De Bogdan Mureşanu (Roumanie 2024)
avec Adrian Văncică (Gelu l'ouvrier et père de Marius) Nicoleta Hâncu (Florina), Emilia Dobrin (Margarita la mère d'Ionut) Mihai Calin Andrei Miercure
Prix du meilleur film Orizzonti et prix Fipresci au Festival de Venise en 2024
Présenté en soirée de clôture au festival à l’Est Rouen samedi 15 mars 2025
20 décembre 1989. La Roumanie est au bord de la révolution. Les autorités préparent les festivités du Nouvel An comme si de rien n’était ou presque mais le vernis officiel commence à craquer. Dans l’effervescence de la contestation, six destins vont se croiser au fil d’une journée pas comme les autres. Jusqu’à la chute de Ceausescu et de son régime.
Film choral au montage parallèle et alterné. Et ce sont précisément les sous-intrigues -dont les tonalités le traitement, le rythme sont délibérément différent.es- qui pimentent l’ensemble (l’essentiel étant la dénonciation de l’autoritarisme du régime dictatorial de Ceausescu et l’importance du collectif pour vaincre l’oppression).
Les 6 personnages plus ou moins individualisés - mais "connectés" » entre eux par tel ou tel lien- vont participer (certains à leur insu) à un séisme collectif dont rendra compte la séquence finale de plus de 20' (où l’individu se fond dans le tout, une multitude qui envahit l’écran, écrase le régime, avec pour fond sonore le Boléro de Ravel)
Voici Stefan Silvestru (Mihai Calin) directeur d’une équipe de télévision ; il recherche dans l'urgence une doublure pour une émission de propagande ; il engagera Florina (Nicoleta Hancu) actrice de théâtre; alors que son fils Laurentiu (Andrei Miercure) tente lui, de passer la frontière avec un ami. La Securitate efficace et multiforme, est incarnée par Ionut Dinca (Iulian Postelnicu) dont la mère Margareta (Emilia Dobrin) ne peut se résoudre à quitter son appartement qui doit être démoli… Gelu (Adrian Văncic) l’ouvrier affecté au déménagement, farouche adversaire du dictateur, est désespéré - son fils a envoyé au père Noël, une lettre où il a exprimé ses vœux: une locomotive pour lui, un sac pour sa mère et pour son père la mort du vieux Nico .....
6 personnages en quête de …6 personnages au destin si loin, si proche. Et la télévision instrument de propagande par excellence comme fil rouge, dans cette "fable" loufoque Dès lors quand apparaît chevrotant le dictateur (il est alors âgé de 71 ans) censé louer les vertus de son régime, tout va partir à vau-l’eau ; il aura suffi d’une étincelle…(et les ex partisans abandonnent fissa fissa leur fonction -torturer soutirer des aveux entre autres… ) Une libération orgastique?
La caméra est aussi virevoltante que les intrusions du pouvoir dans l’intimité de chacun, les sautillements aussi déréglés que la paranoïa qui s’est emparée de tous et que renforce le format de l’image (cf l’intrusion de Florina chez ses voisins, ou ses automutilations, les délations, la lettre de délation qu’écrit le directeur de théâtre sous la férule de son épouse, et en écho la lettre d’aveux de leur fils dictée sous la torture)
Au gré des rebondissements circulent des regards accusateurs ou tendres, coupables ou résignés et la violence -verbale ou physique, affichée ou suggérée- s'inscrit dans cette spirale
Certes on sourit de bon cœur (comique de situation et décalage) mais on rit jaune aussi car hors champ il y a cette violence répressive qui fait mal (on murmure Timisoara ; Florina est sans nouvelle de son compagnon qui participait à la manif…les médias sont muets) …
Un film à voir
Colette Lallement-Duchoze
/image%2F1527451%2F20250506%2Fob_d79437_ce-nouvel-an-qui-n-est-jamais-arrive.jpg)