D'Anna Cazenave Cambet (2024)
Avec Vicky Krieps (Clémence Delcourt) Antoine Reinartz (Laurent Levêque) Vigo Ferreira-Redier (Paul Levêque) Monia Chokri (Sarah) Aurélia Petit (directrice de la médiation) Feodor Atkine (le père de Clémence)
Festival de Cannes 2025 Un Certain Regard
Une fin d’été, Clémence annonce à son ex-mari qu’elle a des histoires d’amour avec des femmes. Sa vie bascule lorsqu'il lui retire la garde de son fils. Clémence va devoir lutter pour rester mère, femme, libre.
Une femme qui rompt avec son milieu bourgeois d’origine, avec sa fonction d’avocate, pour devenir écrivaine ; une femme qui revendique sa liberté (en l’occurrence ses choix sexuels, elle aime désormais les femmes) et qui, mère aimante, se voit refuser non seulement la garde de son enfant mais aussi les droits de visite, son dilemme et l’homophobie ambiante (qui sévit dans les milieux bobos…) oui tout cela aurait dû entraîner sinon l’adhésion du moins l’empathie. Or si la prestation de Vicky Krieps est exemplaire, si Antoine Reinartz -avocat sans pitié dans Anatomie d’une chute joue ici avec brio le salaud manipulateur accusant Clémence de pédophilie-, le film (librement adapté du roman de Constance Debré 2020) souffre de longueurs et de certains choix formels
Certes l’étirement temporel se prête à l’alternance entre ellipses, passages plus introspectifs, séquences à bicyclette, natation, scènes de retrouvailles enfermées dans un dedans, etc.. mais le côté didactique explicatif -d’autant qu’il est comme dupliqué par son illustration à l’écran quand il ne joue pas le rôle d’antiphrase -a tendance à sacrifier la suggestion au profit d’une volonté démonstrative -typique d’ailleurs des films dits à thèse (ce qu’accentue le huis clos des face à face où les protagonistes représentant de la « justice » ont la fâcheuse tendance à "réciter") … Là où on aurait apprécié des non-dits on est saturé de …Et l’étirement du temps qui s’inscrit dans la douleur de l’attente aurait dû propulser le spectateur dans l’insupportable (Clémence rappelle le nombre de jours puis de semaines puis de mois d’absence, de dépossession) Il n’en est rien… Idem pour la redondance de certaines situations (étreintes mère fils, étreintes entre femmes, relations père fille) Ces étreintes ces connivences, sources naturelles d’empathie sont pourtant loin d’être convaincantes (ou alors s’agirait-il de distanciation ???)
D’autres choix formels apparemment judicieux se heurtent en fait à une redoutable "immanence" qui les fait voler en éclats. Ainsi la scène d’ouverture une piscine avec son jeu de lignes, de démarcations, ses couloirs de nage aurait dû encoder le film moins par l’exercice physique imposé -même si sa récurrence obéit à une discipline qui rythmera l’itinéraire de Clémence -que par l’emprisonnement qu'il "symbolise" ne serait-ce que par ses délimitations spatiales (quand Paul demandera à sa mère sous l’œil bienveillant des deux préposées à la médiation qu’est-ce qu’on ferait si on était dehors le dedans de la prison – forme d’incarcération imposée- n’est pas palpable…) – Idem pour les balades à vélo censées baliser l’itinéraire entre deux pôles "attractifs" ; et que dire de ces ambiances feutrées, pénombre quasi crépusculaire des attouchements ?
Reste le choix final (même si les images restent en deçà des extraits du roman -lus en voix off- extraits trop nombreux d’ailleurs, tant est patente la dissonance entre l’écriture et son illustration). Un choix qui ne saurait être celui d’une reddition (comme dans une guerre d’usure) mais celui d’une émancipation Oui Clémence s’affranchit définitivement de tous les stéréotypes concernant le rôle de la "mère" (imposés par des millénaires de patriarcat… et dont Laurent serait encore l’incarnation)
Cela étant, on reste "globalement " dubitatif
Colette Lallement-Duchoze
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