20 mai 2026 3 20 /05 /mai /2026 09:13

D' Asghar Farhadi  (France USA Italie Belgique 2026)

 

avec Adam Bessa, Isabelle Huppert, Virginie Efira,  Vincent Cassel, Catherine Deneuve, Pierre Niney,  India Hair  

Présenté au Festival  de Cannes 2026 en Compétition officielle

En quête d’inspiration pour son nouveau roman, Sylvie espionne ses voisins d’en face. Quand elle engage le jeune Adam pour l’aider dans son quotidien, elle ignore que celui-ci va bouleverser sa vie et son travail, jusqu’à ce que la fiction qu’elle avait imaginée dépasse la réalité de tous.

Histoires parallèles

Construction déconstruction, déconstruction reconstruction il semble que cette dynamique (voire dialectique) préside à ce film sur la vérité et le mensonge, la manipulation du réel et de...l'opinion, le voyeurisme, les dangers de l’imaginaire, le pouvoir plus ou moins maléfique -ou du moins ambigu- de la création ( ses pièges,  sa soumission à  certains diktats) ce  qu’illustre tout un jeu d’échos et de miroirs (inclus d’ailleurs dans le titre ; et si les parallèles se "rencontraient"  ??)

En déplaçant sa caméra de Téhéran en France (il l’avait déjà fait pour Le passé ) le réalisateur Asghar Farhadi n’en conserve pas moins cette maîtrise du "mode opératoire" et surtout celle d’évoquer les relations humaines avec ses thèmes de prédilection: la culpabilité et le jeu des apparences  Après une assez longue séquence d’ouverture (qui correspond au défilement du générique) se met en place un dispositif où un personnage presque mutique (au passé secret au présent énigmatique) aura en fait le rôle principal…Saluons d’emblée l’interprétation d’ Adam Bessa  (déjà vu dans Harka, les Fantômes, La source )

Montage en puzzle (première partie ) avec éclatement des temporalités (confrontation passé et présent pour l’écrivaine Sylvie ) et fragmentation (réel et imaginaire) le film est censé s’inspirer du Décalogue n°6 de Kieslowski. (il conserve d’ailleurs la musique de   Zbigniew Preisner qui en établit comme une "jonction") Certes l’usage d’une longue vue et cette plongée par effraction dans l’intimité d’autrui n’ont pas (pour nous) la puissance suggestive de Kieslowski encore moins de Michael Powell (le voyeur) Mais ce n’est pas le but recherché  …

Une écrivaine Sylvie (elle tape son texte sur une Olivetti…) s’inspire à la fois de son propre passé (parents séparés) d’un présent vérifiable (elle lorgne sur l’appartement d’en face- un studio de bruitage où coopèrent trois personnes (les succédanés sonores semblent comme l’Olivetti d’un autre âge et contrastent avec la table d’enregistrement ) ; présent qu’elle va transformer en leur inventant des relations ambiguës et mortifères ; c’est la matière, le substrat de sa création « littéraire »)…Or dès l’instant où Adam est introduit chez elle comme "aide ménager factotum" par la nièce (rencontrée dans le prologue) qu'il s’empare du manuscrit, le « complète » à son gré,  dès l’instant où il décide de s’immiscer réellement dans le quotidien du trio, tout va basculer …cloisons, vitres, positions en retrait ….tout se charge se décharge d’un pouvoir délétère en apparence du moins…le puzzle prend les allures d’un thriller alors qu’en voix off Adam dit à la fois son inexpérience et la magie de l’écriture (Adam ou l’imposture???) 

Non le film ne saurait se réduire à une '"exploration" (qui départagerait fiction et autofiction,  vécu et fantasme) ni à l’imbrication réel imaginaire (cf la métaphore du canard en bouteille) non ce jeu sur les apparences grâce aux mises en abyme ne "tourne pas à vide" , non la brochette rutilante d’acteurs hyper starisés et médiatisés ne contrarie pas le rôle décisif de l’acteur -imposteur…)….

Ecoutons le réalisateur Une question qui court à travers tout le film consiste à interroger ce qu’on nous donne à voir comme étant le réel. Dans quelle mesure ce qui nous est donné comme parfaitement conforme à la réalité comporte-t-il un noyau dur incontestable et une part de fabrication, de construction autour ? Formulation bien générale qui inclut l’Iran c’est une évidence, mais aussi d’autres régimes prétendus  plus démocratiques…

A ne pas bouder !

 

Colette Lallement-Duchoze

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