5 janvier 2026 1 05 /01 /janvier /2026 06:16

Documentaire réalisé par Johan Grimonprez (Pays-Bas, France, Belgique 2024)

 

World Cinema Documentary Special Jury Award for Cinematic Innovation au Sundance Film Festival

sélectionné dans des festivals internationaux majeurs 

 nommé pour l'Oscar du meilleur film documentaire à la 97 e cérémonie des Oscars.

Le film raconte avec minutie et beaucoup d'audace les machinations  politiques qui menèrent à l'assassinat du leader congolais Patrice Lumumba en 1961. Liens entre jazz américain et remise en cause de l'autodétermination africaine

Soundtrack to a Coup d'Etat

L’arme secrète des États-Unis, c’est une note « cool blue »

Génial

Dense sans être touffu, ce documentaire au rythme haletant, au montage ingénieux et novateur, mêle avec une intelligence suprême musique (le jazz des années 50 et 60) politique et ONU

Le factuel ‘vérifiable - la décolonisation  a été  une guerre à la fois culturelle et géopolitique- se déploie ici dans l’exploitation d'archives - certaines sont inédites - tant visuelles que sonores et textuelles  (concerts, défilés, entretiens avec les acteurs de l’époque, extraits de journaux, extraits des discours de Patrice Lumumba, propos de Malcolm X, le rôle souvent comique  de Nikita Khrouchtchev,  la manifestation de 1961 au siège de l’ONU  après l’assassinat de Lumumba , les connexions entre capitalisme belge et programme nucléaire américain etc. )

Refusant la linéarité chronologique (même si des dates précises s’affichent régulièrement à l’écran en typo stylisée ) , dans cette anatomie de l’assassinat de Patrice Lumumba, leader de l’indépendance du Congo belge 1960 puis premier ministre, Johan Grimonprez a conçu son documentaire comme une partition musicale (cf le titre) Oui la musique ne sera pas un simple accompagnement sonore elle va  imposer  au film son rythme et sa structure tout comme  elle est la "messagère politique" - l’acmé serait l’envoi d’Armstrong en Afrique dans un avion  cheval de Troie  ...…

Rumba congolaise, jazz de Max Roach, batteur , et Abbey Lincoln chanteuse  ‘(la scène d’ouverture reviendra à intervalles réguliers) , jeu avec des contrepoints (telle musique vs tel événement) alternance entre chœurs (sens musical et politique) et soli (très gros plans sur les visages des chanteuses, des instrumentistes de jazz et sur ceux des hommes politiques interviewés) tout cela illustre avec une étonnante fluidité  le  titre.  De plus à l’Histoire de Lumumba, le documentariste superpose celle de ces jazzmen américains envoyés à travers le monde dans les années 50 à l’époque de la  guerre froide , comme ambassadeurs: Duke Ellington Dizzy Gillespie mais aussi des musiciennes et chanteuses dont Nina Simone ; avec ce contrepoint  tragique (d’un côté ces Noir.es doivent faire valoir la liberté américaine,  d’un autre c’est la ségrégation outrancière que subissent les Noir.es sur le sol américain…) 

Or c’est bien la décolonisation et la peur (fantasme?) de l’alignement sur le communisme qui dicteront les choix américains (certains font froid dans le dos -cf les aveux des mercenaires ou celui de l’ex patron de la CIA mais aussi ceux des représentants du pouvoir en Europe dont le Suédois Dag Hammarskjöld)

Ce documentaire où la récurrence des propos ô combien précieux de Malcolm X imprime le message "politique", fait la part belle aux femmes et redonne leur place aux oubliées de l’Histoire dont Andrée Blouin, femme libre, anticolonialiste et profondément engagée dans l’émancipation des femmes congolaises ; tour à tour oratrice, organisatrice politique et proche de Lumumba. Traquée, décrédibilisée comme  "communiste" ou "courtisane" par les services secrets belges, elle fut expulsée du Congo.

 

Un  grand moment d'histoire et de cinéma

Un clin d'œil amusé à la "trahison des images" (Magritte  explique le sens du tableau "ceci n'est pas une pipe" ...)

Un documentaire à ne pas rater ! 

 

Colette Lallement-Duchoze

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