D'Arthur Harari (2025)
Avec Léa Seydoux (Eva Helsinger/David Zimmerman) Niels Schneider (David Zimmerman/Malia) Valérie Dréville (Gabi Zimmerman) Lilith Grasmug (Malia) Rudu Jude (le père de Malia) Shanti Masud (Alice) Jonathan Turnbull (Chris Caro) Victoire Du Bois (Sophie Caro)
D'après le roman graphique Le Cas David Zimmerman (2024) réalisé par Lucas Harari
Présenté au festival de Cannes 2026 Compétition officielle
À bientôt 40 ans, David Zimmerman est photographe, mais personne ne le sait. Alors qu'il ne sort presque jamais de chez lui, des amis le traînent dans une fête insensée. Il y repère une femme dans la foule, ne peut en détacher le regard et la suit. Quelques heures plus tard, David se réveille : il est dans le corps de l'inconnue.
L’inconnue un " body swap" (littéralement échange de corps) ? Peut-être, encore que.... En adaptant la BD réalisée par son frère Lucas (Le Cas David Zimmerman), Arthur Harari refuse le comique, l’horrifique le naturalisme, souvent liés à ce "genre " littéraire ou cinématographique Son questionnement sur l’altérité, sur l’identité, -comment habiter son nouveau corps , est-on encore soi quand l’enveloppe charnelle ne correspond plus à ce qu’on était- ou croyait être? - il se plaît à le complexifier ( à la recherche de son corps, et suite à un rapport sexuel avec Malia, Niels Schneider va devenir Malia …) Après la "sidération" (brillamment interprétée par Léa Seydoux, Eva/David) nous allons désormais suivre les errances du couple David (Léa Seydoux) Malia (Niels Schneider)
Le questionnement s’inscrit presque naturellement dans la mémoire de soi et des événements, dans la temporalité donc (mais une temporalité à la chronologie éclatée et un jeu sur de fausses analepses et prolepses) tout comme il s'inscrit dans l’espace (Paris, banlieue, Lille, Ingrandes-sur-Loire, autant de lieux soumis eux aussi à des brisures des expropriations ) il s’inscrit enfin dans la « transmission » (le mariage, qui encadre d’ailleurs les « rencontres », le rôle des pères -celui de David photographe interrogeait les empreintes du passé par la superposition de strates; celui de Malia interprété par le cinéaste roumain Radu Jude dont on connaît l’exigence des interrogations sur le passé de son pays ; la maternité assumée ou refusée, le rôle de la mère, celle de David qui dans une séquence ultime lui rappellera (sans l’avoir identifié…) cet instant unique vécu sur la plage d’Ostie tel un défi au Temps. Un questionnement que le cinéaste pousse à l’extrême : la dépossession de soi jusque dans la mort
Si on a l’impression que sont convoqués le « je est un autre » rimbaldien, Blow up (rôle de la photo, la notion de point de vue, le parc) Profession Reporter - journaliste hanté par une identité qu’il a dérobée…, ou Vertigo (l’image du pont et du double) et que la thématique n’est pas originale, Arthur Harari cherche à dérouter son public en rendant presque méconnaissables deux stars du cinéma (surtout Niels Schneider « asséché » qu’il oppose par contraste à une Léa Seydoux plantureuse ; elle avait accepté de tourner en période post partum.) Le questionnement renverrait (effet spéculaire ?) à l’entité d’acteur, à son paraître, à ses doubles.: Eva/David se regarde à l’aide d’un miroir, isolant un téton, un très gros sein, des bourrelets, un sexe, pour « identifier » ce nouveau corps , Léa Seydoux telle qu’en elle-même et pourtant autre et Léa Seydoux actrice jouant le rôle d’un homme scrutant le corps d’une femme, le sien… Diffraction du regard! . Quant à l’acteur Niels Schneider , en interprétant Malia il pare sa maigreur d’une suavité proche du Caravage, alors qu’auparavant jouant David photographe, introverti et solitaire, il imposait à l’écran une maigreur christique
Ô l’étrange étrangeté du …familier !
C’est par le regard (et ses multiples déclinaisons dont l’œil de la caméra et l’objectif de l’appareil photo) que tout fusionne. Et pour explorer la thématique de l’identité et de la perception, celle de la métamorphose de la métempsychose ou tout simplement des anamorphoses, le film s’appuie sur la partition singulière d’Andrea Poggio, et se clôt sur une chanson de Bob Dylan.(né Robert Zimmerman !!) Le vagabond qui grattait à ta porte / enfile désormais les vêtements qui étaient les tiens » ( dans It’s All Over Now, Baby Blue). Mais hélas Il recourt trop souvent à des métaphores visuelles éculées (le miroir, les brisures de verre, le télescope, les strates, la paume de la main) dont la facticité ne saurait convaincre …ni étourdir d’ailleurs !
Et qui veut " trop embrasser mal étreint…".
Colette Lallement-Duchoze
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