28 mai 2026 4 28 /05 /mai /2026 19:04

De Vincent Garenq (2025)

 

Avec Antoine Reinartz Emmanuelle Bercot Emma Boumali

 

Musique Nicolas Errera

 

Inspiré du livre enquête du journaliste Stéphane Simon Les Derniers Jours de Samuel Paty, 2023

 

Présenté hors compétition au festival de Cannes 2026

Le 16 octobre 2020, Samuel Paty, professeur d'Histoire-Géographie, est assassiné à la sortie de son collège. À la lumière des enquêtes et des procès, ce film revient sur ses onze derniers jours, et l'engrenage qui a conduit à sa mort tragique.

L'Abandon

Les dissensions entre les deux sœurs de Samuel Paty, les accointances de l’auteur du livre (dont s’est inspiré Vincent Garenq) avec …, la filmographie même de ce dernier «grand spécialiste des affaires judiciaires  (au nom de ma fille, présumé coupable …) la récupération et son instrumentalisation par l’extrême droite, oui tout cela conjugué avait justifié des réticences…et conforté le choix ne pas aller voir ce film…

Maintenant que c’est chose faite (j’y suis allée à reculons certes) que penser de ce film de « reconstitution » auquel a contribué (donc forcément orienté certains choix) la sœur Mikaëlle ?  

Les derniers pas de Samuel Paty, vivant, filmé de dos encapuchonné, c’est la séquence d’ouverture ;  et on entend cette voix intérieure comme venue d’outre-tombe Jamais, je n’aurais imaginé que mon nom entrerait dans les livres d’histoire.  Le spectateur -qui sait l’épouvantable tragédie-,  sera peut-être surpris par ces propos … Un raccord cut va l’inviter à  un retour en arrière, « suivre » Samuel Paty pendant les 11 jours qui ont précédé l’assassinat . … et ce sera  un déroulé méthodique (apparemment neutre ) de la mécanique du mensonge

Une construction qui peut rappeler la tragédie  avec son acmé avant le dénouement suivi ici d’un épilogue. Une narration - c’est la dynamique interne- qui resserre l’étau autour de ce prof pourtant discret et apprécié et qui avait l’habitude de terminer ses cours par une « blague » La récurrence de plans en plongée sur la ville, sur ces façades d'immeubles ces fenêtres qui s’allument -le clignotement illustrant la propagation d’une « rumeur » qui fait de Samuel Paty un professeur islamophobe, à rayer de l’Education nationale ; suite à la révélation -fake news- d’une élève, -La vengeance organisée par un père "aveuglé" encouragé par un "prédicateur" djihadiste. Vengeance et mise au tombeau. L’alternance entre scène « familiale » hors collège et scène en classe contribue à illustrer la bienveillance dont fait preuve le.père ( séparé) autant que  le prof. Un rythme de plus en plus rapide (à la propagation de la fake news qui devient calomnie à chaque mot ajouté ou transformé … répond l’angoisse de la principale qui sollicite tous les « services » « censés » protéger le professeur et le collège. Et ce grand moment de silence, de fausse quiétude avant la tragédie …Ecran dans l’écran ou la folie des réseaux sociaux qui colportent sans vérification aucune ces contre-vérités. Manipulation de l’opinion.

Rien de singulier de novateur  au niveau formel donc (hormis cette absence délibérée de masques -alors que nous sommes en 2020..-.une invitation à faire tomber tous les masques? et la capuche d'Antoine Reinatz une façon de se prémunir contre la menace??? )

Certains reprochent à ce film d’être islamophobe. Certes les deux protagonistes adultes sont parfois caricaturaux et l’assassin est traité selon les clichés habituels - chambre sinistre du tueur qui "médite" dans l’ombre; Mais le rôle des mères musulmanes, la solidarité des élèves musulmans autour de leur prof ne plaident pas pour cette interprétation.  Le thème est toujours clivant objet de suspicions (suite à des amalgames) facilement récupérable.

Abandon ? -par les collègues, par l’Education nationale, par un ministre jamais nommé et pourtant…par un de ces référents laïcité (certes grotesque) ? Abandon ? Oui même si la principale s’est battue « bec et ongles » même si des parents ont refusé de souscrire aux propos du père. Abandon ou trahison ? ou les deux ?

Ni militant ni islamophobe voilà un film qui aligne (parfois avec lourdeur) les failles aux responsabilités multiples ...  En aucun cas un film  d'utilité publique. 

 

Colette Lallement-Duchoze

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