25 décembre 2025 4 25 /12 /décembre /2025 11:01

De Louise Hémon (2024)

 

avec Galatéa Bellugi (Aimée)  Matthieu Lucci : (Enoch) Samuel Kircher :( Pépin) Oscar Pons : (Daniel) Sharif Andoura : (père de Pépin)

musique Emile Sornin

Quinzaine des Cinéastes Cannes 2025

Prix Jean-Vigo 2025 Prix André-Bazin 2025

1899. Par une nuit de tempête, Aimée, jeune institutrice républicaine, arrive dans un hameau enneigé aux confins des Hautes-Alpes. Malgré la méfiance des habitants, elle se montre bien décidée à éclairer de ses lumières leurs croyances obscures. Alors qu’elle se fond dans la vie de la communauté, un vertige sensuel grandit en elle. Jusqu’au jour où une avalanche engloutit un premier montagnard…

L'Engloutie

le temps passe différemment pour chacun

Avec le prologue s’impose d’emblée la singularité de la bande-son. Un écran quasiment noir -hormis les points lumineux vacillants des lanternes -, mais un accompagnement sonore troublant et vertigineux, une musique faite de frottements de « fausses » dissonances. Ces mugissements du vent. président  à l’arrivée d’une jeune institutrice censée transmettre à la fois la langue (ici on s’exprime en occitan alpin) le savoir (contre les croyances ?) dans un paysage sinon englouti du moins hostile …La musique sera souvent obsédante et le son en continu à l’instar du vent…(Emile Sornin s’inspirant des chants scandés de Morricone, a composé quelque chose de polysémique, la voix d’Aimée, du chœur des enfants, de l’âme sauvage de la montagne et le sabbat de sorcière)

Tout au long de ce long métrage la réalisatrice va jouer sur l’opposition entre deux atmosphères deux tonalités :  le blanc de la neige (et la déclivité du paysage est si impressionnante que la verticalité a englouti l’horizontalité) les clairs obscurs des intérieurs aux tons froids et terreux souvent (avec de lents travellings sur les visages les objets) et la force suggestive de leurs mystères. Blancheur quasi immaculée, blancheur mortifère aussi ; flamboiement des braises, flammes des bougies, chaleur et désir ? . Blanc et noir aussi :vêtements d’Aimée telle une ombre maléfique dans le blanc hivernal ? robe noire de l’Amazone dans le vert printanier alors que de la vallée monte la théorie des épouses au regard interrogateur C’est que la ferveur républicaine qu’incarnait Galatéa Bellugi (avec la même fougue d’ailleurs que pour l’Apparition) s’en est définitivement allée, en même temps que le personnage…! Pourquoi ? Et c’est un des enjeux majeurs du film que ce basculement subreptice vers le fantastique

C’est bien du réel que naît l’étrange. Un réel qui par son immensité sidérante, ses strates insoupçonnées provoque le malaise chez cette « étrangère » Aimée -et son « double » le buste de Marianne- incarne le savoir républicain ; la certitude que le monde est intelligible- sa lisibilité est là évidente avec cette loupe sur le planisphère Vidal-Lablache , sur les « frontières », sur cette Algérie plusieurs fois mentionnée. Les habitants du village eux sont pénétrés de croyances (cosmogonie animisme certaines authentifiées par des écrits cf générique de fin).

A partir de la danse folklorique, des fissures lézardent le monde (apparemment) si lisse d’Aimée. Une scène de bascule, on passe d’un siècle à l’autre, de la nuit au jour, un vertige temporel en harmonie avec celui de la montagne, un vertige très physique aussi et le film va « basculer » vers le « sombre » Déjà dans une même et confondante unité , dehors et dedans pouvaient s’entremêler. Aimée s’adonne aux plaisirs solitaires (que la cinéaste illustre avec pudeur ; même pudeur quand guidée par des couinements Aimée est censée découvrir à l’intérieur d’une anfractuosité deux corps masculins Enoch et Pépin ?

Aimée serait-elle un succube ? Le jeune amant d’une nuit disparaît à jamais et d’autres hommes succomberont-ils à son charme au point de disparaître ?  Conspuée jusqu’à l’enfermement … Avant de  réapparaître -... au muletier

 

On peut déplorer une  fâcheuse (et complaisante ?) tendance à aligner des impressions, (ce que renforcent les ellipses le format 4,3 et une certaine redondance), d’autant que la cinéaste multiplie les thématiques (désir, sorcellerie, appréhension du temps,  mission civilisatrice de la République, féminisme, ) et fait côtoyer les genres (ethnographie du réel, naturalisme,  et fantastique)

L'engloutie n'en reste pas moins un film que je vous recommande.

 

Colette Lallement-Duchoze

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