De Margarethe von Trotta (2023 Allemagne)
avec Vicky Krieps, Ronald Zehrfeld, Tobias Resch
Berlinale 2023
A 30 ans la poétesse autrichienne Ingeborg Bachmann est au sommet de sa carrière quand elle rencontre Max Frisch (célèbre dramaturge suisse) . Leur amour est passionné mais des frictions apparaissent .
Le film de Margarethe von Trotta n’est pas un biopic -au sens traditionnel et académique du terme-. En s’intéressant à la relation avec Max Frisch (dramaturge suisse) -relation que d’aucuns vont réduire à des "querelles" d’egos entre écrivains reconnus- , en privilégiant dans le cursus littéraire le "passage" (difficile ?) de la poésie au roman (cf lors des séquences de lecture/dédicace les questions de lectrices et les réponses réitérées "Arracher les mots à la nuit ; Toute personne qui tombe a des ailes ) la cinéaste illustre ce qui fut comme la quintessence de toute l’œuvre d’Ingeborg Bachmann -1926-1973 (hélas trop peu connue en France !) à savoir la continuation de la guerre, de la torture, de l’anéantissement, dans la société, à l’intérieur des relations entre hommes et femmes (propos d’Elfried Jelinek)
Ce qui au niveau formel se double d’une approche beaucoup plus subtile que ne le suggère le sous-titre Reise in die Wüste, “voyage dans le désert” Télescopage de deux temporalités -la seconde placée sous le signe de la liberté (désert en Egypte) - écho inversé de la première (?) -, est aussi le "commentaire" par l’ami Adolf Opel de ce qu'il est censé entendre ou avoir entendu, les confessions-souvenirs d’Ingeborg que le spectateur lui voit ou a vu illustré.es à l’écran)
Télescopage qui ira se diffractant par le jeu constant (trop répétitif pour certains) de flashbacks et flashforwards (analepses et prolepses) comme autant de "miroirs brisés" dans cette alternance d’époques et de milieux qui dialoguent …au service d’une sensibilité à vif ( ?) (cf la scène "liminaire" très théâtrale où la silhouette de plus en plus spectrale contraste avec la main qui décroche le téléphone alors que sardonique retentit le rire de Max/Mephisto ; cf aussi le cauchemar prémonitoire de la robe qui s’enflamme ou encore ce réveil d'un corps -comme momifié - dans le désert)
Les choix musicaux (dont le trio pour piano et cordes de Schubert ) le jeu impeccable dans le mélange d’opacité et de transparence de Vicky Krieps, les audaces visuelles (échappées dans les dunes fouettées par le vent) les "reconstitutions" (décors à Paris Zürich Rome)- le travail sur les couleurs et les lumières, la diversité des robes portées avec élégance par l’actrice, tout cela ferait de ce film un joyau ….
Mais (car immanquablement, il y a des "mais") il est des bémols, aussi incontournables que les dièses…( ?)
Cela étant, Ingeborg Bachmann est un film à ne pas manquer
Colette Lallement-Duchoze
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