De David Cronenberg (Canada 2024)
avec Vincent Cassel (Karsh) Diane Kruger (Becca, Terry, Hunny) Guy Pearce (Maury) Sandrine Holt (Soo-Min Szabo) Steve Switzman (Dr Jerry Zecker)
Présenté en Compétition festival de Cannes 2024
Karsh, 50 ans, est un homme d'affaires renommé. Inconsolable depuis le décès de son épouse, il invente un système révolutionnaire et controversé, GraveTech, qui permet aux vivants de se connecter à leurs chers disparus dans leurs linceuls. Une nuit, plusieurs tombes, dont celle de sa femme, sont vandalisées. Karsh se met alors en quête des coupables.
Un film qui ne fait pas l’unanimité et pour cause…Trop bavard (même verbeux) pour certains, chef d’œuvre pour d’autres, il n’en reste pas moins stimulant dans ses excès ou ses faiblesses.
Son point de départ ? Assurément la mort de la compagne Carolyn Zeifman en 2017, et l’impossible deuil. A 82 ans David Cronenberg aborde ainsi la thématique de l'absence- présente (ou présence absente, éprouvée au profond), qu’il va confronter à d’autres angoisses sur le monde contemporain! Et si ce film était aussi comme le prolongement du très court métrage the death of David Cronenberg 2021 (que vous pouvez visionner sur You tube https://www.youtube.com/watch?v=ZpvNuH420W8 )
Abondent les mises en abyme, les effets de miroir. A commencer par la ressemblance entre l’acteur et le réalisateur (Vincent Cassel double de Cronenberg) et pourquoi pas les linceuls comme les limbes du cinéma « cronenbergien» et du cinéma en général ??
Soit toujours la thématique du double (et même triple quand Diane Kruger interprète à la fois Becca l’épouse morte -et dont le cancer vorace avait mutilé le corps en souffrance- la sœur jumelle Terry et l’IA Hunny)
La scène liminaire donne le ton. Karsh se réveille d’un affreux cauchemar alors qu’il est chez son dentiste ; lequel lui dit tout de go « vos dents pourrissent par trop de souffrance » …Un zoom sur la bouche ouverte du patient (= celui qui souffre) alors que sur écran apparait sa radiographie dentaire…Raccord cut.
Corps vivant qui risque le délitement, corps mort dont on pourra "ausculter" les étapes de la décomposition, de la putréfaction grâce à ces stèles/linceuls équipées de capteurs.
Voyeurisme morbide ? peut-être. En tout cas à la recherche des auteurs du vandalisme (profanation de tombes) c’est l’ensemble des préoccupations contemporaines qui vont émerger (IA ,théories complotistes, géopolitique libérale entre autres) qu’incarnent des personnages suspects: de la productrice coréenne, Soo-Min Szabo (Sandrine Holt) épouse d’un nabab hongrois agonisant, à la belle-sœur éleveuse de chiens, sosie de Becca, en passant par le frère informaticien névrosé, (Guy Pearce) l’écologiste islandais Elvar (Ingvar E. Sigurðsson) et l’oncologue Dr Jerry Zecker (Steve Switzman) que Karsh soupçonne avoir été l’amant de son épouse malade
Or la frontière entre mort et vie ne semble-t-elle pas « abolie » par ces écrans interposés? L’atmosphère d’ensemble glaciale renforce cette impression
Bienvenue dans un univers où science-fiction flirtant toujours avec psychanalyse se pare ici de l’intime ; un intime irrésolu car non soluble (quel que soit le bain chimique/cinématographique adopté) Résonnerait le glas du never more ?
Mais voici que se profile le corps de l’aimée - si désirable-, si désiré en ses mutilations mêmes, voici que les chairs se mêlent à nouveau pour l’acte suprême orgastique…
Un autre visage ? et pourtant le même
Un film à voir !
Colette Lallement-Duchoze
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