'époque fondatrice qui ouvre et clôt ce documentaire. Au volant de sa voiture son visage de nonagénaire va se confondre avec les frondaisons qui se reflètent sur le pare-brise. Que nous dit-il? En quelques phrases tout son passé de militant si riche en engagements -que des photos (NB)viendront illustrer. Dans la dernière scène, face à un auditoire de jeunes étudiants, il continue à défendre un système, un modèle que nous devons à Ambroise Croizat. Or, à son grand dam ce nom ne figure même pas sur les panneaux explicatifs!!

Qui connaît Ambroise Croizat? Cet ouvrier qui aura payé de sa personne, connu l'exil, celui qui fut ministre du travail dans le premier gouvernement d'après-guerre, celui qui a créé la Sécurité Sociale? Gilles Perret lui rend hommage. A travers le témoignage souvent bouleversant de sa fille Liliane, à travers des images et documents d'archives. Alors que l'histoire officielle n'a retenu que le nom de Laroque, alors que Rebsamen (ministre du travail au moment du tournage) est convaincu que De Gaulle est le père de la "sécu"... Il est temps de réhabiliter la "vérité". Les funérailles d'Ambroise Croizat (mort à 50 ans en 1951) ont mobilisé plus d'un million de personnes, funérailles dignes d'un Victor Hugo!!!  Alors pourquoi cette omission volontaire? Pourquoi cette falsification de l'Histoire? C'est que les "affreux" communistes ne sauraient figurer dans les manuels pédagogiques; c'est que l'histoire est trop souvent racontée par ceux qui ne la font pas. L'économiste Bernard Friot ne mâche pas ses mots quand il dénonce "un révisionnisme de la classe dirigeante"

Une institution malmenée, discréditée! (et ce, depuis De Gaulle...)  Il faut entendre aujourd'hui, les propos qu'assène sur un ton péremptoire Claude Reichman "la sécurité sociale a tué l'économie du pays; les Français en ont marre de la sécu; mais l'idéologie communiste perdure dans notre pays comme à Cuba et en Corée du Nord" (sic) Il faut entendre Denis Kessler le PDG de Scor réassurance exhorter son auditoire , à la tribune du Medef , à préférer la capitalisation à la répartition, l'accumulation à la redistribution" (Or certains programmes de la droite (ultra) libérale pour 2017, ne sont pas éloignés de cette "profession de foi" ...)

En contrepoint, voici  Anne Gervais, hépatologue à l'hôpital Bichat; elle démontre avec vigueur et dans la bonne humeur les bienfaits de ce système de solidarité, elle met en lumière les apories des détracteurs, et vilipende  la "marchandisation" de la santé. Voici l'historien Michel Etiévent; il  est comme le fil directeur vivifiant de ce documentaire; il connaît les conditions de vie avant la Sécurité Sociale et son bilan est sans appel "la création de la sécu, c'est une grande bataille pour la dignité, une grande bataille pour la santé et la vie. C'est aussi la volonté de se dégager des charités pour aller vers la solidarité"

Du rouge, de l'ocre, du jaune, le métal en fusion; des flammes et des hommes en scaphandres qui perpétuent les gestes de leurs aînés: par deux fois nous pénétrerons dans l'usine métallurgique de la Léchère en Savoie, au coeur de l'ébullition !!!!

 

Ce documentaire -où alternent interviews, images d'archives documents d'époque et réalité plus contemporaine- dresse ainsi le portrait d'un homme, l'histoire d'une longue lutte vers la dignité et le portrait d'une institution incarnée par ses acteurs du quotidien 

 

Un travail de mémoire -et ici l'expression n'est pas galvaudée- remarquable!

 

Colette Lallement-Duchoze

 

Ce film documentaire : Quel beau travail salutaire !

On y rit, on y pleure presque, et on y apprend ! car comme dit Colette, ce héros de 1946 a été rangé par les gouvernement successifs au placard des oubliettes alors que notre vie même, notre survie dépend de ce qu'il a créé, ce système de santé solidaire unique au monde capitaliste.

Emmenez vos amis voir ce film ,

de plus la musique qui accompagne est belle, le montage est de qualité et on ne s'ennuie pas une seconde.

 

Défendons la sécu contre vents et barbarie !

Serge 18/12/16

Documentaire exceptionnel, œuvre pédagogique et cinématographique.

 

Ce documentaire réhabilite Ambroise Croizat ministre communiste du travail de 1945 à 1947 qui est le père fondateur de la sécurité sociale, méconnu par certains politiques, voire sciemment occulté

 

Après son film les Jours Heureux, sur le conseil national de la résistance, Gilles Perret avec son film la sociale, redonne vie à un pan de l'histoire où le peuple et leurs représentants ont oeuvré à la mise en place de grands acquis sociaux.

 

Claude 21/12/2016

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15 décembre 2016 4 15 /12 /décembre /2016 06:43

Baccalauréat

de Cristian Mungiu  Roumanie

avec Adrian Titieni, Maria Dragus, Vlad Ivanov

 

Prix de la mise en scène Cannes 2016 

Argument  Romeo médecin dans une petite ville de Transylvanie a tout mis en oeuvre pour que sa fille Eliza soit acceptée dans une université anglaise. Il ne reste plus à la jeune fille, très bonne élève, qu'une formalité : passer son baccalauréat. Mais Eliza se fait agresser et tout le projet s'écroule...

Baccalauréat

Baccalauréat ou l'histoire d'un dérèglement; comment Romeo, médecin honnête, va accepter - à l'encontre de ses principes- des "compromissions" pour mener à bien ce qu'il croit être le bonheur de sa fille, bonheur par procuration aussi...

Dérèglement déjà "latent" dans ce plan d'ouverture où l'on voit au fond un immeuble partiellement rénové -qui a d'ailleurs le rendu d'une fresque- et au premier plan un amas de terre projetée du fond d'un trou, par un homme hors champ ; symbole du fossoyeur?? Plus (trop) visibles  voici d'autres signes annonciateurs: pierre jetée dans une vitre de l'appartement, pare-brise fracassé, accident de voiture évité de justesse... Et l'agression d'Eliza la veille de l'examen va remettre en cause les projets du père qui bien vite sera pris dans un engrenage....

La caméra suit ce personnage de très près dans ses relations avec sa fille, sa femme, sa maîtresse, sa mère, ses collègues, ses patients et d'autres personnes  influentes. La carrure imposante d'Adrian Titieni qui parfois envahit l'écran, semble adaptée pour supporter le poids de ses interrogations, de ses hésitations mais aussi les "ruines" d'un régime!. Le réalisateur part une fois de plus d'un microcosme familial avec des problèmes spécifiques, pour mieux "radiographier" la société roumaine avec ses dysfonctionnements. Ici il nous plonge dans le milieu de la petite bourgeoisie qui n'ayant pu "redresser" le pays après 1989, rêve pour la génération future une vie meilleure; oui mais à quel prix? sinon celui de la corruption!!!

Les mouvements circulaires épousant les trajets de Romeo alternent avec les temps de pause de réflexion qui opposent en de longs face-à-face le père à sa fille, l'époux à sa femme, l'amant à sa maîtresse, etc...avec les thèmes chers au réalisateur : culpabilité, conflit générationnel et, surtout ici, la question hautement morale et politique: la fin justifie-t-elle les moyens???; 

Mais si le tableau paraît sombre (à travers un réseau complexe de faux-semblants et chausse-trapes) si la corruption semble triompher dans une société qui se remet avec peine de la dictature, la conclusion affichée l'est beaucoup moins (ce qu'illustre la dernière image,  cliché de lycéens souriants...).

Baccalauréat,  en dénotation signifie examen, celui que  doit passer Eliza; en connotation il représente une échappatoire ; du moins était-ce la conviction du père. Mais au terme de son parcours (qui correspond au temps du film) Romeo aura passé lui aussi un "examen" -soit mieux appréhender la vérité dans sa vie : "on ne décide pas de la suite pour sa descendance"  

 

Et n'est-ce pas la fille qui "sauvera" le père de tous ses mensonges??

 

Un film à voir absolument!

 

Colette Lallement-Duchoze 

 

 

j'ai l'impression de ne pas avoir vu le même film que vous!
je suis plus proche d'Eliza et j'ai vu dans "baccalauréat" le cheminement l'émancipation de cette jeune fille -entre une mère déprimée, un père roublard et un mec peu viril!!!! 

Ismaël 17/12/16

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13 décembre 2016 2 13 /12 /décembre /2016 05:24

Fête du court métrage


La fête du court métrage est un événement national pour célébrer et profiter des plaisirs du court métrage. Pendant 4 jours, la France va vibrer au rythme du court métrage : projections, tournages en direct, rencontres avec des professionnels, ateliers pour les petits et les grands, master class...

Plus d'infos :

http://www.lafeteducourt.com/
 
 
 

 

UNE PROJECTION SECRÈTE
UN LIEU INCONNU
UN JEU DE PISTE HALETANT

 

 

 

 

Pour résoudre le mystère qui se trame, rendez-vous
VENDREDI 16 DÉCEMBRE
19h
à l'UBI

(20, rue Alsace Lorraine/Rouen)
pour participer à notre chasse aux indices lors de la Projection Top Secrète !
Soirée gratuite (c'est cadeau)

 

 

Une soirée proposée par
   

 

+ INFOS

LES AUTRES  ÉVENEMENTS DE
LA FÊTE DU COURT MÉTRAGE À ROUEN
 
 

 

Fenêtre sur court c'est un cinéma d'hiver en plein air, dans la cour du 29 rue Victor Hugo, où public et habitants partagent une projection festive avec drive-in, restauration, salles intérieures, bar...et bien sûr des PLAIDS !

1 soirée, 6 courts métrages autour du thème du Détour, parce que la vie n'est pas toujours un long fleuve tranquille... et que pour avancer, il faut parfois faire des détours ! Ces courts métrages qui mêlent fiction et animation, en sont une belle illustration.
-
ENTRÉE GRATUITE

 
Festival de courts métrages Courtivore
Le festival qui se mange avec les yeux !
Mai-juin 2017
Rouen / Mt-St-Aignan
 
06.74.47.05.94
www.courtivore.com
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11 décembre 2016 7 11 /12 /décembre /2016 09:32

Ma'Rosa

De Brillante Mendoza  Philippines

Avec Jaclyn Jose, Julio Diaz, Anfi Anigenmann

 

Prix d'interprétation  Cannes 2016 pour Jaclyn Jose

Ma'Rosa

Nous sommes à Manille dans un quartier populaire et miséreux où grouille la foule des "précaires" qui, pour "survivre" n'ont d'autre choix que de s'adonner au commerce (certes illicite) de la drogue. C'est le cas de Madame Rosa mère de quatre enfants, une maîtresse femme qui gère dans son échoppe un "double" commerce  (Madame Rosa!  du crystal?..) Nestor son mari teste la "marchandise"  et la famille  se réjouit de fêter son anniversaire le lendemain.  Mais... suite à une délation le couple sera arrêté!

Caméra à l'épaule le cinéaste philippin filme au plus près le quotidien de tous ces gens. Sa caméra virevolte; le rythme est trépidant; le long plan séquence qui ouvre le film frappe par des cadrages mouvants mais simultanément le spectateur immergé dans cette réalité, a l'impression de coller aux personnages, de ressentir physiquement la promiscuité et le ruissellement de la pluie accentue cette sensation...En écho à ce mouvement celui de la circulation de l'argent (avec parfois un gros plan sur les billets)

Puis ce sera  l'enfermement dans un commissariat. Dans le huis clos pesant d'une salle, la relation dominant/dominé est presque nauséabonde: policiers corrompus aussi experts dans  la bastonnade que dans le chantage à la délation...Les accusés après avoir nié les faits en viennent à dénoncer leur dealer (et le montant de la rançon pour éviter l'incarcération, varie avec la "grosseur du poisson")

S'ensuit une  "course contre la montre" et sur le plan formel  un montage alterné. D'une part la caméra suit les trois enfants dans leur quête/collecte  et d'autre part filme l'attente anxieuse des parents. La dernière marche forcée (car il manque 4000 pesos) c'est Rosa qui l'entreprend; travellings latéraux sur cette femme que rien ne semble perturber; elle marche, elle court. Et le geste d'un prêteur à gages sera salvateur...mais à quel autre prix! (cela est simplement suggéré)

 

Mais tout n'est pas "noir" dans ce film

Le reflet des lumières sur les chaussées détrempées semble nimber les personnages de cette fiction dans une aura au flou quasi irréel. De même sous les décombres, les guenilles, au sein même de l'enfer se profile une forme d'humanité celle de la solidarité (l'exemple de la tante qui récrimine, vilipende Rosa et qui dans un sursaut consentira à "prêter" de l'argent, est significatif!)

Ombre et lumière!

 

Un film saisissant!

 

Tant qu'il y aura des gens qui meurent de faim dans les rues, je ferai des films sur eux parce qu'ils représentent la majorité des Philippins

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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5 décembre 2016 1 05 /12 /décembre /2016 12:09

Le mystère Jérôme Bosch

Documentaire réalisé par José Luis Lopez-Linares

Espagne, France

Argument: 500 après sa disparition Jérôme Bosch, l'un des grands peintres flamands continue à intriguer avec une oeuvre aussi fascinante qu'énigmatique. A travers "le jardin des délices" historiens de l'art, philosophes psychanalystes en cherchent le sens et rendent un hommage vibrant à un artiste qui défie le temps

Le mystère Jérôme Bosch

Plus appréhension d'une oeuvre que tentative d'explication, le documentaire de José Luis Lopez-Linares fait la part belle à des commentateurs venus du monde entier -romanciers, philosophes, historiens d'art, conservateurs de musée, peintres, chanteurs, psychanalystes ou neuroscientifiques -un grand absent toutefois le cinéma! Chaque intervenant est filmé le plus souvent de profil. Mais c'est sur les visages de touristes,  contemplant au Prado,  "le jardin des Délices" que se manifestent l'étonnement et l'émerveillement. C'est sur eux (filmés de face ou de profil, en groupe) que s'ouvre le film; par un effet spéculaire l'oeil du spectateur - qui n'a pas encore accédé à la "révélation" - est  attiré par celui du regardeur subjugué ou intrigué par ce qu'il voit...

 

Un documentaire foisonnant au  rythme  enlevé. Certes.

Le découpage multiplie gros plans sur des détails avant de les replacer  dans le grand Tout. Il insère aussi des images d'archives -pour la contextualisation-, confronte l'oeuvre à la tapisserie "la dame à la licorne" ou à des toiles plus récentes (Dali); la met en résonance avec des événements tels que Woodstock ... tant la modernité de Jérôme Bosch est évidente!! Une musique éclectique (Bach, Arvo Pärt entre autres, ou Brel qui chante en flamand son plat pays) accompagne cette célébration

 

Et pourtant  le contraste est vertigineux entre la démarche du cinéaste et l'inventivité délirante, l'imagination débridée du peintre. Si le rythme souvent échevelé semble faire écho à l'exubérance labyrinthique du tableau, la multiplicité des points de vue loin d'illustrer une évidente polysémie, (et le mystère restera entier) enferme certains commentaires  dans une forme de tautologie (et les remarques de Michel Onfray sont d'une banalité effarante) De plus, les intervenants -hormis peut-être Barcelo- ne parlent-ils pas avant tout d'eux-mêmes? Et quid de l'ésotérisme ? (même si grâce à la radiographie, des "repentirs" et des retouches sont visibles)

 

Un moment qui tient du (faux)  "miracle" ; dans la profusion des détails, la caméra isole une  partition  "imprimée" sur des fesses; et voici qu'elle prend Vie quand une chanteuse professionnelle l'interprète  pour nous !

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 
Bravo Colette, très bonne critique de ce film documentaire, rien à ajouter si ce n'est qu'on ressort un peu frustré de ne pas avoir eu connaissance de quelques explications concernant les symboles mais comme il est dit dans le film, Descartes n 'était pas né à l'époque où Jérôme Bosch peignait, et vouloir plaquer nos grilles d'analyse rationnelle sur un siècle où l'imaginaire l'emporte, serait folie
Serge Diaz    5/12/2016
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2 décembre 2016 5 02 /12 /décembre /2016 07:18

Wolf and Sheep

de Shahrbanoo Sadat (Afghanistan) 

 

avec Sadiqa Rasuli, Qodratollah Qadiri

Présenté à Cannes (Quinzaine des Réalisateurs)

Wolf and Sheep

Elle a 26 ans; Wolf and Sheep est son premier long métrage qu'elle a tourné à la frontière afghane du Tadjikistan  avec une équipe européenne et des comédiens non professionnels venus de l'Afghanistan voisin

 

Voici le quotidien d'une communauté villageoise où les tâches sont réparties en fonction de l'âge et du sexe (enfants/adultes; filles/garçons, femmes/hommes). Répartition immuable que met en évidence un montage alterné. Même si le point de vue adopté est souvent celui de la gamine Sediqa (à l'écart à cause de ses problèmes de vue; aussi quand le garçon prend le temps de lui "montrer" le tressage et ses couleurs, la caméra qui divisait en cloisonnant cadre les deux enfants en des duos assez "émouvants")

Une vie presque sauvage rythmée par les saisons les départs les rites (le film s'ouvre sur l'inhumation d'un homme et le sacrifice d'un mouton) les arrangements (on négocie du bétail comme on négocie un mariage) le travail est répétitif et la morale empreinte de fatalisme

Mais les enfants ces bergers ont déjà la chair et l'esprit lacérés, la mémoire comme piétinée, même si leur langue frappe par sa truculence triviale. C'est que tous ces êtres semblent être faits de la rudesse minérale des montagnes ou du moins ils font corps avec la montagne immémoriale. La caméra la magnifie en vastes panoramiques tout comme elle magnifie des visages en gros plans

Dès lors la chronique se mue en un  chant  qui psalmodie cette osmose;  chant de la douleur, de la vie et de la mort; un chant venu du fond des âges où s'invite le fantastique (récurrence de cette scène nocturne où apparaît un lycanthrope en ombre portée ou cette femme nue, déesse des légendes)

 

Mais les couleurs si éclatantes des habits féminins (foulards jupes bleus rouges ou verts) qui se mariaient avec le fond ocre ou gris vont partir en éclats, emportées dans la tourmente...

On a annoncé la venue d'hommes armés!

La guerre, profanatrice??

Le devenir de cette communauté -condamnée à fuir....- restera hors champ...

 

Colette Lallement-Duchoze

 

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29 novembre 2016 2 29 /11 /novembre /2016 17:24

Seul dans Berlin

De Vincent Perez

avec Emma Thompson, Brendan Gleeson, Daniel Brühl

Seul dans Berlin
Une bonne surprise cinématographique : l’adaptation de l’excellent roman d’Hans Fallada ”Seul dans Berlin”.
 
Contrairement à ce qu’en dit Télérama, j’ai trouvé l’adaptation fidèle à l’esprit du roman.
Le choix des acteurs anglais et la VO en anglais surprennent au début mais Emma Thompson et Brendan  Gleeson dans les rôles principaux sont si bons qu’on oublie ce transfert.
 
Suspense garanti, reconstitution soignée d’un Berlin en pleine guerre truffé de croix gammées et d’un peuple aux ordres d’un fou furieux. Cependant deux petites voix s’élèvent contre cette dictature insupportable, celles d’un couple de gens modestes qui ont perdu leur fils à la guerre. Leur résistance héroïque nous fait trembler de peur, car la moindre rébellion est punie de la peine capitale. La solitude du couple au milieu des voisins hostiles ou d’autres plus humains mais impuissants est très bien décrite, leur détermination et courage forcent l’admiration.
 
Vincent Perez, en tant que réalisateur, nous surprend car nous ne nous attendions pas à un tel talent.
Réflexion sur le nazisme et l’aveuglement d’un peuple aliéné, sur le courage de ceux qui résistent, ce film  vient à point pour nous rappeler qu’il ne s’agit pas seulement du passé, qu’un tel système d’écrasement existe ailleurs et pourrait revenir chez nous sous d’autres parures.
 
Oui vraiment ce film est à voir !
 
Actuellement au cinéma Pathé Gaumont (Docks Rouen)
 
Serge Diaz
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19 novembre 2016 6 19 /11 /novembre /2016 15:54

Les beaux jours d'Aranjuez

de Wim Wenders (France Allemagne)

avec Reda Kateb, Sophie Semin, Jens Harzer

 

Les beaux jours d'Aranjuez

On peut déplorer un dispositif à la fois simple et alambiqué; on peut ne pas se sentir "happé" par un discours à la fois suranné et contemporain; on peut toujours quitter la salle; mais on aura raté des moments  essentiels...

 

Après des vues sur Paris, une capitale "déserte", nous voici propulsés à la campagne dans un paysage quasi édénique. A l'extérieur de la propriété, sur une terrasse, un homme et une femme, assis la plupart du temps, devisent sur le sexe, l'amour; ils échangent des souvenirs intimes heureux ou malheureux; évoquent la lumière, l'été; s'interrogent, refusent de répondre à des questions intempestives (ce n'était pas prévu). A l'intérieur  dans une pièce surchargée de livres, un homme est en train d'écrire ....cette  conversation... précisément! C'est l'été. Le vent fait frémir les branchages et les fleurs. L'écrivain regarde attendri "ses" "personnages"  devance leurs propos ou les récite avec eux; ceux-ci lui apparaissent comme dans un tableau de Magritte dans l'embrasure de la porte ou de la fenêtre (ah"la trahison des images"!)

 

Wenders s'inspire "librement" de la pièce de Peter Handke. S'il respecte" le texte, il ajoute la présence d'un énorme  juxe-box (personnage qui habite les pauses de l'écrivain) la musique de Lou Reed (séquence liminaire) celle de Nike Cave (que nous voyons d'ailleurs au piano dans une brève séquence); et nous verrons même Peter Handke dans le rôle furtif du jardinier...La pièce de cet auteur autrichien a pour sous-titre "un dialogue d'été"; dans le film de Wim Wenders les deux acteurs Reda Kateb et Sophie Semin jouent en décalé: le premier presque rohmérien la seconde presque durassienne; mais dans les deux cas l'artifice n'est pas exclu (choix délibéré?)

N'était-ce pas une gageure d'adapter cette pièce à l'écran?

Pas de plans fixes mais des champs contrechamps des travellings et de lents panoramiques tout cela en 3D. La caméra parfois caresse une expression du visage ou la nuque du personnage féminin. Si les deux personnages sont toujours auréolés de lumière, l'écrivain est souvent dans la pénombre (vision désenchantée de l'acte créateur? mélancolie de l'écrivain/cinéaste?) et à un moment l'auteur va quitter le champ de vision pour se confondre avec  le sous-bois (chronique d'une mort annoncée??) 

Dans les dernières minutes le décor s'estompe le ciel s'est gonflé de gris; et un zoom avant sur un tableau désincarne  "la Sainte Victoire" en  la réduisant à des pixels...

 

Quoi qu'en pensent des critiques patentés, j'ose affirmer que "les beaux jours d'Aranjuez" est un  film accompli tant du point de vue formel que réflexif

 

Colette Lallement-Duchoze

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15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 09:33

Le client

d'Asghar Farhadi (Iran) 

avec Shahab Hosseini, Taraneh Alidoosti, Babak Karimi 

Prix du meilleur scénario et prix d'interprétation masculine au festival de Cannes 

 

Argument: contraints de quitter leur appartement du centre de Téhéran en raison d'importants travaux menaçant l'immeuble, Emad et Rana emménagent dans un nouveau logement. Un incident en rapport avec l'ancienne locataire va bouleverser la vie du jeune couple

Le client

Je me garderai bien de me prononcer sur la "morale" de ce film, tant les critères du spectateur obéissent à des schémas culturels conscients ou inconscients -certainement très éloignés de la culture iranienne. En revanche on peut être séduit (sinon vivement intéressé) par le scénario et la façon de filmer de Farhadi (encore que des symboles  nous échapperont)

Tout d'abord les jeux de mise en abyme . Dans le film, les deux personnages sont aussi acteurs (amateurs), on assiste aux répétitions: Emad est Willy, Rana est Linda dans  la  pièce d'Arthur Miller , Mort d'un commis voyageur. Si le procédé n'est pas en soi original, l'imbrication entre le vécu des personnages dans la capitale iranienne et le texte théâtral est ici très patente (déboires du couple dans le quotidien et complexité des relations humaines dans la pièce; mort d'un idéal dans les deux cas; ainsi la réalité filmée et la fiction théâtralisée s'appellent en se répondant)

Les fissures de l'immeuble (première séquence) trouvent un écho dans les lézardes du couple (suite à son agression Rana  refuse de porter plainte, elle est même tentée par le pardon, alors que  son mari buté autoritaire se veut justicier et met tout en oeuvre pour identifier l'agresseur et le "punir"  )

Comme dans "Une séparation" l'engrenage et l'enfermement sont illustrés par le jeu incessant des cloisonnements (parois portes passages)

Le bandage qui cache les cheveux de Rana après l'agression : simple précaution médicale? ou succédané du foulard? (dans le sens où il permettrait de contourner les règles imposées par le ministère de l'orientation islamique)

Le rythme souvent trépidant va s'alentir vers la fin avec d'une part la confrontation avec le "client" enfin identifié et d'autre part la scène finale de la pièce de théâtre: celle-ci obéit à une liturgie telle qu'elle laisse le public comme tétanisé par l'émotion (public composé essentiellement par les élèves d'Emad en un saisissant panoramique alors que le cercueil où gît Willy/Emad est nimbé de lumière)

 

Une trame assez limpide, malgré ellipses et rebondissements (dans la traque du  fameux "client"!!!) des qualités formelles indéniables et cette façon de filmer si particulière à laquelle Fahradi nous avait habitués depuis "Une séparation",  tout cela est en parfaite adéquation avec le  questionnement sur les valeurs ancestrales de la société iranienne et la peinture sans complaisance de ses travers! 

Le dernier plan sur les visages des deux acteurs qui se griment montre que le couple, désuni dans la vie,  peut "survivre" . Mais .... ne s'agit-il pas d'un simulacre de dénouement puisque  rien n'est résolu? Dénouement comme prologue d'un autre film???

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

Quel grand film ! Les critiques ont descendu ce film de la manière la plus injuste et stupide qui soit. Télérama en tête pour qui un bon film iranien est un film obligatoirement censuré.
Le thème de la vengeance est traité avec finesse.

Donner l'avantage à une femme en ce qui concerne la force morale, la grandeur d'âme, voilà qui en dit long sur l'avant-gardisme tant politique que cinématographique de ce réalisateur génial qu'est Asghar Farhadi.

Si vous aviez aimé "Une  séparation", vite, courez voir ce film ! on en sort enrichi.

Serge 20/11/2016

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14 novembre 2016 1 14 /11 /novembre /2016 14:45

La mort de Louis XIV

d'Albert Serra (France Espagne)

avec Jean-Pierre Léaud, Patrick d'Assumçao

La mort de Louis XIV
C’est un long film (1 H 55) en huis clos exclusivement sur l’agonie de Louis XIV emperruqué sur son grand lit baldaquin.
Les spectateurs qui s’attendent à une fresque historique avec hors champ sur le peuple et la cour, les intrigues et la misère à l’extérieur, seront déçus. Cependant on se laisse captiver  par la lenteur, la grande beauté des images -les cadrages la répartition ombre/lumière rappellent la peinture italienne et française post Renaissance 
Jean-Pierre Léaud joue sobrement, peu de paroles, des signes, des regards, des gestes très mesurés ; les médecins à son chevet ne sont pas ridicules mais impuissants.
 
Ces images sur une assez longue agonie (Louis XIV se meurt à 77 ans de la gangrène de la jambe) laissent le temps à l’esprit du spectateur de penser autour de la mort. Riche ou pauvre la fin  attend chacun de nous irrémédiablement, sans doute l’unique justice en ce bas monde. Qui n’a pas eu envie d’abréger la vie d’un être aimé qui se meurt et en même temps de supplier qu’il vive ?...
 
Ce film est original car il est le seul à ma connaissance à prendre comme seul sujet une agonie, et pas n’importe laquelle : celle de l’homme le plus puissant de son époque. Immense solitude  du mourant, incommunication  finale, terrible angoisse ou délivrance, tout dans ce film se déroule en non-dits à la faible lumière des bougies.
 
Serge Diaz
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