30 décembre 2025 2 30 /12 /décembre /2025 12:12

De Jim Jarmusch (USA Europe 2024)

 

avec Tom Waits Adam Driver, Charlotte Rampling, Cate Blanchett, Vicky Krieps, Mayim Bialik, Indya Moore, Françoise Lebrun, Sarah Greene, Luka SabbatCalete 


 Musique originale composée par Jim Jarmusch et Anika (Annika Henderson)

 

Lion d'Or Mostra de Venise

 

Un long-métrage de fiction en forme de triptyque. Trois histoires qui parlent des relations entre des enfants adultes et leur(s) parent(s) quelque peu distant(s), et aussi des relations entre eux

Father Mother Sister Brother

La mélancolie est l’illustre compagne de la beauté. Elle l’est si bien que je ne peux concevoir aucune beauté qui n’ait pas de mélancolie

3 sketches (cf  le titre et l'affiche) 3 lieux différents (New Jersey, Dublin, Paris) 3 types de famille, 3 tonalités différentes (humour nostalgie et mélancolie)  et 3 façons de filmer (positionnement de la caméra surtout) En fait 3 volets d'un triptyque…  Outre des situations et conversations récurrentes (la vraie fausse rolex, la blague sur l’oncle Bob, la qualité de l’eau, la question de trinquer avec du thé de l’eau…), outre ces clins d’œil allusifs (déjà présents dans Coffee and cigarettes 2003 où des bribes de conversation se faisaient écho) il est d’autres similitudes plus subtiles. De sorte que ces 3 histoires (formellement) indépendantes sont complémentaires Tout d’abord la récurrence des skateurs filmés à chaque fois au ralenti alors que les « personnages » sont dans l’habitacle d’une voiture : marqueur de temporalité? D’universalité ? d’opposition ?  Le deuil aussi qui imprime une connotation crépusculaire (le portrait de l’épouse et mère disparue, en I, les photos de parents  anti conventionnels   broyés à jamais dans un crash en III) Et surtout la thématique des faux semblants des cachotteries au sein de la famille, ce qu’il est convenu d’appeler les « fêlures familiales »…Car quelle que soit la situation (Jeff et Emily en visite chez leur père "ruiné";  Timothea et Lilith, si dissemblables, invitées chez leur mère écrivaine pour un rituel annuel du thé, les jumeaux Billy et Skye se retrouvant à Paris suite à la perte tragique de leurs parents) il s’agit bien de non-dits et/ou de désillusions que découvre(nt) soit le spectateur (métamorphose du père après le départ de ses enfants et Tom Waits si épatant dans ce rôle de père qui flatte berne extorque , les mensonges de Lilith pour maquiller sa relation amoureuse avec une femme) soit les protagonistes (les jumeaux en feuilletant l’album d’une vie ont la soudaine révélation d’identités « cachées » et de faux …)

Famille je ne vous hais point…Mais…

Famille dysfonctionnelle en I et II, famille orpheline -symboliquement- recomposée en III ; mais dans les trois cas un questionnement : quid de l’éducation reçue ? bribes de conversations (oncle Bob) qui perdurent avec humour ? construction vs déconstruction ? apprentissage individuel par-delà des déterminismes sociaux ? éloignement géographique et distance mémorielle ?? Le traitement de chacune des trois approches n’est-il pas révélateur de ces questionnements à défaut de leur donner une réponse ?

Le déplacement en voiture et la durée du trajet (plus ou moins longue surtout en I et III) frappent par une certaine lenteur -malgré des "accélérations" de vitesse -mais non de rythme. Non pas lenteur comme antonyme de vélocité  non pas lenteur propice à la contemplation d’un environnement (routes enneigées du New Jersey en I, enfilade de rues dans un Paris comme déserté par ses habitants en III) mais plutôt lenteur qui fait surgir à partir des propos échangés (filmés simultanément) les  "portraits"  des locuteurs, des absents-présents et des disparus dans un  "être là" : ce que renforceraient d’ailleurs la proximité de la caméra dans l’habitacle et la diversité des plans. Alors qu’à l’intérieur de la maison -celle du père, celle de la mère, ou dans un bar parisien, voici que trône un plateau -avec ses tasses ou ses verres, - plateau porteur vu en plongée (surtout en II où on a l’impression qu’il est filmé du plafond) (clins d’œil à Coffee and cigarettes ?) ; sa fixité imposée déclenche en fait des  "gestes"  ritualisés.  A cela s’ajoutent une bande musicale discrète et la chanson Spooky …

Tout cela semble s’inscrire dans la problématique sur l'absence, la distance et la mémoire familiale

A ne pas manquer !

Colette Lallement-Duchoze

Vu en avant-première dimanche 28 décembre

le film sortira en salles le 7 janvier 2026

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