De Pedro Almodovar (Espagne 2025)
avec Barbara Lennie (Elsa) Patrick Criado (Bonifacio) Leonardo Sbaraglia (Raul) Victoria Luengo (Patricia) Milena Smit (Natalia) Aitana Sanchez Gijon (Monica) Quim Guttierez (Santi) Rossy de Palma (Gabriela)
Musqiue Alberto Iglesias
Présenté au festival de Cannes 2026 en Compétition officielle
Raúl est un cinéaste culte en pleine crise créative. Lorsqu'un drame frappe l'une de ses proches collaboratrices, il s'en inspire pour écrire son prochain film. Peu à peu, il imagine Elsa, une réalisatrice en pleine écriture, dont le parcours commence à refléter le sien. Les deux cinéastes deviennent les deux facettes d'un même personnage, dans un jeu de miroirs où l'impudeur de l'autofiction dévoile autant qu'elle détruit. Mais jusqu'où peut-on aller pour raconter une histoire ?
Enchâssement de deux récits (au montage parallèle dans un premier temps) eux-mêmes conçus comme mise en abyme - la 3ème mais diffractée et la seule souveraine-, le film d'Almodovar Autofiction n'en aura pas moins ses détracteurs...
Voici d’abord à l’écran Elsa (interprétée par Barbara Lennie vue dans La piel que habito 2011) sujette à de violentes migraines, à la recherche de comprimés ; début des années 2000; un compagnon pompier et stripteaseur Bonifacio - Ah le corps de Patrick Criado!!! … -un long flash back évoque leur rencontre. Et voici que se superpose le visage de Raul (vu en frontal en train de pianoter) ; Raul un écrivain en panne d’inspiration (requêtes auprès de son assistante Monica qui lui reproche assez vite de "vampiriser" ses proches, de s'approprier leurs drames dont les siens -de puiser outrageusement dans le réel le plus intime pour élaborer une fiction)…
Des lettres tapées - en 2004 et/ou en 2025 - envahissent l’écran se font écho alors que vont s’enchevêtrer les deux récits : Elsa, personnage fictionnel, double de Raul, Santi double de Bonifacio (Beau) et Raul lui-même "alter ego " du cinéaste ..
A priori cette thématique (avec ses jeux de miroirs) n'est pas "novatrice" Autofiction, fiction, réel, fantasme sont des "marronniers" de la littérature et de la création en général; idem pour la mise en abyme (cf le manuscrit trouvé à Saragosse ; les ménines ) Idem pour l’éthique de l’emprunt (cf les procès ici et là quand l’intimité est profanée jusque dans ses tragédies)
Que les deux fictions en construction aient pour titre Amarga Navidad, Noël amer (tout comme le titre espagnol de Autofiction) ne complexifie pas le propos ne le densifie pas :: le cinéaste avait habitué son public à ses incarnations en miroirs, dans des doubles masculin ou féminin
Plus subtil est le traitement d’une mutation (ou transformation par distorsion) mais il faudra attendre l’ultime altercation entre l’ex assistante Monica et le romancier Raul pour que l’autofiction (mais aussi le film Autofiction ?) devenue autocritique soit abandonnée…au profit de …Jusque-là des ambiances saturées de couleurs (le rouge bien évidemment) des cadres bien léchés, un détour par Lanzarote (superbe villa et restaurant chic) où le duo Elsa- Natalia renvoie à celui de « la chambre d’à côté » …Il est des instants de pure beauté tragique et formelle à la fois, des instants comme suspendus (cf la plage noire le blanc des serviettes, le lit reposoir linceul et sanctuaire, le très gros plan sur le visage de Natalia)
Un constat amer (cf la voix off au tout début) l’angoisse -celle qui « étreint » Elsa- est encore …rare au début du millénaire (serait-elle devenue la "marque" des années 2020.?) Constat qui sera à peine tempéré par l’humour …(la présence furtive mais ô combien pertinente de Rossy de Palma comme icône de la Movida ; ou la définition de « film-culte » qui restera dans les annales…)
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Colette Lallement-Duchoze
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