27 décembre 2020 7 27 /12 /décembre /2020 09:41

de Karim Aïnouz (Allemagne, France, Brésil 2018)

 

 

Berlinale 2018 - Prix Amnesty International , Cinéma du réel 2018 - Compétition Internationale

À Berlin, l'aéroport désaffecté de Tempelhof, jadis pièce maîtresse du programme hitlérien de réarmement, sert aujourd'hui d'hébergement d'urgence pour les demandeurs d'asile. Ces vastes hangars s'organisent en ville miniature.

Central Airport THF

 

Vivement intéressé par la réutilisation et la réappropriation de l’espace par les citoyens berlinois (pistes d’atterrissage transformées en aires de loisirs « bucoliques ») mais aussi vivement ému par un mécanisme sournois dû au décalage entre l’immensité de l’espace, celui des hangars, et la sensation d’enfermement qu’éprouvent ces demandeurs d'asile venus essentiellement de Syrie et d’Afghanistan, Karim Aïnouz (cf La vie invisible d’Eurydice Gusmào) réalise un documentaire apparemment  neutre, impartial…

Je n'ai pas tant que ça été intrigué par le lieu comme une pièce d'architecture fasciste choquante, mais plutôt par la façon dont il a été réinventé : un lieu originellement créé pour entreposer et réparer des avions militaires avait une vie complètement nouvelle.

 

Sa narration -que scande le défilé des mois inscrits en intertitres arabes- fait entendre deux voix : celle du jeune Ibrahim Al Hussein d’origine syrienne (voix off) qui évoque avec nostalgie l’immensité et la chaleur de son village natal qu’il oppose à ce présent qui s’étire en douloureux présent éternel et celle omniprésente des sons ; espace sonore qui abolit toute intimité toute tentative de recueillement et dont le caractère obsédant ne peut être que stressant.

Si la campagne syrienne est restituée avec élégie (la poussière de Syrie me manque) les hangars où cohabitent dans des cubicules les demandeurs d'asile - en attente  de papiers leur conférant le statut de réfugiés-, se cloisonnent en lambeaux- simulacres de vie- à l’architecture d’une beauté lisse et froide (cf ces plans larges sur la façade de l'ex-aéroport, les panoramiques sur les extérieurs dont la texture et les lumières changent avec les saisons mais où les êtres vivants ne sont que des homoncules)

À cela s’ajoute l’opposition entre ces Berlinois qui s’adonnent librement à diverses activités de loisirs (ex pistes d’atterrissage) et ces immigrés en sursis (car ce sera ou l’expulsion ou le statut de réfugié) qui les regardent derrière des barbelés….Liberté et déracinement !

Certes le personnel (accueil santé cuisine etc.) est « bienveillant » (à tel point d’ailleurs que ce vieillard immobilisé qui souffre des pieds, vante la générosité et l’honnêteté des Allemands) mais certains plans rapprochés sur des visages en disent long sur le désarroi…Douleur muette!

 

Et quand Ibrahim  obtient -après 15 mois- son statut de réfugié, son départ que l’on peut assimiler à une  "délivrance"  laissera la place vacante pour un autre demandeur d'asile : la scène d’accueil de cet arrivant fait écho à la première…

Alors que le bleu céruléen de l’infini céleste -mais strié de lignes blanches- envahit l’écran !!! 

 

Un documentaire que je vous recommande (à voir sur Artekino festival)

 

Colette Lallement-Duchoze

 

 

 

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