Documentaire réalisé par José Luis Guerin (Espagne France 2024)
Prix spécial du jury au festival de San Sebastián
En marge de Barcelone, Vallbona est une enclave entourée par une rivière, des voies ferrées et une autoroute. Antonio, fils d'ouvriers catalans, y cultive des fleurs depuis près de 90 ans. Il est rejoint par Makome, Norma, Tatiana, venus de tous horizons… Au rythme de la musique, des baignades interdites et des amours naissants, une forme poétique de résistance émerge face aux conflits urbains, sociaux et identitaires du monde.
Chacun crée son propre monde, et celui qui le construit avec égoïsme est perdu (parole d’un habitant)
Comme le titre le dit explicitement, le documentaire de José Luis Guerin nous invite à être l’écoute, entendre une, des paroles, celle(s) des « habitants » de Vallbona leurs souvenirs (plus ou moins douloureux) leurs interrogations, leurs commentaires, leurs désarrois, la perte de leurs proches, sinon avec gouaille du moins avec un naturel qui emporte souvent l’adhésion de celui qui « écoute ».
Témoignages et instantanés de la vie, pour une approche humaine souvent poétique plus qu’expérimentale quand bien même cette « communauté » multiculturelle (telle une tour de Babel) est présentée comme le microcosme de l’Europe contemporaine, quand bien même la dialectique société/nature irrigue la narration
La construction (cf la rivière comme épicentre, les échos entre la séquence d’ouverture et la scène finale, l’enchevêtrement gestes paroles (parfois récits) et images en un réseau très «organique » ) les cadrages, et les effets de la lumière, les alternances (entre nature comme inviolée et constructions urbaines bétonnées, entre groupes et duos ou soli, ou intergénérationnels, entre détente et travaux horticoles, etc) tout concourt à exhausser ce documentaire sur Vallbona -village hors du temps tout en étant ancré en lui- en une œuvre éminemment cinématographique . Tel gros plan sur un visage, sur un arbre que l’on déracine, sur un plongeon qui magnifie l’eau en force vive, tel plan rapproché sur un couple qui danse, tel zoom sur un pleur qui sillonne les rides …Un temps comme suspendu à l’instar de cette enclave…
La dimension politique serait plus manifeste dans la préservation d’une « beauté= » séculaire (Vallbona terre d’accueil, et mémoire vivante des migrations) que dans une attaque frontale
A ne pas manquer
Colette Lallement-Duchoze
(attention il reste deux séances dimanche 10h30 et mardi 15h30 salle 8)
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