De Mar Coll (Espagne 2024)
Avec Laura Weissmalu, Oriol Pla, Giannina Fruttero
Adapté du roman de Katixa Agirre Pas les mères (2021)
Festival de Locarno prix spécial du jury 2025
Festival du film espagnol de Nantes 2025 (prix du jury jeune et prix de la meilleure réalisation)
María, une jeune écrivaine qui vient de devenir mère, se passionne pour un fait divers perpétré non loin de chez elle. Obsédée par celle qui a commis l'irréparable, elle cherche à comprendre son geste. L'écriture devient alors son seul moyen d'appréhender l'expérience de sa propre maternité, tandis que l'ombre de cet événement tragique plane sur elle, comme une possibilité vertigineuse.
Dépression post-partum. Si le thème n’est pas novateur (la remise en cause de l’image cliché de la maternité "heureuse" et de "‘l’instinct maternel" est " entrée" dans l’imaginaire collectif en dépit de certaines réticences.. ) il sera ici étroitement lié à la création littéraire -moins sujet d’analyse que révélateur, à la fois psychologique et fantastique ; l’écriture comme catharsis tant est prégnante et oppressante la culpabilité. L’infanticide réel (celui relaté par la presse écrite et télévisée) ou fantasmé (aveu, effet spéculaire) renoue avec certains mythes …
Une approche dichotomique, angoisse de perdre l’enfant (Maria anticipe les pires malheurs, dont le vomi après chaque tétée serait le signe avant-coureur) et hantise du meurtre –obsession et procuration;- Du geste hypermédiatisé d’une mère infanticide, (qui a noyé ses deux enfants) Maria collecte tous les articles de presse qu’elle a pris soin de "verrouiller" dans un meuble (tout comme elle se "replie" dans son mal-être que les "autres" -dont le mari- sont incapables de déceler)
Mais si le jeu de l’actrice Laura Weissmarh est bouleversant de justesse, s’il illustre avec précision la cruauté du tiraillement, si les gros plans sur son visage à la fois sombre et solaire, insistent sur un écartèlement intérieur, si le début de ce film - structuré d’ailleurs en plusieurs chapitres dont certaines phrases sont signées Simone de Beauvoir- peut séduire par une démarche naturaliste (réaliste aussi), une caméra qui "colle" au personnage, l’ausculte dans sa phase de puerpéralité, l’intrusion du "fantastique" et la progression vers une forme de "psychose" frisent parfois le grotesque : une fenêtre mal colmatée, un corbeau prédateur, une cicatrice qui saigne, une baignoire qui déborde, ou encore cette "conversation" avec les "monstres" de la fresque murale de l’église à Vall de Bol (Maria est allée à la rencontre de l'autre, son "double") - De plus la récurrence trop appuyée de la thématique de l’eau (et ses connotations) et une musique par trop envahissante (bien que mêlant classicisme et musique plus concrète) ne font que corroborer cette impression.
Quant à l’insipidité de l’épilogue !!
Dommage
Colette Lallement-Duchoze
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