Documentaire réalisé par Vincent Munier (2025)
Deux nominations aux César 2026
Après La Panthère des neiges, Vincent Munier nous invite au cœur des forêts des Vosges. C’est ici qu’il a tout appris grâce à son père Michel, naturaliste, ayant passé sa vie à l’affut dans les bois. Il est l’heure pour eux de transmettre ce savoir à Simon, le fils de Vincent
Le film est encadré par des images de brume d’un noir et blanc cotonneux ; poétiques elles invitent à saisir la beauté des choses, la beauté du vivant qui – à l’instar de la circularité narrative formelle- ira se répétant. Ainsi dès le prologue avec une lenteur assumée dans les métamorphoses (telle une paréidolie) et surtout grâce à l’accompagnement musical, -pièce vocale de Hildur Guðnadóttir (Folk Fær Andlit)- le photographe animalier Vincent Munier donne un caractère quasi liturgique et sacré à son documentaire, qui n’est pas sans rappeler le sonnet Correspondances de Baudelaire -au moins le premier quatrain La nature est un temple ou de vivants piliers/Laissent parfois sortir de confuses paroles /L’homme y passe à travers une forêt de symboles /Qui l’observent avec des regards familiers.
Oui ce film invite à " regarder " autrement (somptuosité des images, effets de lumière et de zooms, qu’accompagne la musique de Warren Illis et Olivier Goignard); regarder dans le " silence" pour qui est à l’affût (comme le fut pendant des décennies Michel le père de Vincent) Silence qu’interrompt volontiers le langage des oiseaux -pour qui sait le capter voire l'interpréter-, ou le brame des cerfs (lors de parades amoureuses) Le chant du monde animal se confond comme par synesthésie avec celui de la nature et plus spécialement de la forêt en tous ses bruissements vagabonds alors que de ses textures peut émerger l’image d’un animal (quand les épois se confondent avec des écorces, quand du feuillage émerge le profil d’un volatile, cela étant dû aux effets -peut-être involontaires- de paréidolie)
Mais "le chant des forêts" est surtout un film sur la transmission . Voici trois générations Michel Vincent et Simon Le premier friand d’anecdotes raconte ; il consigne aussi dans son cahier découvertes et réflexions, il transmet sa passion animalière, en apprenant à son petit-fils un art de vivre et de penser. Qui fut le sien.
Et comme le tétras -oiseau ancestral des Vosges, - a disparu de la région depuis quelques années – une parenthèse hors Hexagone, en Norvège, s’impose; afin que le jeune Vincent soit émerveillé à son tour par les caroncules rouges le bec blanc la palette bigarrée et les plumes caudales en éventail…. de ce gros gallinacé, dit grand coq de bruyère !! Là sur l'écran en gros plan....à destination d'un public -émerveillé lui aussi???
Un film à voir certes malgré toutes les artificialités (le dispositif qui systématiquement fait suivre par une séquence animalière l'anecdote rapportée, l’escapade hors forêt vosgienne qui rompt avec le titre, les discours de Michel qui sans être didactiques n’en sont pas moins parfois pontifiants, etc…)
Colette Lallement-Duchoze
Hildur Guðnadóttir – Fólk fær andlit
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