13 août 2025 3 13 /08 /août /2025 09:55

De Nathalie Najem (2024)

 

Avec Zita Hanrot, Bastien Bouillon, Alexia Chardard, Marianne Basler

Nice, de nos jours. Laura, la trentaine, essaie de se reconstruire après une relation tumultueuse avec Joachim. Elle mène une vie en apparence tranquille, en élevant seule sa petite fille, mais l'accident de Shirine, la nouvelle compagne de Joachim, vient faire ressurgir son passé. Les deux femmes, en proie à la violence du même homme, vont peu à peu commencer à se soutenir.

Aux jours qui viennent

Comprendre (sans justifier ni excuser) les mécanismes qui conduisent un homme (apparemment au-dessus de tout soupçon) à se débarrasser de toute humanité, à exercer un empire (par emprise) à s’en délecter sans vergogne, et partant analyser les effets pervers sur sa (ses) compagne(s) tel est le parti pris de Nathalie Najem dans son premier long métrage.

Sébastien Bouillon avec sa gueule d’ange et son allure d’éternel adolescent est capable par la subtilité de son jeu de  "passer" quasi instantanément de la "douceur câline" (caresse, regard implorant, paroles aimantes) à la furie (tabasser gueuler prendre à témoin des passants). Les visages des "victimes" exprimeront la peur l’horreur tout en quêtant une forme d’empathie. Mais la force des déterminismes (hérédité éducation) qu’incarne la mère fait « basculer » le film dans une autre direction : plus existentielle et sociétale l’impossibilité d’aimer. A tel point que Joachim – jaloux, toxico, amant violent, fils cynique, à la séduction malsaine …nous apparaît plus comme un  "mal-aimé"  paumé qui, incapable de « maîtriser » sa propre vie, prétend contrôler celle des autres (amantes, mère et fille) On est loin d’une « anatomie du harcèlement et de la violence froide » de « jusqu’à la corde » ce film de Xavier Legrand auquel certains comparent celui de Nathalie Najem qui, osons l’affirmer, émousse la cruauté de la violence, en la diluant de bout en bout… "Il est difficile à aimer. Il faut juste ne pas l’aimer de trop près."

Voici un couple assis, des mains qui se cherchent, des lèvres qui s’entrouvrent, alors que défile le générique ;  un baiser même furtif n’a pu s'incarner.. Détachement sans déchirement.  Puis une fillette sur la plage interrompt ses jeux pour parler à son père au téléphone - que lui tend sa mère (celle du premier plan). Le même se promène avec une (autre) femme, image d’un couple amoureux ?

Joachim Laura Julia (leur fille) et Shirine la nouvelle compagne; leur histoire se livrera progressivement, sous forme de kaléidoscope et avec un montage alterné (auquel s'ajoute  au début, un changement de lieux : Nice et Palerme).

Quand Shirine perd pied (sens propre et figuré) elle trouve refuge chez Laura, la sororité brandie comme une arme, un étendard  ?

La  "traque" dans un  thriller (sentimental ou autre) serait synonyme de suspense, or ici elle frise souvent le grotesque (cf la planque de Shirine sur les quais, dans un wagon sous la banquette ou côté fenêtre, dans l’appartement ou à l’hôtel) et il en va de même pour la séquence finale (piscine de l’hôtel ; plan prolongé sur le portefeuille de Joachim d’où s’échappent les photos… reliques). Des « faiblesses » d’autant plus évidentes que la construction de l’ensemble se voulait assez complexe (même le travail de Shirine en Sicile qui consiste à répertorier les cadavres des migrants est auréolé de la puissance symbolique et tragique de la Mort… inscrivant le film dans la dialectique Eros/Thanatos)

Mais il y a cette  musique, qui revient en leitmotiv - Tal Zana propose en effet des variations autour du "Cum Dederit" de Vivaldi 

 

Colette Lallement-Duchoze

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