De Abd Al Malik (France 2024)
avec Makita Samba (Furcy Madeleine) Romain Duris (procureur Boucher) Vincent Macaigne (Joseph Lory) Ana Girardot (Virginie Bega) Philippe Torreton (Philippe Bouguevin) Frédéric Pierrot (maître Godard de Saponay) André Marcon (maître Moreau) Micha Lescot (Pol Satin)
Musique de Bilal Al Aswad
. Adaptation de "L'Affaire de l'esclave Furcy" de Mohammed Aïssaoui (prix Renaudot de l’Essai 2010)
La Réunion, 1817. À la mort de sa mère, l'esclave Furcy découvre des documents qui pourraient faire de lui un homme libre. Avec l'aide d'un procureur abolitionniste, il se lance dans une bataille judiciaire pour la reconnaissance de ses droits...
Le ton (sens propre) est donné dès le début Nous entendons la chanson "Sanm Ou" "ton sang » composée interprétée par Danyel Waro; et la musique du film, -personnage à part entière- , composée par Bilal Al Aswad servira souvent de contrepoint aux "joutes oratoires", -la froideur du système judiciaire opposée à la détresse des esclaves-; un système qui pendant des décennies aura emprisonné (sens propre et figuré) Furcy dans un combat …Combat que les colons blancs, tenants du "droit" - théorie et pratique de l’esclavage légalisées par le code noir – étaient sûrs de gagner !
L’écoulement du temps de 1817 à 1843 est signalé par les encarts (mention des années calligraphiées en vert) les rebondissements (depuis le premier procès sur l’Île qui condamne le plaignant jusqu’à celui dans la métropole qui après délibéré décrétera Furcy né libre en passant par l’exil sur l’Île Maurice ) la permanence des préjugés racistes (un esclave est un « meuble » affirmation clamée sans vergogne par Pol Satin (Micha Lescot) l’hypocrisie des colons planteurs et propriétaires d’esclaves dont Joseph Lory (étonnant Vincent Macaigne), tout cela sert de trame historique dont le factuel serait vérifiable
Certes les résonances avec l’actualité plus de 150 après sont patentes, certes les vues panoramiques sur un ciel embrasé ou sur les flots ne sauraient être esthétisantes -flamboiement rougeâtre annonciateur de douleurs et de morts dans un cas , sordidité du commerce des hommes par voie maritime, implicite dans l’autre, certes le spectateur est invité à faire lui-même le distinguo entre « être libre » et « être né libre »(dans le cas de Furcy combat pour la reconnaissance de la preuve écrite d'un d’affranchissement) A la recommandation de l’aimée "si tu reviens le maître est prêt à te pardonner" Furcy oppose sans violence mais avec aplomb, le bien-fondé de sa propre requête ; c’est là que résident toute l’incompréhension (calculée et hypocrite) du colon blanc et la violence du système… l’ordre impose la violence ? donc celle-ci est légale et légitime à la fois (les arguments de l'abolitionniste resteront lettre morte, au moins un temps...)
Cela étant, le traitement est globalement assez décevant…. Que de clichés ! et de complaisance dans leur approche : La liste serait longue : gros plans prolongés sur les dos lacérés qui suppurent après avoir été fouettés, ronde des forçats au ralenti, plan en plongée sur la plantation de canne à sucre où les esclaves silhouettés se perdent dans son immensité , plantation lieu de survie malgré la cravache, et lieu de sépulture, aussi, cellule à peine éclairée où les chaînes qui entravent le prisonnier peinent par leur cliquetis à se débarrasser de parasites alors que clopinent des rats ; à l’intérieur des Palais de justice, lors de "plaidoiries" la caméra joue avec les gros plans sur les visages des représentants du "droit" -déclamations éructations, et déclamations récitations, trop théâtralisées; si le "didactisme" est nécessaire à la contextualisation il verse trop souvent dans la "grandiloquence" Quant aux mini scènes plus oniriques (apparitions de la mère Madeleine, ou de la bien-aimée Virginie) si par le flou aérien et éthéré, ou par leur lumière dorée, et par la fonction apaisante d'un baume, elles contrastent avec la dureté tragique du sort réservé à Furcy , elles semblent plaquées artificiellement. Et l’interprétation -trop lisse- de Makita Samba (vu dans les Olympiades ou plus récemment dans Kika) n’est pas toujours convaincante …alors que ses silences ses regards sa gestuelle à peine esquissée auraient dû entraîner l’adhésion…
Colette Lallement-Duchoze
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