De Joachim Lafosse (France Belgique 2024)
avec Eye Haïdara, Jules Waringo, Leonis Pinero Müller, Teoudor Pinero Müller, Damien Bonnard, Emmanuelle Devos
Présenté en Compétition au Festival de San Sebastian (septembre 2025)
Malgré les difficultés, Sana tente d’offrir à ses jumeaux des vacances de printemps. Comme son projet tombe à l’eau, elle décide avec eux de séjourner sur la côte d’Azur dans la villa luxueuse de son ex belle-famille. En cachette. Six jours de soleil qui marqueront la fin de l’insouciance.
L’explicite ? Une mère offre à ses jumeaux (les garçons) de « belles» vacances de printemps dans la villa de ses ex beaux-parents, villa à laquelle elle n’a plus accès depuis son divorce. Et voici en creux -et hors champ-: le déclassement, le racisme larvé ou non, le délit de facies renforcé dans le milieu huppé de la Côte
Comment concilier les deux ? par une tension….feutrée ? Or les incursions venues de l’extérieur (Damien Bonnard et ses propos comminatoires suite à l’escapade des jumeaux 500 euros ou j’appelle les flics… la voisine Emmanuelle Devos qui s’enquiert des résultats scolaires mais qui en fait s’en vient fouiner dans l’intimité), semblent artificiellement plaquées…Plus angoissante eût été la stridence du téléphone (appels réitérés auxquels Sana ne répond pas) tout au plus quelques instants de qui-vive C’est dans l'avant-dernière séquence, au moment de quitter la villa qu’une cohorte de gendarmes alertés par une plainte -infondée- s’en vient "contrôler" les squatters( ?) Sana imperturbable s’affaire sous le regard méfiant des représentants de l’Ordre…Une bifurcation (inattendue?) va clore le film (ne pas spoiler)
La thématique des déboires familiaux si chère au réalisateur (cf à perdre la raison, les intranquilles un silence) est là, bien réelle (le cinéaste s'inspire d'un souvenir d'enfance...) mais son traitement est dépourvu de la puissance qui irriguait les films précédents. Pourquoi ? Ténuité scénaristique ? or la ténuité présidait aussi à l’économie du couple. Interprétation ? Eye Haïdara qui incarne la mère -elle est d’ailleurs quasiment de tous les plans – est au contraire convaincante de justesse.
Un "je ne sais quoi" empêche l’adhésion
6 jours de vacances "clandestines" (cf le mot d’ordre répété « ne rien dire », éclairage à la bougie). Répétition des mêmes scènes -plage baignade petits déjeuners sur la terrasse soirées. Certes Joachim Lafosse peut varier les plans -au tout début, des plans très serrés avec zooms sur une nuque des mains un sourire ; -une façon de filmer qui d’ailleurs vire au procédé. Puis élargissement (presque panoramique) quand à l’habitacle de la voiture succède l’azur où se confondent la mer et les cieux. Certes il peut varier aussi les ambiances – clair-obscur des soirées, évidence solaire des plages fréquentées de jour, il peut jouer avec les effets de lumière sur les vagues et leur écume, sur la verdure printanière où se niche la "villa" Certes les contrastes entre les mouvements délicats (baisers furtifs, rideaux et voilages minutieusement tirés) et les tourments intérieurs (découverte de la relation Sana/Jules par un des jumeaux, dilemmes de la mère) plaideraient pour la mise en forme d’une tension feutrée… et pourtant... Ce cinéma des petits riens souffre d’atonie et trouve rapidement ses limites
Reste un hors champ dévastateur sur les clivages de classe et de "couleur" Son dépassement? Le dernier plan qui se prête en outre à une lecture plurielle- n'est-il pas l'illustration d'une revanche ???
Impression mitigée
Colette Lallement-Duchoze
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