12 février 2018 1 12 /02 /février /2018 04:08

De Gentian Koçi  Albanie 

avec Ornela Kapetani (Leta) Suzana Prifti (Sophia) Kasem Hoxha (le facteur)

 

 

Ce film présenté en compétition au festival "à l'est du nouveau" Rouen 2-11 février 2018 a obtenu le prix du public 

 

 

Leta expulsée de son appartement pour ne pas avoir payé son loyer , emménage avec son fils chez Sophia -dont elle est l'infirmière à domicile. Pour garder son travail et son "toit", elle a tout intérêt à ce que Sophia reste en vie...

Daybreak

Une thématique cruelle.

Un traitement d’une rigueur formelle époustouflante

 

On suit le parcours d’une femme infirmière qui après avoir été renvoyée de l’hôpital puis chassée de son appartement... lutte au quotidien pour sa survie.

 

Suggérer plutôt qu’expliquer ; livrer avec parcimonie des éléments informatifs éclairants, privilégier ellipses et non-dits, telle est la démarche de Gentian Koci dans ce film construit comme une tragédie

L’essentiel du drame se passe dans le huis clos de l’appartement de Sophia (une personne âgée, en fin de vie que soigne Leta). Caméra fixe. Succession de "tableaux" comme autant de touches minimalistes. Certains sont magnifiés par une infinie tendresse (quand Leta procède à la toilette de la vieille personne, la coiffe, la pose délicatement sur le fauteuil, ausculte, est à l’écoute de sa respiration); d’autres illustrent le travail répétitif (aspirateur lavage repassage). Quand d’autres par contraste exaltent la Vie : -mère et enfant enlacés sur le canapé pour l’endormissement, mère et enfant nus dans la baignoire où  rires et sourires accompagnent le frémissement cristallin de l’eau

Chaque plan se prêterait à une "analyse" tant la composition le cadrage la répartition des couleurs et les effets de lumière témoignent de la maîtrise du cinéaste

 

L’atmosphère est parfois oppressante : peu de dialogues (une formule laconique dira l’essentiel) mais  désarroi incompréhension, souffrance, douleur tout cela peut se deviner sur le visage de Leta (admirable Ornela Kapetani qui porte le film de bout en bout) de même qu’on lit sur celui de la condamnée le combat entre la survie imposée et le désir d’en finir (je ne supporte plus de souffrir je ne supporte plus ma saleté ); mais à sa requête Leta oppose une fin de non recevoir, justifiée par son renvoi récent de l’hôpital...

 

Le passage du temps est scandé par les apparitions du facteur qui chaque mois vient apporter le montant de la pension; alors que l'extérieur s'invite pour une démarche administrative, une rencontre. Un  plan fixe sur  Leta et son enfant  sur un banc public -elle vient d'être chassée de son appartement- à ses pieds valise et sac ses seuls biens matériels, et c'est la misère du dénuement qui éclate !!

 

Le combat que mène cette jeune femme pour sa survie et celle de son enfant à Tirana aujourd’hui pose le problème des "compromis moraux" en général; mais le réalisateur ne juge pas son personnage! 

Il  égratigne  -l'accusation est à lire en filigrane- un pouvoir indifférent au mal-être des siens- et  il laisse ouvert le débat sur l’euthanasie...

 

Un film d'une rare puissance évocatrice ! 

 

Colette Lallement-Duchoze

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10 février 2018 6 10 /02 /février /2018 07:25

De Cristi Iftime (Roumanie)

Avec Alexandru Potocean Adrian Titieni Lucian Iftime, Lorena Zabrautanu, Nicoleta Hancu, Dan Chlorean

 

Présenté en compétition au festival "à l'Est du nouveau" à Rouen (2-11 février 2018)

Marita

Ténuité de l'intrigue scénaristique, longs plans séquences, problèmes familiaux traités avec réalisme humour ou gravité, ces caractéristiques du cinéma d’auteur roumain nous les retrouvons dans le premier long métrage de Cristi Iftime Marita (ainsi que l’acteur Adrian Titieni qui jouait le rôle du père dans Illégitime d’Adrian Siteru et plus récemment dans Baccalauréat de Cristian Mungiu). Autopsie douce-amère d’une famille, et partant de la vie familiale, Marita est aussi un road movie dans les paysages enneigés de Transylvanie

Le premier plan séquence sert de prologue : car c’est à la "faveur" d’une dispute avec sa petite amie que Costi (Alexandru Potocean) décide de rendre visite à son père (qu’il ne voit plus…depuis belle lurette). Puis il le convie pour Noël dans un chalet avec le reste de la famille (entendons la mère - ex-épouse du père-  et les 2 frères), famille recomposée le temps d’une soirée et d’une nuit … La marche vers cette (ré)union inopinée car improvisée, débute dans le huis clos de la voiture, dans l’habitacle de cette fameuse "Marita" -une Dacia- qui devient très vite un personnage à part entière. Ne fut-elle pas le témoin de confidences et disputes ? Mais surtout ses ratés, ses soubresauts, ses accessoires bringuebalants, son pneu qui manque d’air, ne sont-ils pas à l’image de cette famille et particulièrement à l’image du père que nous allons découvrir -un collectionneur de   timbres et de ... femmes - qui a raté vie conjugale et familiale ? Et filons la métaphore jusqu’au bout : Marita n’est-elle pas à l‘image d’un pays cabossé qui hoquette, se souvient, reprend vie ?

Filmés d’abord en frontal:  le père au volant et son fils Costi à ses côtés puis de dos alors que nous traversons les paysages enneigés et montagneux de la Roumanie. L’acmé du film sera le dîner/réveillon bien arrosé où les souvenirs et les blagues salaces empreints d’une certaine nostalgie assurent (momentanément ?) la cohésion de cette micro-société (à noter que l'ex-épouse, discrète, tranche singulièrement avec la nouvelle que nous avions rencontrée au troisième plan séquence)

Petit budget, choix formels limités. C’est une constante du cinéma roumain

Comment faire ré-advenir le passé sans le recours aux flashback ? Comment éviter le piège du "statisme" ? Le réalisateur a opté pour de longues discussions et/ou monologues du père. La parole en lieu et place de l’image. Paroles du père qui nourrissent l’imaginaire de son fils Costi et déclenchent des rires désopilants..Pour la séquence à table, il a choisi de varier angles de vue et cadrages alors que fusent les rires comme autant de  ponctuations .Et c'est grâce à leur performance que les acteurs auront contribué à la réussite de ces choix ….Choix qui n’entraîneront pas forcément l’adhésion du public...

A travers ce ballet fait de ruptures, (scène d’ouverture) d’attentes (les deux séquences suivantes) de réconciliations provisoires, (la longue séquence au chalet) d’incompréhensions transgénérationnelles - le lendemain matin,  le petit-fils choisit, par nécessité, de visionner ses dessins animés plutôt que d’embrasser son grand-père-  c’est bien le visage de la Roumanie qui affleure en se profilant !

 

Colette Lallement-Duchoze

Marita
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9 février 2018 5 09 /02 /février /2018 07:03

De Vaclav Kadrnka  République tchèque 

 

avec Karel Roden , Ales Bílík , Matous John |

présenté en compétition au festival "à l'est du nouveau" Rouen (2 -11 février 2018)

Passionné par les histoires de croisades d'enfants, le petit Janik s'est enfui de chez lui. Knight Borek le père part à sa recherche...

Little crusader

Certes le film  s’inspire d’un poème épique de Jaroslav Vrchlicky 1853 1912 (mythologie des Croisades, celle des enfants en 1212 Svojanovský křižáček. ) -une phrase est d’ailleurs citée en exergue dans le long prologue. Mais la thématique essentielle est celle de l’absence, de la recherche de l’être aimé (ce que n’a cessé de répéter le cinéaste à l’issue de la projection et lors d’une masterclass)

 

Dès lors nous allons assister à une autre forme de "croisade" celle d’un père en quête du fils disparu….avec, tel un scapulaire, le visage de Janik brodé par la mère

Si le réalisateur a choisi le format 4.3 celui du portrait, celui qui enferme, c’est que le "voyage" du père est aussi un voyage intérieur où la conscience affronte ses propres démons : la peur et la culpabilité. Enfermé dans le cadre, enfermé dans son être intérieur.  Et dès que le petit Janik revêtu de son casque d’enfant et muni de son épée aura quitté le château familial, dès que débute la quête, Borek sera de tous les plans : filmé de face, de dos, seul ou au milieu de groupes, à cheval ou terrassé;  les gros plans sur son visage alternant avec des  plans moyens et  plus larges

 

Chaque "étape" pourrait évoquer une station du Calvaire. Les personnages rencontrés, des manants le plus souvent, sont filmés dans la compacité d’un groupe aux habits mordorés alors que les enfants s’alignent en une théorie au blanc typique de Zurbaran

Dans ce "voyage" les longues plaines (le film a été tourné en Italie) vont se substituer aux forêts, l’horizontalité à la verticalité ; ciel infini et au milieu ce chevalier/cavalier; à la foi inébranlable en la réussite de sa "quête" . La  narration minimaliste allie une  fluide délicatesse  à la permanence de la tension (celle précisément qui se lit sur le visage de Borek, celle du désarroi, des attentes et des espoirs déçus...)

 

Le récit est  rythmé par la récurrence du thème musical créé et interprété par Votjech Havel et Irina Havlova. Scandé par une bande-son très travaillée (martèlement des sabots des chevaux, bruissement du vent ...) il fait de la Nature un personnage à part entière

Les fondus au blanc, les décalages dans le déplacement de la caméra, le rendu de faits concomitants alors qu’ils sont séparés et dans l’espace et dans le temps,  tout cela concourt à illustrer les images mentales de Borek, où le temps est comme figé dans la fixité de l’éternel

 

 

Un film d’une sidérante beauté

Un film envoûtant

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

Lors de la séance en sa présence, le réalisateur a insisté sur l'importance de la relation père fils dans le choix du sujet de son film. Ce choix se comprend mieux quand on a vu "80 lettres" (2011)   son film précédent (programmé en 2013 au festival) qui raconte son histoire, celle d'une famille: Les vaines démarches administratives en Tchécoslovaquie communiste d'une mère et d'un fils cherchant à rejoindre le père en Grande Bretagne.


Little Crusader peut alors se lire comme une sorte de miroir au film précédent, les deux films se construisant sur une quête inversée.
 
J'avais particulièrement aimé le précédent, celui-ci, beaucoup plus lent et onirique a mis une bonne demi heure à me happer!
 
 
Jacqueline
vendredi 9/02/18
 
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8 février 2018 4 08 /02 /février /2018 07:40

De Giorgi Shengelaya (Géorgie) 1969 

avec Avtandi Varazi 

Film présenté au   festival "à l'Est du nouveau" à Rouen (Fokus sur la Géorgie) 

 

Pirosmani

En évoquant la vie et l'oeuvre du peintre naïf Niko Pirosmanichvili dit Pirosmani (1862-1918) le réalisateur Giorgi Shengelaya (né en 1937)  nous invite plutôt à une sorte de promenade dans son univers. Refusant la linéarité chronologique, il traite la plupart des séquences à la manière de......Pirosmani ...tout en donnant le primat à la vison intérieure du peintre.

Non pas animer un tableau -le rendre vivant en extirpant les personnages figés sur la toile, comme le feraient  ou l'ont fait  certains réalisateurs de biopic- Mais le cadre cinématographique  est comme un tableau indépendant avec une perspective écrasée -une des caractéristiques de l’art naïf- ;des couleurs en aplats ; des personnages filmés en frontal ou de profil ; un travail sur la (les) lumière(s) que ce soit en extérieur ou intérieur . Puis mettre en parallèle une toile du peintre …qui l'a inspiré!  Ou  la démarche inverse : montrer d'abord un tableau  puis filmer une scène qui donne vie au sujet traité par le peintre (scènes campagnardes et festives, costumes aux couleurs vives par exemple)

Ainsi se superposent deux univers (pictural et cinématographique) 

Ainsi à la vie au quotidien dans Tiflis ou à la campagne à la fin du XIX° siècle, répond en écho la vie intérieure du peintre

 

Un film circulaire : alors que défile le générique et que résonne, religieuse,  une musique d’orgue voici en "toile" de fond une peinture : un paysage, des personnages sur une sente, une église ; c’est le prologue ; en écho à la fin le même tableau ; louange mélancolique au peintre ?

 

Ce film n’est pas seulement un hommage "formel"  (une sorte de  poème pictural) il s’interroge aussi sur la liberté créatrice, sur le sort dévolu à celui qui la revendique !! Pirosmani serait moins un peintre maudit qu’un individu condamné à l’errance et la marginalisation par son refus réitéré de se plier à… n’importe quel carcan !!!

Deux peintres que nous rencontrons au début dans une taverne vont tenter de faire une exposition de ces toiles qu’ils apprécient ! Mais c’est la critique officielle qui  méprise l'oeuvre de Pirosmani et celui-ci retombe dans l’oubli ...jusqu’à une  mort prématurée dans le dénuement le plus total.

Ironie du sort ou prémonition ? c’est la fête, on s’embrasse plusieurs fois sur les joues, on rit en pleine lumière, on chante, c’est Pâques….Pâques la fête de la Résurrection ? L’ultime œuvre de Pirosmani est cette toile que nous découvrons par un travelling latéral, une cartographie narrative où la lumière franche exalte l’amour de la Vie..

 

On pourra dénoncer (et j’en suis) le systématisme du procédé, et préférer l’univers de Paradjanov (Giorgi Shengelaya  a d’ailleurs joué dans Sayat Nova...);  ce qui  ne remet pas en cause la beauté  visuelle du film 

 

Colette Lallement-Duchoze

Pirosmani
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7 février 2018 3 07 /02 /février /2018 06:33

d''Ana Urushadze (Géorgie)

avec Nato Murvanidze, Dimitri Tatishvili

Manana femme au foyer de 50 ans est en plein dilemme: choisir entre sa vie de famille et sa passion pour l'écriture qu'elle a réprimée pendant des années. Lorsqu'elle décide de suivre enfin sa passion, elle y sacrifie tout, mentalement et physiquement

Scary Mother

Parabole féministe ? Questionnement sur l’émancipation de la femme en Géorgie ? Interrogation sur la fonction dévorante de l’écriture ?  sur l’inspiration, le processus créatif ; comment le réel le vécu sont transformés par l’alchimie du verbe ? Le premier long métrage d’Ana Urushadze (présenté en ouverture du festival "à l’est du nouveau"  à Rouen et déjà auréolé d’un prix prestigieux à Locarno) est tout cela à la fois

 

Au départ Manana épouse et mère aimante semble soumise jusqu’à subir dans l’effroi du silence, opprobre et moqueries. Seul le voisin (patron d’une papeterie) croit en son talent d’écrivain et l’encourage à publier. La séquence où elle lit elle-même des extraits de son roman (rapidité du débit, absence d’intonation) sera déterminante à la fois dans son parcours et dans la trame narrative du film. Elle choisit de ne plus sacrifier sa vie d’écrivain à celle de mère au foyer. Ruptures.

C’est ce parcours fait de choix douloureux que met en évidence Ana Urushadze : et le gros plan prolongé sur le visage de Manana qui s’éveille, plan qui ouvre le film, prend rétrospectivement une signification particulière...

L’immeuble forteresse aux couleurs froides qui surplombe Tbilisi, filmé de face et qui abrite entre autres la famille de Manana, les portes que l’on ouvre et ferme dans l’appartement, les effets spéculaires dus à la présence de miroirs, l’espace rouge dans lequel elle se réfugiera pour mener à terme son roman et auquel elle accède par une porte noire comme dérobée, les bras offerts en écritoire, les carreaux de la salle de bain qu'elle  scrute, car ils portent  en filigrane les éléments-clés du roman, tout participe à (de) l’élaboration d’un univers mental – univers qui se nourrit du Réel pour le transfigurer. Et de même que la passerelle relie immeuble et contexte urbain, milieu familial et  univers de la création, de même dans le processus créatif le surréel prolonge le réel, le fantasmé le vécu... Mais cette mère/écrivaine ne risque-t-elle pas de devenir Manananggal -cette femme monstre de la mythologie philippine- que la musique aux crissements suraigus accompagne dans sa fonction prédatrice ??

 

Ce "psychodrame" s’inscrit dans un ancrage sociologique que quelques profondeurs de champ (appartement quasi monacal) quelques propos (nous n’avons rien pour les invités) quelques plans (espace urbain) suggèrent… Et les diktats du mari suffiraient à illustrer le machisme omniprésent et omnipotent...qui semble perdurer...en Géorgie..

Un film qui n’est pas dénué d’humour (la traque du librairie, les quiproquos, le regard des autres, les ragots, les distinguos fallacieux en sémantique) mais  la lenteur et quelques symboliques appuyées risquent de "déplaire" à  certains spectateurs...

 

Colette Lallement-Duchoze

Scary Mother
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5 février 2018 1 05 /02 /février /2018 13:23

De Woody Allen USA

Avec Kate Winslet, James Belushi, Justin Timberlake

Les trajectoires de quatre personnages dans l'effervescence du parc d'attraction de Coney Island, dans les années 50: Ginny, ex-actrice lunatique reconvertie serveuse; Humpty, opérateur de manège marié à Ginny; Mickey séduisant maître-nageur aspirant à devenir dramaturge et Carolina fille de Humpty longtemps disparue de la circulation qui se réfugie chez son père pour fuir les gangsters à ses trousses 

Wonder Wheel

 

Woody Allen vieillirait donc comme tout le monde ?

 

Il semble cette fois en pure perte de vitesse. Wonder Wheel  a été un fiasco relatif aux USA pour les raisons médiatiques que l’on connaît par rapport aux accusations de viol portées contre lui.

 

Je doute qu’en France Wonder Wheel ait un grand succès auprès des cinéphiles-fans habituels car cinématographiquement parlant c’est un petit film.

Le scénario est réduit au minimum, les scènes sont téléphonées, pas de rebondissements, pas de séquences drôles non plus hélas ! – c’est pourtant ce qu’on savourait le plus chez lui - .

 

Notre réalisateur bien aimé est en manque d’inspiration flagrante, il aurait pu développer quelques séquences riches d’humour : la psychiatre et le gamin pyromane lui tendaient les bras pour cela, on reste sur sa faim.

En dehors de sa technique rompue aux mouvements de caméra fluides et à la très bonne direction d’actrice sur la personne de Kate Winslet qui porte le film à elle seule, on se demande pourquoi Woody a fait ce film, en définitive, sans intérêt.

 

Serge Diaz

 

 

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2 février 2018 5 02 /02 /février /2018 08:48

De Ziad Doueiri  (Liban) 

Avec Adel Karam, Rita Hayek, Kamel El Basha 

Film nominé pour l'Oscar du meilleur film étranger 

Kamer El Basha a reçu le prix d'interprétation à Venise

 

 

L'insulte

Dans notre culture les mots sont chargés (propos du réalisateur) 

tes mots sont inacceptables; les guerres commencent comme ça (dira à un moment du procès le père de Toni)

C’est ce que "démontre" cette fiction : comment une querelle entre deux individus s’envenime jusqu’à menacer la stabilité du pays. Voici Toni -un garagiste chrétien libanais colérique et xénophobe- et Yasser chef de chantier respecté, réfugié palestinien. Le premier ouvre les hostilités (il casse une gouttière), le second l’injurie en le traitant de  sale con;  le premier exige des excuses le second d’abord réticent est prêt à y consentir... mais les imprécations de Toni (Sharon aurait dû vous exterminer) lui font perdre son sang-froid, il le frappe, côtes cassées.....Procès…. Au déroulé de ce procès correspondent en s’y superposant celui de l’histoire personnelle et intime des deux personnages et celui de  l’Histoire du Liban ; et après moult rebondissements on remontera jusqu’au trauma originel

 

Le film de Ziad Doueiri invite non pas à une prise de conscience mais à une réconciliation.

Or sa charge démonstrative et sa "simplification" vont nuire aux intentions affichées.

Dès que le procès devient l’essentiel de la fiction, celle-ci perd de sa substance ; elle vide les deux personnages principaux de leur identité propre ; les voici témoins extérieurs et muets de leur propre vécu (les partenaires et personnages secondaires sont réduits à un rôle, celui de faire-valoir ou de semblant d’opposition) ; elle s’ingénie aussi à marteler -certes non pas sous forme de slogan- la théorie de la responsabilité partagée dans la guerre qui a éclaté en 1975 et la reconnaissance d’une vérité la victime peut devenir bourreau et vice-versa …..

S le réalisateur rappelle un événement souvent occulté, le massacre de chrétiens en 1976 à Damour, localité au sud de Beyrouth, perpétré vraisemblablement par des milices palestiniennes et s’il le fait avec insistance (cf les visions cauchemardesques dont Toni est encore la victime 45 ans plus tard ; son trauma justifierait sa haine du Palestinien….) il s’interroge simultanément sur le bien-fondé du soutien (aveugle?) à la cause palestinienne. Voilà deux raisons qui expliqueraient peut-être les commentaires dithyrambiques d’une certaine presse de droite ! Seraient-ce aussi celles qui justifient la nomination aux Oscars ?

 

Colette Lallement-Duchoze

 

PS  il y a tant de non-dits de malentendus et de colère dans ce pays que même si on jouit d’un semblant de stabilité tout peut dégénérer »

Et les événements tout récents corroborent ce constat

Depuis lundi 29/01/2018 la tension monte entre partisans du président du Parlement (le chiite Nabih Berry) et ceux du président -(Michel Aoun) suite à une "insulte" (le courant patriotique libre a traité Nabih Berry de « voyou »….

 

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28 janvier 2018 7 28 /01 /janvier /2018 13:32

Film français belge et italien d'Andrea Pallaoro

Avec Charlotte Rampling, André Wilms, S. Van Vyve

 

 Coupe Volpi de la meilleure actrice au festival de Venise 2017 

Entre le soudain emprisonnement de son mari, des enfants qui ne veulent plus la voir et un métier de femme de ménage qui l'ennuie, Hannah tombe peu à peu dans l'isolement ...

Hannah
Un film au scénario réduit à zéro, sans dialogues, avec une actrice septuagénaire qu’on ne quitte pas des yeux sans même une chute qui relèverait le tout,  ça ne fait pas un film mais une simple performance d’actrice.
 
Le réalisateur a permis à Charlotte Rampling de gagner un prix d’interprétation au festival de Venise, tant mieux pour elle,  mais il laisse le spectateur à quai avec moult bâillements.
 
Lumières clignotantes qui s’allument et s’éteignent, intérieurs aux volets fermés ou intérieurs froids comme l’hiver, glacis verdâtre et brun sombre de la photo, tout est fait dans la photo pour traîner un blues à couper au couteau sans qu’on sache pourquoi, tout est volontairement mystérieux dans ce spleen qui dure sans pouvoir s’identifier, ça agace davantage que ça fascine.
Les scènes de RER ne sont guère moins glauques.
 
Bref, un film à éviter sous peine d’ennui hormis pour les gérontophiles qui voudraient voir Charlotte Rampling nue au sens tristement physique du terme.
 
Serge Diaz
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26 janvier 2018 5 26 /01 /janvier /2018 17:05

 

De Sergio Castellitto (Italie) 

Avec  Jasmine Trinca, Stefano Accorsi, Alessandro Borgh Hanna Schygulla 

 

Prix d'interprétation féminine Cannes 2017 (Un Certain Regard)

À la périphérie de Rome, Fortunata, suite à un mariage raté, se bat quotidiennement pour élever convenablement sa fille Barbara. Faisant face aux difficultés, elle songe à ouvrir un salon de coiffure afin de de s'épanouir et de trouver son indépendance…

Fortunata

Fortunata, I love Torpigna (autocollant sur le réfrigérateur) Lucky (enseigne) ! Ne  pas se fier aux apparences

Fortunata est cette femme combative déterminée (l’actrice Jasmine Trinca porte le film et le personnage de bout en bout ) aussi resplendissante et lumineuse que sa masse de cheveux.

Son rêve ? ouvrir son propre salon de coiffure, aidée en cela par son ami tatoueur (et bipolaire) Elle qui vient d'un milieu social déshérité va travailler d’arrache-pied tout en vouant un amour (presque) sans faille à sa fille Barbara dont elle a la garde…

Mais quand le rêve se brise sur le bloc de l’immanence….et en l’occurrence la déraison de l’amour fou ….

Si la tonicité et le rythme du film épousent ce combat pour l’indépendance, on sent très (trop) vite un trop plein non pas d’énergie mais de profusion thématique. Et d’abord l'évocation de la diaspora chinoise : la scène d’ouverture vue en plongée a priori insolite – groupe de danseuses évoluant avec  des gestes assez raides sur la musique de l’hymne à la joie- l’illustre avec ironie ; le quartier commerçant est désormais comme colonisé. Quant à la peinture sociale quelques plans fixes et travellings suffisent à suggérer le milieu si cher aux devanciers néoréalistes de Sergio Castellitto. Mais que dire de la "peinture" du milieu psychiatrique ? Trop de clichés...La relation familiale ? Le père, un violent, un jaloux qui -au prétexte que le divorce n’est pas encore prononcé- veut toujours exercer son "droit de cuissage". Et voici en toile de fond la récurrence du mythe d’Antigone (incarnée par une Hanna Schygulla habitée par ses rêves d’antan quand elle interprétait sur scène la jeune fille rebelle ; rêves qu’elle caresse vainement jusqu’à en mourir). Or ce mythe semble trop souvent "plaqué" 

Cela étant on est subjugué par la puissance volcanique du personnage. Sa mini-jupe, ses talons hauts, ses cheveux colorés, son verbe provocateur, n’en font pas pour autant une "cagole" 

Malchanceuse au départ, elle sera Fortunata cette "force qui va" enfin libérée !

Colette Lallement-Duchoze

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21 janvier 2018 7 21 /01 /janvier /2018 06:13

Après des mois sans que l'enquête sur la mort de sa fille ait avancé, Mildred Hayes prend les choses en main, affichant un message controversé visant le très respecté chef de la police sur trois grands panneaux à l’entrée de leur ville.

3 Billboards  Les panneaux de la vengeance

 Violée pendant qu’elle agonisait il y a plusieurs mois/ Toujours pas la moindre arrestation/ Pourquoi, shérif Willoughby ?

Voilà ce qu’inscrit Mildred Hayes sur trois panneaux publicitaires -loués à l'année- en énormes caractères à l'encre noire sur fond carmin....C'est qu'il faut  alerter non seulement la police mais aussi les médias et toute la communauté.

Début des hostilités puis montée paroxystique de la vengeance de l’entêtement dans une folie monomaniaque jusqu’à cette fin suspendue (la Grâce ? …)

Et simultanément ce sera pour le réalisateur le plaisir d’entraîner son public dans les coulisses d’un théâtre, celui de l’Amérique du Missouri où tout semble à la fois caricatural et humain, grotesque et tendre (Dixon un flic pervers anti-noir anti-gay anti-roux au QI limité n’est pas un personnage figé; il évoluera ...vers ...la rédemption??)

Le film a d'ailleurs obtenu par deux fois le prix du meilleur scénario (Mostra de Venise et Golden Globes) 

Le corps sanglé  dans une  salopette (à l'instar des militaires) et les cheveux dans un  bandana, un visage déterminé, des paroles cinglantes à vous clouer le bec, Frances McDormand incarne cette mère rongée à la fois par la culpabilité (cf l’unique flash back) et la soif de vengeance ; elle est ou plutôt deviendra enragée (elle  a obtenu le prix de la meilleure actrice aux Golden Globes janvier 2018)

 

Le film alterne tensions et retombées (cf colère du couple interrompue par l’intrusion de la nouvelle petite amie du père ; blague sur les céréales et...couteau porté à la gorge, on pourrait multiplier les exemples) et cette alternance crée un certain tempo qu’agrémente la musique country ; la truculence de certains dialogues  (cf."si on virait tous les flics vaguement racistes, il n'en resterait plus que trois qui n'aiment pas les pédés")  provoque un rire "franc" et le trio ainsi que  les personnages dits secondaires -dont le nain tutélaire ou la mère alcoolique de Dixon- jouent efficacement leur partition.

Quant à la trame narrative, si le réalisateur  s’empare de stéréotypes ce serait  pour mieux les dépasser  en refusant le manichéisme, et s'il emprunte des chemins de traverse (entraînant le spectateur dans de "fausses" directions ou de "fausses" pistes dont celle du "faux" tueur) ce serait pour illustrer la complexité de l’être humain... Pourquoi pas ?

Et pourtant ! Si le tout début était prometteur : ensemble militons pour que le viol ne soit plus impuni, très vite le film bascule dans un genre de mélo qui frappe par ses  outrances faciles, ses digressions inutiles ou bavardes et par une "morale" simpliste égrenée tel un bréviaire dans les lettres écrites par Willoughby avant sa mort…"il suffirait de renoncer à la colère pour vivre dans l’harmonie"...

 

Non! On n'est  pas dans le sillage des frères Coen -auxquels pourtant Martin McDonagh veut rendre hommage...

 

Colette Lallement-Duchoze

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Mode d'emploi

Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

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