25 janvier 2026 7 25 /01 /janvier /2026 08:23

De Mascha Schilinski (Allemagne 2024)

 

Avec Hanna Heckt (Alma) Lea Drinda (Erika) Luise Hever : (Christa) Lena Urzendowsky ( Angelika)  Laeni Geiseler : (Lenka) Claudia Geisler Bading (Irm) Luzia Oppermann (Trudi) Konstantin Lindhorst (Uwe)

BO Stranger d’Anna von Hausswolff

Musique : Michael Fiedler, Eike Hosenfeld

Prix du jury Festival de Cannes 2025

Prix du cinéma européen des meilleurs costumes

Quatre jeunes filles à quatre époques différentes. Alma, Erika, Angelika et Lenka passent leur adolescence dans la même ferme, au nord de l'Allemagne, dans l’Altmark.  Alors que la maison se transforme au fil du siècle, les échos du passé résonnent entre ses murs. Malgré les années qui les séparent, leurs vies semblent se répondre.

Les échos du passé

La séquence d’ouverture en nous faisant pénétrer dans la maison (et ses secrets, ?) va encoder le film : profondeur de champ, ombre et lumière, lenteur des déplacements, vérité et mensonges -Erika simule l’amputation,- caméra subjective (lent travelling sur le corps endormi de l’amputé), pudique jouissance incestueuse quand le doigt affleure le nombril, aboiement du père « Erika les cochons » puis dans la cour une baffe retentissante sur sa joue…

Et le film débute avec le point de vue d’Alma, gamine à la coiffure impeccable , et au regard scrutateur,... Or en "regardant" le monde des adultes, par le trou de la serrure elle semble  interroger comme à distance les générations à venir (mais aussi le public) sur leur propre identité , proche de l’étrangeté …D'autant que cela était précédé par un plan circulaire très suggestif 

Si des détails permettent de situer (à peu près)  les quatre temporalités (costumes, coiffures, éclairages, technologies, allusion au suicide collectif (Erika) fin de la seconde guerre mondiale, panneau frontalier (entre RDA et RFA) enrôlement (première guerre mondiale) timbres de voix -pour les commentaires en voix off etc..) le spectateur n’en est pas moins dérouté : à la structure fragmentée, à l’éclatement chronologique, se superposent en effet et dans un même fragment  un jeu de prolepses d’analepses, l’entremêlement réel et fantasme,  ainsi que des dédoublements -visages comme décomposés  voire dupliqués par l’usure du temps qui affecte le grain de la photo, Duplication de destins et non croisement...

Véritable labyrinthe mémoriel- bribes de récits parcellaires , où se mêlent noms époques et surtout traumatismes,  cette fresque sibylline peut susciter une réaction violente (quitter la salle au bout de 40 ou 50 minutes… ) ou au contraire "envoûter"  par sa beauté plastique que la réalisatrice magnifie à l’intérieur même du format choisi (4,3) Flous clairs obscurs comme autant de fantômes du « passé » (Alma et son double à la pâleur cadavérique sur la photo, Angelika imaginant sa propre mort broyée par la moissonneuse batteuse) le suicide en héritage (Lia sœur d’Alma, ou Enrika sœur d’Irm la mère d’Angelika) l’inceste discret ou effrontément affiché, C’est là dans ce lieu unique avec ses portes fermées au regard mais non à l’imaginaire, -ou avec celles qu’on entrouvre sur l’inconscient - que s’accomplit le fatum ; mais l’environnement lui aussi peut être mortifère (grouillement des profondeurs de la rivière où l’on croit -ou désire- disparaître à jamais…)

Envoûté le spectateur n’en formulera pas moins quelques réserves : la tendance au dolorisme, la noirceur trop appuyée (quand bien même c’est la condition féminine que la réalisatrice dénonce dans ce glissement des époques- stérilisation forcée, soumission aux diktats patriarcaux entre autres ); les commentaires voix off -qui vont progressivement suppléer aux non-dits aux silences aux ellipses, hélas font redondance avec "les images" qu’ils sont censés illustrer.; les raccords (sonores musicaux ou textuels) ne sont pas toujours convaincants ; les choix esthétiques ne virent-ils pas au bout de 95 minutes au  "procédé" ?

Cela étant, les échos du passé (titre allemand in die Sonne schauen regarde(r) le soleil), est un film qui interroge bouleverse psyché et intellect. Inclassable (et c’est tant mieux) il ne doit surtout pas être boudé….

 

Colette Lallement-Duchoze

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