19 mai 2026 2 19 /05 /mai /2026 05:37

De Rodrigo Sorogoyen (Espagne 2025)

 

Avec Javier Bardem (Martinez Esteban) Victoria Luengo (Emilia) Marina Foïs, Raùl Arevalo, Miguel Garcès

 

Présenté en Compétition  officielle Festival  de Cannes 2026

Réalisateur mondialement célèbre, Esteban Martínez revient en Espagne pour tourner son nouveau film. Il en offre le rôle principal à une jeune actrice inconnue, sa fille, qu’il n’a pas vue depuis treize ans. La jeune femme accepte cette formidable opportunité, mais sait qu’à l’occasion de ce tournage, elle va se confronter à un homme qu’elle n’a jamais pu considérer comme un père. Le poids du passé menace de rouvrir leurs blessures.

L'Etre aimé

Ecran noir mais espace envahi par une matière sonore ; c’est le tout début (en écho après le générique de fin une matière sonore qui ne sera entendue  que par les rares spectateurs qui n’auront pas quitté la salle avant la "vraie" fin)…Un film dédié au père,-lui aussi  L’être aimé ? Car -et c’est une des lectures de ce film polymorphe et si riche en thématiques comme autant de mises en abyme- la relation père/fille est cardinale aussi impériale que sont les deux interprètes Javier Bardem et Victoria Luengo  Une relation qui s’exprime en ses nuances (souvent muettes , les non-dits sont relayés par une circulation de regards et de très gros plans sur les visages) et ses aspérités aussi (quand le père en réalisateur tyrannique va jusqu’à vampiriser l’équipe et clouer d’un revers d’engueulade les tentatives de rébellion de sa fille/actrice). D’ailleurs la scène d’ouverture 20’--les retrouvailles après plus de 10 ans dans un restaurant - faite de champs contrechamps de plus en plus serrés tout en exprimant la tension que les sourires ont du mal à maquiller (-père et fille en manque de…parole qui balbutie…efforts frappés d’inanité) crée une forme de suspense ; la tension est vite oppressante et telle une épée de Damoclès elle restera « suspendue » tout au long du film. Si le film Désert qu’est en train de tourner Esteban invite à revisiter le passé colonial de l’Espagne, très vite l’Etre aimé glisse vers l’intime mais le désert sera une page blanche où tout est à réécrire… Ce que suggèrent d’ailleurs le passage régulier au noir et blanc, le changement de formats, et la désynchronisation de la musique. Le tournage sera simultanément le lieu des retrouvailles avec exhumation  de pans du passé et lieu de révolte contre les méthodes autoritaires abusives tyranniques du réalisateur (illustrées par le « virilisme » de Bardem)

On retiendra cette scène où Esteban au moment du montage, pleure face aux rushes où Emilia avance sur les dunes. Une révélation Oui il la VOIT (Désert ou l’histoire de gens qui n’arrivent pas à se regarder dans les yeux avait-il proclamé lors de leur première entrevue ; la récurrence du très gros plan sur l’œil de Bardem qui se substitue à celui de la caméra confortait précisément le choix de ne  regarder que du coin de l’œil...)

Certes la mise en abyme réitérée est parfois insistante (film dans le film; mise en scène et  en images, mentalement et concrètement, des retrouvailles avec Emilia ;mélange  parfois sauvage de la vie privée et de la  vie professionnelle,   combo, plateau  équipe devenuEs  point focal où se télescopent l’autorité abusive -du cinéaste- et la douleur - du père) . Mais on ne saurait rester insensible à la maîtrise de la mise en scène et de la narration, à cette "radiographie" du pouvoir - de l'image et plus encore de qui en est le détenteur et le manipulateur, ainsi qu' à l'intensité psychologique (une des marques de fabrique du cinéaste ) 

Et si  l’Etre aimé était  la palme d’ogre de Rodrigo Sorogoyen ???  (Olivier Lamm)

 

 

Colette Lallement-Duchoze

Partager cet article
Repost0

commentaires

Mode d'emploi

Ce blog est destiné à collecter nos ressentis de spectateurs, à partager nos impressions sur les films (surtout ceux classés Art et Essai).

Envoyez vos articles ou vos réactions à: artessai-rouen@orange.fr.

Retrouvez aussi Cinexpressions sur Facebook

 

 

Recherche