6 janvier 2026 2 06 /01 /janvier /2026 07:51

De Huo Meng (Chine 2024)

Avec Shang Wang, Chuwen Zhang, Zhang Yanrong

 

75e édition de la Berlinale, Ours d'argent de la meilleure réalisation

Chuang doit passer l’année de ses 10 ans à la campagne, en famille mais sans ses parents, partis en ville chercher du travail. Le cycle des saisons, des mariages et des funérailles, le poids des traditions et l’attrait du progrès, rien n’échappe à l’enfant, notamment les silences de sa tante, une jeune femme qui aspire à une vie plus libre.

Le temps des moissons

Ce qui frappe c’est la précarité et l’archaïsme d’une existence, celle d’une famille (4 générations) celle d’un village et par extension celle d’une région, celle d’une Chine rurale, province du Hénan, à la fin du XX° siècle. Une chronique de la vie quotidienne dans sa vérité nue, vue à hauteur d’enfant, où l’âpreté le dispute à une forme de soumission, où le geste (dans les champs et à la maison) mobilise autant les femmes que les hommes (même quand ils sont blessés) où l’on respecte les rites - mariage enterrement (entendons croyances et comportements bien étranges pour un spectateur occidental ; la séquence où la jeune épousée est ballottée sans égard aucun, tel un objet, prouverait la pérennité de son asservissement). A cela il convient d’ajouter des « procédures » administratives indignes (contrôle des naissances) ou cette intrusion de la prospection pétrolière, qui ne respecte ni les individus ni l’environnement … Le tout prouverait (si besoin) que ce « peuple » attaché à la terre est encore en esclavage…(et la plupart sont illettrés). Dans ce milieu l’enfant sympathise avec une jeune tante, éprise de liberté mais contrainte à un mariage forcé, avec un jeune cousin Jihua (Zhou Haotian), « simple d’esprit » qu’il « protège », avec la mémé (ô la chaude complicité !) En dévoilant le réel son regard l’illumine (cf les ébats des jeunes gamins dans la rivière, leurs piaillements, filmés avec une savante répartition de l’espace, les gestes de tendre complicité dans des plans rapprochés tout comme les apprentissages teintés d’ironie - le premier tracteur embourbé …)

En ressuscitant ses souvenirs, le cinéaste Huo Meng mêle avec intelligence (et sans nostalgie) les violences du quotidien dont les villageois sont victimes et la beauté sublime d’un environnement (le dernier plan, une vue en plongée sur une immensité faite de sinuosités d’eau et de vert bleuté, est d’une beauté sidérante) Un contraste saisissant ! il parcourt cette ode que le cinéaste  dédie à ces villageois (cf générique de fin) à leur terre (titre original  Shengxi zhi di, la terre où l’on vit).  Une terre qui garde précieusement ses morts -même avec le passage obligé à l’incinération…(l’ocre brun a envahi l’écran quand le jeune Chuang (Shang Wang) (r)appelle Jihua d’outre-tombe) Une terre d’avant la modernisation, l’exploitation du pétrole, et l’exode. Une terre où l’on a appris que Seule la patience a raison des difficultés.

Et dans cette narration sur la "disparition" d'une époque, scandée par le passage des saisons, le cinéaste accorde une attention toute particulière à la lumière (cf le soleil couchant au début et sa connotation, les paysages ennuagés comme nimbés d’une aura ou aux lumières plus vives et diffractées) de même qu’il soigne la composition des plans, (certains ont le pouvoir suggestif de toiles impressionnistes), l’alternance entre scènes au réalisme assez cru et envolées plus poétiques tout en privilégiant le plan séquence.

 

Un film - (encore) Interdit de diffusion en Chine-,  à ne pas manquer

 

Colette Lallement-Duchoze

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