De Georgi M Unkovski (Macédoine 2025)
Avec Arif Jakup (Ahmet), Agush Agushev (Naim), Dora Akan Zlatanova (Aya), Aksel Mehmet (le père d’Ahmet), Atila Klince (le muezzin), Metin Ibrahim (Hakan), Selpin Kerim, Elhame Bilal, Tamer Ibrahim, Adem Karaga, Erdoan Maksut, Nadzi Shaban
Festival Sundance prix du public janvier 2025
Prix Écrans Juniors au Festival de Cannes 2025.
Meilleur long métrage de fiction au festival international du film d’éducation d’Evreux décembre 2025
Présenté en avant-première en ouverture du 20ème festival d’Europe de l’est et d’Amérique latine à l’Ariel Mont Saint Aignan le 3 mars 2026
Titre original DJ Ahmet
Ahmet, 15 ans, grandit au milieu des montagnes de Macédoine, où il garde les moutons de son père tout en prenant soin de son petit frère. Mais lui, ce qui le fait rêver, c’est la musique. Entre les attentes de son entourage et ses envies d’ailleurs, Ahmet pourra-t-il un jour suivre son propre chemin ?
Premier long métrage de Geogi M. Unkovski, ce film semble abuser du contraste « modernité contre tradition, jeunesse contre archaïsme » en le déclinant ad libitum. Et méfions-nous du titre à la poésie racoleuse, préférons-lui DJ Ahmet le titre d’origine…
Voici un quotidien qui s’inscrit dans la ruralité de la Macédoine du Nord peuplée par les Yörüks, quotidien que rythment pâture et transhumance, quotidien qui idéologiquement garde inviolées les lois du patriarcat (du moins chez les adultes et une partie des jeunes), qui passe par la déscolarisation (cf séquence d’ouverture) un quotidien imprégné aussi de croyances (dont la magie ; face noble du charlatanisme … ) Mais les bois qui jouxtent la ferme d’Ahmet abritent aussi des rave-parties …une aubaine pour l’adolescent …Voici en contraste une jeunesse incarnée par Aya Ahmet Naim et d’autres, éprise de musique électro, capable par amour de braver certains interdits et faire voler en éclat (ou du moins de violemment la contester) la puissance du patriarcat (dont le mariage forcé), Ahmet est sollicité pour sa maîtrise de la technologie, pétri de bon sens il sait que l’aphasie de son jeune frère est due à un trauma et ne pourra être soignée par les « charlatans » .
Le film est ainsi traversé par les oppositions binaires (tradition vs modernité, patriarcat vs émancipation); La dichotomie est encore plus évidente dans le choix de la musique (les Sinkauz Brothers ont allié instruments traditionnels et rythmes électro), De même en faisant alterner des séquences aux allures de docu fiction assez réaliste et scènes aux allures de vidéoclips le cinéaste oppose la dureté du labeur à l’euphorie et parfois il joue sur des gros plans fixes quand les visages envahissent l’écran (père, Ahmet, Aya, Naim) gros plans qui d’ailleurs alternent avec les plans d’ensemble (famille et préparatifs du mariage, danses) L’épisode de la longue course d’Ahmet qui emprunte raccourcis à la poursuite du père, permet au spectateur de se familiariser avec le paysage vu ainsi en plongée- collines, méandres et sinueuses échappées ???
Le burlesque et l’utilisation singulière de la musique tentent de transformer l’ensemble en une sorte de conte, de romance (ce dont témoigneraient les deux plans qui se font écho, en ouverture et clôture ;ces plans renvoient ironiquement ( ?) au chœur antique de femmes) Côté burlesque : la brebis égarée rose, les difficultés de l’imam à maîtriser la diffusion automatisée des prières avec les nouveaux haut-parleurs du minaret, l’incongruité du troupeau de moutons qui traverse une rave -la fête sera enregistrée sur TikTok. La musique d’autre part, est dans ce film un personnage à part entière. Non seulement Ahmet et Naim ont reçu en héritage de leur mère morte prématurément cet amour de la musique (et de la danse ?) Mais elle dicte quasiment tous les choix dans ce récit d’émancipation. (cf le titre DJ Ahmet). Les arrêts brusques tout comme l’amplification et/ou l’assourdissement sont censé.e.s épouser le trouble les émois d’Ahmet (sa musique intérieure)
Pari réussi ?
Impression mitigée…
Colette Lallement-Duchoze
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