18 décembre 2025 4 18 /12 /décembre /2025 07:38

De Hlynur Pälmason (Islande 2024)

 

avec Saga Garðarsdóttir, (Anna) Sverrir Gudnason, (Magnus)  Ída Mekkín Hlynsdóttir, (Ida) Þorgils Hlynsson (Þotgils) Grímur Hlynsson (Grimur) Ingvar Eggert Sigurôsson (Palmi)

Musique : Harry Hunt

Festival de Cannes 2025 : sélection officielle, Cannes Première

Palme Dog

Anna en pleine séparation, est en quête de sens. Son cheminement se juxtapose à celui de Magnus, son ex-conjoint, le père de ses trois enfants. Ce derner a du mal à comprendre ses  propres sentiments

L'amour qu'il nous reste

Un toit qui s’ébranle avant d’être arraché -un temps suspendu entre ciel et terre - d’emblée s’impose la métaphore de la « dislocation » Car il s’agit bien de l’usure du couple dans ce quatrième long métrage de l’Islandais, Hlynur Pälmason plasticien de formation…Tout comme sur le plan formel le cinéaste a opté pour une forme de fragmentation : suite d’images  dont certaines oniriques fantastiques prolongent "comme allant de soi’" celles (plus carte postale) des paysages islandais, en changeant d’ailleurs de format d’image.

Chapitré en saisons l’amour qu’il nous reste s’étale sur un an -Voyez l’épouvantail se parer des couleurs ancrées dans la saisonnalité tout comme le passage du vert à l’ocre mordoré, du roux au blanc neigeux scande la narration. Voici Anna la mère l’épouse mais surtout l’artiste -d’immenses toiles (celles du cinéaste d’ailleurs) qu’elle « souille » de rouille par des plaques métalliques ; la scène qui l’oppose au galeriste suédois vaut son pesant de "mansplaining". Voici Magnus (dit Maggi) le père souvent absent -il travaille sur un chalutier (la décomposition en gros plans de tous les mécanismes  du bateau a la beauté de l’art brut). Un couple « séparé » à défaut d’être divorcé. Les trois enfants (des jumeaux et une fille) partagent repas (en présence du grand-père éleveur de brebis interprété par Ingvar Eggert Sigurôsson  le personnage principal d’Un Jour si blanc) ils s’exercent aux jeux de tirs à l’arc (attention à la flèche mortifère ( ?)  regardent alanguis sur un canapé un programme TV glissent sur la mare gelée, etc.  Panda (palme Dog à Cannes)  fait partie intégrante de cette famille. Des  "petits riens" qui constituent une existence. Apparente banalité ? …

Très vite le quotidien (du moins l’image censée l’illustrer) se métamorphose par l’insert de digressions ou l’intrusion de l’étrange. Parfois grâce à l’humour du cinéaste regardeur (lors d’un pique-nique le mari allongé, le visage sous la robe d’Anna, voit sa petite culotte, et celle-ci se transfigure en astre illuminant tout l’écran ; le documentaire sur des baleines que regardent les enfants met en avant la taille du sexe des mâles plus de 3m !!!) Mais plus on avance dans la narration, plus le réalisateur introduit onirisme et fantastique parfois cauchemardesque.  Ainsi le mari sera « puni » pour avoir tué le coq (après la semonce de sa fille dans la voiture, Magnus dans son « rêve » est tué par le volatile /dinosaure) Le plus évident est le rôle joué par l’épouvantail au casque médiéval ; si la récurrence du plan a une fonction narrative, le « réveil » du pantin peut surprendre … Or un extrait de L’étrange créature du lac noir qu’à un moment sur le bateau est censé visionner Magnus sur l’écran de son ordinateur avant de s’écrouler de …fatigue n’apporte-t-il pas une explication ?? Ici un réel déréglé (sous les eaux dormantes, présence d’un monstre) et là un couple en rupture ; dans les deux cas une forme d’anomalie de dérégulation. La nature figée en des paysages somptueux peut être explosive, tout comme les vagues et leur déferlement…

Magnus chavire sur les flots – un « océan de solitude » -image galvaudée certes mais qui ici joue sur les sens propre et figuré- un cri primal une imploration « pardon »  

Un film déroutant à ne pas manquer

 

Colette Lallement-Duchoze

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