d'Alexandra Makarovà (Autriche Slovaquie) 2024)
Avec Rebeka Poláková (Perla )Simon Schwarz (Josef) Noel Czuczor (Andrej) Carmen Diego (Julia)
Présenté au Festival international du film de Rotterdam 2025 (IFFR)
Vienne, au début des années 1980. Artiste indépendante et mère célibataire atypique, Perla s’est construit une nouvelle vie avec Josef, son mari autrichien et sa fille, Júlia. Le jour où Andrej, le père de Julia, tente de la recontacter, c'est tout son passé qui va la rattraper...Contrainte à retourner en Tchécoslovaquie communiste son avenir et celui de Julia sont mis en péril ...
Cinéaste austro-slovaque, Alexandra Makarová dédie ce film « à sa grand-mère » (cf le générique de fin ). L’histoire de Perla (interprétée avec brio par l’actrice slovaque Rebeka Polakova) est donc inspirée par une expérience vécue, celle d’un tiraillement entre deux cultures, deux idéologies, deux nationalités, entre deux pays, entre l’Est et l’Ouest, entre le passé et le présent. Si l’action se situe à Vienne en 1980, une voix off au tout début rappelle sans fard l’invasion de la Tchécoslovaquie en 1968 et un flashback (ô douloureuse mémoire !) rappellera celle du passage clandestin de la frontière (Përla enceinte, se sera « sacrifiée» en vain car Andrej le père de l’enfant l’homme aimé, sera emprisonné…) Suggérée la violence n’en est que plus convaincante. Un cataclysme que Perla a pris soin d’enfouir en le « taisant » et que la réalisatrice dans un premier temps a su maquiller (cf le portrait de Perla dans la succession de différentes saynètes)
Pour illustrer cet écartèlement, Alexandra Makarová a choisi un format qui enserre (4,3) un déploiement de couleurs acides (toiles de type expressionniste aux personnages tourmentés comme crucifiés) ou chaudes (appartements tentures à Vienne) ou froides (le pays natal revisité) mais le recours trop prononcé aux jeux de miroirs aux portes que l’on ouvre et ferme, loin de convaincre est presque contre-productif et la dialectique est rabaissée au clivage (trop facile) entre communisme et capitalisme, entre des pratiques barbares (primitives) qui sévissent au village natal,(la "fête du lundi de Pâques), la précarité (queues devant les magasins d’alimentation, théories de ces mineurs grimés de charbon, père d’Andrej épluchant des pommes de terre etc..) le flicage (hôtel et partout ailleurs) opposées à des modes de vie plus riants lumineux et ce, particulièrement dans les milieux artistiques de Vienne (or c’était précisément lors d’un récital/concours de Julia que Perla murmure à l’oreille de Josef ce que le spectateur sait déjà car il a assisté à l’échange téléphonique avec Andrej)
Reste le combat d’une femme indépendante, d’une artiste fantasque, d’une mère aimante. Même Josef Hoffmann l’amant, le « nouveau » mari, le père de substitution n’est pas à l’abri de ces accès de crise phallocrate qui exigent de la partenaire une forme de « soumission » Or Perla en toute circonstance veut assumer ses propres contradictions dans la « reconstruction » de soi (l’appel de détresse d’Andrej suscite sa pitié son empathie et simultanément exhume le «passé » un « refoulé » qu’elle doit « surmonter » par de cruelles décisions, qui n’excluent pas les tâtonnements)
1990. C’est sur le gros plan du visage de Perla avec ses stigmates, ses cheveux désormais noirs, que se clôt ce film …
La porte est…close …
Au spectateur de la franchir ? ...avec Perla ?
Colette Lallement-Duchoze
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