De Tarik Saleh (film franco-suédois-finno-danois 2024)
Avec Fares Fares (George Fahmy), Zineb Triki (Suzanne), Lyna Khoudri (Donya), Cherien Dabis (Rula), Amr Waked (Dr Mansour) Donia Massoud (la femme de George)
Présenté en Sélection Officielle au Festival de Cannes 2025
L'acteur le plus adulé d'Égypte, George El-Nabawi, tombe du jour au lendemain en disgrâce auprès des autorités. Sur le point de tout perdre, il est contraint d'accepter le rôle du Président Al-Sissi dans un biopic à sa gloire. Il se retrouve alors plongé dans le cercle étroit du pouvoir, et réalise vite qu'il ne risque pas seulement d'y perdre son âme, mais qu'il s'est littéralement jeté dans une dangereuse danse macabre
Troisième volet d’une trilogie (après Le Caire Confidentiel et La Conspiration du Caire) le nouveau film de Tarek Saleh (suédo-égyptien) s’inscrit dans l’évocation d’une Egypte au pouvoir corrompu (ici plus particulièrement les luttes au sein de l’appareil militaire entourant le président Abdel Fattah al-Sissi ainsi que la censure dans le milieu du cinéma.) Et il entremêle une fois de plus satire sociale et suspense propre au polar (organisation secrète des Aigles de la République), avec le même acteur d’origine libanaise Fares Fares. Policier corrompu puis agent des services secrets, il incarne ici un acteur adulé de tous les Egyptiens George Fahmy engagé (contraint et forcé…) pour interpréter le rôle du président dans un film de propagande.
La dynamique interne -soit la progression du vaudeville , de la comédie à l’italienne, du grotesque vers la terreur- va de pair avec l’évolution du personnage (ses réticences et son narcissisme volubile, son dilemme, son acceptation forcée jusqu’à la dépossession de soi) Les effets spéculaires (film dans le film) illustrent la mainmise du politique (omnipotent) sur les médias, une mainmise qui -sans être hélas l’apanage des dictatures -, aboutit par la désinformation, à des "purges "(maquillées en accidents ou répression justifiée) La dernière séquence (inattendue ?) -attentat , représailles, prises de conscience de George - est traitée de façon plus "conventionnelle" et s’étire …inutilement
Un film aux effets certes bien huilés : le plateau sera à la fois -en dénotation- celui des studios de tournage, de la télévision et -en connotation- celui d’un "laboratoire" où l’on fabrique une image officielle (cf l’opinion ça se travaille) Tout est passé au crible : - cf l’omniprésence du Dr Mansour -garde chiourme de Sissi- qui cumule tous les pouvoirs, dont celui de vie et de mort. Sur les plateaux de tournage il "dirige" l’acteur impose ses diktats, dans un habitacle il est à l’écoute de tous les faits et gestes de Georges (dont la relation avec la femme du Ministre de la Défense).
Diffuser une certaine "vision de l’histoire" -qui n’a plus rien à voir avec la vérité !!!
La religion dominante (l’islam) est présentée comme une arme idéologique. George est copte, appartient de ce fait à une minorité chrétienne (tout comme Suzanne d’ailleurs) le réalisateur n’hésite pas à prouver soit de façon allusive soit plus frontalement comment une dictature s’appuie sur la religion dominatrice pour isoler les minorités
Un thriller de facture classique, à la mise en scène assez élégante, ses costumes ses ambiances ses clinquants avec ses longueurs aussi….
Un film divertissement mais qui interroge la violence d’Etat, qui "durcit l’ordre social étouffe toute échappée individuelle"
Un film à voir ? pourquoi pas ?
Colette Lallement-Duchoze
Nb rappeler que Sissi le " dictateur préféré" de Trump a été décoré par Macron en 2020 "du plus haut grade de la Légion d’honneur. Cérémonie en catimini immortalisée par un caméraman de la délégation égyptienne. Une décoration qui avait soulevé un tollé parmi les défenseurs des droits humains…
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