De Qiu Sheng (Chine 2024)
Avec Chia-Yen Ko, Yang Song, Anke Sun, Ning Sun
27ème Festival international du film de Shanghai 2025.
Qiao, 18 ans, vient de terminer ses examens d'entrée à l'université lorsqu'il apprend la mort de son père, un homme brutal et secret, qui lui a légué sa passion pour la boxe. Des années plus tard, devenu ingénieur, Qiao développe un logiciel d'entraînement de boxe utilisant l'intelligence artificielle. Il modélise un adversaire virtuel reprenant les traits de son père, qui bientôt lui échappe...
Il était sévère avec moi, mais par amour
Un début fulgurant (rythme musique) puis une construction astucieuse nuancée et ambiguë tout à la fois -elle allie en les faisant se succéder les hoquets de la mémoire et les balbutiements de la modélisation -celle d’un adversaire virtuel à l’image du père… Un film à la fois exigeant audacieux, classique et expérimental oscillant entre rêve et réalité, un film aux questionnements multiples , sur la filiation, sur le deuil, la symbolique de la mort (réelle intime artificielle) la transmission, sur l’IA, ce qui n’exclut pas quelque forme de complaisance (cf la grossesse de la compagne de Qiao)
Il s’ouvre pendant le générique en le ponctuant d’images en noir et blanc, -images d’un ring, d’un uppercut, images virtuelles ? souvenirs ? … le partenaire ko au sol-. Puis lors de la séquence des funérailles, alors que le fils doit prononcer l’éloge funèbre de son père, une extinction de voix l’en empêche (angoisse, strangulation) et il quitte précipitamment la cérémonie… - fugue errance enivrement. Ingénieur Qiao n’aura de cesse de " reconstruire" l’image du père qu’il veut " tuer" ( ?)
Des flashbacks annoncés chacun par une phrase -ou un lambeau de phrase - qu’il aurait dû prononcer lors de l’oraison funèbre - (le contenu peut être en décalage avec l’éloge annoncé) ressuscitent le passé sous forme de saynètes où Qiao enfant est tiraillé entre ses parents séparés, où il est mal-traité par un père violent exigeant etc… Une évocation du passé, explicative ou elliptique. Puis le cinéaste va nous introduire dans l'univers de la science fiction. Les différences de traitement -couleurs ambiances , leurs contrastes-, sont au service d’une dualité temporelle (passé, présent et pourquoi pas futur ) Voici un univers froid comme aseptisé, en tout cas dévitalisé (celui d'un futur proche ?) ; le fœtus lui-même dans le ventre de la compagne de Qiao est paradoxalement irréel par trop de réalisme ; c’est la partie la moins convaincante tout en étant la plus "audacieuse" (du moins de mon point de vue)
La confrontation passé présent aura mis en évidence la dualité d’un père passionné de boxe, à la fois violent et tendre, acariâtre et complaisant, présent absent, tout et son contraire. Si l’apprentissage de la boxe passait par l'obligation d'avoir les yeux toujours ouverts, appliquée à un parcours existentiel, l’injonction/objurgation ne consiste-t-elle pas à surmonter l’angoisse de reproduire ce que l’on a subi enfant.? Est-il possible d’échapper à l’empreinte génétique et émotionnelle laissée par un parent ambivalent, voire violent ? (propos du réalisateur) Et si l’esquive est fondamentale dans l’exercice de ce sport - une passion, un gagne-pain pour le père-, elle devra être condamnée dans cet autre parcours plus intellectuel -et affectif- qui s’allie à la technologie (l’IA sera-t-elle capable de détruire un capital génétique?) tout en étant pratiquée sur un "ring" , où s'opposent fils et père .... "virtuel"
A voir!
Colette Lallement-Duchoze
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