29 décembre 2018 6 29 /12 /décembre /2018 08:02

De Alvaro Delgado-Aparicio 2017 (Pérou) 

avec Junior Béjar Roca, Amiel Cayo, Magaly Solier

Meilleur film péruvien festival de Lima 2017

 Ours de Cristal, Berlin 2018

Dans une région reculée du Pérou, Segundo, un jeune garçon de 14 ans, se prépare à suivre les traces de son père dans l'art traditionnel du retable. En se rendant à une fête de village, Segundo observe accidentellement son père dans une situation qui le bouleverse profondément. La découverte de ce secret inavouable lui révèle la réalité brute du monde dans lequel il grandit

Mon Père

Le titre choisi « mon père » de préférence à « Retablo » insiste sur la relation père/fils. Elle est prégnante voire primordiale ; relation complice qui va se fissurer avant de renaître dans une forme de rédemption. Dans la première partie le réalisateur filme le père et le fils dans le même plan -vus de dos au moment de la toilette ; de face quand ils travaillent à l’atelier ; de pied en cap quand ils partent livrer ; dans la deuxième -à partir du moment où Segundo a découvert l’homosexualité de son père- le fils est seul, seul avec son chagrin, seul avec sa révolte contenue ; dans le dernier tiers du film il accompagnera la souffrance d’un père mourant. Filiation et transmission. Mais que vaut l’héritage quand la figure paternelle dispensatrice d’un savoir-faire et d’un savoir-être s’effondre ? Et ce d’autant plus quand on vit comme Segundo dans une petite communauté isolée, si respectueuse de traditions ancestrales qu’elle condamne toute déviance ; toute violation de ses principes;  jusqu’à nous paraître homophobe et primitive. En deux tableaux d’un réalisme cru le réalisateur met l’accent sur la punition collective (ces deux « voleurs » de vaches torse nu fouettés jusqu’au sang sur la place publique ; le fils qui subit l’opprobre des jeunes de son âge car il est pour l'opinion,  contaminé malgré lui « fils de pédé; pédé toi même »).

Pour répondre à cette problématique le réalisateur a choisi l’art du retable; un art qui précisément ne peut se transmettre que de père en fils ; un art qui va présider à certains choix formels.

 

Car la puissance de son film vient essentiellement de sa beauté formelle ; une beauté sidérante ! Caméra fixe souvent, le réalisateur a cadré les personnages telles des figurines ; de plus il nous fait pénétrer dans les arcanes de cet art en ouvrant et fermant des fenêtres et/ou des portes (semblables à celles des retables) Ainsi se conjuguent l’art du retable et l’art cinématographique. Car si le premier est un portail de vie, le second découpe les scènes en « petites boîtes », avec cette impeccable concordance entre fond et forme ; variant couleurs et lignes en fonction de ce qu’éprouve Segundo.

 

Un film à ne pas rater !

Colette Lallement-Duchoze

Mon Père

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