De Lin Jianjie (Chine 2024)
avec Sun Xilun (Yan Shuo) Lin Muran (Tu Wei) Zu Feng (son père) Guo Keyu (sa mère )
Panorama du 74e Festival international du film de Berlin
Wei est le fils unique d’une famille aisée, dans la Chine moderne et urbaine. Alors qu’il se rapproche de Shuo, un camarade d’école plutôt mystérieux, celui-ci commence à s’immiscer dans leur quotidien. Peu à peu, sa présence semble perturber l’équilibre familial.
Etonnant de rigueur dans sa beauté plastique, déconcertant par ses ellipses ses sous-entendus ses non-dits ses « jeux » de manipulation, tel s’impose ce premier long métrage de Lin Jianjie. Cadrages précis comme « tirés au cordeau », dialogues parcimonieux, émotions retenues, élégante froideur des décors, jeux de ralentis dans la décomposition de certains mouvements agrandis par de très gros plans, accompagnement musical, (une musique dissonante avec quelques échappées du côté de Bach et son Clavier bien tempéré …), récurrence de plans sur des lamelles de labo où l’œil du microscope va se confondre avec celui de la caméra, tout cela peut rebuter certains spectateurs réfractaires à toute forme d’esthétisation … Et pourtant
Vu de dos, Shuo se tient à une barre, un plan fixe, prolongé, (on mesure la durée de l’effort) quand un ballon atteint son visage…Chute. Vue en plongée sur le corps du jeune homme, échoué. C’est la séquence d’ouverture. A partir de cet accident (?) ce lycéen est introduit dans la famille de Wei son « violenteur ». Deux milieux sociaux différents ! Celui de Shuo restera hors champ (quelques confidences -des mensonges ?-, des stigmates sur la peau diront la violence alcoolisée du père, jusqu’à son décès..) Celui de Wei que le réalisateur va "analyser" comme une « cellule » familiale , cellule qui se métamorphose, se décolore risque d’éclater en la présence d’un « élément » étranger.... Chine XXI° siècle. Les familles sont encore marquées par les traumas de la politique de l’enfant unique (instaurée en 1979 elle a prévalu jusqu’en 2015) La mère de Wei d’ailleurs par un transfert émotionnel voit en Shuo le deuxième enfant qu’on lui a interdit d’avoir… Famille (re)composée dont témoignent entre autres la table dressée avec méticulosité, les "élans" et sourires de la mère, les choix du père et sa quête d’excellence ! (études, écoles et universités de prestige). Or Wei est passionné par l’escrime et les jeux vidéo, Shuo -le fils un temps adopté…- eût été un « modèle » (studieux brillant aimant). Manipulateur diabolique ou adolescent blessé ? Au final nous ne le saurons pas …et c’est tant mieux
Brief history of a family, un récit métaphorique, un faux thriller familial à ne pas rater !
Colette Lallement-Duchoze
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