15 juin 2022 3 15 /06 /juin /2022 05:39

de Serge Bozon (France, 1h40).

Scénario : Axelle Ropert et Serge Bozon, d’après Molière.

Avec Virgine Efira, Tahar Rahim, Alain Chamfort, Jehnny Beth, Damien Chapelle.

 

présenté en Compétition Officielle Cannes 2022

 

 

En 2022, Don Juan n’est plus l’homme qui séduit toutes les femmes, mais un homme obsédé par une seule femme : celle qui l’a abandonné…

Don Juan

Ce film a "énervé" "irrité" (et certains spectateurs à Cannes auraient, dit-on,  quitté la salle). On n’apprécie guère les séquences chantées, l’immobilisme de Tahar Rahim/ Don Juan contrastant avec l’étonnante mobilité de Julie, la mise en abyme (Laurent interprète le personnage éponyme de Molière et Julie celui d’Elvire et lors des répétitions le texte du XVII° siècle entre en résonance avec le vécu du couple au XXI°), les directives de la metteuse en scène (gestes chorégraphiés), le chanteur et pianiste Alain Chamfort (à la fois père effondré de douleur suite à la perte de sa fille et Commandeur) et même la "construction"  du film dans son entièreté .

 

Et pourtant!!!

 

Mairie. Laurent, de noir vêtu, attend Julie ; ils vont se marier. Elle tarde. Impatience. Alors qu’il vient de tester sur son téléphone différentes musiques, le regard rivé sur son reflet dans le miroir, - avec cet effet de mise en abyme : reflet d’un tableau où l’on voit un homme dans la position du suppliant-, il se penche à la fenêtre …Il regarde…fixe une passante (la voit-il vraiment ?) MAIS il ne verra pas Julie ; dépitée elle entre dans un bar et commande « de la musique »

 

Regards et musique, c’est à cette double dynamique qu’obéira tout le film !

 

Regard de soi sur soi, de l’autre sur soi, les deux entrecroisés, (regard qui regarde le regard de l’autre) ce qu’accentuent les effets spéculaires, regard fantôme (et parfois le visage ravagé de Tahar Rahim porte les stigmates du spectre). Car le Don Juan de Bozon n’est plus l’infidèle auquel " sa"  légende nous a habitués. Il erre mais immobile (assis à une terrasse de café il voit dans toutes les femmes le double de Julie, celle qui l’a abandonné). Et le jeu de Tahar Rahim -gaucherie apparente, sobriété calculée, étrange absence à soi-même— est bien celui d’un « mort-vivant » - rien à voir avec une grille de lecture préformée !!! Et si on accepte cette « déviance »-déviation ?- on acceptera simultanément ou du moins plus volontiers les parties chantées, comme ultime moyen de « sonder » une intériorité ...  qui s’en serait allée ? Avec le « retour » de Julie/Elvire et les répétitions sur la scène d’un théâtre à Granville, Laurent/Don Juan reviendrait-il sur le rivage (alors qu’il allait s’embarquer pour les Limbes ?)  La présence dans le film du pianiste-chanteur Alain Chamfort -et sa double « fonction » y apportera peut-être une réponse  

 

Colette Lallement-Duchoze 

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